Les navires de Sea Guardian font-ils des ronds dans l’eau ?

La frégate turque TCG Gaziantep qui assure actuellement le commandement de l’opération Sea Guardian (crédit : OTAN / Marcom)

(B2) Les navires de l’opération Sea Guardian semblent, pour l’instant, condamnés à faire des ronds dans l’eau. Le fameux soutien logistique a certes commencé mais de façon ad hoc, avec des ravitaillements en mer par des navires italiens ou espagnols. Ce qui, en soi, est un apport pour l’opération EUNAVFOR MED mais se produit de façon classique en mer, parfois sans tambours ni trompettes.

Pour l’échange de renseignements et d’informations entre les deux organisations, c’est beaucoup plus compliqué que ce qui avait été dit, ainsi que nous l’a confirmé un diplomate bien informé. « Les deux organisations n’ont pas les mêmes classifications et les mêmes modes. Cela demande du travail. »

Mais le problème ne semble pas être uniquement technique, il est aussi politique. Tout d’abord, il bute sur le même obstacle que durant toutes ces années quand il s’agit de faire dialoguer l’OTAN et l’UE sur le terrain. « La Turquie n’est pas automatiquement d’accord pour transmettre ces données à Chypre » nous confirme une source.

Ensuite, personne ne veut trop s’avancer alors que le renouvellement de la résolution 2292 du Conseil de sécurité des Nations Unies est en cours. Une résolution qui donne mandat, notamment, à l’opération Sophia d’agir en Méditerranée centrale tant sur le trafic d’êtres humains que le contrôle de l’embargo en mer… Inutile d’agiter un chiffon rouge devant les pays qui devraient s’afficher contre un retour de l’OTAN dans la zone.

Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, s’est d’ailleurs bien gardé de trop élaborer sur ce sujet lors de la rencontre avec la presse ce matin. « Nous sommes présents en Méditerranée avec notre Opération Sea Guardian qui fournit également une aide à l’Opération Sophia » a-t-il déclaré laconiquement.

On est loin ainsi des déclarations tonitruantes de fin octobre qui annonçait le démarrage de cette nouvelle opération de l’OTAN en soutien à l’opération de l’Union européenne… pour début novembre (lire : Exit Active Endeavour. L’OTAN met en place Sea Guardian en Méditerranée. Hiatus en mer Egée). Il est vrai que cette « opération » n’a pas vraiment de moyens permanents, propres, mais des moyens mis à disposition (1) par les États membres de façon temporaire (Lire : Sea Guardian : une opération à envergure limitée).

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Trois navires composent l’opération : la frégate turque TCG Gaziantep (F-490) — qui assure le commandement —, la frégate italienne ITS Aviere (F-583) et la frégate hellénique HS Navarinon (F-461). Actuellement en manœuvre en Méditerranée, il s’agit du deuxième « rassemblement » après le premier qui avait eu lieu début novembre.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).