L’offensive turque en Syrie rebat les cartes

(B2) Pour le général Claude Van de Voorde, chef du Service général du renseignement et de la sécurité belge (SGRS), l’avancée turque en Syrie amène plusieurs bouleversements

Même si sur le terrain la situation est très fluctuante, l’analyse du chef du SGRS faite devant les députés belges le 16 octobre dernier, mérite le détour.

Une situation qui peut aboutir à une impasse

Sur les cinq villes visées aux abords de la frontière — Ras al-Aïn, Tall Ayad, Manbij, Kobané et Qamichli — les deux premières sont tombées. Ce qui a entraîné le départ des troupes américaines. Pour le moment, « les Turcs restent dans le désert ». Les conclusions provisoires du SGRS sont qu’ils « se limiteront à ce triangle de 100 km de longueur et 30km de profondeur » en territoire syrien, souligne C. Van de Voorde mettant en évidence un point : « La situation actuelle va nous mener à une impasse ».

Une résistance kurde moins forte que prévue

Parmi les premiers constats, « la résistance kurde a été moins forte que prévue ». Ce qui explique une avancée turque assez rapide. Mais « l’alliance des Kurdes avec l’armée syrienne a changé la donne ». D’ailleurs, « les milices kurdes – les forces kurdes des SDF – sont à présent complètement intégrées dans une division de l’armée syrienne ». Cela constitue « un bouclier dissuasif vis-à-vis des Turcs, qui se montrent plus calmes et moins offensifs dans leurs actions ».

Un coup de maître des Russes

La Russie est gagnante dans cette action, selon C. Van de Voorde : « Il s’agit une nouvelle fois d’un coup de maître de la part du régime russe, puisqu’il renforce ainsi sa position dans la région au détriment de l’Union européenne et de l’OTAN. » Sur le terrain, la Russie est très présente. Sans qu’elle « participe pour l’heure effectivement aux combats, elle parraine l’armée syrienne » et dans certains cas, « les velléités offensives de l’armée turque sont tempérées par la présence d’une sorte de police militaire russe ».

… et une avancée syrienne

C. Van de Voorde rappelle aussi que s’agissant des « interlocuteurs pour l’avenir, la récupération du Nord-Est du pays par le régime d’Assad aura son importance » pour une solution future au conflit syrien.

(CG, st.)

L’OTAN est-elle toujours une organisation politique ?

(B2) L’Alliance atlantique a connu des crises, graves, dans le passé. Ce qui se passe aujourd’hui avec l’offensive turque non concertée dans le nord-est de la Syrie est hors de proportion

Les ministres de la Défense tenteront de s’accorder sur la Turquie. Réunion (difficile) ce jeudi au siège de l’Alliance à Bruxelles (© NGV / B2)

Une rupture politique et militaire au sein de l’Alliance

Qu’un pays membre de l’OTAN (Turquie), avec le consentement d’un autre (USA) — tous deux membres principaux de l’Alliance — interviennent dans une zone sensible, désorganisant la stratégie patiemment construite par les Alliés dans la zone, est assez extraordinaire. Que cela se fasse sans aucun délai ni discussion préalable entre les Alliés, en particulier ceux présents sur le terrain au sein de la coalition contre Daech est encore plus étonnant. Rajoutez à cela des Américains, dont la ligne politique est difficile à cerner et erratique (1). Et vous avez un cocktail inédit qui suscite bien des interrogations sur la fiabilité de l’Alliance.

Rendre les armes à la Russie : quel paradoxe

Le premier résultat de cette intervention est d’ores-et-déjà visible. Le seul interlocuteur international valable dans la zone, au niveau politique comme militaire, devient Moscou. Les USA ont ainsi réussi à placer la Russie, l’ennemi héréditaire, la raison d’être de l’OTAN, dans une position incontournable tant au plan politique que militaire, sur un de ses principaux champs d’action : le Moyen-Orient et le Golfe. Vladimir Poutine peut se réjouir. Il n’a plus besoin de manœuvrer. En désertant le champ de bataille, les Alliés lui offrent la victoire sans combattre. Magnifique. Un retrait tactique = une défaite stratégique.

Un sabordage politique

Le second effet de l’intervention est plus imperceptible. La colère gronde dans les cercles feutrés de l’organisation euro-atlantique. Cette action constitue, en effet, une brèche au concept même de l’Alliance qui s’affirme comme une entité politique, solide, organisée, indestructible. Sa crédibilité est en jeu, au niveau européen comme mondial. Les questions qui se posent sont fondamentales. A quoi sert de montrer ses muscles à la Russie si on facilite son action aux portes de l’Europe ? Qui pourra faire confiance demain à des alliés qui tournent casaque du jour au lendemain ? Les Alliés eux-mêmes seront-ils prêts à suivre les yeux fermés les Américains demain dans une coalition ? (2). L’OTAN ne va-t-elle pas être contrainte de se replier sur sa zone historique : l’Europe ? L’organisation n’est-elle pas condamnée en fait à errer sans but politique, comme un coq à qui on aurait coupé la tête ?

Une réflexion interne nécessaire

Dire que « l’OTAN est morte » comme le proclame l’ancien conseiller de François Mitterrand Jacques Attalli, c’est aller vite en besogne. La force d’attraction et d’inertie de l’organisation euro-atlantique demeure car elle n’a pas d’équivalent ni de remplaçant. Mais ce qui est sûr c’est qu’en quelques jours, les États-Unis et la Turquie ont effacé les gains occidentaux depuis la chute du mur en 1989, mettant en évidence les faiblesses et la friabilité de l’Alliance. Les Européens vont devoir, très vite, réfléchir à ce qu’ils veulent faire. Sont-ils prêts à investir l’OTAN pour en faire ‘leur’ organisation ? Sont-ils prêts à se doter, en parallèle, eux-mêmes de certains instruments de puissance, au moins au plan politique ? Ce n’est pas gagné…

(Nicolas Gros-Verheyde)


Une singulière différence avec la crise de 2003

L’OTAN n’en est pas à sa première crise importante. Elle avait vécu une crise similaire à l’été 1974 avec le coup d’état grec à Chypre, suivie de l’intervention militaire turque (3). Mais cela semble si loin : presqu’un demi-siècle. La crise de 2003 est plus récente, quand les USA et une partie des alliés sont partis en Irak détruire le régime de Saddam Hussein et qu’une autre partie emmenés par les franco-allemands ont refusé. Un véritable schisme. Entre Alliés, les mots étaient durs. La bataille était rude, mais sur le plan politique et diplomatique. Il n’y avait pas un pays de l’Alliance qui combattait l’autre indirectement sur le terrain. Français et Allemand avaient simplement refusé de participer à une action militaire qu’ils jugeaient contraire au droit international et à leurs intérêts. Ils ne s’étaient pas alors rangés militairement du côté de Saddam…


  1. Le gouvernement américain est passé en quelques jours d’une autorisation donnée à la Turquie d’intervenir en Syrie, à la menace de représailles féroces si elle continuait son offensive, accompagnée d’une demande aux Alliés de sanctions importantes, puis à une médiation de cessez-le-feu (temporaire) et une demande faite aux Alliés d’assister la Turquie.
  2. L’échec américain à constituer une coalition maritime contre l’Iran dans le détroit d’Ormuz est un signe avant-coureur de cet état des lieux. Lire : L’opération américaine dans le détroit d’Ormuz : comme un goût d’échec diplomatique
  3. Crise qui entraîne (entre autres) la mise en place d’un embargo militaire contre la Turquie par les États-Unis et le retrait de la Grèce de l’Alliance.

Une zone de protection aérienne russe pour protéger les Kurdes

(B2) Est-on à la veille d’un tournant tactique en Syrie ? En tout cas les derniers contacts entre Kurdes et Américains le laissent penser

« J’ai besoin de savoir si vous êtes capable de protéger mon peuple » a déclaré le général kurde Mazloum Kobani Abdi, commandant en chef des forces démocratiques syriennes (FDS), à l’envoyé spécial adjoint de la Coalition mondiale contre Daech, William Roebuck, lors d’une réunion jeudi, selon un document interne américain obtenu par CNN. « Si ne pouvez le faire, je dois conclure un accord avec la Russie et le régime maintenant et inviter leurs avions à protéger cette région ».

Si cette éventualité se produisait, les Américains auraient, par leur politique, contribuer d’une certaine façon au régime de Damas et aux Russes à reprendre le contrôle d’une partie de la Syrie. Beau résultat.

(NGV)

Les Européens se chamaillent, le monde continue de tourner

(B2) Durant le sommet consacré au Top Chef, dimanche et lundi, le monde ne s’est pas arrêté. Au contraire. B2 a comptabilisé pas moins de cinq évènements qui auraient mérité au moins un coup d’œil. Une journée assez ‘ordinaire’ sur la scène mondiale qui devrait sonner comme un avertissement aux oreilles des Européens. Le monde n’attend plus l’Europe aujourd’hui

tirs lors de l’exercice Tobruq Legacy 19 (crédit : MOD Pologne – archives B2)

C’est un paradoxe, plus le tempo mondial s’accélère, plus la conflictualité règne, moins les Européens s’intéressent aux choses du monde et se lamentent sur leur propre sort. Savoir qui sera ‘calife à la place du calife’ est sans doute important. Mais consacrer quelques heures à la situation internationale, à la guerre en Syrie, le conflit en Iran, la situation au large de Chypre, au conflit en Libye, au processus de paix en Afghanistan ne serait pas du luxe.

Dimanche 30 juin : frappe américaine en Syrie

Le US Central Command (ou CentCom) annonce avoir conduit une frappe sur un camp d’entraînement d’al-Qaida en Syrie. Une déclaration qui semble en décalage avec les récentes auto-congratulations du président Donald Trump sur l’éradication de l’État islamique dans le pays en proie à la guerre civile.

Lire : Les forces américaines ciblent un camp d’entraînement de al-Qaida en Syrie

Dimanche 30 juin : le général libyen Haftar menace la Turquie

Alors que le Conseil européen commence à Bruxelles, un drone turc est abattu « sur la piste de la zone militaire de l’aéroport de Mitiga », en Libye, rapporte Franceinfo. Une conséquence directe de l’ordre de Khalifa Haftar à ses troupes de cibler les navires turcs et d’arrêter les ressortissants turcs en Libye alors que les tensions entre la Libye et la Turquie s’aggravent. Le maréchal accuse les autorités turques de soutenir son ennemi, Fayez al-Sarraj. La Turquie avait d’ailleurs, quelques heures avant l’attaque du drone, dénoncé l’arrêt de six de ses ressortissants en Libye. Lesquels ont finalement été relâchés, a annoncé le ministère turc des Affaires étrangères lundi matin (1er juillet). C’est la révélation au grand jour qu’un allié de l’Alliance atlantique est engagé sur le terrain avec hommes et matériels.

Lundi 1er juillet, à l’aube : un missile s’écrase sur le nord de Chypre

Dans les premières heures du matin, un missile « de fabrication russe » s’écrase dans la région de Tashkent, au nord-est de la capitale chypriote de Nicosie – sans toutefois faire de victime – d’après les autorités de la République turque autoproclamée de Chypre-Nord. L’explosion aurait été provoquée par « la défense antiaérienne en Syrie pendant un raid aérien israélien » explique le ministre des Affaires étrangères, Kudret Ozersay, relayé par Le Monde. Le missile comportait « des inscriptions identiques à celles trouvées sur un missile de type S-200 tombé en Turquie en juillet 2018 ». La chute de l’objet coïncide avec un raid israélien près de Damas dans la nuit de dimanche à lundi qui aurait activé les défenses antiaériennes syriennes, lesquelles sont « notamment pourvues de systèmes russes ».

Lundi 1er juillet, à l’aube : attentat à Kaboul

Une voiture piégée conduite par un kamikaze explose dans le centre de la capitale afghane. Bilan : six mort et plus de 65 blessés, la plupart des écoliers. Attaque qui visait ‘un centre logistique et d’ingénierie du ministère de la Défense’, selon les Talibans qui ont revendiqué l’attentat. On est juste quelques heures après que les négociateurs allemands et américains aient annoncé une nouvelle rencontre entre responsables afghans et Talibans dimanche à Doha, au Qatar, comme le relate France 24 avec AFP.

Lundi 1er juillet, 15h : l’Iran sort des clous et pose un ultimatum

L’Iran annonce avoir « dépassé la limite de 300 kg [d’uranium faiblement enrichi] » déclare le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif, selon l’agence de presse de la République islamique (IRNA). Téhéran avait déjà averti les Européens (Lire : Instex opérationnel. L’accord sur le nucléaire iranien sauvé : pour combien de temps ?). Il enfonce le clou. Son instance suprême de la sécurité nationale donne « 60 jours aux pays restant favorables à ce pacte (Allemagne, Chine, France, Grande-Bretagne et Russie) pour rendre opérationnels leurs engagements en particulier dans les secteurs pétrolier et bancaire. »

(Coline Traverson st.)

Lire aussi : Face à la situation dans le Golfe, l’Europe atteinte de céphalée stratégique

Les forces américaines ciblent un camp d’entraînement de al-Qaida en Syrie

(B2) Le nord-ouest de la Syrie demeure « un refuge [safe haven] où les leaders de Al-Qaida en Syrie (AQ-S) coordonnent activement des activités terroristes » assure le commandement américain pour la zone.

L’US Central Command (plus connu sous l’appellation CentCom) vient ainsi d’annoncer dimanche (30 juin) avoir conduit une frappe aérienne contre « un camp d’entraînement du commandement de Al Qaida en Syrie » près de la province d’Alep. Cette opération visait des opérationnels d’Al Qaida considérés comme « responsables d’avoir planifié des opérations menaçant des citoyens américains, nos partenaires et des civils innocents ». Les États-Unis « continueront, avec ses alliés et partenaires, à cibler Daesh et al-Qaida pour les empêcher d’utiliser la Syrie comme refuge » est-il précisé.

Commentaire : les groupes terroristes en Syrie loin d’être éradiqués

Cette frappe confirme d’une part que le Pentagone n’entend pas abandonner (totalement) le terrain en Syrie et contredit quelque peu les propos de Donald Trump qui s’était réjoui d’avoir « éradiqué » le califat de l’Etat islamique en Syrie… Le président américain avait simplement oublié qu’avant de crier victoire, il faut s’assurer que tous les groupes terroristes (y compris Daesch ou Al Qaeda) sont bien tous neutralisés. C’est loin d’être le cas comme l’assuraient toutes les sources de renseignements, et comme le prouve cette annonce du Pentagone qui, au-delà des aspects opérationnels, peut être analysée comme une prise de position politique.

(Coline Traverson st. & Nicolas Gros-Verheyde)

La diplomatie européenne à l’épreuve du monde

(B2) Malgré le pessimisme ambiant, la situation n’est pas pire qu’il y a un an. 2018 a été une année de tensions, avec de nouvelles problématiques diplomatiques soulevées notamment par le président Trump. Pourtant, il y a eu des avancées, avec la conclusion d’accords, parfois historiques, comme en Macédoine ou dans la Corne de l’Afrique. Pour ne pas sombrer dans un pessimisme ambiant, mais en restant réaliste, petit tour d’horizon. 

Des ilots d’espoir dans le monde

Dans la Corne de l’Afrique, un mouvement historique semble s’amorcer avec l’accord de coopération Erythrée-Ethiopie-Somalie signé en septembre, suivi d’un accord de paix entre les deux frères ennemis éthiopien et érythréen. Dans le Golfe, un accord s’est fait en décembre à Stockholm entre les parties yéménites ; accord très fragile, qui a peu de chances de s’émanciper, mais il s’agit d’un premier accord.

En Syrie, la guerre civile interminable semble amorcer une dernière phase, certes sinistre, dans laquelle la communauté internationale accepte, à demi mot, que la solution devra inclure Bachar al Assad, en passe d’achever la reconquête d’une bonne partie du territoire avec l’aide des alliés Russes et Iraniens. Le trio russo-turco-iranien qui gère désormais le processus à la fois militaire et politique a, contrairement aux augures négatifs, tenu la corde et 2019 pourrait amorcer la fin d’un conflit quasi décennal. La Syrie, exclue de la Ligue arabe en 2015, reprends les contacts avec les pays musulmans, qui semblent disposés à dialoguer.

L’accord entre la Macédoine et la Grèce, pour rebaptiser le premier en « République de Macédoine du Nord » a été ratifié par le parlement macédonien ce 11 janvier 2019. S’il est ratifié par les Grecs, il supposera une avancée historique qui permettra au pays d’entrer dans le club de l’OTAN (et à long terme dans l’UE) et d’insuffler un air de pacification dans la région. 

En Amérique latine, plus de deux ans après sa signature, l’accord de 2016 avec les FARC semble tenir en Colombie, malgré l’élection d’Ivan Duque (en juin 2018), très critique avec l’accord.

Côté gris, stabilisation et perspective de paix

L’accord nucléaire avec l’Iran, malgré la défection américaine, tient encore, pas pour longtemps peut-être, mais il tient. L’Europe est ici mise au défi de réussir son pari, risqué, de créer le « special purpose vehicule » pour soutenir les entreprises européennes et leur permettre de contourner les sanctions américaines.

En Afrique, les pays du Sahel (Niger, Mali,…) ont tenu bon. Mais l’offensive des groupes rebelles et terroristes, si elle est contenue, est loin d’être réduite. Elle s’étend même au Burkina Faso désormais. Et la montée en puissance du G5 Sahel est lente, très lente… La situation pourrait également se compliquer avec l’organisation d’élections législatives et présidentielles au Mali, en avril. Le Nigéria aura également des élections législatives le 16 février prochain.

Dans le reste de l’Afrique centrale, la situation s’est maintenue relativement calme. Il faudra cependant surveiller la RD Congo, le Cameroun et le Tchad, où l’organisation d’élections peut enflammer les pays.

La Libye n’est plus le trou noir de 2017 mais reste anarchique, avec toujours deux pôles politiques en opposition. Une solution pourrait se profiler, incluant le générale Haftar dans l’équation. Un évènement clé sera l’organisation d’élections législatives au printemps.

Au Soudan du Sud, où une demi-décennie de guerre a dévasté le pays, un autre accord de paix a été signé entre les parties belligérantes en septembre. Certains voient des signes d’espoir en cette nouvelle trêve, ouvrant la voie au retour des réfugiés et à la reconstruction du pays. L’accord est pourtant instable et pourrait, comme celui de 2015, échouer après sa signature. L’organisation d’élections au printemps 2019 viendra accentuer les rivalités et pourrait déstabiliser le pays (où les groupes armés restent actifs et font régner un climat d’insécurité) et le refaire plonger dans le conflit.

Dans les Balkans, zone qu’on croyait apaisée, les dérives nationalistes — au Kosovo, en Bosnie-Herzégovine notamment — réveillent un passé douloureux, obligeant les Européens à se consacrer à cette zone, à nouveau, plus qu’ils ne l’ont fait dans le passé.

Côté noir,

Ukraine. Le conflit dans l’Est de Ukraine, loin d’être gelé, comme le qualifient certains analystes irréalistes, produit son quota de morts chaque jour. Le processus de négociation entamé à Minsk, s’il a permis de garder un canal de dialogue, n’a pas produit ses effets. Et les Russes ont ouvert, avec logique, un nouveau front, maritime, pour contrôler l’entrée et la circulation dans la mer d’Azov. Avec des élections prévues en mars, le gouvernement de Porochenko pourrait être tenté de répondre aux attaques de manière forte. 

Quant au processus de paix au Moyen-Orient, à défaut d’être totalement mort, il est en coma dépassé. L’ambassadeur suédois à l’ONU l’indiquait récemment en quittant son siège temporaire au conseil de sécurité des Nations unies. Les initiatives françaises et européennes ayant totalement échoué, on attend désormais des États-Unis qu’ils présentent leur stratégie. Mais la décision de déplacer l’ambassade à Jerusalem ne porte pas à l’optimisme, d’autant qu’elle est suivie par d’autres pays. 

En Amérique latine, la conjoncture politique et économique est orientée au noir. Les acquis diplomatiques de ces dernières années ont été remisés. Oubliée la consolidation d’espaces diplomatiques autonomes. Oubliée la priorité donnée au multilatéralisme. Oubliées les coopérations sud-sud. Au nom du recyclage d’une politique extérieure de guerre froide. Les discours offensifs de défense du monde libre ont repris du service. Conséquence la plus immédiate, ces milliers de Centraméricains qui marchent vers le Nord, créant un flux migratoire aux répercussions encore indéterminées. La crise principale, politique et humanitaire, est celle du Venezuela, dont le second gouvernement de Nicolas Maduro n’est pas reconnu par la communauté international. 

L’Union européenne doit prendre sa place

Dans tous ces bouleversements mondiaux, la diplomatie européenne tient son rang. Mais sans audace. L’accord sur le nucléaire iranien est soutenu à bout de bras par les Européens qui ont réussi à le maintenir en vie. En Libye, elle a été mise de côté par la France, puis par l’Italie. Dans le Sahel, elle est très active mais les résultats ne sont pas à la hauteur, tant sur le plan sécuritaire que politique. Le risque est très grand de perdre la bataille de la visibilité, au profit de la Russie. En Syrie, c’est une des grandes absentes. Et avec le Brexit qui arrive, l’Union est attendue au tournant. Pour quasiment tous les Européens, il semble évident qu’il faut davantage d’action européenne, mais laquelle ? Beaucoup peut être fait en politique extérieure et le sujet devrait s’imposer comme un des éléments clés des élections européennes, où seront définies les orientations pour les prochaines années.

(Nicolas Gros-Verheyde et Leonor Hubaut)

Jim Mattis jette l’éponge. Un différentiel stratégique avec Donald Trump

(B2) On pourrait se dire, c’est une démission de plus dans l’entourage de Donald Trump, le président américain. Le départ de Jim Mattis, de son poste de Secrétaire (ministre) à la défense, annoncé jeudi (20 décembre), n’est pas anodin

James Mattis, dans ses adieux de chef du commandement allié de transformation (‘Supreme Allied Commander Transformation’) (crédit : OTAN / Archives B2 juillet 2009)

L’ancien dirigeant des Marines a tout enduré sous Donald Trump : sa manière désinvolte de traiter l’OTAN comme ses insultes aux plus fidèles alliés, ses tentatives de dialogue direct avec Poutine qui ont tourné à la déroute, son absence de respect à certains vétérans ou familles des morts en opération, ses atermoiements dans les opérations…. Le départ décidé de Syrie, abandonnant les alliés kurdes et arabes à leur sort, face à la Turquie comme face à Daesh, a sans doute été la goutte qui a fait déborder le vase.

Il faut traiter les alliés avec respect

Dans une lettre du 20 décembre, révélée par plusieurs médias américains, et obtenue par B2, le ministre ne cache pas cette différence de vision : « Ma vision [est] de traiter les alliés avec respect et aussi d’avoir les yeux ouverts sur nos concurrents stratégiques et acteurs malins. […] Nous devons faire tout notre possible pour avancer vers un ordre international qui est le plus conduction pour notre sécurité, prospérité et valeurs. Et nous devons renforcer notre effort par la solidarité de nos alliances ». Mais vous avez le droit d’avoir un ministre qui partage mieux vos vues. »

Deux mois de préavis

Pour autant, il ne claque pas la porte, comme pourrait le faire un ministre français, du jour au lendemain. Il laisse un délai « suffisant », jusqu’au 28 février 2019, à Donald Trump pour lui trouver un successeur… Celui-ci devra composer avec un Sénat où il a fort à faire non seulement avec l’opposition démocrate, mais aussi certains élus républicains critiques de sa politique étrangère, comme l’a montré le refus de l’assistance militaire à l’Arabie Saoudite.

(NGV)

Combien ont coûté les frappes en Syrie ? Première évaluation

(B2) Il est toujours difficile d’évaluer le coût d’une opération telle que les frappes militaires sur la Syrie (opération Hamilton), car selon la base de coût pris en charge (coût réel total ou coût supplémentaire), on arrive à des données différentes.

On arrive ainsi à un coût entre 115 et 135 millions d’euros. Sur la base de ce dernier chiffre, presque trois quarts du budget sont consacrés aux munitions (98 millions d’euros), le reste est dû aux coûts opérationnels (17 millions pour l’aviation et 25 millions d’euros pour la marine).

Cela prend en compte :

1° les coûts des armes tirées ainsi que celui des armes non tirées (dont l’existence est reconnu côté français et coté américain).

2° le coût horaire des avions aller et retour — Rafale français, B1B américains, Tornado britanniques —, leur escorte (Mirage, Tornado, F-22), les ravitailleurs et avions de surveillance (Awacs, F-16…), mais aussi le temps de repérage préalable (moyen) pour des Awacs et avions de chasse.

3° le coût du déplacement des navires et sous-marins.

Méthodologie. Le coût des armes est calculé selon les données connues et le prix moyen public, et la base de données ‘OPEX’ de B2. Pour définir les coûts horaires des avions, je me suis basé sur les données du Pentagone, du gouvernement britannique après l’opération en Libye (rapport de 2011) et du Parlement français (rapport Launay 2012). Pour définir les coûts des navires, j’ai pris en référence le coût moyen mensuel d’engagement dans des opérations précédentes (Libye ou Irak), selon la base de données ‘OPEX’ de B2. Le cours $/Euro a été pris dans un cours moyen de 0,81 euro pour 1 dollar.

La fourchette basse du chiffre provient d’un coût relativisé au niveau opérationnel. Explication : même hors opération, les navires, les avions doivent voler ou naviguer, ne serait-ce que pour maintenir les conditions d’entraînement et de vigilance. NB : n’a pas été pris en compte le coût relativisé des munitions. Des munitions non tirées doivent en effet, au terme de leur durée de non-utilisation, être soit remises en condition, soit détruites et renouvelées.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(Mis à jour) Nous avons reçu plusieurs messages. Certains nous demandent des précisions. Elles seront apportées au fur et à mesure des mises à jour de cet article. D’autres sont plus critiques. Les critiques portent tout d’abord le fait même de publier une telle évaluation. Ce serait faire le jeu des pacifistes, nous précise-t-on.

  • Avec ce genre d’arguments, les journalistes politiques n’écriront plus une seule ligne, car nous serions toujours accusés de faire le jeu de quelqu’un.

Elles soulignent aussi que nous n’avons pas tenu compte des retombées positives de cette frappe, notamment au plan politique.

Enfin, la méthodologie employée « trop simpliste » est aussi mise en cause.

  • Nous sommes très conscients des limites de cette évaluation, qui reste une évaluation « journalistique » et non « scientifique ». Doit-prendre juste en cause le coût « marginal » engendré par ces frappes, le coût « réel » (des moyens employés) ou le coût « total » (y compris structures d’appui et de planification). Chacune de ses méthodes oblige à faire des choix, très politiques, selon ce qu’on veut démontrer. Nous avons choisi de prendre en compte le coût « réel », en relativisant certaines notions.

Lire aussi sur le même sujet :

La coalition américano-franco-britannique frappe trois sites syriens (V5)).

 

Quelles leçons tirer des frappes militaires sur la Syrie ? Sortir du piège syrien

(B2) Américains, Français et Britanniques montrent les biceps en Syrie. Quelle est la justification de cette action ? Est-elle légitime ? A-t-elle eu un effet militaire, géopolitique ? Peut-elle avoir une influence sur le conflit ? Pourquoi Bachar s’obstine-t-il à utiliser des armes chimiques ? Pourquoi les Russes ont-ils laissé passer les frappes ? Beaucoup de questions… quelques réponses

Une frappe légale ou légitime ?

Le régime de Bachar est-il responsable ?

Oui. Le régime de Damas s’était engagé en 2013 à démanteler tout son arsenal chimique, sous le contrôle d’inspecteurs de l’ONU et de l’OIAC. Il a violé cet engagement à plusieurs reprises, en reconstituant ses stocks, en ne déclarant pas certains centres de recherche et, finalement, en utilisant l’arme chimique sur le terrain. Il a également violé à plusieurs reprises les conventions de Genève sur le droit de la guerre, comme la Charte des Nations unies.

Bachar a-t-il régulièrement utilisé l’attaque chimique ?

Oui. Le régime de Damas a régulièrement utilisé l’arme chimique depuis le début. Il s’en est parfois vanté. Plus souvent il s’en est caché. A chaque fois qu’il a tenté de masquer ces faits, une enquête internationale a prouvé le contraire. La succession des faits est éloquente (lire notre dossier N°59. Attaques chimiques en Syrie, lignes rouges et petites frappes). Les rebelles ont également utilisé cette arme — cela a été le cas de Daesh —. Les faits dans ce cas ont pu être rapidement établis. En l’occurrence, dans la Ghouta, le régime était seul en position d’accomplir cette frappe. Et tout pointe vers le régime. Mais aucune preuve ‘physique’ n’existe de son implication. On est davantage dans ce que des juristes pourraient appeler un faisceau sérieux d’indices concordants. Ce qui fragilise la ‘légalité’ de l’attaque.

Pourquoi frapper en cas d’utilisation d’arme chimique et pas d’autre crime de guerre ?

Il y a deux raisons. Tout d’abord, les armes chimiques sont des armes de destruction massive, interdites par le droit international. Elles sont dites l’arme du pauvre car elles nécessitent peu de moyens techniques. Leur danger n’est pas seulement le nombre de pertes humaines qu’elle peur provoquer, mais la contamination de l’arme sur d’autres terrains. Ensuite, il y a une raison pragmatique. Les frappes du régime de Damas visent régulièrement les hôpitaux, les ambulances, les boulangeries, les centres d’approvisionnement, les civils. Des crimes de guerre… voire des crimes contre l’humanité, tout autant condamnables. Mais ils n’ont jamais été considérés par les Alliés comme une ‘ligne rouge’ ni comme une atteinte à leurs intérêts nationaux. Ce qui les aurait obligé à intervenir quotidiennement dans le conflit. Enfin, il y a la notion d’affichage politique : les Alliés ont affiché une ‘ligne rouge’ sur les armes chimiques. S’ils laissent quotidiennement utiliser cette arme, leur parole est dévalorisée sur la scène internationale.

La frappe est-elle autorisée par les Nations unies ?

Non. C’est un argument utilisé par Jean-Yves Le Drian. Mais il n’est pas tout à fait exact. Certes la résolution 2118 du 27 septembre 2013 prévoit un démantèlement des armes chimiques. Et son paragraphe 21 prévoit un possible usage de la force en cas de violation de cette résolution. Mais cette application ne semblait pas automatique. Il faut une nouvelle résolution du Conseil de sécurité pour intervenir sous le chapitre VII. « En cas de non-respect de la présente résolution, y compris de transfert non autorisé ou d’emploi d’armes chimiques par quiconque en République arabe syrienne, il imposera des mesures en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies ». Le secrétaire général de l’ONU, le Portugais Antonio Guterres a été assez explicite sur ce point. « Le Conseil de sécurité est le premier responsable du maintien de la paix et de la sécurité internationales » (cf. communiqué du 14 avril). Quant à invoquer la légitime défense, autre motif d’intervention, on ne voit aucun critère d’invocation de cet élément, même si l’aspect « intérêts de sécurité nationale » est invoqué.

Peut-comparer avec la situation qui prévalait en Irak en 2003 ?

Non. Sur la Syrie, on se trouve dans un autre cas de figure. En 2003, l’assertion de l’existence d’armes de destruction massive provenait uniquement des Américains et Britanniques, sans vérification indépendante. Une bonne partie de la communauté internationale (à commencer par la France et l’Allemagne, mais aussi la Suède, l’Autriche ou la Turquie) avait de sérieux doutes sur ces éléments. Dans le cas de la Syrie, la plupart des faits ont été soigneusement vérifiés non seulement par différents services de plusieurs pays, mais par un dispositif de vérification internationale (le mécanisme d’enquête conjoint composé d’experts de différentes nationalités de l’ONU et de l’OIAC). Celui-ci a cependant dû interrompre ses travaux le 16 novembre 2017… Un veto russe (soucieux de protéger le régime syrien) a été mis à son renouvellement. Comparer les deux situations est donc tout bonnement un préjugé idéologique. Tous les pays européens, par exemple, sont unanimes pour attribuer la responsabilité au régime syrien, ce qui est relativement rare quand on connait les différences de sensibilité sur la nécessité de négocier, ou non, avec le régime de Bachar (1).

Le régime de Bachar et l’arme chimique

Pourquoi Bachar utilise l’arme chimique alors qu’il est en position de force ?

Le régime de Bachar utilise l’arme chimique, par économie de forces, soit pour finir de « nettoyer » une zone, et liquider les dernières poches de résistance, à moindre frais humain ; soit comme d’une arme de terreur, un signal qu’il s’agit maintenant d’évacuer ou de négocier l’évacuation. Il veut en finir rapidement avec les poches rebelles, pour passer à une autre séquence, plus politique (un peu sous la pression de ses alliés qui ont également envie d’en terminer avec ce conflit).

Quel est l’intérêt de cette arme au plan militaire ?

On peut résumer l’attrait de l’arme chimique pour le régime de Bachar (comme pour les autres intervenants de la guerre syrienne), par un effet maximal pour un minimum de coûts (humain et financier).

Premièrement, l’emploi de l’arme chimique permet de nettoyer une zone, avec un engagement minimal de forces et un maximum d’effet. Le gaz s’infiltrant partout, il est notamment particulièrement efficace en zone urbaine, « permettant de déloger des combattants ennemis abrités dans des habitations, afin d’engager le combat urbain dans des conditions plus avantageuses », comme l’explique une note de l’armée française.

Deuxièmement, c’est une arme de terreur, qui frappe de façon indiscriminée combattants et civils, femmes et enfants ; l’effet est de semer la panique parmi les combattants comme les civils. Il s’agit en clair de vider la zone ou de contraindre les survivants à la négociation.

Troisièmement, avec une seule séquence de tirs, relativement limitée, il désorganise l’arrière. Il ‘sature’ les structures de secours et de soins qui sont débordées de blessés, et est obligée de délaisser l’activité traumalogique habituelle. En clair, les combattants victimes d’armes classiques ne seront pas soignés en priorité.

N’est-ce pas provocateur vis-à-vis de la communauté internationale ?

Le régime de Bachar n’a cure de la respectabilité internationale, depuis le début. Il a sa propre logique qui est de gagner le combat sur ce qu’il appelle des groupes ‘terroristes’ (certains le sont réellement) et d’assurer son emprise sur sa population civile. Cela n’a pas de prix. Statistiquement, sur toute la guerre syrienne, les armes chimiques utilisées font un nombre de morts relativement « minime » par rapport aux armes classiques (moins de 1% des victimes).

L’effet de la frappe : militaire ou politique

Quelle est la nature de la frappe des trois alliés ?

La frappe reste de l’ordre de la doxa politique. Elle n’est pas suffisamment forte pour être dissuasive pour le régime syrien, ni intense pour détruire toutes ses capacités. C’est pour cela que la coalition americano-franco-britannique parle de frappe « limitée » et « proportionnée ». Ce qui est exact. Mais elle est suffisamment marquée (une centaine de missiles tirés), et forte (par trois alliés), pour ne pas être tenue pour quantité négligeable. On peut mentionner qu’elle est soutenue par la plupart des pays européens (même si c’est parfois du bout des lèvres), comme par la plupart des pays de la région, engagés directement ou indirectement dans le conflit, des pays aussi différents que la Turquie, Israël,  l’Arabie saoudite ou le Qatar).

La frappe est-elle un succès militaire ?

D’un point de vue de la technique militaire, sans aucun doute. Les frappes ont été réalisées, de façon magistrale, coordonnées, à la fois par air et mer (lire : La coalition américano-franco-britannique frappe quatre sites syriens (V3)), permettant même de tester des armes nouvelles, sans pertes coté alliés (il faut encore voir le bilan côté civil syrien). D’un point de vue géopolitique, on peut aussi considérer qu’il y a un petit succès (cf. plus loin). En matière d’effet sur le cours du conflit, on peut dire que c’est plutôt un coup d’épée dans l’eau (cf. ci-dessous).

Cette attaque va-t-elle dégrader les conditions d’utilisation de l’arme chimique ?

Tout est question d’appréciation. Même à supposer que toutes les cibles aient bien été détruites et que les équipements indiqués étaient encore présents sur place, l’effet réel de la frappe est à relativiser. La mise en place d’une arme au chlore, produit couramment utilisé, est relativement facile. Celle du gaz sarin est plus complexe, car elle nécessite de pouvoir se procurer certains produits et des techniques et de conservation. Mais elle est à la portée d’un régime comme la Syrie. Si dégradation il y a, elle ne pourra donc être que temporaire, le temps de reconstituer les stocks.

La frappe sera-t-elle efficace sur la guerre en Syrie ?

Non. Un régime aussi sanglant que celui de Bachar n’est pas à quelques centaines de morts près. Il a déjà été frappé à plusieurs reprises sans subir vraiment de désastres. Il a déjà utilisé à plusieurs reprises les armes chimiques, malgré les menaces, malgré une frappe. Il pourra le réutiliser.

A défaut d’effet militaire, quel est l’objectif géopolitique recherché de cette frappe ?

Les Alliés tentent de reprendre pied dans un conflit qui leur échappe pour bonne partie. Ils ne sont pas vraiment présents ni militairement ni diplomatiquement. Sur le terrain, leur engagement militaire est limité, à la lutte contre Daesh. Pour renverser les avancées du régime syrien, soutenu par ses alliés russes, iraniens et libanais, il faudrait un investissement militaire, dont aucun ne semble avoir ni l’intention ni les moyens (en pertes humaines) de s’engager plus en profondeur dans le conflit. Au plan diplomatique, toutes les initiatives sont bloquées par les Russes. Faire une frappe est une manière de dire non seulement à Assad, mais surtout à ses alliés, qu’il y a tout de même une détermination à voir certaines limites au conflit s’opérer. Enfin, il ne faut pas le négliger (même si ce n’est pas l’objectif primaire), cette frappe permet de resserrer les rangs entre Alliés, notamment entre Américains (et Français) et Turcs, qui se retrouvent ainsi du même côté, et non plus l’un face à l’autre.

L’effet de la frappe sur les alliés de Bachar ?

En quoi est-ce un signal à la Russie ?

Il s’agit de sortir du piège posé par la Russie aux Occidentaux, de pouvoir ainsi dire à Moscou que si sa diplomatie continue de bloquer tous les points de la négociation (sur la transition politique, sur l’enquête chimique, sur la simple condamnation du régime…), les occidentaux n’hésiteront pas à recourir à d’autres moyens, à contourner le blocage russe. Sur ce plan, la première manche est gagnée. Le message a d’ailleurs bien été reçu au Kremlin qui a, somme toute, réagi avec une certaine modération. Restera à gagner la seconde : obtenir des Russes qu’ils donnent leur feu vert au déploiement d’une nouvelle mission d’enquête.

Est-ce aussi un signal aux autres alliés de Bachar ?

On peut le dire au moins pour Washington. Le président américain Donald Trump n’a de cesse de pointer le régime iranien du doigt, notamment pour son programme balistique, nucléaire et son rôle dans la région (en Syrie mais aussi au Yémen). Les États-Unis envoient ainsi un message subliminal à Téhéran. N’allez pas trop loin…

Pourquoi dit-on que les Russes sont en position de force ?

Les Russes agissent sur les trois fronts. D’un coté, ils soutiennent en équipements et soutiens opérationnels les actions du régime syrien. De l’autre, ils agissent sur le plan politique en trio avec l’Iran et la Turquie (qui soutient les rebelles au régime) en tentant d’instaurer des zones de déconfliction, ayant leur propre calendrier de négociation, hors du temps international. Enfin, ils protègent leur allié en mettant un veto systématique à toute initiative alternative de la communauté alternative, qu’il s’agisse du mécanisme d’enquête, de la condamnation diplomatique du régime syrien, et encore moins d’une action sous le chapitre VII. Ils ont ainsi piégé les alliés euro-atlantiques dans un piège politico-militaire.

Les Russes ont-ils été informés de la frappe ?

Oui. Les Russes étaient informés sinon de l’exacte teneur des frappes, du moins de leur existence, de leur intensité et du moment, d’une part par leurs propres moyens d’écoute. Les préparatifs alliés ont été faits discrètement, mais pas secrètement (les mouvements des navires notamment étaient facilement perceptibles par les Russes qui ont leur dispositif de surveillance dans la région). D’autre part, par les alliés eux-mêmes, ainsi que l’a confirmé officiellement la ministre française des armées, Florence Parly. Le téléphone a fonctionné entre les capitales occidentales et russes. Les Alliés ont d’ailleurs bien pris soin de ne pas viser des Russes (2), pour éviter qu’ils soient impliqués. C’est ce qu’on appelle le mécanisme de déconfliction.

Pourquoi les Russes n’ont-ils pas voulu intervenir ?

Trois raisons principales (qui ne sont pas contradictoires) :

1° Militairement, il s’agit de ne pas exposer son bouclier anti-missiles à la possibilité d’une défaillance et de lui garder son pouvoir de dissuasion (si les Russes avaient affirmé le contraire, voulant à tout prix protéger le territoire syrien et que plusieurs missiles étaient malgré tout passés, cela aurait été une défaite militaire) ;

2° Il s’agit d’avoir le beau rôle, au point de vue international, de pouvoir contre-attaquer au niveau des instances internationales, en se parant de tous les arguments possibles du droit international (violation de la souveraineté, ne pas ajouter la guerre à la guerre) ;

3° Géopolitiquement, il s’agit de rappeler à l’allié syrien que, sans la protection russe, il est plus exposé. Une façon subliminale de faire un rappel au règlement à Bachar qu’il ne doit pas aller trop loin.

N’est-on pas dans un jeu de rôle entre Alliés occidentaux et Russes ?

Oui. Les Alliés frappent. Ce qui leur permet de montrer qu’ils ont encore quelques ressources et qu’une ligne rouge reste une ligne rouge qui ne doit pas être franchie. Ils peuvent ensuite jouer la partition politique. Les Russes laissent passer et protestent ensuite de façon vigoureuse, mais mesurée finalement. Sur le terrain, ils vont continuer à soutenir, militairement, le régime syrien. On est dans un jeu, classique, désormais au plan international, de bloc contre bloc.

L’effet sur la guerre

Y-a-t-il un risque d’escalade ?

Ce risque ne peut pas être évacué d’un revers de main. Il existe, même s’il est mesuré. A voir la réaction russe, pour l’instant somme toute assez mesurée, on peut dire que le risque d’escalade est limité. Mais le pouvoir syrien dispose de ressources propres, qu’il pourrait employer.

La guerre a-t-elle un vainqueur ?

Pour l’instant oui. Bachar, Moscou et Téhéran sont clairement en passe de gagner leur pari. Certains fins stratèges avaient misé sur l’épuisement russe : la Russie n’avait plus les moyens d’une guerre, elle allait s’épuiser en quelques mois, le régime était acculé, et la guerre a un coût pour l’Iran disaient-ils. Il n’en a rien été. Ces experts ont sous-estimé la capacité de l’adversaire d’endurer des pertes, d’être prêt à s’engager financièrement… ce que les occidentaux ne sont pas disposés à faire, soit car ils ne veulent pas, soit car ils ne peuvent pas, soit les deux.

Quel est le bilan actuel de la guerre en Syrie ?

Sanglant. Toutes armes confondues, et toutes forces confondues (forces légitimes, forces rebelles, groupements terroristes), on est sur un chiffre moyen de près de 200 morts par jour depuis le début du conflit (plutôt en augmentation par rapport au début du conflit), avec un bilan global de plus d’un demi-million de décès sur les sept ans de la guerre (511.000 morts à la mi-mars selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme), sans compter les blessés (plus d’un million), les réfugiés (plus de 5 millions de personnes ont quitté la Syrie) et les déplacés (6 millions ont migré à l’intérieur du pays)… sur une population de 20 millions.

Comment mettre fin au conflit ?

Il faut le dire clairement. Sauf à vouloir surenchérir dans le soutien aux armements de quelques groupes rebelles, ce qui est hors de portée des occidentaux, il ne reste que la seconde solution : convaincre les groupes rebelles de rendre les armes, négocier pour eux une certaine porte de sortie, au besoin par l’exil, en terminer avec le conflit au plus vite, signer des armistices, pour arriver à la seconde phase, la pacification, la reconstruction. C’est une réalité très difficile à dire, quasi paradoxale. On ne pourra vaincre le régime Bachar, que par la paix…

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) NB : on peut ajouter que siègent aujourd’hui à l’ONU ou dans les diplomaties européennes, certains diplomates impliqués dans la révélation des faits de 2003 (par exemple le chef de la délégation suédoise Olof Skoog qui était le conseiller politique de Hans Blix, le chef de la mission de l’ONU). Assurément, si ceux-ci avaient des doutes, ils seraient exprimés par leurs gouvernements. Ce n’est aucunement le cas.

(2) Contrairement à la frappe effectuée dans le nord de la Syrie par l’armée américaine. Lire : Qui est le groupe Wagner, les privés de Poutine qui agissent en Syrie ?

Photo : Lancement d’un missile tomawakh par un navire américain de la 5e flotte (crédit : US Navy – Matthew Daniels)

Attaque chimique de Douma. La France publie un dossier à charge contre le régime syrien

(B2) Le ministère français de la Défense a publié un dossier de 7 pages, argumentaire établissant d’une part la réalité de l’attaque chimique à Douma, et imputant cette attaque au régime. Un raisonnement qui entend répondre à trois questions principales : les témoignages vus ou entendus sont-ils fiables ? Y-a-t-il une attaque chimique ? A qui est-elle imputable ?

Ce constat ne repose pas sur des « échantillons chimiques analysés par ses laboratoires » mais d’une part sur une analyse « des témoignages, photos et vidéos apparus spontanément sur les sites spécialisés, dans la presse et les réseaux sociaux dans les heures et jours qui ont suivi l’attaque », d’autre part sur « des témoignages obtenus par les services », et enfin sur la connaissance de la situation militaire.

1° Les témoignages sont fiables. L’examen des vidéos et images montrant des victimes et mises en ligne permettent « de conclure avec un haut degré de confiance que la grande majorité est de facture récente et ne relève pas d’une fabrication ». La nature spontanée de la mise en circulation des images sur l’ensemble des réseaux sociaux confirme « qu’il ne s’agit pas d’un montage vidéo ou d’images recyclées ». Enfin, une partie des entités ayant publié ces informations est « reconnue comme habituellement fiable ».

2° L’existence d’une intoxication chimique est clair. Les experts français ont analysé les symptômes identifiables sur les images et vidéos rendues publiques présentant une quinzaine de victimes décédées, soit dans les hôpitaux locaux ayant accueilli des patients contaminés. Les symptômes (suffocation, asphyxie ou difficultés respiratoires, fortes odeurs de chlore, présence d’une fumée verte sur les lieux touchés, hyper salivation, hyper sécrétions, cyanoses, brûlures cutanées et brûlures de la cornée) sont « caractéristiques d’une attaque par armes chimiques, notamment par des agents suffocants et par des agents organophosphorés ou de l’acide cyanhydrique ».

3°. Une action chimique des rebelles pas possible. « Les services français ne disposent d’aucune information permettant d’étayer la thèse selon laquelle les groupes armés dans la Ghouta auraient cherché à se procurer ou auraient disposé d’armes chimiques ». Les rebelles n’ont pas vraiment de moyen aérien. Et le régime dispose, avec « le dispositif militaire russe » d’une maîtrise du ciel aujourd’hui « incontestée ».

4° Une attaque en règle des forces de Bachar. Des « renseignements fiables » indiquent que « des responsables militaires syriens ont coordonné ce qui apparaît comme l’utilisation d’armes chimiques contenant du chlore à Douma le 7 avril 2018 ». Cette attaque s’inscrit dans le cadre « d’une offensive militaire globale du régime sur la région de la Ghouta orientale, engagée en février 2018 et qui a finalement permis à Damas de reconquérir aujourd’hui la totalité de l’enclave.

5° Des précédents. Le régime de Bachar el-Assad a régulièrement utilisé les armes chimiques comme de guerre. Des faits établis par les différentes enquêtes ONU-OIAC. Lire notre dossier N°59. Attaques chimiques en Syrie, les lignes rouges franchies plusieurs fois

Conclusion des « services français » : 1° « sans doute possible, une attaque chimique a été conduite contre des civils à Douma le 7 avril 2018 ». 2° « Il n’existe pas d’autre scénario plausible que celui d’une action des forces armées syriennes dans le cadre d’une offensive globale dans l’enclave de la Ghouta orientale ».

(NGV)

Télécharger le document du ministère de la défense

Syrie. Attaque chimique dans la Ghouta, ligne rouge franchie. Le Conseil de sécurité saisi. Réplique en vue (V2)

(B2) Après l’attaque chimique présumée, qui a fait des dizaines de morts à Douma, la dernière poche rebelle près de Damas samedi, c’est le branle bas au niveau international.

Une attaque au chlore

Les Casques Blancs et l’ONG médicale Syrian American Medical Society (SAMS) ont affirmé dans un communiqué conjoint que 48 personnes avaient péri dans une attaque chimique aux « gaz toxiques » à Douma qui reste un des derniers fiefs des rebelles dans la Ghouta orientale (1). Ils ont également fait état de « plus de 500 cas, la plupart des femmes et des enfants », qui souffrent notamment de « difficultés respiratoires » et dégagent « une odeur semblable à celle du chlore ». Une information qui n’était pas dimanche (8 avril) confirmée encore de source indépendante, selon l’AFP. L’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), qui dispose d’un réseau de sources dans le pays, a indiqué ne pas être en mesure de confirmer une attaque chimique.

Des scènes effroyables

Une vidéo postée par les Casques blancs sur Twitter et présentée comme tournée après l’attaque chimique présumée montre un enchevêtrement de corps sans vie, dont ceux de femmes et d’enfants, allongés à même le sol, de la mousse blanche s’échappant de leur bouche.

Firas al-Doumi, un secouriste à Douma, a évoqué « des scènes effroyables ». « Il y avait de nombreuses personnes en train de suffoquer, certaines sont mortes immédiatement », a-t-il dit à l’AFP. « C’était un massacre. Il y avait une très forte odeur qui a entraîné des difficultés respiratoires chez les secouristes ». « Nous avons fait une tournée dans la ville, on a vu des corps encore abandonnés sur les routes », a affirmé un volontaire du Croissant rouge syrien. La sous-branche du Croissant-Rouge arabe syrien (SARC) à Douma a été « déclarée hors service le 7 avril en raison de la situation actuelle à Douma » annonce l’ONG dans un communiqué.

La saisine du Conseil de sécurité

Neuf pays — le Royaume-Uni, les États-Unis, la France, la Pologne, les Pays-Bas, la Suède, le Koweït, le Pérou et la Côte d’Ivoire — sous l’impulsion de la France, ont demandé une réunion urgente lundi à 15h à New York (21h à Paris du Conseil de sécurité de l’ONU, selon des sources diplomatiques, « pour discuter des rapports d’attaques chimiques » en Syrie.

Soupçons et inquiétudes

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a fait part de son « extrême préoccupation », affirmant que la France « assumera toutes ses responsabilités au titre de la lutte contre la prolifération chimique ». Son homologue suédoise, Margot Wallström, s’est dite « horrifiée par les rapports d’attaques d’armes chimiques à Douma. Une enquête doit être lancée immédiatement. L’impunité n’est pas une option. La Suède exigera une action de la part des organismes internationaux appropriés, y compris le Conseil de sécurité des Nations Unies. »

La porte-parole de Federica Mogherini, la chef de la diplomatie européenne, a estimé elle que « toutes les preuves [pointaient] vers une nouvelle attaque chimique perpétrée par le régime ». « Presque un an jour pour jour des terribles attaques à Khan Sheikhoun, il est très préoccupant que des armes chimiques continuent d’être utilisées, en particulier sur les civils », a-t-elle ajouté dans un communiqué.

La Turquie, qui soutient les rebelles, a dit soupçonner « fortement » le régime. Le patron de l’ONU Antonio Guterres s’est dit « particulièrement alarmé » par le recours présumé au gaz.

Le prix fort

Du coté américain, le twitter en chef n’as pas tardé à indiquer la teneur de sa réaction. « De nombreux morts, y compris des femmes et des enfants, dans une attaque chimique insensée en Syrie », a indiqué le président américain Donald Trump, mettant l’accent sur le mot ‘chimique’. « Le président Poutine, la Russie et l’Iran sont responsables pour soutenir l’animal Assad ». Le mot ‘animal’ revient à plusieurs reprises. Ils devront en « payer le prix fort ».

« La zone [où les] atrocités [se sont commises] est bloquée et encerclée par l’armée syrienne, ce qui rend complètement inaccessible au monde extérieur. » Et d’attaquer bille en tête son prédécesseur : « Si le président Obama avait franchi sa ligne rouge dans le sable, le désastre syrien aurait pris fin depuis longtemps! L’animal Assad serait de l’histoire ! »

« Le Conseil de sécurité doit se réunir et demander un accès immédiat aux premiers intervenants, soutenir une enquête indépendante sur ce qui s’est passé et demander des comptes aux responsables de cet acte atroce », a demandé Nikki Haley, l’ambassadrice US auprès des Nations unies.

Démenti syrien soutenu par ses alliés

Le régime syrien a démenti toute attaque chimique dans l’ultime poche rebelle dans la Ghouta orientale, région stratégique aux portes de la capitale que ses forces cherchent à reprendre entièrement. La Russie a dénoncé des « prétextes inventés » pour une intervention militaire qui « serait absolument inacceptable et peut mener aux plus lourdes conséquences ». L’Iran a de son côté fustigé un nouveau « complot » contre le président Assad et un « prétexte pour une action militaire ». Le régime y a vu lui « une rengaine ennuyeuse » de la part des pays « qui soutiennent le terrorisme en Syrie ».

La réplique se prépare

Entre Français et Américains, une réplique militaire se prépare. Le Président français Emmanuel Macron a annoncé avoir eu dimanche (8 avril), une conversation téléphonique avec Donald Trump, et avoir ainsi « échangé leurs informations et leurs analyses confirmant l’utilisation d’armes chimiques ». « Ils ont donné instruction à leurs équipes d’approfondir les échanges dans les prochains jours » précise un communiqué de l’Élysée publié au petit matin de lundi (9 avril).

(Nicolas Gros-Verheyde, avec AFP)

(1) Déterminé à faire plier le dernier groupe rebelle, présent dans la Ghouta orientale, Jaich al-Islam retranché à Douma, le pouvoir de Bachar el-Assad a de nouveau bombardé intensément vendredi (6 avril) et samedi (7 avril) la ville tuant près d’une centaine de civils, selon l’OSDH. Le régime a, semble-t-il, obtenu ce qu’il voulait puisque selon l’agence officielle Sana, un accord pour évacuer dans les prochaines 48 heures les rebelles de Douma, a été conclu dimanche avec Jaich al-Islam. Alors que le groupe rebelle n’a pas réagi dans l’immédiat à cette annonce, le commandant du centre russe pour la réconciliation entre les parties, Iouri Evtouchenko, a confirmé l’accord, faisant état de l’arrêt des combats. Selon lui, « 100 autobus » sont arrivés sur place et « tout est prévu pour l’évacuation de 8.000 combattants et environ 40.000 membres de leurs familles ».

(2) Il y a un an, le président américain a fait bombarder une base du régime syrien en représailles à une attaque au gaz sarin, qui avait tué plus de 80 civils à Khan Cheikhoun.

Mis à jour le 9.4 (6h) avec la déclaration franco-américaine et changement de forme