François Hollande, un changement de style, plus européen

(BRUXELLES2) La première sortie de François Hollande au niveau européen, c’était aujourd’hui, lors de ce diner informel qui s’est tenu à Bruxelles. Commencé un peu avant 20h, il s’est prolongé fort tard dans la nuit. C’était assez attendu. Et ce n’est qu’à 1h30 que les vibreurs ont retenti sur nos portables pour annoncer la tenue d’une conférence de presse. Une conférence, totalement ouverte à la presse internationale ; « Vous êtes les bienvenus » a d’ailleurs précisé à l’adresse de mes collègues européens, un ambassadeur français avant la réunion. A l’heure dite, la foule des grands jours était là. Impossible d’avoir une chaise si on n’était pas venu un peu à l’avance. Et du monde debout, partout. Avec un exercice de questions – réponses qui s’est prolongé assez tard dans la nuit.

Je ne m’intéresserai pas, ici, au fond — eurobonds, croissance, taxe sur la transaction financière (TFF), Banque européenne d’investissement (BEI)… — il sera sans doute largement commenté ailleurs. Mais à la forme, ou plutôt à la méthode, développée par le président français tout au long de son dialogue avec la presse. Le changement avec son prédécesseur, Nicolas Sarkozy, est, là, plutôt radical. Davantage que sur le fond d’ailleurs. Pas question de se mettre en avant, de pousser du col la position française, ou de renverser la table en disant que la France a pu changer le cours du monde, et que tout le monde est d’accord avec elle, l’heure semble à ne pas cacher les désaccords, au dialogue, à la recherche de solutions en commun, à la mise en avant des institutions communautaires… cela change ! Un style plus européen, plus esprit d’équipe que de compétition, qui semble apparemment bien passer, notamment en Italie ou Espagne ou Pologne qui avaient l’impression d’être parfois mis de côté, comme dans les plus « petits » pays.

Chaque pays compte et doit être entendu

« Quand on se réunit à 27, il est nécessaire d’écouter tout le monde. On ne peut se contenter d’en écouter 22 et de ne pas en écouter les 5 autres. » entame ainsi François Hollande. Certes cela ne semble pas toujours très rigolo, ni très ordonné à l’entendre. « Chacun parle avec des durées extrêmement variables. Certains sont brefs. D’autres prennent une partie de la nuit. Mais c’est, çà, aussi le respect des souverainetés. Chaque pays compte et doit être entendu. » Finies les moqueries contre tel ou tel pays qui faisaient, à vrai dire, le ravissement des commentateurs… mais vexait un peu les sujets. Quant à changer la méthode de fonctionnement de ces conseils, il est trop tôt. « C’est mon premier sommet. (…) Peut-être quand j’aurai fait d’autres sommets européens, je pourrais faire des propositions. Je ne veux pas faire la leçon aujourd’hui. »

Laisser la place au débat

Toute la difficulté de ce débat est car les positions sont très diverses à entendre le président français. Sur les Eurobonds, « des pays ont dit leur opposition de manière délibérée, plus marquée que Me Merkel . D’autres sont pour Eurobonds mais contre la TFF (le Royaume-Uni). Il y a des pays qui sont contre tout : contre les Eurobonds, contre la TFF, contre l’augmentation du capital de la BEI. » Le président n’a pas voulu nommer les « contre » mais il s’agit sans nul doute des Pays-Bas, comme de la Suède ou de la République tchèque. « Et il y a des pays qui sont pour : la TFF, les eurobonds, la BEI. (…) Le débat va se poursuivre. »

Chercher le compromis, et aux institutions communautaires

« Il faut chercher les compromis. Il n’y a pas eu de décision et personne n’en espérait. Ce n’était pas le lieu. Il était nécessaire de mettre les idées sur la table pour savoir qui était pour, qui était contre,  pour ensuite permettre au président de la Commission européenne et au président du Conseil européen de rechercher des compromis. »