Coup de théâtre à la Chambre. Terzi démissionne au nez de Monti

(BRUXELLES2) Le ministre italien des Affaires étrangères Giulio Terzi a annoncé aujourd’hui sa démission devant la chambre des députés. Un geste théâtral qui a surpris tout le monde, y compris son Premier ministre Mario Monti, qui n’avait pas été tenu informé. C’est à la fin d’une communication urgente qu’il faisait à la Chambre avec son collègue de la Défense, Di Paola, sur le sort des fusiliers marins détenus en Inde qu’il a annoncé sa décision. « Je démissionne car cela fait 40 ans que je considère qu’il faut sauvegarder l’honorabilité du pays, des forces armées et de la diplomatie italienne » a-t-il déclaré. « Ma voix est restée inconnue. Comme ministre, j’ai exprimé de sérieuses réserves au sujet de la décision soudaine de faire revenir le 22 mars en Inde les deux militaires ».

La conséquence d’un fiasco diplomatique

Cette sortie est une des conséquences du fiasco diplomatique dans laquelle s’est empêtré le gouvernement italien ces dernières semaines d’abord en refusant le retour à l’issue de leur permission de sortie des fusiliers marins faisant l’objet d’une enquête judiciaire en Inde (affaire du Enrica Lexie) puis en validant leur retour, après quelques jours de tension importante entre New Delhi et Rome. Le ministre des Affaires étrangères, Giulio Terzi, s’était particulièrement impliqué dans cette décision prise, apparemment, en concertation avec Mario Monti. Et il avait jusqu’ici résisté à tous les appels à la démission lancé par l’opposition.

Mario Monti assure l’intérim

C’est Mario Monti qui assurera de manière intérimaire le portefeuille des Affaires étrangères. Le gouvernement est en effet démissionnaire après les élections législatives qui l’ont privé de majorité et en attendant la formation d’un nouveau gouvernement par Luigi Bersani, le leader de la gauche, vainqueur des élections mais qui ne dispose pas de majorité cependant au Sénat.

Di Paola reste à bord

Le ministre de la Défense, Di Paola, n’entend pas suivre ce chemin. « Ce serait facile, sans frais. Mais ce serait une erreur Je n’abandonnerai pas le navire en difficulté, avec Maximilien et Sauveur (les deux militaires) à bord, jusqu’à mon dernier jour au bureau » a-t-il déclaré.

La colère de l’armée

Le chef d’Etat-Major de l’armée, l’amiral Luigi Binelli Mantelli, avait publié il y a trois jours dénonçant, dans un communiqué envoyé à la presse, le traitement du dossier par les responsables politiques. « J’espère que cette question, qui prend de plus en plus, le ton de la farce se terminera dès que possible et que nos Fusiliers, représentants de l’État, au même titre que tous les militaires opérant à l’étranger pour la paix et la stabilité, retourneront rapidement devant la juridiction italienne ». Un communiqué qui n’est pas que personnel. Il exprime la colère qui règne dans les milieux militaires, surtout la marine, qui se sent abandonné par l’Etat.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).