Tensions et terreur à Bossangoa (RCA). Un témoignage poignant

Dans le diocèse de Bossangoa, la population chrétienne se réfugie autour des églises, écoles. 40 000 personnes vivant dans (Crédits: Africatime.com)
Dans l’évêché de Bossangoa, la population chrétienne se réfugie autour des églises. 40 000 personnes qui ne peuvent pas rentrer chez eux et vivent dans ces camps improvisés.  (Crédits: Africatime.com)

(BRUXELLES2) À Bossangoa, à 305 km au nord de Bangui, la capitale de la République centrafricaine (RCA), la sonnette d’alarme est tirée depuis longtemps. Depuis début septembre, les violences se sont accélérées. La ville est aujourd’hui le théâtre principal des tensions entre la majorité chrétienne et la minorité musulmane. Impossible d’avoir une estimation réelle du nombre de morts. Le porte-parole de la présidence, Guy-Simplice Kodégué, évoque un bilan d’environ 100 morts, mais le secrétaire général de la communauté islamique parle de 369 tués parmi ses coreligionnaires.

Du coté chrétien, B2 a reçu le témoignage de l’abbé Jérôme Emilien Dansona, du diocèse de Bossangoa. Son journal de bord est le témoignage de cette peur quotidienne de la population face aux troubles et à une Seleka laissée à l’air libre. Extraits :

« La tension, cette semaine, aura été très vive à Bossangoa. Tout a commencé le samedi 16 novembre. Des éléments de la séléka auraient été attaqués par des éléments de la milice anti-balaka sur la route de Bangui. Quand la nouvelle se répand, la peur commence à s’installer parmi la population refugiée dans les locaux de l’Eglise catholique. En effet, le scenario est devenu désormais classique. Des éléments de la Seleka vont dans des villages pour voler ou racketter la population ; ou tout simplement pour mener des actes de représailles contre un village soupçonné d’abriter des anti-balaka. Lorsqu’il arrive qu’ils rencontrent une résistance du côté de ces milices d’auto-défense, résistance qui se solde parfois par des morts des deux côtés, les séléka reviennent alors immédiatement à Bossangoa déverser leur colère sur la population civile de la ville. (…)
« Jeudi 21 (novembre). Un convoi de vivres envoyés par le PAM (NB : le programme alimentaire mondial) est bloqué à la barrière Seleka de Katanga à l’entrée de Bossangoa. Après de négociation, le convoi est libéré, mais 10 éléments de la Seleka doivent assister au déchargement du convoi. En fait ils soupçonnent ces camions de transporter des armes et des munitions pour la milice anti-balaka. Dans la soirée, arrivent à Bossangoa les fameux éléments des forces régulières de défense et de sécurité longtemps promis par le gouvernement. Tenez-vous bien : 10 gendarmes et 3 policiers sans PGA (prime globale d’alimentation) munis de 5 kalachnikovs. En cas d’attaque, deux hommes s’entendront pour utiliser une arme. Ridicule ou cynique ? Ces 10 pauvres hommes ont dû déplaire quelque part pour mériter de telle punition. Heureusement que la FOMAC (*) leur a détaché quelques hommes pour leur protection. Venus pour protéger, c’est eux qui cherchent maintenant à être protégés. » (…)

Télécharger le Témoignage dans son intégralité (attention ! certaines photos peuvent choquer). Il a également été publié dans le quotidien français « La Croix ».

(*) La FOMAC, la Force multinationale de l’Afrique centrale déployée par la CEEAC (Communauté économique des États de l’Afrique Centrale) est passée, en août 2013, sous l’égide de l’Union Africaine et est devenue la Mission internationale de soutien à la Centrafrique (MISCA).

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Leonor Hubaut

© B2 - Bruxelles2 est un média en ligne français qui porte son centre d'intérêt sur l'Europe politique (pouvoirs, défense, politique étrangère, sécurité intérieure). Il suit et analyse les évolutions de la politique européenne, sans fard et sans concessions. Agréé par la CPPAP. Membre du SPIIL. Merci de citer "B2" ou "Bruxelles2" en cas de reprise Leonor Hubaut est journaliste. Diplômée en relations internationales de l'Université Libre de Bruxelles (mention mondialisation). Elle couvre pour B2 le travail du Parlement européen, les missions de la PSDC et les questions africaines. Spécialiste du Sahel.