Le civilo-militaire clé de l’exercice Multilayer 2012

(BRUXELLES2 à Potsdam) Placé sous le signe de l’approche globale, l’exercice Multilayer 2012 – sur lequel B2 s’est rendu – a une originalité principale : faire la démonstration de l’approche globale. Il faut projeter sur la même planification à la fois le niveau politique, le commandement militaire stratégique et le niveau opérationnel (ce qui est assez classique) mais aussi inclure également tous les acteurs civils présents sur une véritable opération.

Un exercice aussi proche de la complexité de la réalité…

Tout cela au sein d’un scénario regroupant la quasi totalité des facteurs de crise. « C’est un exercice particulièrement complexe, probablement trop complexe » a avoué un diplomate européen. Mais aussi « c’est une révolution ! » a précisé Agostino Miozzo, directeur général du département «gestion de crise» du SEAE. Il faut «mettre en place toute notre capacité d’intervention et la capacités des Etats membres. C’est un exercice que l’on ne fait pas souvent». Mais « qui teste le travail que l’on fait tous les jours». On vise l’efficacité, éviter les duplications, les chevauchements de tâches, rationaliser les ressources, financières et humaines, optimiser la gestion du temps, tester les procédures internes. Tout planifier, mais tout planifier tous ensemble.

Deux quartiers généraux ont été mis à la disposition de l’exercice. L’un à Postdam en Allemagne pour ce qui concerne le niveau stratégique militaire (OHQ), et un autre à Brindisi en Italie pour le niveau opérationnel (FHQ). En tout 500 personnes sont impliquées : 400 militaires venant des 27 Etats membres et 100 civils, venus du service diplomatique, de la Commission, des organisations humanitaires (Le Comité International de Croix Rouge notamment), le bureau bruxellois de l’ONU, etc.

Deux cultures, un objectif

Coordonner les efforts militaires et civils est le défi majeur de l’exercice Multilayer 2012 (ou ML12). Lorsque l’on entend les uns et les autres reconnaître la différence de culture qui les sépare, on comprend mieux l’étendu de la complexité. Le problème jusqu’à présent, selon Hansjörg Haber, le commandant des opérations civiles de l’UE (CPCC), c’est qu’ «il y a beaucoup de «lessons learned papers» à Bruxelles mais aucune leçon n’a été réellement apprise».

De manière pratique, les civils sont présents lors des trois phases, phases qui correspondent chacune aux différents quartiers généraux. La prise de décision politique à Bruxelles, la traduction en décision stratégique militaire à Potsdam et la traduction en mise en application militaire à Brindisi.

(crédit : Commandement des opérations de gestion de crise de Ulm)

Les informations des civils, un atout crucial

C’est véritablement lors de la deuxième phase de l’exercice qu’entre en jeu la coopération. Afin d’évaluer la situation sur la zone de crise, le centre de commandement de Potsdam a mis en place un système plus automatique d’interaction. Les informations primaires, ce sont les civils sur place qui peuvent la fournir. Principalement la DG Aide Humanitaire & Protection Civile (ECHO) de la Commission.

L’UE ne met pas, en effet, en place une mission en réponse à une crise qui apparaît du jour au lendemain. Généralement la situation sur place est épineuse depuis plusieurs mois voire quelques années et ses symptômes sont apparents. En conséquence, on retrouve sur le terrain les « humanitaires » de la DG ECHO et ils y resteront encore après la fin de la mission. L’information qu’ils ont pu emmagasiner durant cette période est d’une aide cruciale pour les militaires afin qu’ils établissent les besoins réels de la mission. Florika Fink-Hooijer, directrice à la commission chargée de l’aide humanitaire, explique que son service apporte son appui et qu’en échange la Politique de Sécurité et de Défense Commune (PSDC) prendra davantage en compte le droit et les principes humanitaires. C’est une procédure gagnant-gagnant. Même chose concernant la protection civile, si le Centre de suivi et d’Information (MIC) est demandé par l’un des Etats Membres, une équipe d’experts nationaux viendra sur place afin d’évaluer les besoins. Par exemple dans le cas du ML12, une équipe «est venue» afin d’évaluer les problèmes de pollution environnementale causés par le conflit et les conséquences sur la population.

La logistique militaire, un atout crucial pour les civils

Pour ce qui est de l’action de la CPCC, trois tâches leurs étaient confiées. La réorganisation des forces de police de l’Etat sécessionniste, de la sécurité de son aéroport international et de la sécurité de ses frontières. Coordination nécessaire car les frontières doivent être sécurisées de toute menace militaire par les soldats européens avant que puissent venir s’installer les forces de police de la mission civile. Ensuite nous explique t-on, les civils doivent compter, tout du moins au tout début, sur le soutien logistique de l’armée en ce qui concerne les ordinateurs, le logement, les tentes …etc, jusqu’à ce que la mission civile puisse couvrir par elle même tous ces aspects. Pour tout ce qui est du soutien médical également, les civils doivent pouvoir compter sur le corps de l’armée. «Logiquement, nous avons assez (de logistique médical) si l’armée est à nos côté» indique M. Haber. Enfin, afin de régler les questions de transport stratégique, c’est encore l’armée qui doit venir à l’aide des civils sur place. Pour le CPCC on se trouve ici, réellement dans une organisation séquentielle de la mission européenne. Les civils apportent leurs informations. Les militaires sécurisent. Les civils arrivent, entament leur mission. Les militaires fournissent le soutien logistique. Quoi qu’il en soit, toute cette coopération est basée sur un échange d’information en temps réel.

Une coopération non systématique 

On pourrait également imaginer un système plus normalisé par des procédures opérationnelles standards (SOP). Mais pour l’une des responsables des opérations civiles «we’re shooting at a moving target» autrement dit l’organisation du service de la «gestion des crise» est tellement en construction qu’il paraît inutile de construire des procédures standards pour le moment. D’autant plus qu’avec un personnel limité (60 personnes permanentes pour 10 missions à travers le monde) «nous ne pouvons pas diriger nos ressources sur de telles élaborations». 

Une coopération civilo-civile qui s’affine avec les années

La département civil des actions extérieures est également en contact rapproché avec les bureaux géographiques du SEAE et c’est avec eux qu’il convient le mieux d’organiser une stratégie européenne pour telle ou telle région ou zone de crise. Il est primordial d’être également en contact avec les délégations nationales, même si, arrivant en grand nombre, les missions européennes ont souvent tendance à voler la vedette aux diplomaties nationales déjà sur place, avoue la responsable du CPCC. Toute cette nébuleuse civile a profité de l’exercice afin de perfectionner ses contacts directs tant avec le commandement civil qu’avec le commandement militaire. Car au niveau civil on assure que la CPCC applique déjà l’approche globale depuis des années maintenant, selon Hansjörg Haber.

On touche à la fin de l’exercice

Ensuite, lors de la troisième et dernière phase des opérations, a Brindisi, les opérations ont réellement commencé ces derniers jours, maintenant que la stratégie militaire a été établie. A noter que les différents acteurs civils extérieurs à l’UE, c’est à dire le CICR, les organisations internationales ou encore les 23 pays tiers ont un statut d’observation seulement, puisque l’UE va y tester ses procédures.

(crédit : Commandement des opérations de gestion de crise de Ulm)

Lorsque l’on entend «nous avons vécu un déroulement beaucoup plus fluide que lors d’expériences précédentes» ou encore «C’est la première fois que je vois l’approche globale se réaliser» de la part de responsables militaires et civils, je ne pense pas qu’il soit trop risqué de parler de succès. Il semblerait qu’Hansjörg Haber reste cependant sur sa faim. Pour lui, le prochain exercice pourrait être pensé différemment afin d’intégrer davantage l’action civile. Un scénario moins ambitieux pour les militaires permettrait d’obtenir une coopération moins séquentielle et plus intégrée.