Le pamphlet islamophobe d’un drôle de bonhomme auxquels plusieurs Européens apportaient leur caution (maj)

I. Seminatore par lui-même dans son acte de candidature à la présidence italienne
I. Seminatore par lui-même dans son acte de candidature à la présidence italienne

(BRUXELLES2) La dernière production de l’IERI, l’institut européen de relations internationales, dirigé par l’Italien Irnerio Seminatore, — Islam et Occident – Deux civilisations incompatibles (télécharger ici) — révèle toute la dérive du bonhomme. Dire comme le note Marcel Sel sur son blog que cela « éclabousse toute l’Europe » est sans doute exagéré. Mais il est sûr que certains responsables européens vont s’empresser, dès demain, de gommer tout lien avec cet institut … qui avait réussi, malgré l’indigence de certains papiers, à gagner la confiance (à défaut de l’estime) de plusieurs responsables européens à la Commission européenne, au Parlement ou SEAE.

Une guerre des civilisations mal digérée

Dans un charabia, assez habituel auquel le « directeur » nous avait habitué, Seminatore est cette fois-ci plutôt clair, utilisant, dans un style de « guerre des civilisations » mal digéré, une diatribe qui ne frôle pas avec seulement les écrits habituels des anti-immigration mais tombe carrément dans une islamophobie assumée, et pour tout dire d’un racisme primaire. « Toutes les formes de coexistence expérimentées jusqu’ici ont été un échec, car l’Islam européen est devenu une sous culture intransigeante et hostile, ne cohabite pas avec d’autres confessions, ne partage en rien le bien commun, s’ oppose au siècle, vit en isolement communautaire et n’accepte pas le monde » écrit Seminatore. Et, plus loin, il renchérit : « L’immigration extra-européenne et musulmane sont le lit et le terreau de ce meurtre et obéit à un dessein d’occupation physique, idéologique et culturel qui est à la racine de ces provocations récurrentes et extrêmes. » etc.

En conclusion, il appelle à des actions qui semblent devoir se dérouler en marge de l’Etat de droit « En conséquence, l’Occident, comme constellation démocratisée et pacifiée d’États de droit, lorsqu’il est attaqué, dont porter sa lutte hors du système du Jus Publicum, car la lutte est toujours décidée hors du champ de la Constitution et du droit, hors des institutions intergouvernementales et supranationales, hors de l’interdépendance économique, de la diplomatie et de la gouvernance, dans le domaine originel du terrible et du sang, de la loi biblique et de la vengeance de Dieu. » Des écrits qui sonnent étrangement comme une métaphore de l’idéologie nazie et devraient entraîner normalement des poursuites judiciaires chez celui qui a déclaré il y a peu sa candidature à la présidence de la République italienne pour succéder à G. Napolitano !

Des séminaires, bien chaperonnés

Considéré par certains par un hurluberlu, un peu gaga mais inoffensif, pour d’autres, comme un vecteur intéressant pour faire passer certaines idées, Seminatore était arrivé à attirer, à agglutiner à ses séminaires, sessions et rapports, nombre de responsables européens, en particulier de la Commission européenne, du Conseil ou du Service diplomatique européen (SEAE), qui n’hésitaient pas à parrainer ses sessions de formation ou mettre leur nom sur ses séances universitaires. Des responsables très silencieux aujourd’hui. Son « conseiller scientifique » est Pierre-Emmanuel Thomann, ancien représentant de la région Picardie à Bruxelles. Ses papiers étaient cependant assez souvent un fatras, entre réflexion géopolitique, longues discussions pseudo historiques et philosophiques, ou idées assez fumeuses, qui contenaient souvent de longues digressions sur l’antiquité, notamment à Rome ou Athènes dont était fan le directeur de l’IERI.

Un prix « civisme » parrainé par le bureau de Paris de la Commission européenne !

Étonnamment, le directeur de l’IERI suscitait une certaine confiance. Portant beau, âgé, il adorait être des réunions solennelles où se retrouve le beau monde de la défense européenne (UE) ou euro-atlantique (OTAN), que ce soit aux manifestations des Amis de l’Europe (Security Defence agenda), de l’institut européen d’études de la sécurité ou à certaines « auditions » du Parlement européen, qu’il pouvait ainsi « draguer » pour ses séminaires. Il était obstiné d’ailleurs, et avec l’aide de plusieurs stagiaires, n’hésitait pas à vous relancer au besoin pour assister à ces séances. J’ai ainsi été sollicité à plusieurs reprises, pour présider un de ses groupes, j’ai toujours refusé « ne sentant pas vraiment le bonhomme ». Un diplomate français, avec qui j’avais discuté sur le bonhomme, avait marqué son étonnement devant cette méfiance, estimant que le détour par l’IERI valait le coup. Apparemment d’autres pays, d’Asie centrale notamment (Kazakhstan, Ouzbékistan…), avaient aussi estimé que l’IERI pouvait un vecteur intéressant de « dialogue ». Seminatore est d’ailleurs chevalier de l’ordre Do’Stlik de l’Ouzbékistan (du moins c’est ce qu’il prétend). Ses écrits avaient aussi trouvé place dans plusieurs publications ou sites — comme la Revue « Défense nationale » (à laquelle il collaborait régulièrement jusqu’à peu encore, voir ici, avant que la nouvelle direction de la Revue ne décide d’interrompre la collaboration) ou le site Diploweb de Pierre Verluise (ici) — pourtant réputés pour leur sérieux.

L’IERI venait d’ailleurs, en décembre dernier, le prix spécial du jury « Civisme, Sécurité et Défense » décerné par l’association Cidan, un prix placé sous le patronage de la représentation en France de la Commission européenne (et soutenu financièrement *), qui avait été délivré de façon solennelle lors de la conférence sur la sécurité à Berlin par Robert Walter, député britannique (conservateur) et chef de la délégation britannique au Conseil de l’Europe, ancien président de l’assemblée parlementaire de l’UEO et aujourd’hui organisateur des rencontres de Berlin, à la tête de l’association européenne de sécurité et défense qu’il avait créée dans la foulée de la dissolution de l’UEO…

(Nicolas Gros-Verheyde)

La remise du prix "civisme" à Seminatore (2e à droite) (crédit : Cidan)
I Seminatore (2e à droite) aux côtés de Robert Walter (ancien président de l’assemblée parlementaire de l’UEO et organisateur de la conférence sur la sécurité de Berlin) lors de la remise du prix « civisme » à Berlin. A gauche, on reconnait Hans-Peter Bartels, député SPD et président de la commission Défense du Bundestag (crédit : BSC / CIDAN)

(Maj 26.1 et 27.1 avec détails et réactions) Les instances européennes sollicitées par B2 n’ont pas voulu répondre (Bureau de la Commission européenne de Paris, Robert Walter, …) ou se sont dédouanées de tout soutien. Au Service diplomatique européen (SEAE), on souligne que « parler à des think-tanks » ne signifie « pas être engagés par leurs écrits et prises de positions », précisant que « l’IERI n’a reçu aucun financement du SEAE ». Au CIDAN, en revanche, on dit ne pas comprendre la polémique, on confirme à la fois le prix européen reçu par l’IERI – qu’il méritait pour son « Académie diplomatique européenne » – et on s’affirme même pas très éloigné de certaines idées défendues par I. Seminatore.

(Maj 2.2) La représentation de Paris de la Commission européenne nous a fait savoir qu’elle avait soutenu financièrement le prix du CiDAN en 2014 à hauteur de 3000 euros (2000 euros pour  la mise en place du concours à hauteur de 2000 euros et 1000 euros pour la réalisation du trophée). Mais qu’elle n’avait pas participé au jury pour l’attribution du prix. « Aucun soutien (financier direct) n’a été accordé à l’IERI ».


(Maj 28.1) M. Seminatore nous adressé ci-dessous un droit de réponse. Il menace de saisir la justice mais ne respecte ni la procédure très simple du droit de réponse, ni le contenu du droit de réponse. Néanmoins, nous pensons utile de reproduire tel que ce qui, pour nous, n’est pas très digne d’un « think-tank ». Chacun jugera.

« la seule réponse convenable est une saisine de la justice pour diffamation peronnelle et institutionnelle. (…) En effet, vous avez abusé de votre droit de journaliste et de chroniqueur et vous avez porté atteinte à la liberté de la presse en opérant deux transpositions indignes, illicites et coupables : celle d’attribuer à l’IERI, les opinions et les mises au point, signées à mon nom en ce qui concerne l’article  » Islam et Occident: deux civilisations incompatibles »;la deuxième de  mentionner dans la nébuleuse des personnalités évoquées par votre papier, une série de noms,non concerné par mes idées, voire même d’idées opposées. Cette double opération de transposition de responsabilités intellectuelles s’appelle amalgame et faute. Elle  est contraire à la loi, à l’éthique professionnelle et à la moralité commune. Elle est également passible d’être traduite en justice comme attaque « ad hominem » et comme atteinte au débat d’idées . En effet, il n’ existe pas en matière d’opinions, la notion de faute collective ou de ligne politique commune sauf dans les partis totalitaires. Pourtant, vous avez extrapolé, diffamé et sali, une série d’ institutions et de noms, sous la fausse accusation de parrainage et/ou de bienveillance à mon égard. Cette indigne opération porte atteinte à mon honorabilité et à celle d’hommes et de femmes qui ont participé aux activités de l’IERI. Le délit d’opinion n’existe que dans votre tête de » gauchiste » invétéré et constitue un facteur de désinformation, d’intoxication et de dévoiement de la presse, à laquelle vous n’apportez que votre indignité d’homme et de chroniqueur. »

M. Seminatore met en fait en cause tout simplement la liberté de la presse. Ce qu’il souhaite voir éteindre, c’est le droit qu’a la presse et le journalisme de mettre le doigt sur certains agissements ou écrits, d’exprimer son désaccord ou la critique. Il ne répond à aucun moment sur le fond. Il nous accuse de « fautes ». Or, premièrement, il ne peut prétendre que ces écrits ne sont pas attribuables à l’IERI. Ils se trouvent sur le site de l’IERI, en bonne place, signés de lui-même qui est – il l’atteste dans son droit de réponse – président de l’IERI. Deuxièmement, il veut s’abriter – comme il l’a souvent fait – derrière un certain nombre d’organisations ou de personnalités, pour éviter la critique dont il pourrait être l’objet. Or, sur le site même de l’IERI, il revendique de nombreux parrainages, partenariats et autres appuis.