Revoir le concept des battlegroups : une nécessité

Revoir le concept des battlegroups : une nécessité

exercice de tir en Côte d'Ivoire (crédit : EMA / DICOD / Archives B2)

Un battlegroup est-il capable de faire autre chose que des exercices ? (crédit : EMA / DICOD / Archives B2)

(BRUXELLES2) Le concept des battlegroups est bon mais il est dépassé aujourd’hui. Inspiré du génocide rwandais et du conflit civil yougoslave, il est profilé pour une action robuste, d’interposition, du type de celle menée par l’Union européenne au Congo en 2003 (opération Artémis) ou plus récemment par la France au Mali. Le genre d’actions qui rebute aujourd’hui les Européens.

Un joujou d’exercice, impossible à mettre en pratique

Conçu dans les années 2000, sur la base d’un rare papier commun franco-allemand-britannique (et des douze autres membres de l’Union), l’envoi de troupes européennes ne suscite plus — dans la réalité — un tel consensus. Il ne faut pas se cacher la vérité. En réalité, depuis leur mise en place, il y a plus de dix ans en 2005, les battlegroups (ou groupements tactiques GT1500) ne servent plus qu’à faire des exercices en commun et améliorer (un peu) l’interopérabilité européenne (1). Ce n’est pas vraiment leur objectif. Déclencher un battlegroup oblige, en fait, à réunir un ensemble de conditions, un tel effort politique et financier, qu’il est quasiment « indéployable » (lire : Ces très chers battlegroups sont-ils inutilisables ?).

Revoir le dispositif est impératif en commençant par déminer les principaux points de blocage :

1° L’autorisation politique : il faut obtenir soit un engagement politique préalable de déployer ces groupements, sur un nombre de crises finement identifié dans l’année (voir encadré), soit un dispositif d’autorisation d’urgence (dans les 48h). La décision finale d’engagement dépendant des pays d’astreinte et de la Haute représentante.

2° Des financements préalables doivent aussi avoir été préalablement identifiés et dégagés permettant de financer cet engagement commun. Il n’est pas ‘juste’ qu’un engagement commun soit financé par seulement quelques uns.

3° Des éléments modulaires. Déployer 2500 hommes/femmes n’est pas toujours nécessaire. L’organisation en unités autonomes, pouvant fonctionner de manière autonome, s’intégrer dans une opération ou s’agréger au besoin à une structure plus complexe, serait plus utile et plus facile à mettre en oeuvre. Plusieurs modules pourraient ainsi être mis en alerte, sur des « créneaux de niches » les plus demandés dans une opération extérieure (unité médicale, unité héliportée, unité drones, soutien maritime, Commandement C2, unité cyber, unité transmission, force protection …). Chaque pays pourrait prendre ainsi une garde pour une durée plus ou moins longue, voire quasi-permanente, en s’engageant à mettre ses moyens à disposition dès que la Haute représentante de l’Union lui demandera (avec au besoin certaines réserves, ou caveats, affichés par avance).

L’avantage de ce type de solution est qu’il est adapté à l’émiettement des armées en Europe — beaucoup de petites armées avec des capacités limitées — et permet d’inciter les pays à investir dans ces capacités de niche. Elle est moins lourde au plan financier — les coûts supplémentaires sont moins importants que mettre sur pied un battlegroup pour quelques mois —. Elle peut tout aussi être utile pour d’autres opérations (OTAN, ONU). Elle s’inscrit dans un effort de plus long terme, structurant, qui peut au besoin s’intégrer dans les autres dispositifs prévus par l’Union européenne (semestre européen, coopération structurée permanente, coopérations renforcées, groupe d’avant-garde, article 44, etc.) et être soutenu financièrement (Agence européenne de défense, budget recherche, etc.).

(Nicolas Gros-Verheyde)


La prévisibilité de l’engagement. Si le principe d’une crise est d’être soudain, il y a un certain nombre de signes précurseurs et des signes lents. Il est tout à fait possible, quelques mois à l’avance, d’avoir une prévisibilité d’engagement. Par exemple : un appui logistique ou de combat aux pays africains pour lutter contre Boko Haram ? une mission de sécurisation des observateurs du cessez-le-feu en Syrie ? un conflit civil au Congo, ou dans les autres pays des Grands lacs ? une mission de stabilisation dans un des pays des Balkans (Macédoine/Fyrom par exemple, hypothétique mais pas impossible) ou de l’Asie centrale ? une mission d’interposition en cas de dérapage du processus de paix en Colombie ? … De nombreuses hypothèses peuvent être dressées. Et, en face, on peut profiler, par avance, des réponses avec des engagements chiffrés de certains Etats membres.


(1) Un argument souvent entendu dans les milieux européens qui peut susciter une certaine ironie – comme le confiait récemment un connaisseur du dossier : « C’est un peu comme si on excusait les pompiers de ne pas intervenir régulièrement sur des feux de forêts mortels, en disant : « Oui, mais bon, ils se sont bien entraînés aujourd’hui, à éteindre un feu de montgolfière »… 😉

Lire notre fiche mémo complète ! Les GT 1500 ou battlegroups, une belle idée jamais mise en pratique (fiche)