Protection Civile

Réponse de crises/Haïti: « il suffirait d’une phrase pour avancer » (MAJ)

EquipeCoordinCE@E1001

(BRUXELLES2) Il y a des phrases qui paraissent bien anodines dans certaines conclusions d’un Conseil des Ministres ou d’un Conseil. Et pourtant… on ne sait pas toujours quelles batailles dures, se cachent derrière l’absence ou la présence de quelques mots. Il en sera ainsi pour les conclusions adoptées par les Ministres des Affaires étrangères concernant la position européenne pour la conférence internationale de New-York sur Haïti.

Le paragraphe de la discorde. Dans le projet de conclusions, s’est niché un § (le dernier) où les Européens saluent « l’intention de la Haute représentante et de la Commission de revoir la capacité de réponse de crise de l’UE » au vu des évaluations et des lessons learns suite au tremblement de terre en Haïti, et lui « demandant de faire rapport au Conseil européen ». Rien de très révolutionnaire… On pourrait même croire ce sujet « consensuel ». Et non ! Les Etats membres ont bataillé pendant plusieurs réunions entre eux : les uns pour le faire disparaitre, les autres pour le faire resurgir. Et ils batailleront encore ce lundi. Car si le texte a globalement été avalisé en Coreper (la réunion des représentants permanents des Etats membres à Bruxelles), les 27 ambassadeurs n’ont pu se mettre d’accord sur ce « foutu » paragraphe. Et le sujet se retrouve aujourd’hui sur la table des ministres des Affaires étrangères. (MAJ) Finalement, les 27 ont avalisé un texte, a minima : le rapport ne sera fait qu’au Conseil et non au Conseil européen. Ce qui est un niveau au-dessous en matière d’implication politique.
Pour Télécharger le texte des conclusions.

 

Les 27 toujours divisés sur la nécessité de renforcer la coopération en matière de sécurité civile

Les vieilles divisions ressurgissent. Passée l’émotion de la crise, les pays ont, en effet, retrouvé leurs vieilles divisions sur la question de la protection civile. Certains veulent aller très loin : la Grèce, notamment, qui estime nécessaire que l’UE se dote d’une capacité de réaction aux crises tant externe (hors UE) qu’interne (pour les Etats membres de l’UE). Le Bénélux, l’Espagne, la France, l’Italie militent en faveur de cette capacité, mais dans un sens plus modéré. Mais plusieurs pays s’y refusent obstinément pour des raisons différentes : les Britanniques (par principe), les Nordiques (pas de confusion des genres militaire/humanitaire), les Allemands (un Euro est un Deutsch Mark) . Pour plusieurs d’entre eux mêler l’intervention dans l’UE et hors de l’UE est une « ligne rouge », précise un diplomate.

La crise moment idéal. La catastrophe en Haïti aurait été une bonne occasion pour déboucher un sujet bloqué depuis des années. Le Traité de Lisbonne donnait une solide base juridique qui n’existait pas auparavant. Il n’en rien été. La faute à « pas de chance » pourraient dire certains (je n’y crois pas, pas en matière diplomatique), à la phase de transition, c’est plus plausible mais pas suffisant. Certes la nouvelle Commission n’était pas encore en place et l’ancienne gérait les affaires courantes.
La Haute représentante balbutiait encore dans son nouveau pré carré. Et, surtout, la commissaire à la « réponse de crises » était perdue dans les méandres parlementaires (1). Mais il y avait un certain nombre de personnalités expérimentées, telles le président de la Commission, José-Manuel Barroso, ou le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, qui étaient à la barre et pouvaient faire avancer le sujet. Il suffisait de quelques mots alors…

Une, plusieurs occasion(s) perdue(s). Il y a eu, au moins, trois occasions qui ont été loupées : par la présidence espagnole qui en avait pourtant fait une priorité (2), par les Ministres des Affaires étrangère (qui se sont réunis à deux reprises, le 18 janvier sur Haïti uniquement, le 25 janvier de façon plus générale) et surtout par les chefs d’Etat et de gouvernement, réunis en sommet informel en février. Le sujet était même à l’ordre du jour (3). Mais rien n’a débouché ; tous les esprits étaient concentrés sur la Grèce. Et, selon un diplomate, « Van Rompuy n’a pas eu la fermeté de l’imposer ». Il suffisait pourtant d’une petite phrase, d’un petit mot des chefs d’Etat et de gouvernement dans les conclusions pour que les diplomates et administratifs puissent s’en emparer et tracer le chemin futur. A froid, c’est désormais beaucoup plus dur.

(1) Une nouvelle commissaire bulgare (aide humanitaire) est nommée (Maj)
(2) La Protection civile : un thème que la Présidence espagnole
(3) Les 27 s’enferment pour parler, aussi, d’Haïti

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Communication de crises : après le vide, le surplus

(BRUXELLES2 / humeur) Le tremblement de terre au Chili a suscité une vague de communiqués sans précédent, venant de la Commission européenne. Chacun y es allé de sa petite déclaration disant en général à peu près la même chose : d’abord la commissaire à l’Aide humanitaire, Kristalina Georgieva, ensuite de la Haute représentante Catherine Ashton, qui raconte sa conversation avec la ministre des Affaires étrangères du Chili — « I underlined that I was very impressed with the professional way in which the Chilean authorities are handling the situation. » (!) —, puis le président de la Commission qui confie son émotion et ajoute « j’ai demandé de débloquer une somme de 3 millions d’euros« . Etc… Ce sans compter les réactions des autres instances européennes.

Une certaine impression de désordreOn a l’impression que le « marquage » à la culotte entre commissaires devient la règle au Berlaymont, le siège de la Commission. Et que Catherine Ashton court après son ombre. On lui reprochait de ne pas être en Haïti, elle se justifie avec une argumentation recevable, puis s’y rend aujourd’hui alors que la commissaire K. Georgieva est sur place (cf. calendrier officiel). La semaine dernière, elle était en Ukraine, prenant la place du commissaire Füle (chargé de la politique du voisinage) mais « brosse » le conseil informel des Ministres de la défense (où aucun autre commissaire ne peut la remplacer, suscitant au passage de vives réactions qui ne seront pas faciles à relever).

Pour un armistice entre commissaires… Certes, le Traité de Lisbonne a bousculé les habitudes, en instaurant de nouvelles fonctions et institutions au sein de l’Union européenne. Mais ce n’est vraiment pas une surprise, cela fait des années qu’il est sur la table (le dispositif reprenant celui du Traité constitutionnel). Et la plupart des responsables au pouvoir à Bruxelles en ont suivi le développement. De plus, autant, on peut légitimement se poser des questions sur le rôle du président du Conseil européen, dont les fonctions ne sont que peu détaillées par le Traité ; autant, pour les fonctions des commissaires et de la Haute représentante, elles sont cadrées. Le président Barroso, la
vice-présidente Ashton et les commissaires devraient trouver facilement un modus vivendi qui évite les duplications et fasse cesser la petite gue-guerre de la présence médiatique nocive.

Revenir aux fondamentaux… Le Traité de Lisbonne n’a, en effet, pas enlevé toute compétence externe aux commissaires. Quand
il y a un désastre d’ordre humanitaire, la commissaire qui occupe cette fonction. Quand il s’agit d’un pays de la politique du voisinage, le commissaire à cet effet. Quand il s’agit de questions plus diplomatiques, globales ou touchant à la politique de sécurité, la Haute représentante. Etc…
Et ce n’est pas « l’arrivée » du Haut représentant à la Commission européenne qui doit bousculer toutes les fonctions ni conduire à ce que la Haute représentante s’occupe… de tout et soit partout. Catherine Ashton devrait pouvoir concentrer son action sur les sujets dont elle a le « monopole ».

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Au cœur du SitCen (dossier) : le séisme en Haiti, vu de l’intérieur

Le tremblement de terre en Haiti a été pour les équipes du SitCen (le centre de situation de l’UE), dirigé par le Britannique William Shapcott, une période intense. En voici le récit tel que j’ai pu le reconstituer « vécu de l’intérieur », selon les témoignages recueillis auprès d’agents du service.

« A 22 heures, avec les dépêches, nous avons perçu que c’était un sinistre de dimension majeure. L’officier de permanence est alerté. Il alerte, à son tour, le cabinet de la Haute représentante. On décide aussi de renforcer les équipes. Le MIC (centre de crise de la protection civile de l’UE) réagit également. Contact est pris avec les Espagnols qui ont la présidence et ont ainsi la responsabilité en matière consulaire. Une réunion de crise est organisée, dès le matin du mercredi, réunissant tous les acteurs de l’UE (civils militaires, opérationnels, politiques…) et présidée par Catherine Ashton. » 

Un cas d’école

La situation, sur place, est en effet « particulièrement difficile« . La capacité de coordination tant politique que des secours, dans le pays a été endommagée par le tremblement de terre. L’ambassade d’Espagne est détruite. Les deux chefs de délégation sont blessés. Ils seront évacués. Un cas rarement envisagé dans des scénarios de crise. C’est simple : « Nous avons perdu tous les moyens de coordination sur place. Il a fallu 36 heures pour apprécier la magnitude des difficultés. »

Des experts européens déployés sur le terrain

On a alors décidé d’envoyer deux personnes du SitCen pour faire la liaison avec ambassade d’Espagne et les autres représentants de la Commission européenne. Avec ECHO (l’Office européen d’aide humanitaire) et la MIC (cellule d’urgence de la Protection civile européenne), il y avait en tout une dizaine de personnes de l’UE sur place. Objectif : que chacun ait les informations dans son domaine de responsabilité ». La répartition des tâches a été « bien définie : le politique et consulaire au SitCen, la sécurité civile au MIC, l’aide humanitaire à ECHO ».

NB : Cette possibilité d’envoyer des agents sur le terrain, pour la tâche de protection consulaire, est plutôt nouvelle. Créée il y a 2 ans, elle a été utilisée en Géorgie en 2008, pour renforcer l’équipe du Représentant Spécial et mieux gérer le flux d’information, en Thaïlande, dans une mission similaire à celle d’Haïti mais avec un accent mis au soutien a la présidence.

Réunion de crise quotidienne

Une réunion sera ensuite tenue tous les jours. Chaque jour, à 10h, durant la période de crise, une téléconférence est organisée avec chaque centre de crise des Etats membres (*) – gérée par un des chefs d’unité du SitCen. Chaque Etat membre a déjà envoyé des moyens sur place ainsi que des « capacités de capture d’information sur terrain ». Le but de la cellule « EUCO » de Bruxelles est donc « d’assurer le croisement et la cohérence des informations qui remontent du terrain et celles qui viennent des centres de crise».

La leçon d’Haiti

« Elle doit encore être tirée. » estime-t-on au SitCen. En 2004, lors du Tsunami, un des problèmes rencontrés était la « compartementalisation de l‘information. Nous avions une bonne information au plan technique mais compartementalisée. Du coup, la réaction politique avait été plus lente. » Or l’objectif d’une cellule de crise est de pouvoir « renseigner plus rapidement les responsables politiques, pour leur permettre d’apprécier les mesures à prendre ». A Haiti, cela a « beaucoup mieux fonctionné même si on était dans une phase transitoire du Traité de Lisbonne. On a tout de suite fonctionné dans l’esprit de Lisbonne, à défaut d’en avoir les structures. » Mais il reste encore de nombreux points à améliorer. Pour un autre de mes interlocuteurs, il faut aussi revoir le rôle du SitCen, pour le « reconcentrer sur ses missions originales » : l’information, l’analyse, le renseignement.

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Le Parlement veut une force européenne de protection civile, maintenant!

(BRUXELLES2) 643 voix pour, 1 voix contre, 33 abstentions… faire plus aurait été difficile ! C’est à cette quasi-unanimité que le Parlement européen, réuni en session plénière à Strasbourg, a adopté le 9 février, une résolution demandant l’établissement d’une  force de réaction rapide de l’UE en matière de protection civile.

Dans les meilleurs délais ! Le Parlement demande ainsi à la Commission de lui « présenter des propositions visant à établir, dans les meilleurs délais, une force de protection civile de l’Union européenne fondée sur le mécanisme européen de protection civile et à permettre à l’Union de réunir les ressources nécessaires pour fournir une première aide humanitaire d’urgence dans les 24 heures suivant une catastrophe ». Autrement dit plus question de tergiverser sous prétexte de l’hostilité ou des réticences de l’un ou de l’autre.


Dix conditions
. Le parlement a fixé dix conditions qui donnent un cadre à ce dispositif européen d’intervention rapide:

−    revêtir un caractère civil et/ou humanitaire,
−    revêtir un caractère permanent,
−    pouvoir être mobilisé à tout moment et dans les plus brefs délais,
−    agir sous la bannière de l’Union européenne,
−    respecter le droit humanitaire international,
−    être ouvert aux coopérations avec d’autres acteurs humanitaires,
−    être disposé à coopérer avec le système des Nations unies,
−    être ouvert aux contributions de pays tiers,
−    respecter le caractère volontaire de la participation des États membres au dispositif à mettre en place,
−    être soucieux de la mise à niveau permanente des capacités tant humaines que matérielles mobilisables à tout moment,
−    se fonder sur le principe du « partage des charges ».


Prière d’être un peu plus actif Lady ! C’est en résumé ce qu’on dit assez diplomatique à la Haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères. Les députés l’ont, en effet, « invité » — ainsi que la commissaire à la coopération internationale, l’aide humanitaire et à la réponse
aux crises — « à jouer un rôle moteur dans la coordination de la réponse de l’Union européenne aux situations de crise, en faisant usage des compétences instaurées par le traité de Lisbonne pour mieux coordonner la réponse de l’Union européenne aux futures crises et en se fondant sur les avancées déjà obtenues ». Si ce n’est pas un avertissement…

Autres points à noter

Un dispositif de prévention des catastrophes. Les eurodéputés souhaiteraient que l’UE collabore avec les autorités haïtiennes pour « mettre en place un mécanisme de prévention des catastrophes et de gestion des capacités dans le long terme ». Il a aussi insisté pour que « la reconstruction se fasse en fonction des priorités nationales, tout en respectant les principes d’efficacité de l’aide, et en apportant son assistance aux institutions haïtiennes pour leur permettre de fonctionner efficacement ».

« Il faut investir dans le long terme », insiste le Parlement, « par la construction de bâtiments antisismiques et d’infrastructures de base telles que l’adduction d’eau, le réseau routier ou l’électricité, lesquelles faisaient défaut ou n’étaient pas suffisantes avant le séisme, ce qui multiplie considérablement l’impact des catastrophes naturelles ». Le Parlement a demandé à la Commission européenne de lui « présenter une évaluation globale des besoins consécutifs à la catastrophe ainsi qu’un rapport de suivi sur l’avancement de la reconstruction ».

Un moratoire sur les adoptions
. Les députés demandent à l’UE de soutenir l’instauration d’un moratoire temporaire sur les nouvelles adoptions d’enfants en provenance d’Haïti, pour une période de deux ans après le lancement des actions de recherche. Les enfants non accompagnés et séparés de leur famille devraient bénéficier de services leur permettant de rejoindre leurs parents, soulignent les députés, qui demandent également à la communauté internationale d’élaborer un plan coordonné pour la prise en charge des milliers d’enfants rendus orphelins par le
séisme.

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Les 27 s’enferment pour parler, aussi, d’Haïti


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(BRUXELLES2) Dans le huis clos de la Bibliothèque Solvay, à Bruxelles, ce jeudi, les 27 Chefs d’Etat et de gouvernement seront réunis, jeudi, pour une réunion d’un nouveau genre, plus intime, favorisant des discussions plus libres, sous la direction du Belge Herman Van Rompuy, le président permanent du Conseil, avec la présence de José-Manuel Barroso, président de la Commission européenne, et Catherine Ashton, la haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères.

La réunion informelle devait normalement être consacrée aux questions économiques (la crise économique, gouvernance de la zone euro, etc…). Van Rompuy a choisi d’y mettre également à l’ordre du jour « Haïti » et ses leçons pour l’Europe. Un choix très stratégique. Il s’agit de « dresser un état de la situation et de discuter sur la possibilité de créeer un mécanisme européen de réponse urgente à des situations de crise » explique un de ses proches.

Quelques pays sont, en effet, favorables à la création d’une réaction européenne de crise, comme l’ont proposé le Belge Guy Verhofstadt (1) ou le Français Michel Barnier. Mais d’autres le sont moins. Il s’agit de vaincre ces dernières réticences, de l’emporter à la faveur de la crise, et donner une impulsion politique. Un mandat en quelque sorte qui permettra à la Commission européenne, ensuite, de faire une proposition à la fois technique et financière (2). Une initiative sur laquelle est prête à rebondir et à porter la nouvelle commissaire à l’Aide humanitaire et la Réponse de crises, Kritalina Georgieva. C’est du moins ce qu’elle a promis au Parlement européen (3).

(1) Lire :
Catastrophes: Il faut créer un Eu-Fast propose Verhofstadt
(2) Lire :
La coordination des secours d’urgence, top priorité de la Commission Barroso II
(3) Lire : La commissaire Georgieva à la réponse de crise: « Yes I Do »

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La commissaire Georgieva à la réponse de crise: « Yes I Do »

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(BRUXELLES2) La commissaire Kristilina Georgieva a réussi, haut la main, hier, son examen de passage au Parlement. Il n’y a pas eu besoin d’attendre la fin de l’audition ni la réunion des coordinateurs pour le savoir. Déjà, au milieu de l’audition, les principaux coordinateurs se concertaient, tout sourires. Et à plusieurs reprises, des applaudissements nourris avaient ponctué ses réponses. Moins d’une
heure avant la fin de l’audition, le Britanique Cashman (S&D) donne l’adoubement, résumant publiquement le sentiment général : « Je suis très impressionné par vos réponses, votre engagement, votre connaissance des dossiers, votre honnêteté intellectuelle, Madame. Je n’ai pas d’autres questions. Je pense que nous pouvons passer à la confirmation ». La Française Eva Joly (Verts), qui préside l’audition, enchaîne : « Je pense qu’il y a consensus ».

Yes sir ! Le «Yes Sir » de Georgieva franc — vibrant et direct en réponse à l’interrogation du Tory Britannique, Nirj Deva —  serez-vous « la voix des sans-voix ? », au besoin en vous battant au sein du collège des commissaires — a porté. En reprenant l’expression fétiche des militaires américains, Georgieva a assurément montré à la fois son volontarisme, son ambition européenne et son sens de la formule. Trois choses qui plaisent toujours au Parlement européen.

Le francais je l’apprendrai. L’audition se termine. L’heure est à la conclusion, moment toujours délicat. Georgieva sort un petit moment d’émotion, tout à fait politique au demeurant. « C’est aujourd’hui l’anniversaire de ma mère qui a 89 ans. J’aurais du être à ses côtés aujourd’hui. Mais je suis parmi vous. Ma mère a toujours cru en l’Europe ; elle a connu la guerre ; elle a connu la division de l’Europe. Elle voulait que j’apprenne le Français. » Et d’ajouter dans un Français qui doit dater de la veille, mais très charmant: « Si je suis confirmée, je ferai l’effort d’apprendre le français ». Cela déclenche une salve d’applaudissement. Inutile de préciser que si elle était à l’université, sa lettre de confirmation porterait « avec les félicitations du jury« .

Une Ashton bis. A la sortie, tous les participants de l’audition se précipitent pour saluer la commissaire en sortant. C’est assez classique. Mais là, un courant est manifestement passé. Les députés ont trouvé « leur » commissaire. « Nous avons un interlocuteur » réume la Française Michele Pfeiffer (PPE / UMP). Une commissaire qui se hisse dans le Top 5 des meilleurs commissaires assurément. Comme l’a commenté sentencieusement le Luxembourgeois Charles Goerens (PPE) à la sortie de l’hémicycle : « Me Ashton serait bien avisée de lui laisser le champ libre ».

La réponse de crises : plus rapide, plus unie, plus européenne


« Ma première priorité, c’est Haïti ». La Commissaire l’a confirmé également de sa conférence de presse, c’est « sa priorité numéro 1 : assurer d’abord l’urgence, ensuite la reconstruction ». « Il faut agir de façon décisive, pour continuer à délivrer des secours immédiats, surtout des abris, la nourriture et des soins. Le défi est immense. Nous devons apporter des abris pour environ 1 million d’Haitiens, des soins médicaux et post-opératoires pour des dizaines de milliers de personnes. » avait-elle expliqué lors de son exposé introductif.
Ensuite, « nous devons démarrer le travail de la reconstruction et du développement à long terme. »

« Tirer les leçons ». Plus généralement, Georgieva entend tirer, déjà, les premières leçons de la réponse européenne sur Haïti.  « Que pouvons nous faire pour avoir une Europe plus rapide, plus unie et plus visible lors de la prochaine catastrophe ? » s’est-elle interrogée. Georgieva propose trois directions d’actions.
1° La préposition de stocks (nous l’avions déjà vu lors de la crise du Tsunami, c’est essentiel) ;
2° La communication : « il faut penser autant à la communication qu’à l’action car ce que croient les gens, c’est ce qu’ils voient » ;
3° « On peut mieux coordonner la réaction européenne, je ne sais pas pourquoi cela n’a pas été fait mais il faut montrer que l’Europe ce n’est pas 27 + 1 »

« EU Fast, une bonne idée ». Faire EU Fast, Avoir une Capacité de réponse rapide de l’UE en cas de catastrophe ? « Oui pour moi cela va de soi » a-t-elle répondu. « La question n’est pas tant de savoir s’il faut le faire. J’en suis convaincue », faisant référence notamment au rapport de Michel Barnier sur EuAid. « Mais pourquoi cela n’a pas marché dans le passé. Qu’est-ce qui a bloqué ? Et comment on peut avancer dans le futur. ». « Ce n’est pas la peine de relancer le projet si c’est pour aboutir à un nouvel échec » m’a-t-elle ainsi confiée à la sortie de l’audition. Le moment décisif pourrait être rapide puisque le président Van Rompuy a décidé de mettre ce sujet à l’ordre du jour du Conseil informel du 11 février prochain. « Nous allons avoir une discussion intensive dans les prochains jours ».

Renouveler les approches. Georgieva s’est prononcée en faveur d’une diversité d’approche. Oui « à un catalogue des disponibilités des Etats membres (comme le catalogue des capacités civiles en matière de PeSDC), c’est une bonne approche, encore plus avec la situation actuelle, où la crise économique oblige à avoir des moyens limités ». Oui à continuer le projet expérimental « feux de forêts ». Mais il faut aussi « être créatif dans les instruments » a-t-elle commenté. « A la Banque mondiale, par exemple, nous avions réfléchi à une assurance catastrophes naturelles. Haïti avait cette assurance, payée par le Canada. Et Haïti touchera 8 millions d’euros ».

Partager le  fardeau. « Je suis tout à fait favorable au partage des charges » a-t-elle expliqué. « J’ai un rôle à jouer pour plaider une participation plus active des Etats membres, particulièrement dans les nouveaux Etats membres. Même si nos conditions financières sont difficiles, nous sommes engagés. Maintenant je ne suis pas vraiment au courant de comment se passe exactement le partage des charges, et je dois me renseigner pour savoir ce qu’on peut faire au niveau communautaire dans l’avenir. » a-t-elle aussi reconnu.

 

L’action humanitaire: préserver les voies d’accès aux victimes, dénoncer les abus


Etre neutre. C’est l’alpha & omega de l’action humanitaire pour la commissaire, qui a ainsi fixé les limites de son pouvoir. « Nous devons êtres neutres. Nous avons un objectif : délivrer l’aide humanitaire (…) et accéder aux victimes. » Donc pas d’expression politique sur certains sujets qui puisse nuire à cela. « Maintenant s’il s’agit de sauver des femmes et enfants — a-t-elle ajouté —, je prendrai la parole. Si cela est nécessaire, pour attirer l’attention, alors oui, je le ferais. Yes I do ! ».

« Yes I Do ». « Je serai l’avocat pour le respect du droit international humanitaire et je parlerai fort quand des travailleurs humanitaires sont tués, des prisonniers sont maltraités, les viols utilisés comme une arme et la destruction des vies innocentes ».

Ouvrir l’accès à Gaza. Posé à plusieurs reprises, la commissaire a fixé sa ligne de conduite : « Le plus important pour nous est de plaider
pour l’accès à la région. Il faut savoir pourquoi on n’a pas accès. Si la raison sont les biens militaires : on doit avoir soit une liste négative, soit une liste positive. Mais ce qui est important : il faut agir ensemble et parler d’une seul voix. Nous devons apporter un appui maximal pour les travailleurs humanitaires.
»

Un corps de volontaires européens « dès 2011″. L’article 214 du Traité (*) prévoit la mise en place d’un corps humanitaire de volontaires européens. La commissaire entend oeuvre pour que ce corps soit créé dès 2011. Tout en reconnaissant que: « C’est très optimiste, je suis d’accord. (…) Mais, en 2011, il y a un symbole c’est l’année du volontariat. Et nous avons un mandat du Traité. » Deux questions sont à définir, selon elle : « le budget et la motivation de ce service. Sur le budget, ce serait injuste de le financer avec le budget de l’aide humanitaire qui diminuerait en conséquence, il faut donc trouver des fonds pour que cela fonctionne. Ensuite, il faut savoir à quoi ce corps de volontaires va servir. On pourrait prendre exemple sur Ingénieurs sans frontières. (…) Le terme qui compte dans ce projet c’est « volontaires » : ce n’est pas automatiquement tous les pays, ce n’est pas un corps de volontaires désignés d’office. »

(*) «
5. Afin d’établir un cadre pour des contributions communes des jeunes Européens aux actions d’aide humanitaire de l’Union, un Corps volontaire européen d’aide humanitaire est créé. Le Parlement européen et le Conseil, statuant par voie de règlements conformément à la procédure législative ordinaire, fixent son statut et les modalités de son fonctionnement »

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Haïti. Un beau loupé pour la com’ européenne…

EquipeCoordinCE@E1001(BRUXELLES2) L’aide européenne est arrivée à Haïti. Sans être aussi massive et « tambourinante » que l’aide américaine, elle a été précise, rapide, et est montée en puissance peu à peu. Mais, voilà, cela ne s’est pas su…

Comment faire des choses et ne pas le dire
En fait s’il y a eu un véritable raté dans cette opération « Haïti », c’est la communication de l’UE, un « flop » retentissant qui a duré plusieurs jours, le temps que cela s’organise un peu, diront les âmes charitables, le temps que certains Etats décident de reprendre en main, diront les autres. On a ainsi véritablement commencé à avoir une vision européenne quand plusieurs pays ont évoqué l’idée d’envoyer une force de sécurisation – des gendarmes ou policiers militaires – sous drapeau de l’UE. Mais il était déjà tard. Dans le timing d’une catastrophe, chacun le sait, il faut être présent (médiatiquement) s’entend dans les 24-48 premières heures. Après le flot l’emporte…

Comment louper la com’, en sept points …

La réaction européenne dans ce domaine peut se résumer à quatre mots : trop lent, trop tard, trop discret, dispersé.

J’ai recensé au moins sept exemples :

- des communiqués de situation remis à jour mais publiés le plus discrètement possible. Sans aucun signalement médiatique, du moins au début. Il fallait aller fouiller au fin fond du site internet de la Commission européenne pour le trouver.

- des réunions de crise tous les jours sans aucun compte rendu, information à jour (et encore moins de photo !) ;

- aucun point régulier de situation fait en chair et en os ;

- une lenteur à disposer d’informations additionnées sur les moyens européens dégagés ;

- des chiffres incomplets, largement au-dessous de l’effort réel. Chaque entité européenne (Echo, Mic) a additionné ses chiffres des personnels engagés sans avoir une vue globale ni entreprendre une prise en compte de TOUS les moyens envoyés par les Etats membres (humanitaire, secours d’urgence, sécurité civile, militaires…). Ainsi l’humanitaire ne prenait pas en compte la protection civile, la protection civile ne prenait pas en compte les militaires, etc. Résultat, pendant plusieurs jours, il fallait prendre sa calculette et appeler chaque Etat, voire chaque direction générale de la Commission européenne, pour avoir une idée de l’effort global. Quand j’ai demandé pourquoi ce n’était pas fait, on m’a répondu doctement : « ce n’est pas nous qui coordonnons ». Sans compter que les quelques chiffres communiqués sur l’effort européen, durant les premiers jours de la catastrophe, étaient faux : ainsi ce blog répertoriait déjà plus de 1200 personnels européens engagés sur le terrain, alors que la Commission européenne n’en comptait qu’à peine 700 ! (lire : La Commission a minoré l’aide « protection civile » à Haïti ). Et encore aujourd’hui, il est difficile d’avoir une réponse concrète à une question simple : combien de personnels l’UE et les 27 Etats membres ont envoyé sur place, tout compris ? réponse… ;

- peu d’utilisation des instruments de diffusion rapide d’information (twitter) et des réseaux sociaux (sauf par ECHO qui a une page fan sur facebook, où il y avait d’ailleurs « un peu » plus d’information que sur la « communication officielle » ;

- une information disponible surtout en anglais. Double erreur selon moi. Erreur politique bien sûr car Haïti est un pays francophone. Et l’effort des pays latins ou francophones (Belgique, France, Espagne, Italie) a été notable dans cette crise. Même les marines US, à Haïti,
s’efforçaient de parler en
français aux médias ! Erreur de communication surtout : lors d’une recherche google (la première arme du journalisme aujourd’hui), les chiffres et informations de la CE (quand ils existaient) ne sortent pas (donc n’existent pas ! ) ;

- il a fallu en fait 2 réunions de conseils des ministres, pour qu’un peu de réalisme et d’efficacité reviennent. Au dernier conseil des ministres, plusieurs ministres européens ont ainsi mis en cause, parfois vivement, l’absence de visibilité de l’effort européen et l’importance vis-à-vis de leur opinion publique. Seul hic : si la gestion de catastrophes continue, l’actualité « Haiti » s’est peu à peu retirée des médias selon le phénomène classique de la « marée »… et le sujet intéresse moins.

Résultat : pour trouver de l’information, il fallait la chercher ailleurs dans les capitales, voire auprès de l’US Army (très bien organisée, avec brief quotidiens, photographies, vidéos disponibles). Ce type de fonctionnement me paraît assez incompréhensible. Il semble y avoir au
sein des institutions
européennes une absence de la prise en considération de la nécessaire gestion de crise de l’information. N’importe quelle ONG un peu constituée et professionnelle paraît mieux faire en la matière…

Une bataille perdue, davantage politique qu’il n’y parait

En conclusion, l’information a manqué et la communication a raté. Et l’Europe a perdu la bataille de la « visibilité ». Cela peut paraître un détail au regard de l’ampleur de la catastrophe. Mais au regard de l’ambition politique de l’UE dans sa place dans le monde et la réponse de crises, c’est primordial. Etre là au moment où il faut et de façon massive est un acte, aussi, politique (2).


Il ne faut pas ensuite s’étonner si l’UE a eu toutes les peines du monde à s’imposer auprès du trio USA-Canada-Brésil pour la phase de reconstruction, alors qu’elle est pourtant un acteur majeur de l’aide à Haïti. Il ne faut pas non plus s’étonner si dans les opinions publiques, et dans la presse, l’impression a été donnée d’un effort médiocre, sous-estimé, mal coordonné…

Une occasion perdue pour Catherine Ashton

La situation est d’autant plus paradoxale que le Traité de Lisbonne avait pour objectif justement de remédier à la dispersion des efforts qui semblaient
jusqu’ici la caractéristique de l’Europe. Tous les outils possibles d’une intervention étaient à disposition, de la Haute représentante et la Commission européenne : humanitaire, développement, protection civile, militaire, policier… Cela n’a pas été plus efficace (voire moins) que lorsque ces outils étaient dispersés. Une opportunité a, là, été perdue, notamment pour Catherine Ashton qui aurait pu imposer sa marque, tout de suite. Une opportunité d’autant plus facile à saisir que peu de monde aurait pu s’opposer à voir l’UE prendre la tête de cette « mission ».

Lire aussi :

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La coordination des secours d’urgence, top priorité de la Commission Barroso II

(BRUXELLES2) La pression était forte, des Etats membres, de l’opinion publique, de la presse… Après le séisme en Haïti, l’impression était que l’Europe n’avait pas été très présente, pas suffisamment présente. Lors de la réunion de la Commission, ce mercredi, le débat a d’ailleurs été « animé« , a rapporté un témoin.

Une top priorité... Aussi, José-Manuel Barroso, le président de la Commission européenne a-t-il tenu à le faire savoir aujourd’hui expressément à la presse : « la réponse aux crises, le dispositif de réaction rapide face aux catastrophes, sera parmi les premières priorités de la prochaine Commission européenne, dès qu’elle sera entrée en fonction » (théoriquement le 10 février). On ne part pas de rien, a tenu à rappeler José-Manuel Barroso aux commissaires : il y a le rapport qu’il avait demandé à Michel Barnier sur le sujet, rapport remis en 2006, et restée lettre morte. « Les Etats membres n’avaient pas pu (pas voulu) se mettre d’accord sur les grands axes » a-t-il rappelé. Il y a aussi une communication de 2008 del a Commission européenne qui a sensiblement « renforcé le dispositif existant ». Mais, aujourd’hui, il ne s’agit pas de faire du replâtrage ou d’améliorer « un peu » le dispositif… Il faut franchir un nouveau pas !

Un hub central et une visibilité améliorées. D’autant que le Traité de Lisbonne donne maintenant une base juridique solide pour agir sur ce point. La nouvelle organisation interne de la Commission qui rassemble sous un seul chapeau, et une seule direction réponse humanitaire et réponse de protection civile est « un progrès qui améliore la coordination interne » (à l’intérieur de la Commission européenne). Il y en a besoin. La crise haitienne l’a montré. Il faut faire plus : « améliorer la capacité de l’Union européenne, y compris par la mise en place d’un « hub » central pour coordonner l’aide avec les Etats membres. Ce qui permettra également d’avoir une plus grande visibilité, vis-à-vis de l’opinon publique ». La commission entend aussi oeuvrer, — a-t-il ajouté — pour la mise en œuvre d’un corps volontaire de l’UE » (lire aussi La Grèce propose de créer un corps de volontaires européens).

L’aide à la gouvernance d’Haïti. Concernant plus spécifiquement l’aide à Haïti, la Commission européenne entend poursuivre son effort dans trois voies :
l’aide humanitaire, l’aide à la remise sur pied de la gouvernance du gouvernement haitien et la reconstruction à plus long terme. Une mission d’évaluation conjointe, notamment avec la Banque mondiale, devrait partir et permettre des décisions lors de la conférence internationale sur Haïti prévue en mars à New York.

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La Grèce propose de créer un corps de volontaires européens

(BRUXELLES2) La Grèce a proposé à ses partenaires européens de créer un corps européen de volontaires face aux catastrophes. Une idée qui était déjà « en l’air » depuis plusieurs années. Mais maintenant, avec le séisme en Haiti, il semble que l’Union européenne soit plus décidée à agir (1). Elle a été reprise formellement par le vice-ministre grec des Affaires étrangères. Dimitrios Droutsas en a détaillé les objectifs, lors du dernier Conseil des ministres, le 25 janvier.

Cette proposition vise à « renforcer la réponse disponible de l’UE face à des besoins de populations vulnérables et pour atténuer les conséquences de l’instabilité économique, du sous-développement, de la pauvreté... » a-t-il expliqué. Elle permettrait aussi de renforcer – « particulièrement dans la jeune génération, le sens d’appartenir à une communauté de valeurs européennes et de proumouvoir l’idéal de solidarité, et de renforcer la visibilité de l’UE comme une force positive aidant ceux qui sont dans le besoin ». Ces volontaires pourraient se déployer « à l’intérieur de l’UE ou dans les pays tiers », dans des actions « d’aide humanitaire, de protection de  l’environnement ou des changements climatiques, d’éducation et de protection civile ». L’objectif est de le rendre opérationnel dès 2011 (qui a été proclamée année européenne du volontariat) a souligné le ministre grec.

(1) A suivre: « le premier chantier de la Commission Barroso II« 

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