Une « démonstration » de solidarité

(B2) Il y a avait ceux qui étaient le cortège et ceux qui avaient d’être à proximité. Venant de la Place Beauveau, et ayant parcouru une partie de Paris jusqu’au bd Voltaire et la rue Charonne, j’ai pu l’observer, cela commençait à marcher à partir de Haussman et Gare St Lazare. Les métros étaient bondés. Pas moyen de faire autrement.

Certains ont renoncé. D’autres se sont rapprochés au maximum pour être là tout près. Dans les cafés, dans les rues avoisinantes, sur les balcons, chacun était là, non pas pour « mater » mais démontrer sa présence. De façon étonnante, très peu d’incidents. Pas de caillassage de boutique, pas de bousculade qui tourne mal, pas de vitrine qui s’effondre sous le poids de la foule, personne qui ne glisse sous le métro… Et cependant il y avait de quoi.

Une espèce de tenue, d’auto-discipline dont on aurait cru incapable les Français. Une discipline qu’on peut observer quand les forces de police qui, dans leurs gros cars, remontent la foule, se frayent un passage , applaudis, même dans les endroits les plus difficiles … Des gendarmes mobiles bottés, casques à la main, qui n’en reviennent manifestement pas de cet accueil chaleureux…

La manifestation était unie. Mais chacun avait ses opinions, les exprimant discrètement, à voix basse, comme pour ne pas froisser l’autre, ne pas trop provoquer. Ces juifs croyants qui regardent, avec un peu d’appréhension, des jeunes montés sur un abribus, maniant le drapeau palestinien ou syrien. Ces jeunes qui critiquent François Hollande ou certains chefs d’Etat. Etc. Le plaisir de ne pas gâcher un certain moment de communion. Car, chacun était fier que tout le monde soit là.

(NGV)

Des Kurdes font irruption au Parlement. Un problème ?

(BRUXELLES2) Une petite centaine de Kurdes a fait irruption dans les couloirs du Parlement européen, mardi (7 octobre), le jour même de la dernière audition des commissaires européens.

Débordant les quelques gardes de sécurité qui étaient à l’entrée, ils sont montés dans les étages. Une joyeuse mêlée les a emmené jusqu’à la Voxbox, au 3e étage, le noeud gordien de tous les couloirs du Parlement européen, là où tout le monde passe pour aller d’une salle à l’autre… ou sortir. Résultat, une belle panique pour les services de sécurité qui ont bloqué toutes les entrées, fermé toutes les portes internes mais semblaient un peu désemparés, face à cette irruption. Des eurodéputés – de gauche – surtout ont été appelées à la rescousse pour venir parlementer. Très vite, un émissaire du président Schulz est venu dire aux manifestants qu’une délégation pouvait être reçue. Ce qui a permis de désarmorcer l’occupation.

On pourra bien sûr s’interroger sur la sécurité du Parlement européen. Les dizaines de gardiens de sécurité (privée) déployés, n’ont rien pu faire, ni pour prévenir l’irruption de ces manifestants, ni pour l’empêcher. A vrai dire, ils semblaient assez peu préparés à cet évènement (*). Heureusement que les intentions des manifestants étaient pacifiques. On n’ose imaginer ce qui aurait pu se passer s’ils avaient été armés.

D’un autre coté, il ne faut pas tomber dans la paranoîa totale. Et il faut d’une certaine façon, saluer que le Parlement ne soit justement pas un bunker mais reste une maison de la démocratie où chacun peut exprimer. Au final, les Kurdes qui campaient depuis plusieurs jours dans une indifférence quasi-générale ont pu marqué ainsi leur existence et leur combat. Ils ont réussi, là, un beau coup médiatique. Ironie de l’histoire. La plupart d’entre eux se réclament de Abdullah Ocalan, chef du PKK, un parti inscrit sur la liste des organisations anti-terroristes de l’Union européenne ! Assurément un joli coup de propagande pour le PKK.

(*) Sans épiloguer sur la sécurité, on peut faire quelques remarques sur la sécurité du Parlement, qui se fait « à l’ancienne » : contrôle des badges (scrupuleux), des sacs (un peu moins), sas électronique (quand ca bipe, une fois sur deux, vous passez quand même), etc. Peu de prévention. Personne ou quasiment devant le bâtiment, à 2 mètres ou 10 mètres, pour agir en guise de senseur, ou en poste de guetteur ou d’observation. A cela, ajouter une rotation des personnels importante (ce qui fait qu’ils sont incapables de reconnaitre les habitués des autres) et une ambiance de gardes chiourmes, sur le mode « l’efficacité se mesure à l’arrogance du gardien » (plus il grogne, plus on doit avoir peur). En gros… un contrôle de myopes…

Trois militaires français d’EUFOR Rca blessés à Bangui

(BRUXELLES2) Trois soldats français participant à l’opération européenne EUFOR RCA ont été blessés légèrement, vendredi (7 juillet), à Bangui. Après l’arrestation d’un responsable de « bande », la situation s’est tendue. Des barrages ont été dressés sur l’un des axes de la capitale. Et une grenade a été lancée. Trois militaires du 152e régiment d’infanterie de Colmar ont été atteints, « légèrement », assure-t-on du côté européen. L’un d’entre eux a été rapatrié immédiatement – il souffrait de blessures à la main – ce qui nécessitait de la chirurgie fine. Un autre a été rapatrié plus tard, profitant d’une autre Medevac (évacuation médicale). C’est la première fois que EUFOR Rca compte des blessés dans ses rangs. Mais pas la première fois que des militaires étrangers (français ou africains) sont visés (blessés ou tués). La situation en Rép. centrafricaine (RCA) reste très tendue.

Viktor et son détachement de jeunes manifestants dans le camp pro-Russe Loreline Merelle@B2

À Odessa, nationalistes, soviétiques et fédéralistes se font face

Viktor et son détachement de jeunes manifestants dans le camp pro-Russe Loreline Merelle@B2

Viktor et son détachement de jeunes manifestants pro-Russes Loreline Merelle@B2

(BRUXELLES2 à Odessa) 2 à 3000 pro-Russes ont défilé dimanche (13 avril) de leur place-forte de Kulikovo au sud de la ville portuaire d’Odessa aux marches de Potemkine, bastion des partisans pro-Ukrainiens d’Euromaïdan. La situation pourrait rapidement dégénérer. Depuis deux mois, la cité d’Odessa vit sur le pied de guerre entre deux camps qui se font face.

Les Pro-Russes ont construit leurs propres campements quasi-militaires autour de la place Kulikovo. Certains souhaitent le rattachement à la Russie, d’autres une fédéralisation de l’Ukraine. Qui leur fournit l’équipement et les vivres ? Des voitures noires aux vitres teintées circulent sur la place Kulikovo, parfois en pleine manifestation, alors que l’accès est barré par des policiers. Elles laissent ouvertes la voie à toutes les hypothèses.

Les partisans d’Euromaïdan, eux, affichent l’unité ukrainienne et appellent à la « résistance nationale » lors de manifestations autour du duc de Richelieu et des marches Potemkine. L’un et l’autre camp se traitent respectivement de « traitres ». Dans la rue, les drapeaux sont brandis, symboles de l’appartenance. Le bleu et le jaune ukrainien au nord de la ville fait face aux deux tendances pro-Russes au sud de la cité, divisé entre le drapeau rouge stalinien de l’ex-Union soviétique et le drapeau noir, blanc et jaune de l’impérialisme russe. Quant aux étoiles du drapeau européen, autrefois fièrement brandi, elles brillent aujourd’hui par leur absence.

Sur la place de Kulikovo : le camp pro-Russe et ses deux tendances 

La place Koulikovo avec ses campements et ses barricades Loreline Merelle@B2

La place Koulikovo avec ses campements et ses barricades Loreline Merelle@B2

Sur la grande place pavée de Kulikovo, en plein milieu du parc, à côté de la gare centrale, deux camps de manifestants Pro-Russes sont installés entourés de barricades.

Sur le premier campement, mis en place le 23 février dernier, le drapeau rouge est bien visible et la référence à l’Union soviétique omniprésente. Dans le deuxième qui lui fait face, installé il y a moins d’un mois et gardés par des jeunes hommes à la discipline militaire, les drapeaux noir blanc et jaune du tsar Paul 1er (1796-1801) sont affichés ostensiblement à l’entrée. Les deux camps se rejoignent lors des manifestations, formant les deux mêmes faces d’un même visage.

Pour un rattachement à la Russie

Jeep avec un drapeau stalinien sur la place Kulikovo Loreline Merelle@B2

Jeep avec un drapeau stalinien sur la place Kulikovo Loreline Merelle@B2

Dans le premier camp, au pied des colonnes du bâtiment Koulikovo, une cinquantaine de manifestants sont installés depuis deux mois dans des tentes en toile ou en plastique. L’ambiance est au camping. On sortirait presque le barbecue si le temps le permettait.

Une soixantaine d’hommes, de femmes entre quarante et quatre-vingt ans prennent le café, le thé et discutent avec entrain autour des drapeaux rouges de l’Union soviétique. Certains portent des uniformes kakis et des casques semblant sortir tout droit de leurs greniers et d’anciennes reliques de guerre. Une jeep avec un drapeau stalinien stationne d’ailleurs devant le campement. « Elle appartenait à l’armée soviétique lors de la seconde guerre mondiale » m’affirme fièrement Pavel, un Ukrainien et activiste pro-Russe venu tout droit de Los Angeles supporter le mouvement.

Juste à côté, des autels sont installés en l’honneur des morts des forces de l’ordre Berkout, tués lors des manifestations de Kiev. « Ils ne le méritaient pas » lâche une vielle femme en sortant son mouchoir.  Elle va ensuite se recueillir dans une tente à l’effigie chrétienne, l’église orthodoxe du camp. « Nous sommes pour un référendum et un rattachement économique à la Russie, à la Biélorussie et au Kazakhstan » déclare Natacha, une femme de cinquante ans, pour qui c’est le seul moyen de « s’en sortir ». Elle regrette ainsi le temps où l’ « éducation des jeunes était assurée par l’Union soviétique ».

Pour une fédéralisation de l’Ukraine 

Entrée du campement pro-Russe à Odessa, Loreline Merelle@B2

Entrée du campement pro-Russe à Odessa, Loreline Merelle@B2

L’ambiance est radicalement différente dans l’autre camp installé sur la place depuis un mois. Autour des tentes, une quarantaines de jeunes hommes de 16 à 25 ans, cagoulés, munis de battes, de boucliers et de matraques font la ronde avec une discipline toute militaire. Ils forment la « garde de protection des droits des citoyens », comme l’affirme fièrement leur « commandant » Viktor, ancien garde de sécurité à Odessa.

Il est à la tête d’une véritable petite armée avec des hommes mais aussi des femmes. Elles sont quatre à partager les dortoirs des jeunes sur des lits de fortunes, des planches en bois et des oreillers, dans des tentes chauffées à l’aide de vieux poêles. « Car la ville et le nouveau gouvernement ne nous fournissent pas l’électricité » déplore le commandant.

Leur objectif : « une fédéralisation de l’Ukraine, un peu à la manière de la fédération de Russie ». A l’intérieur d’une des tentes est d’ailleurs affiché fièrement le drapeau de la ville portuaire de Mykolaïv, capitale administrative de l’oblast (région) de Mykolaïv, fondée par le général russe Grigori Potemkine à l’embouchure de la mer noire et spécialisée dans la construction navale. « La ville est dans la même situation qu’Odessa et on est ensemble pour la fédéralisation » déclare Viktor avec fierté.

Au duc de Richelieu : les Euromaïdans affichent l’unité ukrainienne 

Des manifestants Euromaïdan devant le jardin de la ville, à Odessa  Loreline Merelle@B2

Des manifestants Euromaïdan devant le jardin de la ville, à Odessa Loreline Merelle@B2

Les partisans, pro-Ukrainiens, Euromaïdans se retrouvent au nord de la ville, devant le duc de Richelieu et les marches Potemkine. Ils affichent le drapeau ukrainien en signe d’unité. L’étendard européen, autrefois très présent dans les manifestations, a disparu des cortèges. D’ailleurs, on ne fait plus vraiment appel à l’Europe, mais plutôt à la «  résistance nationale » contre l’envahisseur russe. Les manifestations les plus importantes sont organisées le samedi soir à 18h avec quelques milliers de personnes. A l’aide des réseaux sociaux, les organisateurs mettent en place des points de ralliement et de « collectes ».

Une chaîne de solidarité s’est ainsi formée devant le « jardin de la ville » le long de la rue Mayakosvogo samedi (12 avril) à 13h. On aperçoit  à peine le drapeau ukrainien, symbole du ralliement. Petit à petit, les manifestants se réunissent en ordre dispersé, bravant le mauvais temps. Une cinquantaine puis une centaine de manifestants forment bientôt une ligne jaune et bleue. Agés de 20 à 40 ans,  ils ont le sourire et portent fièrement les couleurs de l’Ukraine. A 14h, ils se mettent à chanter l’hymne, brandissant leurs étendards. Dans les rues, on voit régulièrement passer des voitures de particuliers avec des portes-drapeaux aux couleurs de l’Ukraine. Et le discours se radicalise contre « les traitres qui vendent leur pays ».

(Loreline Merelle)

Lire aussi :

Snipers sur Euromaidan. Une autre réalité. Le visage trouble de Prawy Sektor

(BRUXELLES2, exclusif) L’origine des snipers lors des manifestations de février ne cesse d’interroger. Une conversation entre le ministre estonien des Affaires étrangères et la Haute représentante de l’UE avait semé le trouble. J’avais déjà donné une première analyse à chaud, cette conversation (lire : L’Ukraine est aussi une guerre de la comm’ et du renseignement). Il ne faut jamais oublier qui a révélé cette conversation : ce ne sont pas des journalistes, mais des écoutes effectuées de manière illégale, par un gouvernement engagé dans le conflit.

Des propos incomplets

La principale source du ministre estonien des Affaires étrangères reposait sur des conversations qu’il avait eu avec les médecins engagés dans l’Euromaidan, notamment Olga. Le sens de la conversation complète a été détaillé directement sur place par elle quand je l’ai rencontré à Kiev. Elle n’a jamais ainsi dit que les snipers étaient de l’opposition. Mais que nombre de victimes par balles avaient été visées délibérément, avec intention de tuer, dans un même processus. Ces tirs provenaient parfois du haut de toits d’immeubles tenus par l’opposition. Ce qui ne signifie pas que c’est celle-ci qui responsable des tirs.

Une absence en février des Prawy Sektor troublante

Un autre élément – dont B2 a eu connaissance – est à verser au dossier. Lors des plus violents affrontements – quand les snipers étaient présents – les éléments de Prawy Sektor (extrême droite *), qui avaient été là dans les premiers jours, allant même à l’affrontement (le 17 février), allant au front voire à la provocation avec la police, les repoussant n’étaient pas là bizarrement les 20 et 21 février, m’a confié un responsable du secteur civique d’Euromaidan.

Un rôle troublant

Un fait qui peut s’analyser à la fois dans le sens de l’enquête fait par les journalistes allemands (sachant qu’il y avait des snipers, les Prawy Sektor ne sont pas venus) mais aussi autrement. On ne peut que s’interroger en effet sur le rôle troublant de ce petit parti extrême qui vient perturber systématiquement le jeu démocratique, s’en prenant ici au directeur de la télévision nationale, là à un candidat présidentiel, à qui sont attribués des inscriptions néo-nazis sur certains édifices ou cimetières, etc.

Extrêmes… provocateurs

Il faudra s’interroger si ce groupe, ou plutôt une partie de ce groupe, n’est pas tout simplement « manipulé », commandité, pour effectuer quelques basses besognes, de la provocation, et justifier ainsi tout un discours proféré notamment à Moscou sur l’Ukraine et Kiev aux mains de fascistes et extrémistes. Reste à savoir par qui. Est-ce l’oeuvre d’hommes tels que l’actuel président ukrainien (ancien spécialiste de l’Agit-Prop et chef des services secrets ukrainiens) ou de la Russie.

Une manipulation de troupes extrêmes

Cette dernière hypothèse peut paraître à contre-courant. Mais ce n’est pas la première fois que la Russie utilise ainsi des mouvements extrêmes pour mieux justifier certaines politiques répressives. L’utilisation de provocateurs est même une pratique courante, que ce soit au temps de l’URSS, ou maintenant. Et c’est plutôt dans cette voie qu’il faudrait s’orienter.

La présence d’unités spéciales du FSB

Dernier élément à connaitre intéressant pour resituer le contexte de l’époque. Des unités spéciales russes sont venues renforcer les forces gouvernementales ukrainiennes (notamment du SBU). Lire : En février, une bonne équipe du FSB et des renseignements russes en « ballade » à Kiev

(Nicolas Gros-Verheyde)

(*) A ne pas confondre avec le parti Svoboda. L’amalgame est souvent fait. Or autant Prawy Sektor est ouvertement d’extrême-droite, manifestant un anti-sémistisme délibéré, voire neo-nazi ; autant Svoboda est ouvertement nationaliste, mais s’inscrivant dans un cadre démocratique.

 

Les policiers de Radekhiv sur la tribune des manifestants de Maïdan (Crédit / Radiownet.pl / via Euromaidan)

Quand la police se range du côté des manifestants, le pouvoir est foutu

Les policiers de Radekhiv sur la tribune des manifestants de Maïdan (Crédit / Radiownet.pl / via Euromaidan)

Les policiers de Radekhiv sur la tribune des manifestants de Maïdan (Crédit / Radiownet.pl / via Euromaidan)

(BRUXELLES2) Cette photo d’une cinquantaine de policiers de la ville de Radekhiv (*), chef de la police en tête et en uniforme, qui arrivent sur la place Maïdan hier (21 février), applaudis par les manifestants, et montant sur la tribune, est la plus symbolique de la révolution démocratique qui est en train de se dérouler en Ukraine, et à Kiev en particulier.

Le ralliement du ministère de l’Intérieur

Le communiqué très officiel publié par le ministère de l’intérieur ukrainien, il y a quelques minutes ce samedi (22 février), confirme cet état d’esprit. Il signe un changement complet de la police, une véritable révolution, et sinon un complet ralliement au mouvement d’opposition, au moins une évolution très nette.

Une police qui « partage le désir de changements »

« La police est au service de la population » écrit le ministère et « partage pleinement le désir des citoyens des changements rapides ». Elle « s’incline, avant tout, devant la mémoire des victimes ». Le ministère appelle d’ailleurs à l’unité nationale. Dans ces moments « de commémoration » il s’agit « éviter les tirs fratricides » et de « maintenir (un esprit) de réconciliation nationale, la protection de la santé et de la vie » des citoyens comme leur « sécurité ».

Un appel à l’unité nationale et à éviter l’anarchie

Le communiqué (A télécharger ici!, en ukrainien) se termine cependant par un appel vibrant à la population à éviter trop d’anarchie. « La transition vers une forme parlementaire de gouvernement ne doit pas créer le chaos et mettre la société en termes de désordre et de l’anarchie. La police appelle à des efforts conjoints pour assurer l’ordre public dans le pays, afin d’éviter de détruire des infrastructures créée au fil des ans. Nous aurons « toujours besoin de gens pour se protéger contre toute atteinte illégale ».

Une Ukraine, démocratique, indépendante et européenne !

Le plus important se situe à la fin. Le communiqué se termine en effet par un vibrant appel à l’unité pour créer un Etat démocratique et européen « Unissons nos forces pour créer vraiment un état de droit, démocratique, indépendant et européen ! Gloire à l’Ukraine ! » A comparer aux communiqués des jours précédents qui appelaient à la lutte anti-terroriste, on perçoit l’intensité des changements….

Commentaire : La fin d’un certain régime ?

Dans un Etat autoritaire, où le sentiment démocratique peine à s’installer, où la presse libre a quelques peines à exister, que des hommes en uniforme acceptent ainsi de défier ainsi l’autorité est un signe fort. Davantage que l’étape ultime d’une confrontation, c’est un signal à tous ceux qui peuvent craindre légitimement le pouvoir, que la peur a changé de camp. La déclaration publiée aujourd’hui sur le site de la police ukrainienne est un signal de plus, une confirmation qu’une page est en train de se tourner en Ukraine.

A noter qu’un nouveau ministre de l’intérieur (membre du parti de Ioulia Timochenko), Arsen Avakov, a été nommé, samedi, à la tête du ministère de l’Intérieur par le Rada (Parlement), décision adoptée à une nette majorité par 275 voix sur 324 parlementaires ainsi que l’annonce l’agence de presse ukrainienne Interfax.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi : Souvenir de Prague novembre 1989…

(*) Une petite ville située à l’ouest de l’Ukraine, dans le district (Oblast) de Lviv, chef-lieu de la contestation

2013-11-tripoli_780672712

État d’urgence à Tripoli. Discussions à Bruxelles. Préparation à Washington

2013-11-tripoli_780672712

Les habitants de Tripoli demandent le départ des milices venues soutenir la libération de Tripoli du régime de Mouammar Kadhafi en août 2011. Profitant du vide sécuritaire, elles n’ont pas quitté la capitale. (Crédit : lematin.dz)

(BRUXELLES2) Les ministres des Affaires étrangères vont se pencher, ce lundi, sur la situation en Libye. Un sujet mis à l’agenda il y a déjà plusieurs semaines mais qui prend aujourd’hui une lumière accrue avec la recrudescence des violences à Tripoli notamment.

Etat d’urgence et affrontements sanglants

La proclamation de l’Etat d’urgence dans la capitale libyenne après des affrontements entre la population et les milices qui ont fait au moins 43 morts et 450 blessés ce week-end montre combien la sécurité devient une gageure. Le gouvernement ne disposant pas d’une armée ni d’une police suffisamment structurées, la sécurité du pays (tant de sa capitale que de ses frontières) est déléguée à des milices dont personne n’a le contrôle.

Une insécurité latente

Ce phénomène n’est pas récent. L’escalade de violence se fait depuis plusieurs mois comme l’a rappelé récemment dans le Club de B2, l’eurodéputée portugaise Ana Gomes qui revenait d’un voyage sur place (lire : Sécuriser le capharnaum libyen : une urgence mais pas une sinécure). Les violences n’ont d’ailleurs pas épargné dans les derniers mois les diplomates. Plusieurs représentations diplomatiques de pays européens ont ainsi été la cible de violences depuis l’été (attentat à la voiture piégée contre le consulat suédo-finlandais, menaces de mort contre le consul maltais…). Et certains ont quitté le pays par mesure de sécurité.

Diplomates visés

L’Union européenne en tant que telle n’a pas été épargnée. Outre un garde privé de la mission EUBAM Libya agressé dans la rue (lire : Quelques armes disparues en Libye… Ca arrive), le convoi dans lequel se trouvait l’ambassadrice de l’UE en Libye, Nataliya Apostolova, a ainsi été victime d’une attaque au mois d’août. Elle sortait justement d’une réunion avec les ambassadeurs des États membres dans l’hôtel Corinthia, lorsqu’un de ses véhicules d’escorte a été percuté par un véhicule qui n’avait pas de plaques. Un garde du corps a été pointé avec une arme à feu. Le convoi européen a, alors, quitté les lieux rapidement. Mais des coups de feu auraient alors été tirés dans leur direction selon la presse libyenne. Sous l’œil des gardiens du Corinthia qui n’auraient pas bougé.

Un projet américain de formation des forces spéciales

Dans ce contexte, les Américains envisagent toujours « d’entraîner les forces conventionnelles libyennes, entre 5.000 et 7.000 membres de ces forces ». Et « un effort supplémentaire concernant les opérations spéciales (sera fait) pour former un certain nombre de leurs forces à mener des actions anti-terroristes », comme l’a confirmé l’amiral William H. McRaven, chef du SOC (Special Operations Command), lors du « Reagan National Defense Forum » tenu ce samedi (16 novembre), à Simi Valley (Californie). Ces forces pourraient être formées « par petits groupes en rotation en Bulgarie », selon l’agence Reuters. Rien n’est cependant encore décidé. C’est l’Africom, le commandement US pour l’Afrique, qui coordonne cette mission. Mais les problèmes ne sont pas mineurs, notamment pour sélectionner les « stagiaires », comme l’explique le New York Times.

(Leonor Hubaut & Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi : Le quotidien difficile d’EUBAM Libya

Agitation à Djibouti. Un écho à la « Révolution » égyptienne ?

Plusieurs manifestations ont eu lieu à Djibouti, petit Etat de la Corne de l’Afrique, et ont dégénéré selon les organisations des droits de l’homme. C’est la remise notamment des bulletins de note qui ont conduit à l’élimination de quasiment tous les candidats à l’université de droit qui a semé le trouble (lire France24). Et, selon la FIDH, la répression « brutale, y compris par des tirs à balles réelles, par les forces de sécurité, en particulier les 5 et 6 février, aurait fait au moins 4 morts dont une femme enceinte, et des dizaines de blessés. Des centaines d’étudiants et de lycéens auraient été arrêtés et seraient toujours détenus dans le centre de rétention de Nagad, les commissariats et les brigades de gendarmerie de Djibouti-ville et de Balbala. » Des opposants politiques et de défenseurs des droits de l’Homme ont été jugés en comparution immédiate et écroués à la prison de Gabode. Ainsi, 7 membres de l’Union pour l’alternance démocratique (UAD) et 2 militants des droits de l’Homme, Farah Abadid Heldid et Jean-Paul Noël Abdi, respectivement membre et président de la LDDH, ont été arrêtés le 5 et le 9 février 2011 et inculpés de « participation à un mouvement insurrectionnel » en référence à leurs déclarations publiques en soutien aux manifestations étudiantes. Une manifestation « générale continue » doit encore avoir lieu à partir du 18 février 2011, dans un contexte pré-électoral tendu (les présidentielles sont prévues le 8 avril prochain) où des modifications constitutionnelles devraient permettre au président Ismaël Omar Guelleh de briguer un troisième mandat.

Point stratégique

L'effectif allemand à Djibouti (crédit : Bundeswehr)

Le petit Etat de la Corne de l’Afrique est un point stratégique pour les forces armées internationales. Il sert notamment de base arrière (FHQ Logistique) pour l’opération anti-piraterie de l’Union européenne (Atalanta). Et la plupart des navires de la flotte multinationale (japonais…) y font relâche. La France y dispose une base importante permanente (d’environ 3000 hommes) avec notamment la base aérienne 188 et le 13e DBLE, demi-brigade de la Légion étrangère. Tout comme les Etats-Unis (au camp Lemonnier). L’Allemagne y entretient une force logistique de soutien à l’opération Enduring Freedom d’environ 100 hommes/femmes. Tandis que les Japonais y installent une base navale d’environ 150 hommes.

La manif des pêcheurs fait tanguer la rue de la Loi à Bruxelles

(B2) La Rue de la loi bloquée (la rue qui dessert le siège de la Commission européenne comme de nombreuses DG – directions générales – et est aussi celle du Premier ministre, de l’assemblée belges et de nombres de ministères). Plusieurs centaines de policiers, de la police de Bruxelles avec des renforts d’Etterbeek et de la Réserve générale. Un hélicoptère de la police fédérale en l’air. Les petits plats avaient été mis dans les grands pour recevoir dignement les marins-pêcheurs, essentiellement français, venus manifester à Bruxelles. En fait, 300 seulement étaient présents, à vue d’oeil. Les autres ayant apparemment été bloqués aux frontières.

La manifestation calme au début, en matinée, a dégénéré en début d’après-midi. Quand une délégation, après avoir été reçue une bonne heure, par le chef du cabinet du commissaire européen Joe Borg, chargé la Pêche, est sortie. Le langage des responsables européens rejetant des «  solutions à court terme si elles ne s’inscrivent pas dans des réformes structurelles » ou expliquant que « ce n’est pas le commissaire Borg qui a la solution mais que celle-ci est plutôt dans les Etats membres » a manifestement eu du mal à passer auprès des marins restés à battre le pavé.

Résultat… Quelques pavés ont été descellés, et ont volé en direction des vitres de quelques bâtiments européens à proximité. La Direction générale de l’Agriculture, à proximité, a notamment écopé de nombreuses vitres  cassées. De même que le bâtiment Lex du Conseil. Et une banque (en soirée, les vitriers étaient déjà à l’oeuvre pour réparer les dégâts). Une ou deux poubelles ont aussi été brûlée. Et une voiture renversée.

74 pêcheurs ont été arrêtés (73 Français) par la police – 60 arrestations administratives et 14 judiciaires. La police – aidée du repérage hélicoptère – est apparemment partie à la recherche des fauteurs de trouble, dans les rues adjacentes, pour  les ramener, sous bonne escorte – et détenus quelques heures. Les policiers n’ont surtout pas apprécié les « tirs tendus de fusée » marine. « Ca ne se fait pas. C’est dangereux » assurait un responsable. Les forces de l’ordre déploraient trois blessés légers. « Nous libérons tout le monde peu à peu » assurait, hier soir, Christian De Coninck, porte-parole de la police de Bruxelles. Mais pour les arrestations judiciaires, pesait encore l’épée de Damoclès de possibles poursuites du Parquet.

(NGV)

Photos : © Ngv (la dernière photo est volontairement floutée)

Havel accueilli par des huées à Bratislava (archives)

(Archives B2) La république tchèque et slovaque doit commémorer son 73e anniversaire. Chacun attend Vaclav Havel, de retour d’un séjour aux Etats-Unis. Un cordon policier assez impressionnant, jamais vu depuis la révolution de velours en 1989, s’est déployé sur la place de l’insurrection.

Le Mouvement national slovaque, est déterminé à imposer sa volonté séparatiste aux « fédéralistes » et aux quelques 5000 militants de l’Union Démocrate Civique (ODU)* également présents. S’il n’a réussi à rassembler que quelques dizaines de partisans, contre plusieurs milliers l’année précédente, le parti nationaliste compense le manque de voix par leur intensité. C’est avec une rage et une haine décuplées que Vaclav Havel et les membres de son gouvernement sont accueillis. Les oeufs frais, les cris de « Kruj » (enculé), de « communiste » (!) et d’autres injures pleuvent.

Seul le passage de Dubcek, l’ancienne star – slovaque – du printemps de Prague calme un peu les esprits. Mais la tentative de Havel d’obtenir deux minutes de silence en mémoire des fondateurs de la république, se solde par un échec. Au contraire, cris et injures redoublent. La police se précipite, sous les regards effrayés des officiels, extrait de la foule un jeune passablement excité et le conduit sous bonne escorte vers un de ses cars. Sans violence extrême. Mais, sans doute, le geste de trop pour Vaclav Havel.

Fatigué, l’ancien défenseur des droits de l’homme décide de quitter la place, plantant là discours et supporters rouges d’amertume, laissant les nationalistes surpris de cette victoire si facile occuper sans combat, une tribune privée … de ses spectateurs. Pour l’instant !

(Nicolas Gros-Verheyde, à Bratislava)

Lundi 28 octobre 1991

article publié dans l’Evènement du Jeudi, octobre 1991

* nouveau nom du VPN « Peuple contre la violence », le mouvement qui a renversé le régime communiste.

Manifestation sur la place Letna (© NGV)

(1989) Révolution douce en TchécoSlovaquie

Manifestation sur la place Letna (© NGV)

Manifestation sur la place Letna (© NGV)

(Archives B2 à Prague) Novembre 1989, parmi les craquements de l’autre coté du mur, ceux de Prague et de Bratislava sont symptomatiques d’un système qui était pourri de l’intérieur tant la chute du régime fut soudaine… J’ai eu la chance de pouvoir partir être sur place, à fin novembre, pour le Quotidien de Paris et des radios parisiennes, de pouvoir compter sur place des amis qui m’ont immédiatement introduit dans le mouvement et l’ébullition étudiante, et branchés sur sujets « annexes » : les étudiants, la préoccupation écologique, le séparatisme slovaque déjà très présent et prélude de la séparation ultérieure…

Atmosphère praguoise. Les étudiants en grève, la population derrière

1989. Douce révolution

Liberté, études, démocratie… La révolution de velours avec les étudiants en médecine

1989. Tchécolovaquie. Le « miracle étudiant »

http://www.bruxelles2.eu/1989/12/07/tchecoslovaquieletraitdunionnexisteplus/

1989. Bratislava : renaissance ou effrondrement ?

1989. Dans les campagnes, l’information enjeu de la démocratie

Tchécoslovaquie : la nouvelle politique médiatique

1989. Tchécolovaquie. La préoccupation écologique

1989. Tchécolovaquie. Le silence français