L’Europe muscle sa défense. 11 projets opérationnels. Liste et détails

Claude France Arnould la directrice de l'agence en discussion avec son conseiller "pooling and sharing" (crédit : Conseil de l'UE)

(BRUXELLES2) Le Conseil d’administration (le board) de l’Agence européenne de défense – c’est-à-dire les 26 ministres de la Défense de l’Union européenne – ont approuvé mercredi une série de projets concrets. Une liste qui pourrait être complétée plus tard. Car d’autres projets sont encore dans les cartons, par exemple celui sur les engins explosifs artisanaux (IED), un programme que l’Espagne voulait promouvoir (le changement de gouvernement a empêché apparemment une prise de position officielle).

Tous les pays ne participeront pas à tous les projets. Mais « quasiment tous les pays ont indiqué leur intention de participer à au moins un des projets de l’Agence » a indiqué Claude-France Arnould la directrice exécutive de l’Agence. Un projet rassemble en général de 6 à 8 pays. On retrouve généralement la France et le Royaume-Uni. Mais d’autres pays, comme la Finlande par exemple, ont été très allants marquant leur intérêt pour plusieurs des projets et prenant le « lead » du projet de surveillance maritime.

Certains des projets sont déjà démarrés ou vont l’être incessamment avec des effets dès 2012 ou 2013. D’autres sont à plus long terme, avec des études préalables et des effets à l’horizon 2020. On peut remarquer que tous ont une dimension très pratique, avec une visée de retour sur investissement assez rapide, et une dimension plus programmatique, pour permettre une rationalisation des investissements dans le futur.

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11 programmes pour le futur

1. La formation des pilotes d’hélicoptères

Un programme déjà démarré et qui « marche du feu de dieu » jurerait un officier. Les candidats se pressent à chaque session. Environ 150 équipages ont déjà été formés durant 3 ans à travers des exercices qui se sont tenus dans plusieurs pays (France, Italie, Espagne…), des cours spécialisés et des séminaires de retour d’expérience.

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2. Le réseau de surveillance maritime

Projet déjà entamé, emmené par la Finlande. C’est une composante nécessaire de la capacité de reconnaissance. La production d’une vue globale de la situation maritime est en effet une condition clé à la fois pour la sécurité autour des pays de l’UE comme dans les opérations déployées. Il y a de plus une recherche de synergie complète entre militaires et civils. De six pays au départ, le projet regroupe désormais une quinzaine de pays (Belgique, Chypre, Allemagne, Grèce, Espagne, Finlande, France, Irlande, Italie, Lituanie, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Suède, Royaume-Uni).

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3. Formation et logistique navale

 Une première étude doit être réalisée rapidement (2012) pour déterminer quelles initiatives de partage ou de mutualisation peuvent être prises. Toutes les options sont ouvertes. La plus simple serait tout d’abord d’avoir un calendrier commun, mis à jour en permanence, permettant en un seul coup d’oeil à chacun des Etats-majors de la marine et à l’UE, de savoir pour certaines ressources clés (ravitailleurs, portes-avions…), les moments de disponibilité, de formation ou de rappel en maintenance. Et donc de coordonner ces opérations, afin d’avoir toujours une capacité disponible de façon opérationnelle au sein de l’UE. La formation maritime est aussi une marque d’intérêt de plusieurs Etats membres. Certains petits pays ont des capacités de niche. Et même les Etats qui n’ont pas de marine peuvent être intéressés. Ainsi selon nos informations, la Lettonie a offert de partager avec l’Autriche son école de plongée navale.

4. Hôpital de campagne déployable (Medical Field Hospitals)

C’est sans doute un des projets les plus opérationnels de la panoplie de l’Agence. Le soutien médical est un effet un élément clé pour les opérations de l’UE. On se souvient en effet que le soutien médical avait été un point délicat pour le déploiement des dernières opérations que ce soit au Tchad (Eufor) ou en Ouganda (Eutm Somalia), retardant le lancement de l’opération de quelques semaines. Ce projet est conduit par l’Italie avec la participation de 11 autres Etats (Autriche, Belgique, Chypre, République tchèque, France, Finlande, Hongrie, Irlande, Italie, Roumanie, Suède, Slovénie et peut-être les Pays-Bas). Il sera basé » sur une série de modules, interopérables, et compatibles avec les « normes OTAN », en cours d’actualisation. L’objectif est d’avoir une capacité déployable de Rôle 2 à l’horizon 2013-2014.

5. Ravitaillement en vol (Air to air refuelling)

Le Kosovo l’avait esquissé, la Libye l’a démontré. Le ravitaillement en vol est un point critique pour toute opération qui nécessite une présence aérienne. Il s’agit d’avoir une plate-forme aérienne, unique, qui puisse aussi bien ravitailler les avions de chasse que les UAV. Le moment est particulièrement crucial. On est à la charnière entre deux vagues d’équipement. Les avions servant dans la flotte sont vieillissants, les nouveaux sont commandés ou en commande mais ne sont pas encore arrivés. Une nette opportunité pour éviter de répéter les erreurs du passé. L’Europe possède aujourd’hui seulement 42 avions mais dispose de 10 types différents, tandis que les Etats-Unis ont 650 avions (15 fois plus !) mais de 4 types seulement. L’objectif est de ramener – à la faveur des nouveaux équipements – à 4 types seulement : MRTT 330, A400M, C130J et 767. « Si on rate cette opportunité » explique un spécialiste du dossier, « on repart pour 30-40 ans ». A court terme, l’objectif est aussi de faciliter le soutien à la flotte existante. La France a proposé sa base d’Istres, où pourrait être assuré une partie du soutien logistique.

6. Centrale d’achat pour les communications satellitaires (ESCPC)

Un projet qui va démarrer tout de suite également. La communication satellitaire (Satcom) est vitale pour la conduite des opérations – le C2 command and control – comme pour le renseignement et le ciblage – l’ISRT intelligence, surveillance, reconnaissance and targeting. L’opération en Libye l’a suffisamment montré. L’utilisation de plus en plus développée de drones sur le champ de bataille d’UAV rend complètement obligatoire cette capacité. Ce projet pilote est destiné à mutualiser toutes les demandes de créneaux satellitaires pour obtenir une réduction des fournisseurs de service. Il est basé sur le même principe que les centrales d’achat classiques, avec une obligation supplémentaire : la rapidité d’accès, la sécurité du service. « Les militaires sont un « petit » acheteur sur le marché où les gros consommateurs sont les télévisions, les sociétés de télécommunications… » a expliqué à B2, un expert de l’Agence. A l’arrivée, on estime que la baisse des coûts peut atteindre 10% minimum. Participent à ce projet Français, Britanniques, Polonais. C’est Astrium qui a été choisi comme broker (acheteur en gros) et qui va voir sur le marché ce qui est disponible. 

7. Futur système de communications satellitaires militaires

Même principe que pour les avions ravitailleurs. La prochaine génération de satellites militaires arrive. Aujourd’hui il existe cinq systèmes européens sur orbite, plusieurs d’entre eux ont une couverture limitée et leur remplacement est prévu entre 2020 et 2025. L’objectif est donc de commencer le développement de la future génération SatCom pour l’après 2020, en déterminant les besoins en capacités des utilisateurs des Etats membres et de l’UE, et en préparant le développement des technologies adaptées dans une perspective civilo-militaire.

8. Renseignement, Reconnaissance, Surveillance (ISR)

 De la surveillance au ciblage de précision, rien ne se fait plus sans un système d’ISR de haute précision. Mais cela a un coût conséquent.

9. Formation des pilotes

L’entraînement des pilotes de transport est si spécifique que peu de pays ont le centre de formation (et les simulateurs – qui coûtent cher – adéquat). Faute de centre, plusieurs pays envoient leurs pilotes aux Etats-Unis, or les places sont très limitées et le coût plus important. Ce projet est « piloté » par la France. Une première étude va être réalisée rapidement pour examiner les formations à développer et les conditions pour ceci.

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10. Hub de transport européen (EATF)

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11. Munitions intelligentes

Là encore, l’expérience libyenne a montré combien les munitions dites « intelligentes », de haute précision, à guidage laser, qui permettent d’atteindre leur cible sans dégât collatéral sont précieuses. Des munitions qui ont un coût certain. L’utilisation en rythme de combat épuise rapidement les stocks. Nombre de systèmes et de stockage de munitions peuvent rapidement devenir obsolètes, tant d’un point de vue opérationnel que de règles de sécurité. A court terme, une étude va être lancée (2012) et des projets de recherche & technologie pourraient être enclenchés avec un résultat à plus long terme (2020).