(Djibouti) Une base, deux bases, des bases (maj)

(BRUXELLES2) A Djibouti, il y a bien sûr la base française, ancestrale, et la base américaine, plus récente, sur le camp Lemonnier. Des Américains qui renforcent leur présence, peu à peu. Djibouti servant pour les Etats-Unis de « porte-avions continental » pour leurs drones. Mais ce ne sont pas les seules implantations militaires. Djibouti attire comme un aimant les pays qui souhaitent implanter un effectif militaire dans ce « paradis » stratégique.

Américains en développement

La base américaine compte environ 2700 hommes auxquels il faut ajouter 1000 contractants et 1000 employés locaux. La Combined Joint Task Force Horn of Africa (CJTF-HOA) oeuvre sur trois zones distinctes. Une dizaine de pays constituent sa « zone d’opération » : outre les pays environnants (Somalie, Kenya, Erythrée, Ouganda), on trouve le Burundi, le Rwanda, les Seychelles et la Tanzanie. Une dizaine d’autres figurent dans sa « zone d’intérêt » : de l’Egypte à Madagascar, en passant par les deux Soudan (Soudan et Sud Soudan), le Tchad, Centrafrique, le Congo et le Mozambique. Enfin, toute l’Afrique figurant dans sa « zone de responsabilité« .

Une présence allemande depuis dix ans

Outre les deux pays déjà cités, le premier à le faire a été l’Allemagne. Depuis 2002, et l’opération Enduring freedom, elle entretient ainsi un petit contingent de 30 à 80 personnes selon les moments, destiné à assurer la liaison avec les navires qui accostent au port. Ils n’ont pas de site propre mais quelques bungalows sur l’aéroport et sont logés à l’hotel Sheraton.

La lutte anti-piraterie bon motif d’implantation pour les Japonais

A la faveur de la lutte anti-piraterie sont arrivés également les Espagnols et, surtout, les Japonais. Ces derniers sont arrivés avec armes et bagages et sont bien disposés à s’investir dans une zone où les Chinois sont très présents. La base japonaise a été ouverte en juillet 2011 et compte environ 180 personnels et 2 avions de patrouille maritime P3 Orion. Cette présence est un changement de stratégie notable pour le pays. C’est la première implantation outre-mer depuis la seconde guerre mondiale ; ce qui a nécessité la modification de la loi. Mais cette présence nipponne n’est donc pas que militaire. L’agence japonaise du développement finance plusieurs projets dans le pays, notamment un projet couvrant une partie de l’assainissement de la capitale.

Derniers arrivés : les Italiens

Les Italiens ont décidé de s’installer en dur (comme les Français et les Allemands). Ils s’apprêtent ainsi à construire une base tout près de l’aéroport international. Cette base n’est pas vraiment reliée à l’aéroport mais il suffira alors de construire un bout de piste (taxiway) qui lui manque. Le gouvernement italien devrait payer un loyer de 30 millions d’euros (le même que les Français et les Américains) au gouvernement djiboutien. Seul hic, la nouvelle base sera très proche du dépôt de munitions des Français des FFDJ, ce qui pourrait poser quelques problèmes de sécurité. Pour l’Italie, on peut parier que cette présence ne tient pas à la lutte contre les pirates mais surtout à la stabilisation de la Somalie toute proche.

Les Russes ?

Les Russes veulent aussi s’implanter à Djibouti. Ils ne disposent plus de base navale en mer rouge et dans l’Océan indien depuis l’indépendance de l’Erythrée et la réunification du Yemen. Et ils ont récemment exprimé leur désir de s’implanter dans le pays. Une demande confirmée à mi-mots par les officiels djiboutiens qui n’ont cependant pas voulu confirmé l’état des négociations. « Il y a une demande » a expliqué à B2 un haut diplomate djiboutien.

Lire également :

(Maj) papier détaillé avec quelques chiffres et dates pour les Américains, Japonais et Russes.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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