Les adieux de Pervenche et Alain

Alain Lamassoure et Pervenche Bérès (© NGV / B2)

(B2) Cette élection européenne est le symbole du départ de plusieurs piliers de l’assemblée. Parmi ceux-ci l’eurodéputé du sud-ouest Alain Lamassoure, fait ses adieux au Parlement européen, et son alterego socialiste Pervenche Bérès. Deux représentants attachants

Ils ont fait leurs adieux ensemble devant quelques amis, les membres du Parlement européen, les journalistes (dont B2). Un moment assez intense. Car, entre les deux, il y a eu des passes d’armes ou des oppositions réelles, par exemple sur la Constitution européenne, l’un disant ‘Oui’, l’autre disant ‘Non’, mais il y avait une communauté de passion et de conviction sur une certaine Europe qui doit être remodelée. C’est ainsi une partie de la mémoire du Parlement européen qui s’en va, le premier spécialiste des questions institutionnelles et du budget, la seconde de l’Euro et des questions financières.

Un Parlement qui a conquis son pouvoir

« Nous avons passé 25 ans de vie ensemble sans le savoir » a entamé Alain Lamassoure, sourire aux lèvres de son mot, devant un parterre de personnalités et d’anonymes. Et de revisiter en compagnie de toute l’assistance les dernières années « Ce Parlement s’est battu pour un nom qui ne l’avait pas ». « Au départ, ce n’était pas une assemblée législative mais un forum de discussions. Il était limité à l’Europe de l’Ouest et du Sud, mais il s’est illustré avec son seul pouvoir en rejetant le budget, commençant une épisode de discussion animée avec le Conseil. » Ce parlement, « traité après traité, élargissement après élargissement, a conquis ses compétences ». Si on le compare avec toutes les démocraties de par le monde, il n’a pas à rougir. « Nous avons davantage de compétences. »

Les qualités du Parlement européen

Ce parlement fonctionne bien pour deux choses. « Il y a un esprit constructif. Ici, droite et gauche travaillent ensemble pour bâtir des compromis. Ce qui est totalement inconcevable dans certains pays, notamment en France, Ces dernières années, nombre de législations ont été votées par Pervenche et moi-même. Deuxièmement, « il y a un esprit européen qui nous anime, la courtoisie diplomatique que nous entretenons entre nous, entre nationalités et groupes ». Cela a un « immense avantage. Nous ne perdons pas notre temps à nous réconcilier. Nous abordons d’emblée le fond des problèmes et l’avenir, et non pas le passé…»

Un travail à moitié accompli

Ce travail accompli « reste incomplet, il y a eu des échecs » reconnait Alain Lamassoure. « Le Parlement européen n’a qu’une petite moitié du pouvoir budgétaire. L’effort pour convaincre les gouvernements de donner ressources propres, n’a pas vraiment été couronné de succès. » Mais le point essentiel de regret reste à l’égard des différents gouvernements français. « Nous sommes considérés comme des spécialistes d’un sujet remarquablement ennuyeux et marginal. Après quarante ans de parlementarisme, il n’y a toujours pas de carrière pour nos politiciens les plus ambitieux. » Et d’avouer, mi-plaisantin mi-sérieux : « Notre rêve secret à tous était d’être commissaire européen. Mais il ne viendrait pas à l’idée d’un président de la république de nommer un eurodéputé à la Commission européenne. » Comme cela se pratique dans quelques pays.

Ne laissons pas tomber l’Europe

Ces années sur ces bancs « m’ont presque appris à laisser tomber le sectarisme et à pratiquer le pragmatisme » rajoute Pervenche Bérès. C’est « notre première opération commune, il était temps ». « Vous étiez l’ancien Premier ministre respecté, moi l’enfant terrible, selon les mots d’Íñigo Mendez de Vigo. » Et de conclure en paraphrasant un ancien tube de Cookie Dingler, elle conclut « Ne la laisse pas tomber, elle n’est pas si fragile, … Etre une Europe libérée, tu sais c’est pas si facile. »

(Nicolas Gros-Verheyde)