Kader Arif à l'ossuaire de Douaumont pour le centenaire de Verdun (crédit : Min. Défense / ECPAD / Karaghesian)

Kader Arif démissionne, remplacé par Jean-Marc Todeschini

Kader Arif à l'ossuaire de Douaumont pour le centenaire de Verdun (crédit : Min. Défense / ECPAD / Karaghesian)

Kader Arif à l’ossuaire de Douaumont pour le centenaire de Verdun (crédit : Min. Défense / ECPAD / Karaghesian)

(B2) C’est un petit séisme dans le milieu de la défense française. Le secrétaire d’Etat aux Anciens combattants, ancien eurodéputé, Kader Arif a remis aujourd’hui sa démission« afin d’apporter toutes les précisions visant à l’établissement de la vérité dans le cadre de l’enquête préliminaire menée par le parquet financier dans laquelle son nom est cité » précise l’Elysée dans un communiqué. Jean-Marc Todeschini, Sénateur de la Moselle, qui le remplace avec le même titre de « Secrétaire d’Etat auprès du ministre de la défense, chargé des anciens combattants et de la mémoire ». Cette démission fait notamment suite à une enquête de Mediapart qui révélait que les bureaux du secrétaire d’Etat ont été perquisitionnés début novembre. Une enquête préliminaire a été ouverte en septembre sur des marchés publics attribués par le conseil régional de Midi-Pyrénées à des parents du secrétaire d’Etat. Il a l’avantage d’avoir été chef de cabinet de Jean-Pierre Masseret, qui a exercé ce poste ministériel de 1997 à 2001 (sous Lionel Jospin).

1914-1918 une vieille histoire pas encore tout à fait commune

Les deux guerres 1914-18 et 1939-1945 recèlent d’histoires méconnues. Ici les soldats russes arrivent à Marseille en 1914 (Crédit : ECPAD, ministère français de la Défense)

(BRUXELLES2) Le ministre délégué à la Défense et des anciens combattants, Kader Arif, était donc hier à Bruxelles pour rencontrer son homologue belge et diverses personnalités, comme l’ancien ministre (socialiste) de la Défense, A. Flahaut, européen convaincu et aujourd’hui président de la Chambre des députés.

Le ministre français est chargé notamment de préparer l’anniversaire du centenaire de la guerre 1914-1918 comme des 70 ans de la fin de la 2e guerre mondiale. Il a entamé des discussions avec nombre de partenaires européens. Inutile de dire que la tâche pour fédérer les histoires si diverses et contradictoires, même des dizaines d’années après, ne va pas de soi. Certaines dates n’ont pas la même signification partout. La fin de la guerre de 1918 signifie partout la fin de la guerre, la défaite et la victoire, mais aussi parfois le démantèlement d’un Etat, voire la fin d’une ère (pour l’Autriche), ou la création d’autres. Les évènements restent douloureux dans les mémoires des peuples.

Les deux célébrations n’ont pas la même signification. La guerre 14-18 serait plutôt l’occasion de sceller un continent, aux histoires différentes, réconcilié. « On ne va célébrer la déclaration de la guerre. Mais je pense que le 1er août on pourrait rendre hommage aux premiers soldats tombés, le caporal Peugeot (français) et le lieutenant Meyer (allemand) ». La célébration de 1945 est aussi un des derniers moments de recueillir des témoignages vivants. « Nous avons encore une mémoire de chair ». Il s’agit aussi au niveau français de célébrer la « notion d’appartenance à la nation » et de rendre hommage à ceux qui sont venus donner un coup de main et sont morts sur le continent : les néozélandais, les australiens, les africains… Le ministre voudrait ainsi célébrer la libération de la Corse (entre septembre et octobre 1943) à la fois par les « résistants corses mais aussi par les goumiers marocains ».

Et pourquoi pas un sommet européen à Sarajevo…

Pour l’instant on ne peut pas dire qu’une idée forte se dégage. Et pourtant il y aurait de quoi. Un sommet européen le 28 juin 2014, à Sarajevo par exemple, 100 ans après l’assassinat de l’archiduc qui plongea le continent dans plusieurs guerres (car il n’y eu pas une) sans merci, aurait une signification hautement symbolique, d’autant qu’elle surviendrait au terme d’une campagne électorale européenne, et à la veille d’un renouvellement de toutes les institutions.

Les histoires croisées

Il serait aussi intéressant de se remémorer ces histoires croisées, souvent oubliées coté français. Français et Britanniques organisèrent alors l’exfiltration de plusieurs milliers de soldats polonais – soit par les pays Baltes, soit par les Balkans -. Ils furent très vite réincoporés, servant en unités constituées, dès 1940. Certaines combattirent en Scandinavie, d’autres en France, voire au Moyen-Orient (la brigade des Carpates). Le 17 juin 1940 alors que Pétain a signé l’armistice, le général Sikorski refuse les ordres, de son mentor français, le général Denain, de replier ses unités sur Libourne et donne l’ordre aux troupes polonaises présentes sur l’hexagone, de tenter de passer en Angleterre pour continuer le combat. Idem au Moyen-Orient où le général Kopanski refuse l’ordre de désarmement du général Weygand et passe en Palestine… britannique avec armes et bagages.

Au Mali, les Français n’ont pas vocation à rester… mais resteront quand même ?

Arrivée à Tombouctou (crédit : ministère français de la Défense / DICOD / ECPAD)

(BRUXELLES2) La durée de l’engagement des Français au Mali reste encore floue dans le langage public. « Nous poursuivrons ces actions aussi longtemps que nécessaire » explique le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian dès sa première conférence de presse sur le Mali, le samedi 12 janvier, à Paris. Les Français n’ont pas « vocation à rester éternellement au Mali. C’est aux Africains de mener en première ligne cette action » complète Laurent Fabius, le ministre des Affaires étrangères, quelques jours plus tard, le 17 janvier, à Bruxelles, lors de la réunion extraordinaire de l’Union européenne consacrée au Mali. Entre les deux ministres, on pourrait croire à un hiatus. La contradiction n’est qu’apparente.

Une nouvelle phase commence

Reevant le premier ministre polonais (D. Tusk), lundi (28 janvier), le président François Hollande, lui-même, synthétise cette contradiction. Il commence par dresser le bilan, victorieux, des troupes françaises. Et on peut avoir l’impression qu’il tourne une page. « Arrêter l’offensive terroriste, c’est fait. Reconquérir des villes avec l’armée malienne et les forces africaines, nous sommes en cours de réalisation de cette opération. » Reste, le nord Mali « encore sous le contrôle des terroristes ». Et le président d’enchaîner : « Ce sont les Africains, qui feront en sorte de permettre au Mali de retrouver son intégrité territoriale. » On a l’impression donc qu’une première phase de l’opération est terminée et qu’on passe à une autre. Le président confirme d’ailleurs : « La France n’a pas vocation à rester au Mali ».

Objectif : Stabilisation durable et sécurisation suffisante

Mais le président français ajoute aussitôt « En revanche, notre devoir, c’est de faire en sorte que nous puissions permettre aux forces africaines de donner au Mali, une stabilité durable, au-delà-même de l’intégrité territoriale qui doit être effectivement obtenue. Nous veillons aussi à ce que les contingents africains puissent maintenant se déployer pour prendre le relais de l’armée malienne et de l’armée française lorsque nous aurons suffisamment sécurisé le territoire. » Une stabilité durable et la sécurisation suffisante du territoire semblent désormais donc les nouveaux objectifs de cette mission.

Au minimum : Jusqu’aux élections ?

J’ai interrogé Kader Arif, le ministre délégué à la Défense et aux Anciens combattants (de passage ce mercredi (30 janvier) à Bruxelles). Et, selon lui, la stabilisation au Mali par une « stabilisation militaire et opérationnelle » mais aussi une « stabilisation politique et économique ». Lui demandant ainsi de préciser à quel moment on pouvait considérer cet objectif rempli, il a répondu : un « pouvoir politique stabilisé, des élections (sont) parmi les éléments majeurs » de cette stabilisation. Les militaires français resteraient ainsi au moins jusqu’à la « date des élections » (prévues pour juillet), m’a-t-il précisé.

Commentaire : une donne délicate

Nous avons ainsi sinon une date précise, au moins un objectif temporel. Maintenant cela ne signifie pas un engagement identique. La donne est délicate effectivement. En termes opérationnels et politiques, il s’agit d’endosser les bons résultats de l’intervention-éclair des Français (et des Maliens), sans s’enliser pour des années, donc en partant assez vite, pour ne pas donner prise à des relents de casernement et d’intervention coloniale. Dans le même temps, il ne faut pas donner prise à un retournement de situation par un retrait trop rapide (du type Gao, Tombouctou et Kidal sont libérés, on s’en va). Ce qui serait catastrophique, tout comme le serait une situation un peu chaotique de règlement de comptes interfactions, ou interarmées. Le tout doit respecter à la fois l’autonomie constitutionnelle du Mali tout comme la légalité internationale. C’est entre ces chemins étroits que vont devoir sillonner les « stratèges » français. La présence française restera au moins jusqu’à l’été. Sauf retournement de situation, le nombre de militaires engagés devrait ainsi diminuer de façon visible. Pour être discrète, elle devra cependant être placée dans des endroits assez stratégiques (aéroport, villes, …) pour être dissuasive, ou auprès des troupes africaines, pour faire une sorte de « mentoring » ou de soutien, selon des modalités qui restent encore à définir, du moins à expliciter publiquement.