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L’Europe débloque 180 millions d’euros pour les déplacés et réfugiés syriens

CarteSyrieRéfugiés@E141201(B2) La Commission européenne a annoncé, jeudi (4 décembre), avoir débloqué pour 180 millions d’euros d’aide pour faire face aux effets de la crise syrienne dans le pays lui-même, ainsi que dans les pays proches  le Liban et la Jordanie, qui accueillent respectivement 1,1 million et 630 000 réfugiés.

Syrie, Liban et Jordanie

L’aide est divisée en trois parts : 41 millions € pour l’assistance à directement en Syrie, 66 millions € pour aider les réfugiés syriens et les communautés d’accueil en Jordanie, et 73 millions € au Liban. Ce paquet traite surtout les besoins de développement à long terme des réfugiés et des personnes déplacées à l’intérieur, avec un focus particulier sur l’éducation des enfants et des jeunes adultes, pour l’initiative « No Lost Generation » de l’UNICEF, annonce la Commission.

Ne pas regarder la souffrance sans agir

« Aujourd’hui, l’UE ne peut pas simplement regarder la souffrance du peuple syrien sans agir » a estimé la Haute représentante, Federica Mogherini. « Nous sommes prêts et disposés à apporter un soutien continu aux personnes » Mais a-t-elle ajouté « Il est temps que les choses changent. Nous sommes déterminés à jouer notre rôle à la pleine et apporter une solution politique durable à cette crise régionale. » NB : Elle n’a cependant pas précisé les modalités précisés de cette solution « politique durable ».

La moitié de la population déplacée ou réfugiée

Le conflit syrien qui entre dans sa 4e année a fait des dégâts ravageurs. 10,8 millions de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays ou réfugiées à l’étranger. La moitié de la population syrienne ! On compte ainsi 7,6 millions de déplacés à l’intérieur du pays (dont 6,5 millions ont besoin d’aide d’urgence) et 3,2 millions de personnes réfugiées dans les pays voisins : 1,1 million au Liban, 1,1 million en Turquie, 618.000 en Jordanie, 225.000 en Irak, 138.000 en Egypte et 23.000 dans les pays d’Afrique du Nord. Le nombre de décès liés au conflit est proche des 200.000 (191 000 personnes) et plus d’1 million de personnes ont été blessées lors de la guerre civile, selon les chiffres donnés par la Commission européenne.

Près de 3 milliards d’euros d’aide européenne

L’aide octroyée par les Européens (budget de l’Union européenne et États membres confondus) atteint 2,9 milliards d’euros depuis le début du conflit, répartis en taille à peu près égale : environ 1,5 milliards d’euros du budget de l’Union et 1,4 milliards d’euros des États membres. De fait, l’Europe est le premier donateur du monde dans cette crise.

(NGV)

(crédit : Conseil de l'UE / Videotheque)

Situation à Bangui : calme mais tendue, volatile et imprévisible (Gén. Ponties)

(crédit : Conseil de l'UE / Videotheque)

(crédit : Conseil de l’UE / Videotheque)

(BRUXELLES2) De retour de Bangui, le chef de l’opération militaire européenne en Rép. centrafricaine (EUFOR RCA), le général Ph. Ponties, a dressé ce jeudi (13 février) devant les ambassadeurs du Comité politique et de sécurité (COPS), puis devant la presse, un premier état des lieux de la situation sur place et du rôle de la future opération.

Un certain retour à la normale…

Le général a passé trois jours en Centrafrique. Et le constat qu’il dresse se veut réaliste, ni dramatisant, ni trop optimiste, très contrasté. La situation à Bangui est « globalement calme, tendue, volatile, et pour tout dire imprévisible ». Et il détaille. La situation est « calme. Car les fonctionnaires ont repris le chemin du bureau, les commerces rouvrent en dépit de pénuries visibles d’approvisionnement. Les rues sont peuplées de personnes affairées. (NB : ce qui est un bon signe). Il y a donc une vie sociale dans les rues de Bangui. »

… Mais de gros facteurs de tension

Parallèlement, la situation est tendue car « les populations musulmanes, qui se sentent menacées par les anti-balakas essaient d’aller vers le Nord ». La situation reste « tendue » aussi car les « anti-Balakas combinent des règlements de comptes, des pillages, des vols, des destructions de bien. Une des préoccupations majeures des autorités de transition est de tenter de mettre en place une position contre l’impunité. »

Les musulmans fuient

Sur les mots de « nettoyage ethnique » prononcés par Amnesty international, le général ne veut pas se prononcer préférant laisser cette qualification à d’autres. Il se concentre sur ce qu’il a vu lors de son passage. « En quelques jours à Bangui, je me garderai bien de tirer des conclusions générales et définitives sur tout le pays ». « Je suis passé dans 2 districts, l’un essentiellement musulman, l’autre mixte. Le district « musulman » était en train de se vider, la population essayant de rejoindre le Nord, en traversant des quartiers complets à dominante chrétienne, donc sous forte menace, ou essayant de rejoindre l’aéroport de M’Poko pour être évacuée par des avions tchadiens. J’ai traversé un quartier mixte qui, de fait, ne l’est plus car la partie musulmane s’est vidée de ces habitants. Et ne restent donc plus dans ce quartier que des populations à dominante chrétienne. »

Situation précaire dans le camp autour de l’aéroport : un défi majeur pour les Européens

Dans le camp de déplacés près de l’aéroport, la situation est pour le moins difficile. Entre 70 à 100.000 personnes vivent dans « des conditions extrêmement précaires ». Au niveau de l’hygiène, c’est particulièrement critique. Il y a une « seule latrine par 1200 personnes ». Et les autorités sont « vivement préoccupées par cette situation qui pourrait tourner à catastrophe sanitaire avec l’arrivée de la saison des pluies ». « L’amorce » d’un retour des personnes déplacés constituera donc « un défi majeur » pour les participants à l’opération EUFOR RCA, « dans son action de rétablissement de la sécurité » ainsi qu’un « défi humanitaire » pour les ONGs et organisations internationales. « Les acteurs humanitaires sont prêts à se mobiliser en coordination avec EUFOR RCA » a-t-il ajouté.

(Nicolas Gros-Verheyde)

A suivre – pour les membres du Club de B2 (accès sur souscription) : le résultat de la génération de forces… avec quelques surprises

La situation à l’est du Congo dérape. Les 27 saisis de la question (maj)

un casque bleu pakistanais en patrouille dans les rues de Uvira au Sud Kivu le 22 octobre (© MONUSCO/Sylvain Liechti)

(BRUXELLES2) Alors que tous les yeux sont focalisés sur la Syrie ou le Mali, c’est la situation à l’est du république démocratique du Congo (RDC) qui dérape gravement. La prise de Kibulba à 30 km de Goma par les rebelles du M23 a sonné l’alarme. Au point qu’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU a été convoquée ce samedi après-midi à 15h (heure de New-York, 21h Bruxelles), à la demande de la France. Des renforts seraient arrivés du Rwanda selon le porte-parole de la Société civile du Nord-Kivu, Omar Kavotha, cité par Radio Okapi : « Nous avons appris que plus de trois camions  de marque Mercedes Benz, pleins d’éléments rwandais, ont traversé encore une fois la frontière, vendredi dernier entre 14 et 15 heures, en passant par Ndjerima en district de Rubavu donc du Rwanda. Et ces éléments ont renforcé encore une fois les positions du M23. Mais toute la nuit de vendredi à ce samedi, d’autres éléments rwandais se sont ajoutés », a déclaré Omar Kavhota.

La France demande la convocation du Conseil de sécurité

Le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, l’a confirmé il y a quelques minutes appelant « à la cessation immédiate des combats, à la protection des populations civiles et de tous les acteurs humanitaires ». « La France est très préoccupée par la reprise et l’intensification des combats opposant l’armée régulière congolaise aux troupes du M23, dont pourrait résulter un nouveau drame humanitaire » a-t-il ajouté. « Elle demande à tous les pays de la région de s’abstenir de toute ingérence dans les affaires intérieures de la RDC » indique le communiqué diffusé par le quai d’Orsay sans désigner le Rwanda.

La Belgique demande au Rwanda d’agir

Le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, a été plus direct, rappelant que « l’intégrité territoriale de la RDC doit être respectée et que les autorités congolaises doivent pouvoir rétablir l’ordre sur l’ensemble de leur territoire.  Pour cela, aucun soutien ne peut être apporté aux rebelles qui combattent les forces armées congolaises et tous les efforts doivent être entrepris pour mettre fin à cette rébellion, de la façon la plus pacifique possible, afin de préserver les populations locales qui n’ont que trop souffert. » Et le ministre de demander « au Rwanda, qui est concerné par cette situation notamment en raison des répercussions possibles de cette instabilité sur son territoire (…) d’user de son influence pour contribuer positivement à la fin la plus rapide possible de cette situation de conflit ». La Belgique demande à la MONUSCO d’agir plus fermement et « de tout mettre en oeuvre, afin d’assurer la meilleure protection possible des populations civiles et le retour au calme, en appui et en coopération avec les Forces armées congolaises ».

Les ministres européens devraient être alertés

Le point « Congo » figurait jusqu’ici à l’ordre du jour du Conseil des ministres des Affaires étrangères de l’UE, à la demande surtout de la Belgique d’ailleurs. Ce sujet devrait « remonter » d’un ou deux crans dans les priorités européennes. Il est temps ! Alors que l’Union européenne a deux missions de stabilisation déployées dans le pays, l’une pour aider à la réforme de la police congolaise, l’autre pour assister l’armée congolaise dans sa restructuration ; la plupart des pays européens se désintéressent globalement de la situation dans la région des Grands lacs. Alors que la coopération européenne – toutes lignes budgétaires confondues – atteint près d’1,2 milliards d’euros pour 2008-2013, soit environ 200 millions d’euros par an, dont 50 millions pour l’aide humanitaire — ce qui représente tout de même un effort financier notable et une des principales zones (avec l’Afghanistan et la Somalie) d’engagement des fonds européens — on ne sent pas de réelle volonté des dirigeants de l’Union européenne (*) de s’impliquer de façon importante dans le règlement de la situation sur place. La force de l’ONU au Congo dispose de 16.000 militaires à son compteur. Mais elle n’a pas encore montré une efficacité décisive. Le moment venu, il faudra examiner si les Européens ne devraient pas s’engager de façon plus robuste, par exemple en engageant un « battlegroup ». Nb : il y a en ce moment deux battlegroups d’astreinte, un dirigé par les Allemands, un autre par les Italiens qui céderont la place au 1er janvier au battlegroup « Weimar ».

(*) à l’exception notable de Herman Van Rompuy, mais c’est son tempérament belge qui parle tout autant que sa fonction de président du Conseil européen.

(Mise à jour dim. 18 novembre)

Pour l’ONU, l’aide au M23 doit cesser

Réuni d’urgence samedi, le Conseil de sécurité a « vigoureusement condamné » la recrudescence des attaques perpétrées par le M23 dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), exigeant leur « cessation immédiate ». Il a également annoncé le renforcement prochain des sanctions contre le leader de ce mouvement rebelle, le colonel Sulutani Makenga (qui a pris le relais du général Bosco Ntaganda sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale pour « crimes de guerre »). Le président du conseil de sécurité, l’Indien Hardeep Singh Puri, a également exigé, au nom des 14 autres membres du Conseil, que « cesse la progression du M23 en direction de Goma », la capitale du Nord-Kivu, ainsi que le « soutien extérieur et la fournitures d’équipements » dont ce groupe bénéficie.

La Minusco déployée pour protéger les camps

La Mission des Nations-Unies au Congo (MONUSCO) a déployé samedi des hélicoptères de combat contre les troupes du M23 entre Kibumba et Kibati. Elle affirme « continuer d’assurer la sécurité du site de déplacés de Kanyaruchinya, situé à environ cinq kilomètres de Kibati ». Ce site, qui héberge déjà plus de 80.000 personnes, « vient de recevoir un afflux de 4.000 arrivants supplémentaires depuis le déclenchement des combats ». Dans toute la province du Nord-Kivu, depuis avril dernier, on a recensé environ 320.000 personnes déplacées à la suite des combats menés par le mouvement rebelle du M23.

Nouvel incident contre une ONG, Msf a suspendu sa mission

A l’est du Tchad, les affrontements entre forces gouvernementales et rebelles, combinés aux incursions militaires depuis le Darfour voisin, ont fait des milliers de déplacés ainsi que de nombreux morts. Malgré l’insécurité, MSF continue de fournir des soins de santé primaires et secondaires, ainsi qu’une assistance pour les besoins en eau et en nourriture aux déplacés internes, aux résidents tchadiens ainsi qu’aux réfugiés soudanais provenant du Darfour. (MSF)

(BRUXELLES2)  Les Irlandais n’ont peut-être pas tout à fait tort en refusant de dégarnir le front de Goz Beida (lire : Les Irlandais rechignent à faire les gardes, Nash se fâche). Les incidents contre les ONGs continuent…. Témoin : l’attaque de vient de subir un dispensaire de  Médecins sans frontières (MSF) à Kerfi, dans l’est du Tchad.

« Des dizaines de jeunes hommes ont mis à sac le dispensaire MSF et ont attaqué les personnes présentes sur les lieux. Ils ont détruit les meubles, la pharmacie et les salles de consultation » raconte l’organisation. « Les patients, y compris les enfants malnutris, ont dû fuir. Au cours de l’incident, plusieurs employés de MSF ont été sévèrement battus mais ne souffrent d’aucune blessure grave. Les actes de violence se sont étendus à d’autres quartiers du village et auraient blessé et causé la mort d’un nombre indéterminé de personnes. Bien que la raison de l’attaque demeure inconnue, il semble que les organisations non gouvernementales (ONG) soient intentionnellement visées. » « Cet incident confirme à quel point l’aide humanitaire et les établissements de santé ne sont pas respectés. » explique Karline Kleijer, la chef de mission MSF au Tchad.

Du difficile compromis entre militaire et humanitaire

Même si l’organisation ne veut pas commenter la présence d’Eufor, elle est en revanche plus critique sur « l’affichage humanitaire du dispositif militaire » que représente Eufor. Car sur le terrain, m’a confié un agent de façon informelle, « Eufor n’arrive pas remplir son mandat affiché de protection des populations déplacées et réfugiées du Darfour, il n’a pas enrayé les attaques contre les ONG ».

En fait, MSF en tant qu’organisation humanitaire ne veut pas compromettre sa neutralité en étant escortée de soldats européens. Position que regrette le Lieutenant William Diepeveen, du contingent néerlandais, qui a résumé sur Radio Netherlands Worldwide l’ambiguité de cette position. « Nous ne pouvons assurer directement leur protection que s’ils le demandent. Or ils ne veulent pas. Alors la seule chose que nous pouvons faire, ce sont des patrouilles de nuit et une présence dans la ville, de Goz Beida par exemple et aux alentours. Mais cela ne suffit pas à prévenir les vols et les attaques ».

(NGV)

Photo : Groupe de déplacés a Koukou, Est du Tchad. © Valerie Babize / MSF