Moyen Orient

La « folie » syrienne

(Crédit: Commission européenne)

(BRUXELLES2) « 66% des réfugiés sont des enfants. On ne peut pas tourner le dos à cette tragédie, il faut agir maintenant pour éviter la perte d’une génération entière de jeunes enfants syriens ». Kristalina Georgieva, la commissaire européenne en charge de l’aide humanitaire est venue devant la presse, ce mardi (14 mai), après un voyage de 3 jours (samedi 11 à lundi 13) au Liban et en Jordanie. Ce n’est pas la première fois que la commissaire pousse un cri d’alarme. Et on craint bien que ne soit pas la dernière! Lors de son intervention, la commissaire a rappelé que le nombre des réfugiés explose et que le règlement de la crise est encore bien loin. Elle a annoncé un soutien supplémentaire financier, notamment aux pays qui accueillent les réfugiés. Même si…

Une goutte d’eau dans la mer

« Je savais, en les annonçant, que ces 65 millions d’euros ne seraient qu’une goutte d’eau dans la mer » a déclaré Georgieva à propos des fonds supplémentaires qui vont être alloués à la situation en Syrie faisant grimper le montant total Commission et Etats-membres « à plus de 800 millions d’euros, ce qui fait de l’UE le principal donateur ». Elle note que depuis son dernier voyage il y a 4 mois, « les réponses sont plus importantes mais que les besoins sont sans cesse plus importants (que ce soit) en éducation, services sanitaires, eau ».

Des réfugiés toujours plus nombreux au Liban et en Jordanie, la communauté internationale doit se réveiller

La commissaire a dénoncé « la souffrance des millions de Syriens dont la plupart sont des enfants et la pression sans cesse plus importante sur les communautés locales ». Il est « crucial » que la « communauté internationale se réveille ». La situation dans les pays d’accueil, Liban et Jordanie « s’est encore détériorée ». Les chiffres sont « extrêmement alarmants : 2000 nouveaux réfugiés chaque jour en Jordanie !». Le camp le plus important du pays Zaatari « est devenu la 5ème ville du pays » alors même que « seulement 25% des réfugiés sont dans des camps ». Le total pour les deux pays serait d’un million et demi de réfugiés, « ce qui représente 10% des populations libanaises et jordanienne ». Si le flux se poursuit, ils pourraient représenter « 20 à 30 % des populations du Liban et de la Jordanie. Je vous le demande, quel pays membre de l’UE pourrait accueillir une telle vague de réfugiés ». À cela s’ajoutent les 5 millions de déplacés internes.

Une pression dangereuse pour les pays d’accueil

« On observe une concurrence accrue pour les logements, les emplois, les prix des denrées alimentaires, les Libanais et les Jordaniens sont encore accueillants. Mais il y a déjà des conflits à certains endroits » explique la commissaire. Le processus semble impossible à circonscrire. « Il est extrêmement difficile d’arrêter cette vague d’immigration et de demander aux populations de retourner dans leur pays ». La situation est particulièrement compliquée au Liban « c’est encore pire, car il y a déjà les réfugiés palestiniens. Il y a aussi les Palestiniens qui étaient en Syrie et qui sont maintenant dans des camps insalubres où les conditions de vie sont extrêmement difficiles. (parfois) jusqu’à 9 personnes sur 2 m2 ».

Pour faire face à cette situation, « il faut aller plus loin, et financer encore plus. Je vais parler avec mes collègues à la Commission pour voir comment augmenter l’aide humanitaire mais aussi comment soutenir les communautés locales ». Sur les 1,5 milliards d’engagements de dons récoltés lors de la conférence organisée par le Koweit « bien peu ont été véritablement investis ».

Des sanctions plus ciblées

La Commissaire s’est aussi prononcée en faveur des mesures visant « à affiner le régime des sanctions pour permettre à plus d’aide humanitaire de pénétrer en Syrie » ce que réclame le Liban, « nos interlocuteurs nous disent qu’il faut continuer à aider à l’intérieur du pays pour éviter que les Syriens quittent leur pays ». « Il est clair que l’économie de la Syrie s’est écroulée » affirme-t-elle mais « il faut d’autres moyens pour soulager » faisant référence aux décisions prises sur le pétrole en avril par le Conseil des ministres des Affaires étrangères.

Un Genève 2 pour mettre fin à la “folie”

En ce qui concerne le règlement de la crise à long terme, Georgieva a plaidé pour un Genève 2, « il ne faut pas abandonner l’idée d’une solution politique, Lavrov et Kerry ont discuté du besoin de mettre en place un Genève 2, c’est tout ce qu’on a l’accord Genève ». « On se réjouit de tout effort pour mettre fin à cette folie, je dis bien cette folie ». Cette vision pessimiste est sûrement alimentée par les rencontres de la Commissaire sur le terrain, « les gens avec qui je parle, ne s’attendent pas à une solution rapide, il y a tellement de sang qui a coulé qu’amener toutes les parties à la table des négociations ne sera pas facile. J’ai rencontré un groupe de femmes qui ont, toutes, perdu des frères, des maris. Et cette question de la solution politique pour elles, est très difficile car il est difficile d’oublier »

La « folie » syrienne fossoyeuse du droit humanitaire

Georgieva a aussi appelé à « faire pression sur les deux cotés pour faire respecter les droits de la guerre. Les gens qui travaillent dans les organisations humanitaires parlent d’impunité et d’atrocités et cela mine les efforts de construction d’un droit international humanitaire. On fête les 150 ans de la Croix Rouge et en même temps cet acquis, bâti sur des morts européens, est détruit par ce qui se passe devant nos yeux et c’est sûrement la première priorité à l’intérieur du pays ».

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Des raids israéliens, des armes chimiques… Rasmussen n’a rien vu, rien entendu

Rasmussen devant les euro-députés lundi 6 mai (Crédit: OTAN)

(BRUXELLES2) Journée médiatique et européenne pour le Secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen ce lundi (6 mai) : avec sa conférence de presse mensuelle en début d’après-midi (au Résidence Palace) et une intervention devant la commission Affaires étrangères du Parlement européen. Le sujet principal de ces deux interventions était la relation UE/OTAN, dans l’optique du Conseil européen de décembre consacré à la Défense (B2 y reviendra). Mais le sujet qui occupait l’esprit des journalistes et des parlementaires était évidemment ailleurs : la situation en Syrie.

L’OTAN ne sait quasiment rien…

Tout d’abord interrogé sur les raids israéliens sur la Syrie, Rasmussen, se contente de répéter « Je suis au courant de ce que rapporte la presse mais je n’ai pas d’indications que de telles opérations aient eu lieu dans la zone où les missiles Patriot sont déployés (frontière turco-syrienne) » avant d’ajouter qu’il n’a « pas plus d’informations » et que « nous sommes concentrés sur la protection de la Turquie ».

En ce qui concerne l’utilisation d’armes chimiques, le secrétaire général reconnait que : « Oui, nous avons des indications que des armes chimiques ont pu être utilisées ». Mais – ajoute-t-il -, « nous n’avons cependant pas de détails sur les circonstances et sur qui a utilisé ces armes ». Sur l’affirmation de Carla del Ponte, membre de la commission d’enquête de l’ONU sur les violations des droits de l’homme qui dénonçait « selon les témoignages recueillis » l’utilisation par « les rebelles (d’) armes chimiques, faisant usage du gaz sarin », l’OTAN se veut circonspecte. Rasmussen a botté en touche, expliquant que « peu importe qui a utilisé ces armes, cela représente une atteinte au droit international », préférant demander à ce que les « Nations Unis puissent enquêter » sur ce sujet.

Pas d’intervention militaire

« L’OTAN n’a pas l’intention d’intervenir militairement » a déclaré Ramussen devant les parlementaires avant d’expliquer « on me rappelle souvent le succès en Libye et on me demande pourquoi on ne fait pas pareil en Syrie. Il y a une différence très claire puisqu’en Libye il y avait un mandat des Nations-Unis. La Syrie est une société beaucoup plus complexe et les interventions extérieures pourraient avoir des impacts sur la régions qu’on ne peut prévoir ». Des arguments (déstabilisation, complexité) qui cachent, en fait, une réalité : le blocage russe au Conseil de sécurité.

Une solution politique internationale

« Seule une solution politique est possible en Syrie » rappelle enfin Anders Fogh Rasmussen, plaidant pour que « la communauté internationale redouble d’efforts pour trouver une solution ». Il est « important que la communauté internationale envoie un message unique et fort à Damas. Pour l’instant ce n’est pas le cas » avant de demander que l’on s’appuie sur « le groupe d’action sur la Syrie qui avait déclaré en juin 2012, que le régime de Damas devrait entamer un processus de transition qui répondrait aux aspirations politiques du peuple syrien » et « qu’une solution politique pourrait s’appuyer là dessus ». Les questions seront nombreuses. Mais les réponses ne varieront pas d’un iota…

Commentaire (NGV) : Au delà de la discrétion et de la langue de plomb diplomatique, la position du secrétaire général de l’OTAN montre bien que la situation semble plus que jamais bloquée. Même si de plus en plus de voix surgissent pour indiquer que des armes chimiques ont “probablement” été utilisées, au fur et à mesure que semble s’étayer cette possibilité, les principaux responsables politiques cherchent à en dénier l’usage, redoutant par dessus tout d’avouer que la fameuse “ligne rouge”, fixée par Obama pour une réplique internationale – reprise aussi par plusieurs dirigeants européens (comme Laurent Fabius), a été franchie. Intervention qui aurait, de toute façon, un fondement international juridique très fragile…

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L’inexistante solution politique en Syrie

Causer c’est bien, négocier serait mieux. La visite de Kerry à Bruxelles avait aussi la Syrie à l’ordre du jour.  (crédit : Commission européenne)

(BRUXELLES2) Chacun a ce mot sur la bouche. Il faut une « trouver une solution politique au conflit » pour la Syrie. « C’est la seule voie possible » ainsi que l’a rappelé encore aujourd’hui le porte-parole de Catherine Ashton, la Haute représentante de l’UE. Une constante de la diplomatie européenne depuis le début du conflit il y a plus de deux ans… Mais aujourd’hui, on semble encore très loin.

Pas l’once d’une modalité

Ce n’est même pas la solution politique de la crise syrienne qui semble loin. Mais les modalités même de recherche d’une solution. Car, contrairement à d’autres situations internationales, il n’y a même pas l’once d’un accord sur … la façon de faire un accord. Le plus petit dénominateur commun serait la création d’un groupe de contact. C’est une formule assez rodée de la négociation internationale : on prend quelques pays proches de chacune des parties, d’autres pays un peu plus neutres, un ou deux facilitateurs. Et ensuite, on secoue, on agite. Et on cherche ensemble une solution en se réunissant à intervalles plus ou moins proches. Ca marche… plus ou moins bien, selon les crises et les moments. Mais cela permet au moins de parler et de poser les fondements d’un futur accord voire de déjouer certaines escalades du conflit.

Un “groupe d’action” qui n’a d’action que le nom

Les (non) accords de Genève il y a un an avaient bien envisagé la mise en place d’un “groupe d’action”, réunissant 12 parties (*). Mais depuis … rien. Le groupe ne s’est pas réuni de l’aveu même d’un diplomate européen. Ce n’est pas faute d’essayer. « L’Union européenne est prête ». Mais personne d’autre n’est vraiment volontaire. Malgré les déclarations, la France, le Royaume-Uni, les Etats-Unis ne veulent pas vraiment jouer le jeu de la négociation avec le régime. Certains pays y sont carrément hostiles, comme le Qatar. On est encore dans la phraséologie guerrière comme le disait Hillary Clinton il y a plus d’un an. «Le président syrien doit comprendre que ses jours sont comptés». Résultat à chaque massacre de plus, à chaque conseil des ministres de l’UE, la plupart des Etats membres se gargarisent de rechercher une solution politique ou se réfugient derrière ce mot pour refuser d’autres solutions (militaires notamment). Mais on n’avance pas d’un poil.

NB : Ce “groupe d’action” (dont le nom peut être sujet à ironie) est formé de 12 membres : les cinq membres permanents du Conseil de sécurité (USA, Russie, Chine, France, Royaume-Uni) ; les trois pays présidant aux destinées de la Ligue Arabe (Irak pour le sommet de la Ligue, Koweit pour le conseil des ministres des Affaires étrangères, Qatar pour le groupe de suivi de la Syrie) ; la Turquie ; trois organisations (Ligue arabe, ONU – représentées par leur secrétaire général – et Union européenne, représentée par le Haut représentant pour les Affaires étrangères).

Commentaire : un groupe imparfait

Ce groupe de contact a un principal défaut, il n’associe pas certaines parties au conflit (Qatar et Turquie) mais pas les autres (Iran et Liban notamment). Certes la république islamique est encore perçue souvent comme le diable. Mais comment négocier sans sa présence ? La négociation n’est pas une affaire de déjeuner amical mais d’une confrontation, autre que sur le champ de bataille. Autre défaut, on ne trouve que très peu des habituels intermédiaires, plus neutres, d’une négociation internationale. La présence d’un pays européen plus neutre (type Autriche, Suède ou Norvège voire Chypre – proche de la Syrie – ou le Luxembourg membre du Conseil de sécurité) et d’un pays asiatique (Inde ou Japon) ne serait pas superflue. Et surtout, une dynamique de réunion devrait être enclenchée, au moins entre les plus volontaires. L’Union européenne pourrait prendre le lead sur ce projet, en proposant une réunion E4 (France, Royaume-Uni, Luxembourg, Suède) +4 (Russie, Chine, USA, Japon) + 4 (Qatar, Turquie, Irak, Iran), par exemple. Ou tout autre format que nos diplomates auront trouvé. Sinon, on continuera à parler d’une solution politique, sans vraiment la tester, et seule la solution militaire s’imposera… encore plus. (maj) Dans tous les cas,  une partie de la solution se trouvera en prenant le chemin de Moscou et en reconnaissant aux Russes leur poids dans la négociation.

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Utilisation d’armes chimiques en Syrie : les pirouettes de John…

John Kerry à l’OTAN (© Thierry Monasse)

(BRUXELLES2) John Kerry, le secrétaire d’Etat américain n’a pas voulu confirmer mardi (23 avril) l’utilisation d’armes chimiques en Syrie. Lors du traditionnel échange avec les journalistes après la réunion des ministres des affaires étrangères de l’OTAN à Bruxelles, il a utilisé toutes les vieilles ficelles du politique qui veut passer à coté de la question.

Le secrétaire américain a d’abord oublié la question dans celle posée par les journalistes puis botté en touche, déclarant « Permettez-moi de dire – je suis désolé, les gars. La prochaine réunion a déjà commencé. Et je ne veux pas être impoli. Car j’ai déjà eu à être hors d’une réunion pendant une certaine période de temps. » !

Pas d’information confirmée de Nétanyahu

Relancé dans sa question par notre confrère du Washington Post, le secrétaire d’Etat a cependant consenti à ajouter un mot. « J’ai parlé avec le Premier ministre (isralien) Netanyahu ce matin par téléphone. Je pense qu’il est juste de dire qu’il n’était pas en position de confirmer ces informations. (Mais) ce n’est pas à moi de commenter de telles annonces sauf à vous dire que je ne sais pas encore ce que sont les faits ».

Ne croyez pas ce que disent les journaux… mais quand même !

Adepte de la pirouette à 3 balles, Kerry a utilisé le « vieil adage : “Ne croyez pas toujours ce que vous lisez dans les journaux.” avant d’expliquer en quoi il était gêné. « L’information que j’ai à ce moment n’est pas confirmé d’une manière où je puisse être à l’aise pour pouvoir la commenter comme un fait. Peu importe les allégations, nous devons enquêter de façon sérieuse et il est important de savoir ce qu’il se passe ».

Une ligne rouge

Mardi dans la journée, le général israélien Itai Brun, chef du département de recherche et d’analyse au sein de la division du renseignement, avait déclaré que des armes chimiques avaient été utilisées. La reconnaissance de l’utilisation d’armes chimiques est un enjeu important puisque le président Obama avait présenté l’utilisation de ces armes comme une « ligne rouge » qui changerait la donne. Reconnaitre leur usage obligerait les Etats et au premier plan les Etats-Unis à reconsidérer leurs positions sur le dossier syrien.

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Que les Syriens restent chez eux !

(crédit : UNHCR)

(BRUXELLES2) L’Europe ne fait pas dans la générosité. Alors que plus d’un million de Syriens ont déjà quitté le pays — surtout vers le Liban, la Jordanie et la Turquie —, ils ne sont que très peu à avoir franchi la Méditerranée. Moins de 30.000 selon les dernières statistiques publiées par Eurostat. L’Europe n’est pas à une contradiction près. Elle condamne le régime de Bachar, s’inquiète du nombre des réfugiés… comme le rappelaient encore récemment (lors du gymnich de Dublin) Laurent Fabius et son homologue britannique William Hague, dans une lettre commune pour justifier la levée de l’embargo sur les armes. Mais les accueillir, il n’y a personne ou presque parmi les Etats européens qui se mouillent !

Les visas sont donnés au compte-gouttes par les ambassades européennes. Seules la Suède et l’Allemagne ont fait un (petit) effort accueillant pas loin de 8.000 Syriens chacune. L’Allemagne a mis en place un mini-pont aérien pour accueillir quelques blessés graves dans ses hôpitaux. Pour les autres, le mot d’ordre semble être : “que les Syriens restent chez eux!”. La la France, selon les statistiques du Haut commissariat aux réfugiés, a ainsi accueilli peu de réfugiés venant de Syrie : autant à peu près (627) que Chypre (564) !

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Pour Paris et Londres, en Syrie : lever l’embargo sur les armes ou le chaos !

Pour Paris et Londres, en Syrie : lever l’embargo sur les armes ou le chaos !

rencontre bilatérale entre D. Cameron et F. Hollande en marge du sommet européen (crédit : Présidence de la république)

(BRUXELLES2 au Conseil européen) La décision n’est pas prise. Mais c’est tout comme. Quand un dirigeant français et un dirigeant britannique expriment, haut et fort, en long et en large, avec quelques détails qu’ils sont pour la livraison d’armes à l’opposition syrienne, que toutes les autres solutions, politiques notamment, ont échoué, que la situation sur place est grave et que la déstabilisation de toute une région est proche, il ne s’agit pas d’un coup de bluff ou d’un “truc” pour remonter dans les sondages.

Nous sommes ici en face d’une vraie prise de décision, et une possible inflexion dans le conflit syrien qui dure déjà depuis 2 ans. L’offensive franco-britannique est, cette fois-ci, bien préparée. Paris comme Londres (les deux anciennes puissances mandataires de la Syrie…) disposent de munitions dans leur sacoche. Et devant la presse – comme devant ses homologues – F. Hollande a déroulé une panoplie d’arguments pour convaincre (notamment sur le contrôle des armes, voir point 4). La majorité n’est pas acquise… mais l’ébranlement est en route. Explications… La discussion va maintenant se poursuivre dans une autre enceinte.

L’objectif de la manoeuvre franco-britannique : convaincre les partenaires.

Contrairement à ce qu’affirme le président Hollande, les Européens sont pour l’instant majoritairement opposés à une levée de l’embargo. Mais les “esprits bougent”. Même l’Allemagne souvent mise en avant – à tort – comme étant le chef de file des opposants se tâte. La chancelière Merkel n’a d’ailleurs pas voulu indiquer clairement indiquer sa position, renvoyant sur son ministre des Affaires étrangères. Et au sein de la CDU, l’affaire libyenne, et l’isolement de l’Allemagne, ont été vécu comme un vrai “traumatisme” que tout sera fait à Berlin pour éviter une pareille bérézina. L’Italie comme la Belgique sont en train d’évoluer, demandant des garanties sur les livraisons d’armes. En revanche, les pays neutres ou non membres de l’OTAN (Autriche, Suède…), les Pays-Bas ou la république Tchèque restent farouchement opposés à toute levée de l’embargo sur les armes. « Nous devons convaincre, faire valoir nos arguments, montrer qu’il y a une étape à franchir » explique François Hollande. La décision peut-être prise au plus tard « avant mai », voire avant. « J’estime que l’Europe doit décider dans les prochaines semaines ».  Et si il n’y a pas d’accord entre Européens ?, le président français refuse d’employer le mot de “veto”. Mais c’est tout comme : « Nous prendrons nos responsabilités ».

Les munitions de Paris et Londres

La première est d’ordre juridique. La décision d’embargo, sur les armes comme les autres sanctions, est valable juste pour trois mois, jusqu’à fin mai. Faute de renouvellement, toutes les sanctions tombent (les armes comme les autres). Ce n’est plus aux anti-embargo de soutenir qu’il faut le lever, c’est aux pro-embargo de justifier qu’ils ont raison. Ce sera difficile…

La seconde est d’ordre politique, les deux pays ne sont pas seuls. A l’intérieur de l’Union, ceux qui. A l’extérieur, les Etats-Unis, la Turquie et la Ligue Arabe, voire même des personnalités comme le président israélien Shimon Peres estiment nécessaire la livraison d’armes. Cela pèse…

Le troisième argument est d’ordre médiatique. Les massacres continuent, les reportages s’accumulent. Il sera très difficile à certains dirigeants européens de justifier leur inaction face à leur propre opinion publique. La réalité sanglante en Syrie pourrait bien balayer les dernières hésitations. Les gouvernements qui sont contre « devront venir s’expliquer devant leur opinion publique » lâche un diplomate.

Les arguments pour convaincre

  1. La situation s’aggrave sur place, le régime syrien est armé, la voie politique est condamnée. « Le nombre de victimes s’allonge de jour en jour » explique François Hollande. Nous nous retrouvons face à une « volonté claire d’utiliser tous les moyens, militaires, pour frapper son propre peuple. (Le conflit a causé) 100.000 victimes depuis 2 ans ». « Toutes les initiatives pour ouvrir les discussions politiques, une transition politique ont été ruinées (…) Rien n’a pu être obtenu du régime de Bachar el Assad. » François Hollande reconnait, lui-même, que sa position a évolué. « J’ai longtemps pensé que la livraison d’armement non léthal suffirait. On est dans une asymétrie, avec un régime qui obtient des armes, des matériels, les utilise, a des armes chimiques et menace de les employer ».
  2. La déstabilisation des pays voisins est proche. « Il y a des conséquences directes au Liban » souligne le président. Rappelons que les réfugiés forment aujourd’hui entre 10 et 20% de la population au Liban et en Jordanie. Et comme l’explique un diplomate, le « Hezbollah soutient de façon de plus en plus ouverte le régime d’Assad ». (…) «Le plus grand risque serait de ne rien faire de laisser le régime de Bachar (massacrer la population), que des groupes désespérés se réfugient dans terrorisme, le plus plus grand risque est le chaos… »
  3. La présence d’armes chimiques ? « Il y a des craintes, des menaces quant à l’utilisation des armes chimiques » énonçait le président Hollande lors de sa conférence de presse hier soir. Propos repris, un cran au-dessous cependant aujourd’hui. « Nous n’avons pas d’information. Le régime prendrait un risque extrêmement élevé s’il les utilisait. » Selon certaines informations diplomatiques, « il y a de fortes présomptions d’utilisation d’une arme chimique à petite échelle », autrement dit de façon tactique à l’échelle inférieure à la taille d’un village.
  4. Le contrôle des armes sera assuré par la CNS, les pays de la Ligue arabe et l’assistance technique. « La France a toutes les garanties que les fournitures de matériels seraient dans des mains qui ne seraient pas celles des fondamentalistes. (…) La Coalition donne toutes les garanties. Et c’est parce qu’elle les fournit que nous pouvons envisager la levée de l’ embargo. Il y aura un accompagnement, une aide technique, une assistance qui sera fournie et évitera un certain nombre de déperditions. (…) Des pays nous assurent qu’ils pourront assurer le contrôle, des pays de la Ligue arabe. »
    Nb : concrètement cela pourrait vouloir dire qu’il y aura une ou plusieurs unités spécialement dédiées à ces types d’armes (surtout sol-air), qu’il y aura des “personnes de confiance” (anciens militaires sur place, doubles nationaux, contractuels arabes…) insérées dans ces unités, à charge de vérifier que les armes.

Au passage, répondant à une question de B2, le président Hollande a reconnu que des « armes livrées à insurrection en Libye se sont retrouvées dans d’autres champs et d’autres lieux, au Mali et aussi en Syrie » (Nb : aux groupes fondamentalistes et djihadistes). Mais a-t-il ajouté aussitôt c’est une preuve de plus que « pour les armes mieux vaut les contrôler, que de les laisser circuler sans contrôle ».

Sur le Club, les positions détaillées de plusieurs pays à l’issue du Conseil européen

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Le régime ou un rôle en Syrie ? le message de F. Hollande à Poutine

(BRUXELLES2) Pour le président français, François Hollande, qui vient de s’exprimer à l’issue du Conseil européen, le message de la France aux Russes, « au président Poutine » sur la Syrie est clair : « Nous respectons la position qu’a la Russie dans cette région et les intérêts qu’elle peut encore détenir ou préserver. C’est légitime. La Russie fait partie de ces puissances qui peuvent contribuer à l’équilibre, à la stabilité. J’ai plusieurs fois garanti au président Poutine que l’après-Assad ne signifierait pas la fin des relations que ce grand pays a en Syrie. Et d’ajouter : « La levée de l’embargo sur les armes ne signifie pas couper la relation avec la Russie. (…) Il faut tout faire pour associer la Russie à cette solution politique. » Mais les initiatives prises jusqu’à présent n’ont montré aucun résultat. La volonté affirmée par Bachar d’organiser des élections en 2014 et de s’y représenter le prouve. « Ce n’est pas l’ouverture attendue ». Pour le président français, i La pression militaire fait partie de la solution politique ». Message sous-entendu : avez-vous intérêt à la déstabilisation de la région ou à une victoire des fondamentalistes qui sont mieux armés aujourd’hui ?

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Paris et Londres forcent le trait sur l’embargo pour les armes. Pourquoi ?

(BRUXELLES2) Mais quelle mouche a donc piqué tout d’un coup la France et le Royaume-Uni pour exiger de leurs partenaires européens la levée de l’embargo des armes vers la Syrie. Et unis comme les doigts de la main affirmer que si leurs partenaires ne l’accepteraient pas, ils envisageraient l’un comme l’autre, des mesures unilatérales. La détérioration de la situation en Syrie pèse certainement. Les forces “modérées”, prises en étau entre d’une part des extrémistes, mieux armés, plus entraînés et déterminés, et un régime qui ne faiblit pas depuis les deux années de guerre, risquent d’être laminées dans la Syrie nouvelle qui s’esquisse, de gré comme de force. Et il importe d’intervenir d’une manière ou d’une autre. Mais le message a une portée multiple tel un coup de billard qui va heurter plusieurs boules avant de pousser la dernière dans le trou.

Premier visé… les Européens. On croyait la discussion close au moins pour quelques semaines (jusqu’à fin mai). Paris et Londres entendent bien la reprendre tout de suite. Le travail entamé sur l’assouplissement des sanctions civiles ne peut être ainsi, selon cantonné, à ce terrain. Il faut entamer dès maintenant l’élargissement de l’embargo sur les armes. Et ne pas attendre mai comme l’espéraient certains pays.

Second visé… La Russie. La menace est désormais claire. Vous continuez d’armer et d’envoyer une assistance technique au régime de Bachar. Les Occidentaux feront de même. Rappelez-vous l’Afghanistan semblent leur dire Paris et Londres où les missiles anti-aériens avaient contribué à rééquilibrer les forces militaires sur place. Il s’agit donc d’amener Moscou à davantage de mansuétude au Conseil de sécurité de l’ONU comme d’une pression supplémentaire sur le régime. Jeu dangereux.

Troisième destinataire… les Syriens. Même si le régime de Bachar ne plie pas, il faut montrer à ses plus fidèles soutiens que la situation peut se retourner très vite. Et qu’il est encore temps de quitter le navire et lâcher le régime.

Quatrième destinataire… ceux qui arment les groupes fondamentalistes. Ils ne seront plus seuls à disposer d’armes performantes. Sur le terrain, la deuxième bataille entre les groupes fondamentalistes et les groupes modérés pourrait se rééquilibrer. Et ceux qui hésitent vont devoir choisir leur camp.

Cinquième visée… l’opinion publique européenne et mondiale. Si par hasard, on venait à apprendre que des agents français, britanniques ou autres… se trouvaient déjà en Syrie, ou à proximité (Turquie…), que des armes étaient en cours de livraison, cette parole donne une certaine conformité politique à la présence “technique”.

Lire aussi (pour les abonnés du Club) : L’idée d’une levée de l’embargo sur les armes hante les esprits des Européens

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