18 mois après le début d’Atalanta (3). Un dernier bilan

18 mois après le début d’Atalanta (3). Un dernier bilan

EscortNavarraAlphaKirawira3@Eunavfor100106

(crédit photo : EUNAVFOR atalanta)

(BRUXELLES2 A NORTHWOOD et BRUXELLES) Après 18 mois de présence dans le golfe et l’Océan indien, voici un dernier bilan de l’opération
européenne anti-piraterie Eunavfor Atalanta. Une opération qui a évolué au niveau tactique et s’opère maintenant en « mode offensif« , même si la remise à la justice des pirates arrêtés marque actuellement le
pas..

L’accompagnement humanitaire : un sans-faute

C’est un aspect souvent oublié quand on dresse le bilan de la piraterie. Mais oh combien essentiels. Environ 30% des forces d’EUNAVFOR Atalanta sont consacrés à ce premier volet de l’action européenne – la protection des bateaux du PAM et de l’AMISOM qui sont escortés de bout en bout, du Kenya à la Somalie. 72 bateaux du PAM ont ainsi été escortés. Ce qui a permis d’acheminer vers la Somalie 364.118 tonnes d’aide alimentaire – ainsi que 42 navires approvisionnant l’AMISOM.

Aucun n’a été attaqué. Des équipes embarquées de protection (VPD) sont à bord.Et c’est efficace selon John Harbour, le porte-parole d’EUNAVFOR : « Cela permet d’avoir une première réaction et d’attendre l’arrivée de l’hélicoptère qui est là rapidement. En général, cela suffit à les faire fuir ». Cela requiert cependant l’autorisation de l’État du pavillon (celui du PAM ou de l’AMISOM ne suffit pas). Des accords cadres ont été passés avec certains pays. Mais pour Panama, par exemple, il faut à chaque fois un accord.

Dans le Golfe d’Aden, une tactique affinée de « corridor »

Dans le Golfe d’Aden, la prévention des actes de piraterie s’effectue selon deux techniques qui s’opèrent différemment selon les nations.

La technique de « corridor » a été choisie par EUNAVFOR et mis en oeuvre avec les autres forces multinationales (OTAN, CTF) présentes. Le principe n’est pas d’escorter les bateaux mais chacun des navires de guerre surveillant une zone précise, une box. Les navires marchands passant sous la surveillance d’un box à l’autre. Ce qui est suffisant pour intervenir si le navire marchand a utilisé les « bonnes pratiques » en vigueur pour résister. Chacun des participants coordonne à tour de rôle l’action dans le corridor. Commentaire d’un officier européen : « Les pirates
n’attaquent pas ou s’ils attaquent des navires de guerre sont rapidement prêts à intervenir. Les prises sont rares ».
Comme l’a rappelé le contre-amiral Hudson qui commande l’opération Atalanta, la « recrudescence des dernières attaques réussies fin 2009 tient souvent au non-respect de certaines des recommandations de bonnes pratiques
maritimes
».

D’autres nations (Russie, Chine, Inde) utilisent la technique ancienne du convoi escorté par des navires militaires qui est « plus longue et contraignante pour les navires marchands (il doit y avoir un point de rassemblement) et pas automatiquement plus efficace, les pirates attendant le dernier ou le solitaire pour l’attaquer. Le passé l’a prouvé », remarque un officier européen.

A noter: le revirement de la Chine qui a décidé de s’impliquer pleinement dans la coopération multinationale et posé sa candidature pour intégrer le dispositif du corridor IRTC.

Dans le bassin somalien, la stratégie du « containment »

Dans le bassin somalien, le principe est la neutralisation des groupes pirates et la destruction des bateaux mères (cf. mode offensif).

Au bilan, depuis le début de l’opération européenne EUNAVFOR Atlanta, il y a eu 74 attaques réussies des pirates et 170 déjouées sur un total de 244 attaques

recensées officiellement, soit un « taux de réussite » des pirates de 1 sur 3. Actuellement, il reste 18 navires sous contrôle des pirates somaliens et 393 membres d’équipage en otage. Bilan qui peut sembler amer. Mais du coté militaire, on est réaliste, on sait très bien que quelle que soit la tactique utilisée, ainsi me l’ont précisé, de façon
quasi-unanime, les officiers: « l’action en mer permet juste de limiter autant que possible les faits de piraterie, la solution est ailleurs, à terre ».

(Nicolas Gros-Verheyde)