Csaba Hende, ministre de la Défense hongrois, présente ses priorités

(interview) A quelques jours de la prise de fonction de la présidence hongroise de l’union européenne, le Ministre de la Défense de Hongrie, Csaba Hende, explique ses priorités et son opinion sur les évolutions actuelles de la politique extérieure.

La présidence tournante assurera un rôle dans l’ombre de la Haute représentante qui a, normalement, la haute main sur les questions de politique étrangère et de défense. Mais la défense reste un domaine où le pouvoir souverain des Etats membres est sensible. Le rôle et le pouvoir d’impulsion d’une présidence n’est donc pas somme toute pas négligeable. Le ministre résume cette position comme une « supporting-presidency ». Parmi les priorités de la présidence, on sent pointer la nécessité du « pooling and sharing » qui tendent à devenir les deux mamelles de la PSDC. La Hongrie considère le papier « suédo-allemand » comme une bonne base de départ. Le Ministre avance aussi la nécessité de promouvoir la formation, et présente quelques options pour améliorer l’utilisation des battlegroups (financement, C2, commandement et contrôle). Ses réponses sur le service européen d’action extérieure sont intéressantes ; on sent bien comment pour les pays, qui n’ont pas un grand réseau diplomatique, nombreuses sont les attentes sur ce nouveau Service.

Les priorités: pooling and sharing (encore et toujours)

Avec le nouveau Traité de Lisbonne, quel rôle a la présidence hongroise ?

Dans le nouveau contexte institutionnel, effectivement, la Hongrie se prépare à un rôle peu traditionnel pour une présidence. Nous voulons agir plutôt comme une « présidence de soutien » (supporting-presidency). Le leadership, c’est le Haut Représentant qui l’a. Et nous avons l’intention d’agir sous sa direction. En tant que «la présidence de soutien », notre objectif principal est de promouvoir l’intégration européenne de la défense, de renforcer la PSDC et de faire avancer la mise en œuvre des dispositions du traité de Lisbonne sur la PSDC.

Durant ses six mois, quelles sont vos priorités ?

Outre la gestion efficace des opérations en cours, notre priorité c’est le développement des capacités militaires, avec un accent particulier mis sur la mutualisation et le partage. À notre avis, il est très important de considérer la crise budgétaire comme une opportunité ou un catalyseur pour améliorer la coopération entre les Etats membres de l’UE dans le domaine de la défense européenne. Le traité de Lisbonne ouvre aussi de nouvelles perspectives et offre de nouvelles possibilités de coopération dans le domaine de la PSDC. Nous devons les examiner avec soin. Nous considérons qu’il est également important de faire des progrès dans le domaine de la formation PSDC.

Enfin, la coopération entre l’UE et l’OTAN est, une question très importante pour nous. Et nous avons pour objectif d’utiliser de façon plus efficace les enceintes existantes pour les discussions. Nous tenons à faire avancer les travaux sur les propositions de la Haute représentante.

Quel est votre avis sur le papier germano-suédois « Pooling and sharing » (mutualisation et partage) ?

Nous avons, tous, des budgets très limités. Il est donc impératif d’identifier les domaines où nous pouvons aller de l’avant en utilisant des solutions rentables et innovantes. La mise en commun et le partage est l’une de ces méthodes, par conséquent, cette question est une de nos priorités. Nous croyons que le papier germano-suédois sur la mutualisation et le partage constitue une bonne base pour une réflexion plus poussée et présente des voies envisageables pour l’avenir.

Les battlegroups: le concept est toujours bon, pourquoi pas l’adapter

Les battlegroups doivent-ils être maintenus ?

Oui. L’Union européenne a besoin de capacités de réaction rapide, y compris les battlegroups de l’UE pour mettre en œuvre pleinement la politique de sécurité et de défense commune. Nous en sommes convaincus. Les battlegroups de l’UE – aussi bien que les éléments terrestres des capacités de réaction rapide  de l’UE – peuvent être utilisés dans un court délai sur la base d’une décision consensuelle des Etats membres. Ils devraient donc être maintenus à l’avenir.

Mais le concept est-il toujours adapté à la réalité ?

C’est une base solide. (Certes) il y a quelques exigences qui posent des défis à tous les Etats membres contribuant au tour de rôle des battlegroups. (Mais) malgré ces défis, nous pensons que le concept dans sa forme actuelle avec les modifications supplémentaires adoptées récemment peut être utilisé selon l’objectif prévu initialement.

Que pourrait-on changer ?

Il ne faut pas tout changer. Il faut adapter le concept. Tous ces efforts doivent être centrés pour augmenter la possibilité d’utiliser les battlegroups. Si tous les États membres en sont d’accord, nous pourrions examiner certaines questions. Notamment pour favoriser la préparation des battlegroups, pour augmenter la disponibilité des éléments de commandement et contrôle (C2), ainsi que les modalités de financement du déploiement.

Le service extérieur de l’UE : un changement de culture diplomatique,
une (opportunité) pour les pays à moindre réseau diplomatique

Quels changements dans la politique européenne espérez-vous avec le nouveau service diplomatique européen (SEAE) ?

Tout d’abord, nous aimerions voir le SEAE pleinement opérationnel dès que possible. Nous le considérons comme un outil innovant pour assurer la cohérence et une meilleure coordination de l’action extérieure de l’Union, tout en augmentant son efficacité, la cohérence et, last but not least, sa visibilité.

Nous nous attendons à créer les conditions qui permettront à l’UE de parler d’une seule voix «forte». La création du SEAE, ainsi que d’autres changements institutionnels (comme le président «permanent» du Conseil européen, la « double casquette » du Haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité, etc) pourrait également apporter une plus grande continuité.

Cependant, nous ne devons pas oublier que les États membres restent un élément important et ils continueront à jouer un rôle clé dans la formulation de la politique extérieure de l’UE. Le SEAE ne rend pas les diplomaties nationales obsolètes. Il devrait cependant conduire à une nouvelle culture diplomatique européenne, dans lequel il y aura une collaboration plus étroite entre les institutions nationales et européennes.

La rotation du personnel, nous l’espérons, conduira à une connaissance plus approfondie et plus large des politiques de l’UE dans les services diplomatiques nationaux, et l’expérience des Etats membres peut bénéficier directement du service.

Quel tâche précise attendez-vous de ce Service ?

Nous espérons que le SEAE pourra aider les Etats membres d’avoir des débats plus ciblés, plus substantiels, mieux préparés. Le Service aura à élaborer des options, analyser les scénarios possibles et les présenter aux États membres qui peuvent contribuer à un processus plus efficace de prise de décision permettant à l’UE d’accroître sa visibilité à travers le monde.

Voyez-vous des conséquences pour les réseaux diplomatiques des Etats membres ?

Oui. Je le pense. Cela peut avoir un impact majeur sur la révision ou le développement de leur réseau national diplomatique dans chaque État membre. Les Etats membres qui ont des ressources limitées pourront concentrer leurs efforts sur certaines zones prioritaires. Ce qui permettra d’augmenter la qualité générale du travail diplomatique de l’UE, à condition que les Etats membres et le SEAE travaillent bien ensemble.

Les États membres qui ont un plus petit réseau de missions (diplomatiques), pourront aussi avoir accès à davantage de pays. Sur cet aspect, l’échange d’informations est crucial.

Reste cependant des zones plus sensibles (pour la souveraineté nationale), comme la représentation consulaire. La Hongrie est tout à fait ouverte pour utiliser les possibilités offertes par le SEAE. Et nous l’acceptons si cela reste un élément optionnel de la coopération.

Quelle est la zone dans le monde aujourd’hui peut nécessiter un déploiement d’une mission de défense de l’UE (civile ou militaire)? Êtes-vous vous inquiets au sujet du Soudan (*) par exemple ?

C’est une zone que nous comptons suivre de près au cours de notre présidence. Il est, en effet, très important de maintenir la paix et la stabilité au Soudan,. Tout conflit armé peut y avoir un effet néfaste sur la Corne de l’Afrique. Le risque d’instabilité est élevé. La situation humanitaire et sécuritaire au Darfour pourrait se détériorer davantage. Nous encourageons toutes les parties prenantes à s’engager pleinement dans les négociations de Doha.

Nous encourageons également les autorités soudanaises à poursuivre la préparation en temps opportun afin que le référendum puisse être tenue en temps utile. Il est également important de parvenir à un accord sur les modalités pour la période post-référendum. Le résultat du référendum sur le statut du Sud-Soudan soit acceptée par toutes les parties.

(*) Un Hongrois, un employé civil de la Minuad (force des Nations-unies au Darfour) a été enlevé début octobre.

NB : les réunions de la présidence. Outre les réunions informelle et formelle des Ministres de la Défense, et la réunion informelle des directeurs de la politique de défense qui se tiendra à Budapest, la Hongrie organisera également un séminaire sur le pooling et sharing, et deux conférences en collaboration avec l’Agence européenne de défense.

Csaba Hende en quelques mots

Né le 5 février 1960, à Szombathely (près de la frontière autrichienne), il fait des études de droit à l’université de Budapest puis embrasse la carrière d’avocat. En 1991, il devient secrétaire d’Etat parlementaire au ministère de la Défense chargé des affaires juridiques. En 1994, il repart exercer comme consultant juridique à Szombathely. En 1998, il devient secrétaire d’Etat au ministère de la Justice (jusqu’en 2002). Puis travaille au Parlement hongrois comme greffier. Après été membre de la MDF (Magyar Demokrata Fórum) petit parti conservateur qui était au gouvernement en coalition avec les socialistes, il rejoint en 2004 la FIDESZ (littéralement « alliance des jeunes démocrates »), le parti de Viktor Orbán qui a remporté les dernières élections et, causant une certaine surprise, est nommé ministre de la Défense.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).