Adieu Donald. L’Europe de la défense te doit beaucoup. Tes tweets flingueurs vont nous manquer

(B2) Le départ de Donald Trump est sans doute une bonne nouvelle pour les USA. Pas automatiquement pour l’Europe ou du moins sa défense

Donald Trump par lui-même en campagne électorale, poing levé à mi-course (crédit : Maison Blanche)

Le président préféré des médias

Moi je l’aimais bien Donald ! Toute la profession d’ailleurs l’adorait. Tous les journalistes qui diraient le contraire sont en fait de sacrés hypocrites. Avec Trump, le spectacle était garanti chaque soir et chaque matin quand sortait son dernier tweet rageur de la nuit. Un jour c’était l’armée européenne de Macron (lire : Trump tâcle le projet Macron d’armée européenne. A-t-il raison ?). Un autre la politique de l’Union européenne (Lire : Je n’en ai rien à f… d’être populaire en Europe. Les Européens doivent payer et L’Europe ne nous traite pas bien, se lamente Trump). Et jamais très loin, il assénait un bon coup de taloche en direction de l’Allemagne, à ses voitures trop compétitives, ses dirigeants pas assez révérencieux, son budget de la défense faiblard, etc.

Une Alliance atlantique rock’n roll

Les sommets de l’OTAN, d’ordinaire si bien huilés, où l’ennui peut vous gagner rapidement, tant tout se déroule comme sur des roulettes, sont devenus avec Donald, un vrai feuilleton, digne d’un western, avec claquements de portes, embuscades dans les couloirs… et retournement de situation. (Lire : Sommet de l’OTAN : Trump, ses diatribes, ses tweets et Les quatre raisons du coup de sang de Donald Trump à l’OTAN). Sa déclaration sur l’alliance obsolète est restée dans toutes les têtes. Discrètement, il avait même été demandé au service juridique de l’Alliance de vérifier les conditions dans lesquelles pouvaient se retirer un pays membre (NB : les USA). Les humeurs ‘trumpiennes’ perturbaient l’alliance.

Des persiflages en coulisses

En coulisses cela jasait fort. À tous les étages de l’Alliance, des bureaux de la direction aux différentes délégations, cela jasait aussi beaucoup (lire : Les oreilles de Donald Trump ont sifflé à Buckingham Palace). Dans les couloirs de l’Alliance atlantique, chacun s’en donnait ainsi à cœur joie pour se moquer d’un président, pour s’échanger pastiches ou les derniers bons mots du principal actionnaire de l’Alliance. « Je n’en ai jamais vu autant et aussi féroces » me racontait un des diplomates de l’Alliance. Dans les cénacles spécialisés sur la sécurité, comme à Münich, non plus ce n’était pas le fol amour (lire : A Münich le nom de Donald Trump suscite un grand blanc). Pas très étonnant donc que celui qui a bondi de joie, au départ de ce président fantasque est le secrétaire général de l’OTAN. Le Norvégien Jens Stoltenberg voit son cauchemar se terminer.

Une certaine persistance dans la politique étrangère

Pourtant, malgré ses déclarations intempestives et ses allers-retours, et son caractère détestable, il faut reconnaitre certaines qualités au leader des Républicains. Sa politique en matière de politique étrangère a été plutôt claire, limpide et assez prévisible (lire : L’Amérique « en premier », de Trump. Pour l’Europe, un certain langage de la vérité). Sa décision de se retirer de l’accord sur l’Iran, comme sur le climat était annoncée. Sa faible croyance dans les structures multilatérales a pu être vérifiée au fil du temps. Sa promesse de retirer les troupes US, un peu partout dans le monde, a été tenue, même si cela s’est fait de manière brouillonne parfois. Et les pays de l’Est ont bénéficié d’un appui américain, quasi-sans faille, face à la Russie.

Un allié objectif de la défense européenne

Pour la politique extérieure et de sécurité commune européenne (et la stabilité dans le monde), Trump n’a donc finalement pas été un mauvais bougre. Il ne nous a pas entraîné dans une guerre sans fin ou déstabilisatrice (ex. Irak 2003). Malgré (ou à cause de) son agressivité permanente, il a forcé (un peu) les Européens à sortir de leurs retranchements, à commencer (un peu) à penser autonome des USA, comme sur l’Iran notamment (lire : La décision de Donald Trump sur l’Iran, un vrai pari. Un défi aux Européens aussi !). En matière de défense européenne, même s’il n’est pas le seul facteur, cela a incité certains pays, plutôt suivistes de la politique américaine, à se dire qu’après tout, une politique européenne de défense n’était pas tout à fait inutile. Comme une roue de secours, en cas de panne de la ‘voiture’ OTAN.

‘Biden’ un ami exigeant …

Je ne suis pas extrêmement sûr que, sur ce strict point-là (de la défense européenne), nous ayons à gagner avec un Joe Biden. Certes la politique sera plus amicale, plus polie avec l’Europe. Il y aura à la Maison Blanche et au département d’État un préjugé favorable aux alliés sur les adversaires. Cela ne voudra pas dire automatiquement le champ libre pour les Européens. Au contraire. Il faudra mériter (cette amitié) et montrer patte blanche.

…et des tendances lourdes persistantes

L’Europe n’est plus ‘la’ priorité pour Washington. Le fameux pivot vers l’Asie — enclenché sous Obama-Biden, poursuivi sous Trump — va persister. La politique dynamique d’exportation d’armements et de défense de l’industrie US ne va pas céder le pas de sitôt. Washington voudra encore plus que jamais avoir un pied dans les projets européens de défense (coopération structurée permanente et fonds européen de défense, notamment). Et la notion de ‘partage du fardeau’ restera en haut des priorités américaines. Bref faire la ‘danse du ventre’ aujourd’hui devant ‘Joe’ risque de provoquer certaines aigreurs d’estomac demain.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Vous aurez noté que ceci est un éditorial, non une analyse, avec une certaine dose d’ironie, où le second degré rejoint parfois le premier.

Lire aussi notre analyse détaillée de la politique étrangère selon Biden et le commentaire de la position européenne sur l’Iran L’accord sur le nucléaire iranien. Des Européens droits dans leurs bottes

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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