Bruxelles lâche Cresson une deuxième fois

La Commission européenne a levé hier l’immunité dont bénéficiait Édith Cresson en tant qu’ancienne commissaire.

(archives B2) La Commission européenne n’aura pas traîné à accéder à la demande de la justice belge de pouvoir entendre Édith Cresson. Saisie, officiellement, le 2 février par le ministère des affaires étrangères belge, elle a décidé, hier, de lever l’immunité de l’ancienne commissaire à l’éducation et à la recherche.

« Une première pour un poste de ce niveau – reconnaît le porte-parole de la Commission – mais la décision a été facilitée par le fait que l’ancienne commissaire a accepté spontanément de venir témoigner ». Édith Cresson devra donc s’expliquer sur le dossier Berthelot. Son « dentiste de Chatellerault », ville dont elle était maire avant de devenir commissaire européenne, a, en effet, bénéficié de 1995 à 1997, par sa bienveillance, d’un contrat de « visiteur scientifique » à la Commission. Un contrat qui est assez vite apparu comme peu consistant aux yeux des responsables européens de lutte-anti fraude puis des experts indépendants chargés de faire la lumière sur certains dossiers, troubles de la Commission européenne.

L’activité du sieur Berthelot semble, en fait, s’être résumée à une dizaine de notes, « certaines très vagues et politiques », sans qu’« aucun rapport final » n’ait été établi à l’issue de sa visite comme il en avait l’obligation. En revanche, les quelques 41 notes de frais qu’il a produites pour se rendre… à Châtellerault, ville dont il est originaire, étaient, elles, bien réelles. Ainsi que ses honoraires. La Commission européenne a d’ailleurs demandé à Berthelot le remboursement de près de 900 000 francs (5,5 millions de francs belges). Sans succès jusqu’ici. Mais il y a plus grave ! Certaines pièces justificatives de son travail auraient été fabriquées a posteriori.

L’affaire de fraude au budget communautaire se double donc d’une possibilité de faux ou usage de faux. Deux motifs suffisants pour que le juge d’instruction de Bruxelles spécialisé dans les dossiers financiers, Jean-Claude Van Espen, puisse décider d’ouvrir une instruction « à charge ou à décharge », les faits ayant été commis sur le territoire belge. Une affaire à suivre d’autant plus près que ce même juge instruit une autre affaire de fraude, où le nom d’Édith Cresson réapparaît, celles commises par le bureau d’assistance technique Agenor/Leonardo en matière d’aide à la formation professionnelle.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(Publié dans France-Soir, janvier 2000)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).