Comment la planification de l’opération maritime sur la Libye a été stoppée, coté UE

(BRUXELLES2/exclusif) Selon les informations qui me sont parvenues, Cathy Ashton, « la Haute représentante pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité », n’a pas seulement ralenti la planification d’une opération maritime de l’UE pour contrôler l’embargo sur les armes vers la Libye. Elle a donné l’ordre — il y a plusieurs jours déjà — de stopper toute planification d’une telle opération, en utilisant pour cela son autorité directe sur les structures de gestion de crises (Europe de la défense), sans passer donc par la structure du service diplomatique (ou du secrétariat général). Ce qu’on avait dénommé, publiquement et pudiquement, « planification prudente » cachait, de fait, un refus de la planification.

Pour la Haute représentante, cette décision se justifie cependant pour trois raisons. L’une est politique et de principe : il faut éviter toute duplication avec l’OTAN (qui a déjà entamé un travail parallèle). Les deux autres sont opérationnelles. Le contrôle maritime de l’embargo ne paraît « pas vraiment efficace » tant des voies de passage pour les armes existent par air ou terre. Enfin, il ne faut pas compliquer la génération de forces de l’opération anti-piraterie de l’UE « Eunavfor Atalanta » en demandant aux Etats d’autres moyens maritimes. Le Parlement européen n’a, apparemment, pas été informé de cette décision.

Les raisons exposées semblent pour le moins discutables et cacher surtout la volonté de ne pas voir émerger une alternative d’Europe de la défense. Position classique du Royaume-Uni. On peut voir également que les Français qui ont tant milité pour une autonomie des structures de gestion de crises se retrouvent pris à leur propre piège. La voie hiérarchique directe qui relie les structures d’Europe de la Défense directement à la Haute représentante ayant été préférée à la voie traditionnelle du secrétariat général du Service.

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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