Le port de Marseille, port de déroutement pour Irini. Un nouveau navire prochainement

(B2) C’est confirmé. Le Haut représentant de l’UE vient de l’annoncer. L’opération Irini pourra faire escale à Marseille en cas de saisie de matériel suspect

Un port de déroutement… enfin

La France a « confirmé, aujourd’hui (jeudi 19.11), la disponibilité du port civil de Marseille » pour le débarquement des équipements et matériels qui pourraient être saisis par les militaires européens dans le cadre de la vérification de l’embargo international sur les armes et le pétrole (vers ou en provenance) de la Libye. Josep Borrell, le Haut représentant de l’UE, vient de l’annoncer, tout juste sorti de la réunion des ministres des Affaires étrangères, lors de la conférence de presse finale (par vidéoconférence), à laquelle B2 a assisté.

Déroutement des navires suspects et réception des matériaux

Les navires interceptés par l’opération maritime de l’UE (EUNAVFOR Med Irini) pourront donc être déroutés vers le port du sud de la France. Ce qui n’est pas une nouveauté. Cette solution avait déjà été mise en place dans le cadre de l’opération Sophia. Mais elle n’avait été utilisée qu’à une seule occasion (lire : Des armes à bord d’un navire libyen. Une première saisie pour Sophia). La contrebande d’armes n’était alors pas la priorité de cette opération.

Une difficulté lancinante depuis plusieurs mois

Pour l’opération Irini qui lui a succédé depuis avril, aucune solution de repli n’avait en revanche pu être trouvée. Cette absence avait provoqué un couac en septembre, quand un navire émirati soupçonné de faire du trafic de carburant militaire (pour avions) avait été intercepté par les navires européens. Il avait fallu quelques temps, plusieurs coups de fil entre les capitales, et une discussion entre ambassadeurs pour trouver une solution. Le navire faisait, lui, des ronds dans l’eau en attendant. C’est finalement la Grèce qui avait fini par accepter de recevoir le navire suspect (lire : Un navire soupçonné de violer l’embargo vers la Libye intercepté par l’opération Irini).

Un problème résolu

Le « problème est donc résolu », comme s’en réjouit Josep Borrell. « Nous avons maintenant un port clair pour le faire »… Quoique, peut-être pas tout à fait. La logique voudrait en effet que l’on ait « plusieurs ports, certains proches de la zone, d’autres plus éloignés », indique un expert consulté par B2. Ce « pour conserver l’efficacité opérationnelle » (1).

… mais d’autres ports nécessaires

De fait, Marseille n’est pas vraiment le port le plus proche de la zone opérationnelle (en Méditerranée centrale). La logique opérationnelle voudrait que l’on dispose d’un port en Grèce, côté oriental, d’un autre en Italie, au plus proche de la Libye, avec, en arrière-plan, un troisième port, celui de Marseille. Quoi qu’il en soit, côté français, on estime avoir « fait le job ». La disponibilité de ce port emporte aussi derrière tout un cadre juridique. Concrètement, c’est la France (et le procureur de Marseille) qui pourrait se retrouver en première ligne en cas de mise sous séquestre, voire de poursuite ou d’incarcération.

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. Le commandement de l’opération a aussi demandé divers moyens techniques ou humains. Il faut en effet apporter une expertise pour le transport, le stockage voire la destruction des cargaisons arraisonnées, souvent très sensibles.

Les moyens français engagés

La conférence de génération de forces a aussi été l’occasion pour la France de préciser son offre.

Une frégate dans la prochaine période

Côté opérationnel, la frégate Latouche Tréville a achevé le 7 novembre dernier sa rotation. Elle n’a « pas été relevée pour l’instant » nous a confirmé un officier. Mais la France a promis de fournir un nouveau navire à l’opération. Sans doute pour l’année prochaine. La conférence de génération de forces de l’opération vient de se tenir aujourd’hui.

Des moyens aériens (Marine, Air) en appui

En attendant, Paris fournit des moyens en appui. C’est-à-dire non intégrés de façon permanente à l’opération, mais pouvant intervenir au besoin. Ainsi un « avion de surveillance maritime Atlantique 2 (ATL2) a été déployé et a effectué deux vols au profit d’Irini » la semaine précédente, selon l’état-major français des armées, interrogé par B2. La frégate Aconit était, jusqu’à il y a quelques jours, en soutien associé à l’opération. De façon ponctuelle un avion de surveillance de la marine nationale Falcon 50 ou un Awacs E3-F de l’armée de l’air viennent prêter main forte à l’opération pour effectuer quelques vols de reconnaissance (Falcon 50) ou un appui plus large (Awacs).

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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