TuskMogheriniVanRompuySallePress@UE140830

2014, année du renouvellement européen

TuskMogheriniVanRompuySallePress@UE140830(BRUXELLES2) Cette année 2014 aura été au niveau européen, avant tout, celle du renouvellement des structures européennes. Durant plusieurs mois, l’Union européenne a été en période électorale. Il s’agissait de renouveler non seulement les parlementaires européens mais derrière eux, tout un dispositif politique : les commissions parlementaires, creuset de la loi européenne du côté de l’assemblée parlementaire, les commissaires et leurs cabinets, nerfs de la guerre de l’initiative européenne. La Commission européenne a été, en effet, pour la première fois, issue indirectement du suffrage universel. Et les postes de « tête » (président de la Commission, du Conseil européen, Haut représentant) ont découlé indirectement des rapports de force politiques nés des élections.

Le système de « Spitzenkandidat » mis au point au Parlement européen par les principaux partis politiques (parti populaire, parti socialiste, libéral et verts) a fonctionné pleinement. Le pari n’était pas évident. Mais c’est finalement le candidat (Jean-Claude Juncker) du parti arrivé en tête (PPE) qui a été nommé à la tête de la Commission européenne, générant pour la première fois un vote au Conseil européen, d’habitude habitué aux formules plus consensuelles (Lire : Jean-Claude Juncker sera-t-il, bien, élu président de la Commission ?).

Vote qui a abouti, fait aussi majeur, à la mise en minorité du Royaume-Uni, qui avait jusqu’ici réussi à bloquer tout candidat un tantinet trop européen (Dehaene en 1994, Verhofstadt en 2004 par exemple). Et, c’est le candidat (Martin Schulz) du second parti en tête (PSE) qui a pris la tête du Parlement européen. Un résultat qui n’était pas automatiquement prévu dans le système des Spitzenkandidat (du moins officiellement).

Un bémol doit cependant être apporté à cette novation : l’atonie du système européen durant de longs mois – qui était au ralenti entre février et novembre 2014 – oblige à réfléchir pour aménager ce dispositif, plus démocratique, mais aussi paralysant (lire :Nomination à la Commission. Une procédure très justifiée mais bien trop lente).

Un changement d’ambiance politique

Quoi qu’il en soit triangle du nouvel exécutif – issu du choix respectif des citoyens et des Etats membres – paraît à la fois plus dynamique et plus efficace que le précédent. Entre Barroso-Ashton-Van Rompuy et Juncker-Mogherini-Tusk, il n’y a pas photo (Lire : Barroso accroche son portrait. Au revoir et sans regret). Le niveau de force politique plus important. Restera à savoir si chacun trouvera ses marques, notamment entre Federica Mogherini (Lire : La diplomatie européenne retrouve un chef d’orchestre) et Donald Tusk. L’ancien Premier ministre polonais cherchant à prendre ses marques davantage au niveau international que ne l’était son prédécesseur.

Du côté de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker a rapidement lancé son plan d’investissement à 300 milliards d’euros (lire : Le plan à 300 milliards de Jean-Claude Juncker. Comment çà marche ?). Un plan aux effets discutés ou discutables mais qui a un mérite incontestable. L’Europe n’est plus totalement focalisée aujourd’hui sur le chiffre du déficit ou de la dette de tel ou tel pays. C’est désormais la faisabilité et l’efficacité d’un tel plan.

Ce seul fait est déjà, en partie, le premier élément de réussite du plan d’investissement : changer la donne et le climat politique. Le nouveau délai donné à la France pour assurer le respect du pacte de stabilité en témoigne. La manière dont il a été obtenu comme les réactions qui ont suivi montrent qu’il y a un changement de mesure (Lire : La France échappe aux sanctions. Comment cette décision a été prise ?).

 

 

(Nicolas Gros-Verheyde)

A suivre : 2014, année des menaces… et ce n’est pas fini

Juncker « bien élu »

(BRUXELLES2) Le président du Parlement européen, Martin Schulz, vient de l’annoncer, ce mardi (15 juillet), à Strasbourg, un peu moins avant 14h. Jean-Claude Juncker est élu comme président de la Commission européenne « avec 422 votes « Pour », 250 voix « Contre », 47 « Blancs et nuls » ainsi que 10 votes « non valables ». 729 eurodéputés ont pris part au vote. »

Il fallait à Jean-Claude Juncker 376 voix. Il obtient un score plus qu’honorable, avec un peu plus de 56 % des voix du Parlement soit presque aussi bien que Barroso I en 2004 et largement plus que Barroso II en 2009.

Après les élections européennes et la constitution du Parlement européen, la désignation et élection du président de la Commission européenne, commence maintenant la 3e phase du processus électoral – la désignation des différents commissaires et autres postes. Lire en détail sur le Club, nos 28 visages – Commission 2014. Portraits des futurs ou éventuels commissaires ? III

(Nicolas Gros-Verheyde)

NB : Ce nombre de voix correspond à peu de chose près à notre prévision du matin (420 voix), lire : Jean-Claude Juncker sera-t-il « bien élu » président de la Commission ?

Jean-Claude Juncker sera-t-il, bien, élu président de la Commission ?

(BRUXELLES2) C’est aujourd’hui le grand examen oral pour Jean-Claude Juncker au Parlement européen à Strasbourg. L’ancien Premier ministre luxembourgeois, désigné pour prendre la tête de la Commission européenne, doit recueillir la majorité absolue parmi les eurodéputés, soit 376 voix.

Un enjeu pour Juncker, pour le Parlement européen

Combien de voix obtiendra Juncker ? C’est la question qui hante les couloirs à Strasbourg. Sera-t-il au ras de la majorité nécessaire ? Ce qui ne serait pas de bon augure. Fera-t-il plus ou moins que Martin Schulz, le président du Parlement européen qui avait obtenu 409 voix. Fera-t-il mieux que José-Manuel Barroso lors de son premier mandat ou de son deuxième mandat (voir encadré). Ce qui est un des paramètres de l’élection. L’enjeu pour Jean-Claude Juncker, n’est, en effet, pas seulement d’être élu mais… « bien » élu ! Un enjeu de pouvoir pour le Parlement européen, tout entier, dans le combat permanent qui l’oppose au Conseil européen, aux chefs d’Etat et de gouvernement.

Inquiétudes de dernière minute

Certes les deux plus grands groupes politiques au Parlement – qui sont en « grande coalition » – ont promis leur appui, soit 411 voix sur le papier. Pour les Chrétiens-démocrates, le parti de Juncker, c’est naturel. Mais pour les Sociaux et démocrates, cela l’est moins. Dans ce vote à bulletin secret, chaque voix compte. Juncker a fait le tour de tous les groupes, la semaine dernière, pour convaincre réticents et indécis. Et, en dernière minute, rappels au téléphone ont été nombreux ces dernières heures. Le président du Parlement européen, le socialiste Martin Schulz, est aussi descendu dans l’arène, faisant la tournée de ses « camarades » hier soir pour rappeler à chacun les devoirs d’être dans une « coalition ».

Socialistes grognons

Nombre d’élus socialistes ont, en effet, annoncé vouloir s’abstenir ou voter contre. La « grogne » est particulièrement vive chez les socialistes français, qui critiquent le manque d’appétit du Luxembourgeois contre l’évasion fiscale, et voulaient encore jusqu’à hier soir s’abstenir. Les Espagnols, quelques Italiens, les Maltais, les Suédois manqueraient aussi à l’appel, voulant protester contre les politiques d’austérité. Quant aux travaillistes britanniques, c’est une question de principe : ils sont opposés – comme tous les partis outre-manche – au principe des Spitzenkandidats (candidats têtes de liste).

Libéraux et Verts à la rescousse

Les libéraux et démocrates, forts de leurs quelque 68 eurodéputés, ont été appelés à la rescousse, en rejoignant fin juin, la « grande coalition » au Parlement. Ils pourraient, quasiment comme un seul homme (excepté un LibDem britannique) apporter leurs voix à l’ancien Premier ministre luxembourgeois.

Quant aux Verts, ils sont divisés. Un dernier décompte, fait hier, donnait – selon nos informations – un petit tiers du groupe en faveur du candidat luxembourgeois (15 voix environ) et deux tiers contre ou en abstention. La plupart des députés francophones Ecolo votera contre ou s’abstiendra à une exception notable : celle de José Bové qui se distingue (dans la lignée digne de Dany Cohn-Bendit). « Je vote pour Juncker au nom du processus SpitzenKandidat– auquel j’ai participé – et des avancées qu’il a faite sur le gaz de schiste comme sur les Ogm. Voter oui aujourd’hui ne veut pas dire qu’on votera toutes les politiques » a déclaré l’ancien démonteur de MacDo ce matin face à quelques journalistes (dont B2). « La division se fait chez nous entre Nord / Sud, ceux qui ont subi des politiques d’austérité ne sont pas très enclins à voter pour Juncker » résume Michèle Rivasi.

Du côté de Juncker, on se veut cependant rassurant, et rasséréné par les derniers échos. Un de ses proches prend le pari avec les journalistes que le « futur président » fera « au moins 400 voix »… Notre dernier décompte donne environ 420 voix. A vérifier dans quelques minutes…

Nicolas Gros-Verheyde (à Strasbourg)
version longue d’un papier paru dans Ouest-France ce matin

Lire sur le Club : quelques détails supplémentaires. Le tour des popotes de Juncker pour convaincre


(*) Retour sur l’élection de José-Manuel Barroso :

  • En juillet 2004, pour son premier mandat, José-Manuel Barroso avait été élu à une large majorité : 413 voix pour, 251 contre et 44 abstentions (sur une assemblée de 732 eurodéputés), soit 56,4 %
  • En septembre 2009, pour son second mandat, cela avait été plus juste. L’ancien Premier ministre portugais n’avait été élu qu’avec 382 voix pour, 219 contre et 117 abstentions (sur un total de 736 eurodéputés). Soit un petit 51,9%.

Lire aussi (archives 2009) :

Marine Le Pen annonce le ralliement de 4 partis pour former un groupe, les 2 autres n'arriveront pas (crédit : Parlement européen, mai 2014)

Marine Le Pen sans groupe à Strasbourg. Perdante par incompétence ?

La dirigeante du Front National, Marine Le Pen, n’aura pas lors de cette rentrée politique du Parlement européen de groupe politique. Pourquoi ?

Marine Le Pen annonce le ralliement de 4 partis pour former un groupe, les 2 autres n'arriveront pas (crédit : Parlement européen, mai 2014)

Marine Le Pen annonce le ralliement de 4 partis pour former un groupe, les 2 autres n’arriveront pas (crédit : Parlement européen, mai 2014)

(BRUXELLES2) C’est une véritable gifle (la première ?) pour Marine Le Pen. La fille de Jean-Marie va arriver ce mardi (1er juillet) au Parlement européen à Strasbourg pour s’asseoir parmi les Non-Inscrits et non dans un groupe autonome comme elle l’espérait.

Malgré sa victoire en France, incontestée, elle reste au Parlement européen la seule dirigeante d’une force politique notable (plus de vingt députés) à siéger aussi anonymement. Davantage qu’une non-réussite, c’est un échec patent. Un échec qui n’est pas dû à la situation politique mais aussi un peu à elle-même.

Constituer un groupe était, en effet, vraiment à portée de main pour le Front national. Les élections européennes de mai 2014 ont en effet été marquées par l’irruption d’une série de nouveaux partis, de nouveaux élus, à l’idéologie incertaine et non rattachés aux grands groupes politiques européens. La plupart d’entre eux, surfant sur la crise économique et politique, sont d’ailleurs marqués par un certain populisme, un euroscepticisme voire une europhobie aussi affirmée.

L’échec de la constitution d’un tel groupe est plutôt à rechercher dans trois facteurs, les deux premiers sont politiques, le dernier est professionnel. La dirigeante du FN ne peut, en effet, accuser les règles du Parlement européen qui sont assez justes (25 députés sur 751 et 7 nationalités sur 28 parait assez logique).

D’une part, si tous ces élus sont d’accord pour taper sur l’Europe, la plupart de ces partis divergent sur leur contre-proposition car ils veulent avant tout défendre leur « nation ». Peu de choses les rassemblent sinon la haine de « l’ailleurs » ou de « l’autre ». Difficile de bâtir ainsi en commun. Un nationaliste britannique veut mettre les travailleurs polonais à la porte. Les Polonais ne veulent pas des Russes que les Français adorent, etc.

D’autre part, la tentative de « dédiabolisation » du Front, si elle a payé aux élections françaises, ne semble pas avoir vraiment convaincu ses partenaires européens. La dernière sortie de Jean-Marie Le Pen.

Mais enfin, et surtout, Marine Le Pen démontre une certaine incompétence politique doublée d’une confiance en soi exorbitante. Elle pâtit notamment de sa nette méconnaissance à la fois de la classe politique européenne comme du fonctionnement du Parlement européen. Durant les dernières années, le Front national a été très peu présent au plan européen, à part lors des plénières à Strasbourg. Il y a joué un faible rôle, dans la réalité du travail européen (rapports, résolutions, commissions, etc.). Il a peu travaillé et donc peu appris. Marine Le Pen paie aujourd’hui « cash » ce dilettantisme et ce manque de sérieux.

Des groupes plus expérimentés comme l’EFD de Nigel Farage et surtout celui celui emmené par les conservateurs britanniques (ECR) – beaucoup plus assidu aux séances – ont tiré plus habilement leur épingle du jeu.

Les démocrates devraient cependant ne pas se réjouir trop vite. L’éparpillement du parlement comme la montée d’un euroscepticisme que l’exécutif européen semble favoriser parfois pourrait bien permettre à la dirigeante du FN de réussir son pari, d’ici la fin de la législature…

(Nicolas Gros-Verheyde)

David Cameron au centre de la conversation avec ses alter ego suédois, néerlandais et allemand lors de la rencontre de Harpsund il y a quelques jours (crédit : Chancellerie allemande)

La bataille de Cameron

(BRUXELLES2) Les chefs d’Etat et de gouvernement se retrouvent pour deux jours de sommet décisifs. Objectif : désigner le futur président de la Commission européenne. Une grande partie d’échecs se dessine où le Britannique David Cameron va se complaire dans un rôle « seul contre tous » et « personne ne m’aime ».

David Cameron au centre de la conversation avec ses alter ego suédois, néerlandais et allemand lors de la rencontre de Harpsund il y a quelques jours (crédit : Chancellerie allemande)

David Cameron au centre de la conversation avec ses alter ego suédois, néerlandais et allemand lors de la rencontre de Harpsund il y a quelques jours (crédit : Chancellerie allemande)

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Dans le lieu symbolique d’Ypres, où près de 60.000 soldats du Commonwealth sont tombés en 1917, les « 28 » chefs d’Etat et de gouvernements se retrouveront à l’hôtel de ville, pour un dîner en intimes. L’hommage, consensuel, aux victimes de la première guerre mondiale, achevé, les discussions sérieuses pourront commencer. Et les assiettes pourraient voler. Le premier ministre, David Cameron, est, en effet, bien décidé à mener bataille, quitte à mourir au champ d’honneur…

Juncker ou rien

La nomination de Jean-Claude Juncker, au poste de président de la Commission européenne semble bien partie. Sauf surprise, l’ancien Premier ministre luxembourgeois pourrait être adoubé pour remplacer le bien pâle José-Manuel Barroso. Alors même qu’il a été le candidat des démocrates chrétiens durant la dernière campagne électorale, des socialistes et socio-démocrates bon teint, tels François Hollande ou l’Italien Matteo Renzi le soutiennent. Et même ses anciens alliés, le Néerlandais Mark Rutte ou le Suédois Fredrik Reinfeldt, l’ont abandonné.

Seul contre tous

David Cameron est donc isolé. Il le sait. Mais il adore ces combats, à Bruxelles, seul contre tous. Tout le monde prédit un désastre pour le Britannique. C’est aller un peu vite en besogne. Car c’est oublier que la scène européenne est pour le Britannique avant tout un repoussoir commode dont il se sert pour redorer son blason sur la scène nationale. Et tout dépend où on place la notion de désastre. L’objectif de Cameron : provoquer un vote. Un procédé qu’Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen, n’apprécie guère. Il l’a dit lors d’un tête à tête avec le Britannique. Mais c’est la règle. « On passe au vote dès qu’un des membres du Conseil le demande » confirme un éminent juriste. Celui-ci pourrait avoir lieu vendredi après-midi. Une petite révolution dans cette ambiance ouatée des réunions des Chefs d’Etat et de gouvernement ! Et cette révolution, le Premier ministre britannique va la brandir comme petite victoire.

Des postes

Ensuite, Cameron veut « vendre chèrement sa peau ». Il sait fort bien que personne ne peut se fâcher durablement, surtout avec le pays qui reste encore une puissance économique, au sein de l’Union européenne. L’objectif précis du leader tory est clair : obtenir des postes, notamment au sein de la Commission européenne.  Même si officiellement, ce n’est pas l’objet de la rencontre, on peut gager qu’on discutera d’un « paquet » global, entre la poire et le fromage, ou dans les couloirs ensuite à Bruxelles.

Le Royaume-uni revendique, pour un des siens, un poste stratégique au sein de la future commission, qu’il s’agisse du Marché intérieur ou du Commerce, mais surtout de pouvoir gérer les services financiers (un dossier précieux pour Londres qui reste la principale place financière européenne). Il cherche aussi à obtenir quelques postes supplémentaires dans l’infrastructure de l’exécutif européen (direction générale, etc.). Au Parlement européen, il pourra compter sur la bonne progression du groupe Conservateurs, dirigé par les tories britanniques, qui est devenu le troisième groupe de l’assemblée.

Et des orientations…

Enfin, David Cameron veut orienter le travail de la future Commission dans le sens voulu par les Britanniques, une Europe davantage concentrée sur la compétitivité et le marché intérieur et qui redéfinisse ses compétences. Il a d’une certaine façon déjà gagné cette bataille. Le dernier discours de François Hollande à Bruxelles comme le papier qu’il a remis à ses collègues est tout empreint de cette « redéfinition » des tâches de la Commission européenne.

Avant de parler de « désastre », il faut donc attendre quelque peu de voir la poussière retomber.

Nicolas Gros-Verheyde
version longue d’un article paru aujourd’hui dans Ouest-France

BelaKovacs@PE

Un espion russe dans les rangs de Jobbik au Parlement européen

BelaKovacs@PE(BRUXELLES2) L’affaire fait grand bruit à Budapest. Un député européen du parti d’extrême droite Jobbik est clairement soupçonné d’être un agent de renseignement des Russes, non pas dans le passé mais encore aujourd’hui. Bela Kovacs siégeait jusqu’ici à la Commission ITRE (Industrie, Recherche et Energie) et dans les délégations de coopération parlementaire avec les anciennes républiques d’URSS (Kazakhstan, Kirghizistan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Turkménistan) et Mongolie comme à la commission UE-Russie. Il a été réélu lors des dernières élections européennes, figurant à la troisième place.

Il est aussi le Vice-président et trésorier de l’Alliance européenne des mouvements nationaux, l’alliance des mouvements d’extrême-droite dont est président Bruno Gollnish, membre du Front national Français. Le procureur en chef hongrois a envoyé une lettre au président du Parlement européen, Martin Schulz, pour demander la levée de l’immunité de Kovacs qui vient d’être réélu au Parlement européen.

La levée de l’immunité devrait cependant prendre quelques semaines, le temps que les commissions parlementaires soient constituées et que la plénière se prononce. (NGV)

La bannière déployée sur la Commission européenne. "Cette fois c'est différent" Un rien provocateur ? (crédit : © NGV / B2)

Un certain leurre démocratique

La bannière déployée sur la Commission européenne. "Cette fois c'est différent" Un rien provocateur ? (crédit : © NGV / B2)

La bannière déployée sur la Commission européenne. « Cette fois c’est différent » Un rien provocateur ? (crédit : © NGV / B2)

(BRUXELLES2) Par le vote, on désignerait dimanche le futur président de la Commission européenne. Cette idée est répétée, à satiété, par certains responsables européens. Elle figure même sur la bannière déployée au-dessus de la Commission européenne à Bruxelles. « Cette fois-ci c’est différent » est-il marqué. Certaines têtes de liste pour la campagne au Parlement européen le répètent également et plusieurs observateurs reprennent en coeur cette antienne. Certes elle a l’avantage de la simplicité et se pare d’une certaine légitimité. Mais cette idée repose sur une lecture très particulière de ce qui fonde actuellement le système électoral européen et de ce que dit la « Loi fondamentale » européenne. Pour tout dire, on est plus proche du leurre démocratique que de la réalité textuelle.

Une double coalition, des peuples et des Etats

Tout d’abord, l’Europe n’est pas un Etat fédéral, avec une population qui forme une unité nationale mais reste une union de peuples et d’Etats, gouverné par un Traité qui fixe assez précisément les règles. On est plus proche d’une sorte de système « confédéral ».

Le système européen inscrit dans le Traité (remanié à Lisbonne), qui est la « Loi fondamentale » de l’Union européenne, n’est ni un système présidentiel (à la française) ni même un système parlementaire majoritaire (à la britannique, où le chef de parti victorieux s’assied dans le siège de chef de gouvernement, car il bénéficie d’une prime majoritaire, voire à l’allemande). C’est un système parlementaire à double coalition : coalition des élus du peuple (parlement européen) et coalition des Etats membres.

Cette caractéristique est consacrée dans le Traité de l’Union européenne qui décrit exactement « le fonctionnement de l’Union » comme « fondé sur la démocratie représentative ». D’une part, « Les citoyens sont directement représentés, au niveau de l’Union, au Parlement européen ». D’autre part, « les États membres sont représentés au Conseil européen par leur chef d’État ou de gouvernement et au Conseil par leurs gouvernements, eux-mêmes démocratiquement responsables, soit devant leurs parlements nationaux, soit devant leurs citoyens » (article 10 du Traité UE). Certains estiment que ce texte est ambigu. Certes il ne produit pas la simplicité mais réunir des Etats aussi différents que l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni ou l’Italie, sans compter les 24 autres n’est pas simple. Mais  au regard des principes précédents, cela semble assez limpide.

Ensuite, on n’élit pas ainsi un président qui choisit ses ministres mais un Président qui se voit, plus ou moins imposer, ses coreligionnaires par les Etats membres. La Commission européenne s’inscrit ainsi dans un processus constitutionnel assez différent de celui existant dans la plupart de nos pays (en France par exemple).  Il n’y a, en outre, pas un seul poste à pourvoir (celui de président de la Commission) mais un ensemble de postes (président du Conseil européen également, Haut représentant, commissaires) qui doivent être répartis et permettent d’offrir une « compensation » à celui qui n’a pas le poste.

Enfin, aucun parti n’a la majorité au Parlement européen. Autrement dit le parti arrivé en tête a le droit de faire le premier tour de piste, d’être le démineur, voire le formateur de la future majorité de « gouvernement ». Un système très proche des systèmes belge ou néerlandais de formation d’un gouvernement. Le formateur (ou le « démineur » en cas de problème particulier) n’est pas automatiquement celui qui s’assied dans le siège de dirigeant ensuite…

Concrètement dire que l’élection au Parlement européen vaut donc automatiquement élection à la Commission européenne ne correspond donc pas tellement à la réalité politique et juridique. On peut souhaiter une telle évolution. Mais l’imposer, sans changer le traité, constitue un réel détournement de pouvoir. Ce leurre démocratique peut aussi générer chez nombre d’électeurs le fait que l’on ne tient pas compte de sa voix…

Papier complet et détaillé paru sur le Club (lundi) : L’équation insoluble : Martin ou Jean-Claude … Ou ni l’un ni l’autre ? Lire aussi : Comment est nommé le président de la Commission. Quelques points oubliés

L’autre enjeu des élections du 25 mai : la nomination du président du Conseil

(BRUXELLES2 *) Derrière les élections européennes du 25 mai se cache toute une série de défis pour l’Europe de demain. Elire le nouveau Parlement européen n’est qu’une étape. La nomination d’un nouveau président pour le Conseil européen, qui réunit les 28 Chefs d’État et gouvernement, est un réel enjeu. La plupart des observateurs jugent, en effet, ce poste comme étant un facteur d’équilibre avec celui du président de la Commission européenne.

Créée, par le Traité de Lisbonne, en novembre 2009, la fonction de président permanent est aujourd’hui occupée par Herman Van Rompuy. Et son mandat n’est pas renouvelable. Homme discret, cet ancien Premier ministre belge a su cependant au fil de la crise Euro, imposer sa marque. La fonction ne consiste pas en effet à lire l’agenda de la réunion ou passer le micro à l’un ou l’autre, comme certains le rêvaient. Le président détermine les sujets à l’ordre du jour et tisse au jour le jour les compromis nécessaires, rassurant l’un, poussant l’autre, retenant le troisième.

Plus personne ne se hasarde d’ailleurs plus à lui dire « Alors Herman, que vas-tu faire entre nos réunions ? » comme l’avait ironisé un leader européen un moment. « Cinq ans plus tard, tout le monde sait » confie l’intéressé dans l’ouvrage qu’il vient de faire paraitre (lire :  « L’Europe dans la tempête ». Quand Herman se livre).

Reste à trouver le personnage idoine. Officiellement il suffit de la majorité qualifiée des 28. Dans les faits, l’homme, la femme, qui occupera ce fauteuil pour 2 ans et demi devra être issu d’un consensus, devra bien connaître le Conseil européen, être un peu de droite, ou de gauche, mais pas trop, suffisamment dynamique pour impulser mais trop, pour ne pas prendre le devant, etc. Pas évident ! A suivre sur le Club : les critères officiels et officieux pour la nomination

(Nicolas Gros-Verheyde)

(* article publié dans Ouest-France)

Lire aussi (archives) : Van Rompuy, le nouveau visage de l’Europe (2009)

PlageMJQPecheur114a

L’Europe : encore 1 semaine ! Et on en reparle dans 5 ans, hein…

PlageMJQPecheur114a(BRUXELLES2) Ca y est ! La campagne européenne est pleinement lancée en France, avec un gros retard à l’allumage. Et il ne reste plus que quelques jours pour convaincre les indécis, les abstentionnistes de tout poil, les sceptiques. Les journaux et antennes redoublent d’attention sur l’Europe, scrutant tous les détails, et regorgent même d’articles en tout genre.

Après le vide, le surdosage

On découvre tout d’un coup qu’il n’y a pas de majorité au Parlement européen. On débusque que Bruxelles regorge de lobbies (l’horreur ! ;-). On décortique une série de projets engagés ou réalisés auxquels on avait à peine prêté attention jusqu’ici. Après un vide quasi-total, durant cinq années, hormis quelques pics d’intérêts, la saturation, le surdosage sont atteintes. Au point que même une personne un peu attentionnée, motivée par l’Europe décroche.  il y en a une relativement sous-estimée…

L’Europe : 5 semaines d’attention pour 5 ans de politique

Le « matraquage » pour convaincre que l’Europe, c’est bien, c’est beau, c’est nécessaire… Mais cela devient contreproductif à terme. Le gros défaut de la cuirasse, en France, est l’absence d’un suivi européen au quotidien, à quelques (rares) exceptions près (Le Monde, Le Figaro, Les Echos, quelques journaux spécialisés…) -. Cette absence de régularité de l’information sur l’Europe — particulièrement dans la presse la plus proche des citoyens (la presse régionale) — est une des raisons à l’euroscepticisme ambiant (*).

Ne nous étonnons pas de l’eurosceptiscime rampant

Les débats, les avancées législatives, les reculades politiques n’ont cependant pas manqué au plan européen. Mais ils sont couverts à distance. « Bruxelles » semble toujours sur une autre planète dont on prend le pouls de temps à autre. Pas question de trop investir. L’éloignement aidant, la tentation de prendre « vite fait » la dépêche tombée sur le fil AFP ou Reuters est tentante : coupez-collez, assemblez, trouvez un petit angle. Et c’est fait… S’il n’y a pas de dépêche, il n’y a pas d’information. Résultat : on découvre bien souvent un sujet, un problème quand il arrive… deux ou trois ans plus tard sur le bureau de l’assemblée nationale pour la transposition d’une directive par exemple. Le sentiment inévitable est que l’Europe impose ses visées. Alors qu’en fait, ce sont les Français qui se sont désintéressés des débats. Cela permet ainsi à chacun de se défouler dans un « Europe Bashing » de bon aloi.

Un défaut démocratique

Il y a, là, un « défaut » démocratique qui n’a pas besoin de Traité ou de Constitution pour être corrigé. Il suffit d’un peu de constance, de volonté et d’intérêt de la part des directeurs de journaux. Inutile ensuite de se répandre dans des éditoriaux multipliés, plaidant à outrance sur le besoin ou la nécessité d’Europe. Cela ne convaincra que les convaincus… Et ils sont de moins en moins nombreux. L’Europe commence par une information au quotidien…

(Nicolas Gros-Verheyde)

  • Ce n’est pas la seule cause. Le fait que l’Europe (les affaires européennes) reste très peu enseignée à l’école (et même à l’université, hormis quelques spécialités bien précises) en est une autre. L’inculture européenne – quasi-générale – de la plupart des différents responsables français, comme de nombreux cadres privés ou publics, en témoigne. Le mauvais fonctionnement du marché intérieur (surtout pour les citoyens), l’irresponsabilité des dirigeants européens (peu importe les échecs, ils ne remettent pas en cause leur mandat…), comme les salaires démesurés par rapport aux compétences réelles et la prétention permanente à faire la leçon, comme à impose certaines politiques et conditions, totalement irréalistes, dans un contexte de crise économique et politique. La bannière déployée sur la Commission européenne en témoigne.
Pierre Moscovici s'inscrivant sur le registre de la Commission © NGV /B2

C’est comme cela qu’on commence…

Pierre Moscovici s'inscrivant sur le registre de la Commission © NGV /B2

Pierre Moscovici s’inscrivant sur le registre de la Commission © NGV /B2

(BRUXELLES2) Pierre Moscovici, était aujourd’hui à la Commission européenne. Non il ne s’agit pas d’une visite de reconnaissance ni d’une prise de possession des lieux.

Un rapport sur la croissance voyons !

Il n’est là que pour une chose, comme me l’a indiqué un diplomate soucieux de m’aiguiller dans le droit chemin, sentant bien que j’allais m’égarer dans des supputations trop complexes. Il a été chargé d’écrire un rapport, d’envergure, pour le compte du gouvernement français? Le sujet ? « la contribution des politiques européennes à la croissance et à l’emploi (en Europe et en France) et la manière dont les agents économiques (les entreprises) peuvent s’approprier ces politiques ». N’y voyez aucune malice, ni aucun rapport avec le futur portefeuille qu’il pourrait avoir ici ou ailleurs…

Enregistré, badgé

D’ailleurs l’ancien ministre de l’Economie et des Finances s’est inscrit, comme tout un chacun, sur le registre des visiteurs de la Commission (voir photo), recevant ensuite son petit badge autocollants, marqué « V » qui lui permet d’accéder ensuite aux étages les plus somptueux (enfin pas trop non plus…) et qui rosit ou rougit quand la date du jour est dépassé. Miracle de la technologie. Tout le monde commence d’ailleurs comme çà. Visiteurs, journalistes, futurs commissaires…

Coincidence !

Non loin de là, qu’on ne voit pas (sur la photo), se trouvait d’ailleurs Olivier Bailly (un proche de Mosco, aujourd’hui sherpa de la Commission au secrétariat général) ainsi qu’une ribambelle d’anciens et d’anciennes de la Commission, invités par le président de la Commission José-Manuel Barroso pour la publication du second tome de l’histoire de la Commission européenne. Peut-être que dans 20 ans, Pierre Moscovici sera de ce genre de réunions…

(Nicolas Gros-Verheyde)

NB : dernière précision, faire la photo à cet endroit est normalement interdit car nous sommes dans une enceint e sécurisée. Si si ! Un garde de sécurité me l’a affirmé. Et devant, mon air incrédule, me l’a confirmé. C’est sûr qu’il y a de gros secrets à protéger. Et que la Commission sait y faire… Lire aussi : Grosse fuite à la Commission européenne