Valeri Simeonov torpille la présidence bulgare de l’Union avec des propos nauséabonds (V3)

Valeri Simeonov torpille la présidence bulgare de l’Union avec des propos nauséabonds (V3)

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Le parc national de Pirin dont la protection ne parait pas être la priorité bulgare (crédit : Wikipedia / Dido3)

(B2) Le vice-Premier ministre bulgare, Valeri Simeonov, en charge de l’Économie et de la Politique démographique, est sorti de ses gonds ce vendredi (9 février). Dans une déclaration particulièrement violente, publiée (en bulgare), sur le site de son parti, le président du Front national pour le salut de la Bulgarie, un parti nationaliste bulgare, s’en prend de façon plutôt vulgaire et agressive à l’eurodéputée verte allemande, Ska Keller.

Le tort de Ska Keller : s’être déplacé en Bulgarie et avoir protesté hier contre l’agrandissement de la station de ski et l’exploitation commerciale sur le site protégé Natura 2000 Parc National de Pirin (1). Une question sensible en Bulgarie pas tellement parce qu’elle touche la fierté nationale ou le développement touristique mais parce qu’elle vient contester quelques intérêts privés bien établis qui s’entrechoquent avec la ‘chose’ publique.

Après avoir traité Ska Keller de djihadiste vert, en insistant lourdement sur sa nationalité (allemande), le communiqué du parti du vice-Premier ministre (2), demande :

« au gouvernement bulgare (« la présidence du Conseil de l’Union européenne ») d’envoyer immédiatement la note au Parlement européen, au gouvernement fédéral allemand et aux dirigeants du Parti des Verts pour « ingérence inacceptable dans les affaires intérieures de la Bulgarie souveraine et violation du principe de subsidiarité ».

Il ne s’en tient pas là. Dans un langage plutôt vulgaire, il demande ni plus ni moins l’expulsion sans tarder de l’eurodéputée non pas vers son pays mais vers la frontière turque.

« Le ministère des Affaires étrangères doit déclarer Ska Keller persona non grata et elle doit être expulsée par camion à Kapikule (nb : près de la frontière turque). Nous pensons que le coût d’un billet d’avion serait injustifié. Si nécessaire, le NFSB se fera un plaisir de fournir un transport gratuit. »

Une sortie hors de propos pour un responsable de la présidence du Conseil de l’Union européenne

Commentaire : ce type de propos dans la bouche d’un responsable de gouvernement est pour le moins détonnant. On peut discuter des propos politiques, les contester, argumenter. Mais demander l’expulsion d’une personne, juste du fait de l’expression de ses opinions, qui correspondent à ses fonctions (de députée européenne), relève plus d’une méthode dictatoriale que d’une démocratie.

Quand ce propos émane d’un membre du gouvernement qui a la présidence de l’Union, il est encore plus déplacé. La présidence de l’UE doit normalement oublier quelque peu durant les six mois de la présidence ses propres soucis, son questions nationales pour être la représentation européenne.

Au-delà de la personnalité politique qui vient de prononcer ces mots, ce propos heurte toutes les idées que porte l’Union européenne. Il affaiblit la présidence bulgare de l’Union qui va devoir réagir rapidement. A quelques jours du gymnich, la réunion des ministres des Affaires étrangères à Sofia, où l’Union doit discuter de la question syrienne, du Moyen-Orient, quelle peut être la légitimité de l’Union à s’exprimer sur la démocratie et les droits de l’Homme dans le monde, si le dirigeant du pays hôte de cette réunion donne l’exemple contraire ?

NB : juste avant le 13 février, M. Simeonov doit intervenir à la conférence de haut niveau sur le tourisme. organisée par la présidence bulgare de l’Union aux côtés de la commissaire européenne chargée de l’Industrie Elżbieta Bieńkowska. On verra alors si les autorités européennes réagissent.

La lenteur de réaction de la présidence bulgare

B2 a demandé une réaction à la présidence bulgare et aux autorités européennes. Celles-ci se sont bien gardées de répondre. Il a fallu 24 heures pour que le gouvernement consente enfin en deux phrases publiées par communiqué à recadrer le débat.

« La position du Front national pour le salut de la Bulgarie (NFSB) vis-à-vis de l’eurodéputée Ska Keller n’est pas la position du gouvernement bulgare. Le gouvernement de la République de Bulgarie est toujours ouvert à la critique et respecte le droit à la libre expression de l’opinion personnelle dans la loi. […] Dans la société bulgare, la liberté d’expression est également bien enracinée et garantie par la Constitution. »

Commentaire : un peu court… et pas tout à fait spontané

Cette réponse est un peu courte et pas vraiment à la hauteur de l’enjeu. Aucune excuse, aucun mot de condamnation, aucune référence au respect des institutions européennes. On a l’impression qu’il s’agit d’une déclaration d’un parti quelconque et non d’un membre de premier plan du gouvernement et que la Bulgarie n’a pas la présidence de l’Union européenne qui lui impose tout de même quelques obligations.

De plus, elle n’est pas vraiment spontanée. D’après les informations de B2, recueillies à bonne source, c’est suite à un appel de Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, que le gouvernement bulgare a bougé et publié son communiqué.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Vladimir Simeonov a été reconnu coupable en octobre 2017 pour avoir prononcé en 2014 pour discrimination après un discours rempli de haine contre les Roms

(2) Un développement qui a suscité une campagne des organisations de protection de la nature, du WWF notamment ainsi que des questions écrites d’eurodéputés verts. Ce projet avait déjà fait parler de lui. En 2015, les ONG environnementalistes avaient porté plainte à la Commission européenne (lire dans Euractiv).

Mis à jour le 10 février à 23h et le 12 février à 14h