Réfugiés de Syrie. La limite est atteinte. A l’Europe de jouer

(BRUXELLES2) Depuis quelques semaines, face au drame syrien, le ton a changé à la Commission européenne. Tour à tour, deux commissaires que nous avons interrogées, Kristalina Georgieva (Aide humanitaire) et Cecilia Malmström (Affaires Intérieures) n’ont pas caché leur inquiétude face à la situation, dramatique, des réfugiés syriens (et palestiniens). Les pays voisins (Liban, Jordanie, Turquie…) ont accueilli beaucoup de réfugiés. « Ils ne peuvent pas vraiment en accueillir davantage. Ils font déjà le maximum » nous a ainsi confié la commissaire Georgieva. Et l’Europe soutient cet effort : 1,9 milliards d’euros engagés pour venir en aide aux pays voisins.

Une dégradation graduelle qui peut empirer rapidement

Mais devant les eurodéputés, à la commission des Affaires étrangères, mardi, elle a confirmé ce pessimisme. « Je ne peux pas dire que les perspectives soient roses. Nous avons une dégradation graduelle. Trois hypothèses peuvent être envisagées : le statu quo, une situation peu à peu dégradée, ou qui empire rapidement (soit du fait de circonstances non prévues en Syrie ou si le Liban cèderait à la pression migratoire). Dans tous les cas, les besoins humanitaires vont donc aller croissants. » Le pire n’est donc pas exclu !

Si le Liban craque…

Il y a un « effet boule de neige de la crise en Jordanie et au Liban et le risque de déstabilisation pour ces pays et pour nous en Europe. Nous prévoyons une augmentation des réfugiés si le Liban s’effondrait, le risque d’une vague de réfugiés vers l’Europe devient réel. Il y a (déjà) une forte augmentation des réfugiés traversant la frontière. » 

Davantage de solidarité entre Etats membres

La commissaire plaide donc pour davantage de solidarité entre les Etats membres. Il « serait nécessaire que le Parlement européen réussisse à trouver un accord pour une meilleure harmonisation (sur la situation en asile) ». Et pourquoi pas partir sur la base de la directive « protection temporaire ». « Lors de la crise dans l’ex-Yougoslavie, on avait développé un plan d’urgence en Europe. Il est important que l’on parte de cette expérience là » (*).

La commissaire répondant à a question de B2 (crédit : Commission européenne)
La commissaire répondant à une question de B2 (crédit : Commission européenne)

Une solution, la réinstallation

La situation demeure très critique, approuve sa collègue suédoise chargée des Affaires intérieures, Cecilia Malmström. Alors que « la grosse majorité ont été accueillis dans les pays voisins », l’Europe en « a accueilli 55.000. Proportionnellement ce n’est pas beaucoup » a-t-elle expliqué dans une réponse à une question de B2. « Nous travaillons à identifier des solutions dans le cadre de la task force « Méditerranée ». Mais il n’y a « pas de solution facile ». « Nous  encourageons tous les Etats membres à (offrir des visas) permettant la réinstallation des réfugiés ».

C’est-à-dire à autoriser l’accueil en Europe de personnes déjà accueillis dans les pays du voisinage. « Environ 5000 personnes ont ainsi été accueillis en réinstallation. Ce n’est pas vraiment beaucoup. Si tout le monde faisait le même effort que la Suède et l’Allemagne, par exemple, on pourrait accueillir environ 100.000 personnes. Ce n’est pas négligeable. Mais il y a des pays qui font aucun effort. » La commissaire accompagne la déclaration d’un geste explicite, dessinant un rond entre son pouce et l’index !…

(*) A suivre le « verbatim » de l’intervention de la commissaire sur la Syrie comme la République Centrafricaine : sur le Club