Snipers sur Euromaidan. Une autre réalité. Le visage trouble de Prawy Sektor

(BRUXELLES2, exclusif) L’origine des snipers lors des manifestations de février ne cesse d’interroger. Une conversation entre le ministre estonien des Affaires étrangères et la Haute représentante de l’UE avait semé le trouble. J’avais déjà donné une première analyse à chaud, cette conversation (lire : L’Ukraine est aussi une guerre de la comm’ et du renseignement). Il ne faut jamais oublier qui a révélé cette conversation : ce ne sont pas des journalistes, mais des écoutes effectuées de manière illégale, par un gouvernement engagé dans le conflit.

Des propos incomplets

La principale source du ministre estonien des Affaires étrangères reposait sur des conversations qu’il avait eu avec les médecins engagés dans l’Euromaidan, notamment Olga. Le sens de la conversation complète a été détaillé directement sur place par elle quand je l’ai rencontré à Kiev. Elle n’a jamais ainsi dit que les snipers étaient de l’opposition. Mais que nombre de victimes par balles avaient été visées délibérément, avec intention de tuer, dans un même processus. Ces tirs provenaient parfois du haut de toits d’immeubles tenus par l’opposition. Ce qui ne signifie pas que c’est celle-ci qui responsable des tirs.

Une absence en février des Prawy Sektor troublante

Un autre élément – dont B2 a eu connaissance – est à verser au dossier. Lors des plus violents affrontements – quand les snipers étaient présents – les éléments de Prawy Sektor (extrême droite *), qui avaient été là dans les premiers jours, allant même à l’affrontement (le 17 février), allant au front voire à la provocation avec la police, les repoussant n’étaient pas là bizarrement les 20 et 21 février, m’a confié un responsable du secteur civique d’Euromaidan.

Un rôle troublant

Un fait qui peut s’analyser à la fois dans le sens de l’enquête fait par les journalistes allemands (sachant qu’il y avait des snipers, les Prawy Sektor ne sont pas venus) mais aussi autrement. On ne peut que s’interroger en effet sur le rôle troublant de ce petit parti extrême qui vient perturber systématiquement le jeu démocratique, s’en prenant ici au directeur de la télévision nationale, là à un candidat présidentiel, à qui sont attribués des inscriptions néo-nazis sur certains édifices ou cimetières, etc.

Extrêmes… provocateurs

Il faudra s’interroger si ce groupe, ou plutôt une partie de ce groupe, n’est pas tout simplement « manipulé », commandité, pour effectuer quelques basses besognes, de la provocation, et justifier ainsi tout un discours proféré notamment à Moscou sur l’Ukraine et Kiev aux mains de fascistes et extrémistes. Reste à savoir par qui. Est-ce l’oeuvre d’hommes tels que l’actuel président ukrainien (ancien spécialiste de l’Agit-Prop et chef des services secrets ukrainiens) ou de la Russie.

Une manipulation de troupes extrêmes

Cette dernière hypothèse peut paraître à contre-courant. Mais ce n’est pas la première fois que la Russie utilise ainsi des mouvements extrêmes pour mieux justifier certaines politiques répressives. L’utilisation de provocateurs est même une pratique courante, que ce soit au temps de l’URSS, ou maintenant. Et c’est plutôt dans cette voie qu’il faudrait s’orienter.

La présence d’unités spéciales du FSB

Dernier élément à connaitre intéressant pour resituer le contexte de l’époque. Des unités spéciales russes sont venues renforcer les forces gouvernementales ukrainiennes (notamment du SBU). Lire : En février, une bonne équipe du FSB et des renseignements russes en « ballade » à Kiev

(Nicolas Gros-Verheyde)

(*) A ne pas confondre avec le parti Svoboda. L’amalgame est souvent fait. Or autant Prawy Sektor est ouvertement d’extrême-droite, manifestant un anti-sémistisme délibéré, voire neo-nazi ; autant Svoboda est ouvertement nationaliste, mais s’inscrivant dans un cadre démocratique.

 

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