La fille cachée du Roi belge s’expose

Share

De retour au pays pour quelques semaines, Delphine expose… à quelques pas du palais royal. Rencontre…

(B2) La rumeur savamment organisée se répand dans la ville. La fille « secrète » du roi Albert II expose à quelques encablures du palais royal. Le fruit des amours peu légitimes du roi des belges est en effet artiste. Vivant à Londres, dans le quartier pas très pauvre de Nothing Hill, Delphine est en effet diplômée de la plutôt renommée Chelsea School of Arts. Depuis elle s’est spécialisée dans les sculptures de papier mâché, en couleurs de préférence.

Sa paternité illustre a éclaté au grand jour il y a deux ans. Un collégien de 18 ans, féru d’histoire, Mario Danneels, publie alors une biographie de la reine Paola. Au passage, il révèle ce que d’aucuns susurraient déjà dans le royaume. Le très catholique Albert, héritier de la couronne alors, avait eu dans les années 1960 une liaison avec Sybille Sélys de Longchamps, aristocrate bien en vue de la Cour, dont était née une fille, Delphine.

Autant dire que l’exposition qui s’ouvre sous son seul prénom dans quelques jours ne se fait pas incognito.  » Ca non …  » nous confie-t-elle, avec un sourire qui se veut désarmant.  » Mais après tout —rigole-t-elle franchement — je suis belge.  » Sur sa filiation, Delphine garde d’ailleurs bouche close. Elle se veut avant tout artiste. « Dans mes œuvres, je cherche à exprimer les pensées, la façon de voir les choses, d’avoir une ouverture d’esprit par rapport aux gens qui ont une vision de la vie toute droite et qui n’ont pas une ouverture sur les choses. » Qui cela vise-t-il ? Mystère. Mais s’il en besoin, les titres de ses œuvres parlent pour elle.

Entre le « lovers trone » (trône des amants) ou le « royal candelstick », l’inspiration monarchique est partout. Et s’il est besoin de vérifier, il suffit de jeter un coup d’œil sur sa dernière œuvre. Dans une espèce d’alcôve en papiers déchirés tout de couleurs, vertes, oranges, rouges, bleues est accroché un lampadaire simple à cinq branches — le roi, la reine et leurs trois enfants « officiels »…— auquel est suspendu un petit bocal, dans lequel nage un poisson… seul. Symbolique ! Au Palais royal, on ne commente pas cette incursion sur les terres belges. Et on se garde bien d’évoquer l’éventualité d’une invitation pour les fêtes de Noël. Mais une partie de la noblesse a déjà choisi. Lors du vernissage, on pouvait ainsi croiser quelques illustres têtes venaient plutôt pour être vu et voir Delphine que son œuvre…

Nicolas Gros-Verheyde

Publié dans France-Soir, décembre 2001