Les Européens se chamaillent, le monde continue de tourner

(B2) Durant le sommet consacré au Top Chef, dimanche et lundi, le monde ne s’est pas arrêté. Au contraire. B2 a comptabilisé pas moins de cinq évènements qui auraient mérité au moins un coup d’œil. Une journée assez ‘ordinaire’ sur la scène mondiale qui devrait sonner comme un avertissement aux oreilles des Européens. Le monde n’attend plus l’Europe aujourd’hui

tirs lors de l’exercice Tobruq Legacy 19 (crédit : MOD Pologne – archives B2)

C’est un paradoxe, plus le tempo mondial s’accélère, plus la conflictualité règne, moins les Européens s’intéressent aux choses du monde et se lamentent sur leur propre sort. Savoir qui sera ‘calife à la place du calife’ est sans doute important. Mais consacrer quelques heures à la situation internationale, à la guerre en Syrie, le conflit en Iran, la situation au large de Chypre, au conflit en Libye, au processus de paix en Afghanistan ne serait pas du luxe.

Dimanche 30 juin : frappe américaine en Syrie

Le US Central Command (ou CentCom) annonce avoir conduit une frappe sur un camp d’entraînement d’al-Qaida en Syrie. Une déclaration qui semble en décalage avec les récentes auto-congratulations du président Donald Trump sur l’éradication de l’État islamique dans le pays en proie à la guerre civile.

Lire : Les forces américaines ciblent un camp d’entraînement de al-Qaida en Syrie

Dimanche 30 juin : le général libyen Haftar menace la Turquie

Alors que le Conseil européen commence à Bruxelles, un drone turc est abattu « sur la piste de la zone militaire de l’aéroport de Mitiga », en Libye, rapporte Franceinfo. Une conséquence directe de l’ordre de Khalifa Haftar à ses troupes de cibler les navires turcs et d’arrêter les ressortissants turcs en Libye alors que les tensions entre la Libye et la Turquie s’aggravent. Le maréchal accuse les autorités turques de soutenir son ennemi, Fayez al-Sarraj. La Turquie avait d’ailleurs, quelques heures avant l’attaque du drone, dénoncé l’arrêt de six de ses ressortissants en Libye. Lesquels ont finalement été relâchés, a annoncé le ministère turc des Affaires étrangères lundi matin (1er juillet). C’est la révélation au grand jour qu’un allié de l’Alliance atlantique est engagé sur le terrain avec hommes et matériels.

Lundi 1er juillet, à l’aube : un missile s’écrase sur le nord de Chypre

Dans les premières heures du matin, un missile « de fabrication russe » s’écrase dans la région de Tashkent, au nord-est de la capitale chypriote de Nicosie – sans toutefois faire de victime – d’après les autorités de la République turque autoproclamée de Chypre-Nord. L’explosion aurait été provoquée par « la défense antiaérienne en Syrie pendant un raid aérien israélien » explique le ministre des Affaires étrangères, Kudret Ozersay, relayé par Le Monde. Le missile comportait « des inscriptions identiques à celles trouvées sur un missile de type S-200 tombé en Turquie en juillet 2018 ». La chute de l’objet coïncide avec un raid israélien près de Damas dans la nuit de dimanche à lundi qui aurait activé les défenses antiaériennes syriennes, lesquelles sont « notamment pourvues de systèmes russes ».

Lundi 1er juillet, à l’aube : attentat à Kaboul

Une voiture piégée conduite par un kamikaze explose dans le centre de la capitale afghane. Bilan : six mort et plus de 65 blessés, la plupart des écoliers. Attaque qui visait ‘un centre logistique et d’ingénierie du ministère de la Défense’, selon les Talibans qui ont revendiqué l’attentat. On est juste quelques heures après que les négociateurs allemands et américains aient annoncé une nouvelle rencontre entre responsables afghans et Talibans dimanche à Doha, au Qatar, comme le relate France 24 avec AFP.

Lundi 1er juillet, 15h : l’Iran sort des clous et pose un ultimatum

L’Iran annonce avoir « dépassé la limite de 300 kg [d’uranium faiblement enrichi] » déclare le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif, selon l’agence de presse de la République islamique (IRNA). Téhéran avait déjà averti les Européens (Lire : Instex opérationnel. L’accord sur le nucléaire iranien sauvé : pour combien de temps ?). Il enfonce le clou. Son instance suprême de la sécurité nationale donne « 60 jours aux pays restant favorables à ce pacte (Allemagne, Chine, France, Grande-Bretagne et Russie) pour rendre opérationnels leurs engagements en particulier dans les secteurs pétrolier et bancaire. »

(Coline Traverson st.)

Lire aussi : Face à la situation dans le Golfe, l’Europe atteinte de céphalée stratégique

le secrétaire général de l'OIC, le turc Ekmeleddin Ihsanoglu, invité du Cops ce mardi (crédit : OIC)

L’OIC s’installe à Bruxelles. Un symbole …

le secrétaire général de l'OIC, le turc Ekmeleddin Ihsanoglu, invité du Cops ce mardi (crédit : OIC)

Le secrétaire général de l’OIC, le Turc Ekmeleddin Ihsanoglu, invité du COPS ce mardi (crédit : OIC)

(BRUXELLES2) L’Organisation de la coopération islamique (OIC) inaugure aujourd’hui son bureau de représentation à Bruxelles. Un pas important pour l’OIC, mais également pour l’Union européenne. Les 27 ambassadeurs du COPS auront d’ailleurs un déjeuner avec le secrétaire général de l’organisation, le Turc Ekmeleddin Ihsanoglu.

Une représentation permanente de 30 personnes

Cette inaugration n’est, en effet, pas anodine. Car l’OIC — une des plus importantes organisations régionales internationales — ne va pas occuper un obscur bureau. C’est un immeuble entier que l’OIC a acquis – rue du Trône – à deux pas du Parlement européen. Et une trentaine de personnes devraient venir y travailler sous la direction d’un ambassadeur azeri.

Pour l’Union européenne, cette présence est importante. L’OIC comporte dans ses rangs la plupart des pays musulmans, du Moyen-Orient comme d’Asie, d’Afrique et d’Europe, chiites comme sunnites. Point non négligeable alors que s’agrandit chaque jour la fracture entre les deux branches principales de l’Islam. Son activité s’étend au-delà de la coopération politique à des activités économiques, bancaires, humanitaire, voire de gestion de crises (un domaine où l’OIC n’est pas encore très active). Parmi les projets, qui pourraient être développés en commun, figure d’ailleurs la mise en place d’une salle de gestion de crises à Djeddah (au siège de l’OIC) comme l’Union européenne l’avait fait pour la Ligue arabe.

La question de Chypre nord

Epine dans la coopération, l’OIC est aussi une des seules organisations dont est membre (à titre d’observateur), Chypre Nord (sous le nom de « Etat chypriote turc », qui n’est reconnu par aucun autre Etat au monde que la Turquie. Ce qui pourrait susciter quelque difficultés, diplomatiques… A noter que deux Etats européens participent à l’organisation — l’Albanie (membre) et la Bosnie-Herzégovine (à titre observateur) — tout comme la Russie (observateur).

Bavure diplomatique: la république Turque du nord de Chypre trouve droit de citer dans un rapport de l’UE

(BRUXELLES2) C’est un document relativement anodin – le rapport du groupe de travail régional sur le trafic de drogues dans les Balkans – qui a mis le feu aux poudres… Un document au demeurant intéressant puisqu’il décrit les différents réseaux, moyens et routes employées pour acheminer la drogue en Europe ; les différents pays des Balkans constituant la voix royale pour la drogue en provenant de  l’Afghanistan, via la Turquie.

Mais horreur ! Au chapitre Kosovo, page 20, on trouve parmi les routes d’approvisionnement celle-là : « Afghanistan – Pakistan – Iran – Turkey – by sea transport to Turkish Republic of Northern Cyprus – by sea transport to Europe (as an alternative to Balkan route) » ! Inutile de vous dire qu’elle a causé la fureur de la délégation chypriote qui a obtenu un rectificatif du document. « areas of the Republic of Cyprus in which the Government of the Republic of Cyprus does not exercise effective control »

A noter que selon les experts d’Eulex, la mission déployée au Kosovo, environ 70% de l’héroïne arrivant en Europe passe plutôt par la route « Afghanistan – Turkey – Bulgaria – Macedonia – Kosovo and further distribution to Western Europe or even via Albania. » … On attend la protestation de la Grèce qui ne saurait pas tarder… vu le terme « Macédoine » employé au lieu de l’habituel Fyrom. La république yougoslave de Macédoine n’ayant pas vu reconnaître son nom dans les instances internationales du fait du veto grec qui estime que ce nom appartient à son patrimoine historique : la Macédoine d’Alexandre !

Pour télécharger le rapport(en anglais)