Avec les accords de libre échange, demain on rase gratis !

(BRUXELLES2) Avec la Commission européenne, les lendemains chantent, surtout à l’ère du libre-échange. A écouter les experts bruxellois, si toutes les négociations commerciales engagées avec des pays tiers se concluaient, le produit intérieur brut européen augmenterait « de 2,2 points » soit 275 milliards. Promis, juré, craché. Un accord avec le Japon et le PIB c’est par exemple 0,6% et 400.000 chômeurs qui retrouvent un emploi. Pas mal, Avec les Etats-Unis, c’est 0,5 point de PIB en plus. Cela représente 545 euros par famille de 2 adultes et 2 enfants par an, ont même chiffré nos joyeux drilles (1). Encore un autre accord, et on peut supprimer les allocations familiales ! Ce paradis statistique a cependant pris un peu de plomb dans l’aile. En 2005, une étude de l’OCDE, reprise par la Commission, avançait un chiffre encore plus mirifique : une croissance du PIB par habitant de 3 à 3,5% ! C’est la crise aussi pour les prédictionnistes en chambre !

La vie en rose

La Commission européenne a l’habitude de ces statistiques enjolivées, pour ne pas dire au doigt mouillé. En 2007, elle prédisait ainsi que l’ouverture des accords dits de « Ciel ouvert », pour les compagnies aériennes américaines et européennes, allait permettre la création de 80.000 nouveaux emplois. Soit davantage que l’effectif d’Air France ! Las. Pour l’instant, on n’en a pas vu beaucoup de ces nouveaux emplois depuis l’entrée en vigueur de l’accord 2008. Ce serait plutôt le contraire. On dégraisse partout en Europe. Rien que pour ces derniers mois notons : – 4500 emplois chez l’Espagnol Iberia, – 3000 chez le Néerlandais KLM, – 1000 chez le Scandinave SAS et même – 300 chez le law-cost britannique Flybe. Une hécatombe pas prévue par les experts prévus par Bruxelles. Explication de ces erreurs. « Les statistiques européennes n’ont qu’une colonne celle des effets positifs, pas des effets négatifs. Résultat, ils se trompent à chaque fois … » analyse un observateur intérieur.

Une boule de cristal fêlée

Mais c’est une habitude bien ancrée. L’optimisme est désespéré à la Commission européenne. Témoin : la dernière prévision de croissance, sortie fin mai, prévoyait « une croissance du PIB progressivement positive au second semestre 2013, avant d’accélérer plus fortement en 2014 ». Apparemment, la boule de cristal est fêlée… Le FMI a averti dès le mois de juin. Les prévisions de croissance doivent être revues à la baisse. Même l’Allemagne, pourtant dotée de bons fondamentaux, a été sévèrement « corrigée ». Au Berlaymont, siège de la Commission, pourtant féroce envers les prévisions erratiques des États, on admet ce péché « d’optimisme ». « On essaie de communiquer positivement sur la crise » explique un porte-parole. « Il ne faut pas se montrer trop pessimiste. Sinon on se suicide »…

(Nicolas Gros-Verheyde)

NB : Les mêmes prévisions avaient été faites les années précédentes, avant d’être démenties par les faits, quelques mois plus tard.

(1) “An ambitious and comprehensive Trans-Atlantic Trade and Investment Partnership could bring significant economic gains as a whole for the EU – estimated at €119 billion euros a year – and for the US around €95 billion euros a year once the agreement is fully implemented. This translates to an extra – on average – €545 euros in disposable income each year for a family of 4 in the EU.”