Adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie : encore un petit effort, svp

(Archives B2) Après quelques hésitations, la Commission européenne a finalement décidé, hier (16 mai), de se donner un petit délai supplémentaire pour apprécier si, réellement, la Roumanie et la Bulgarie peuvent devenir, à part entière, membres du club européen. « Ils devraient entrer dans l’Union au 1er janvier 2007 à condition de régler certains problèmes » a assuré à Strasbourg le président de la Commission européenne, José-Manuel Barroso. La Commission compte donc préparer un nouveau, et ultime rapport, début octobre.

Plusieurs domaines préoccupants

D’ici là, les deux prétendants riverains de la mer noire devront s’attaquer franchement à toute une série de questions. Dans son évaluation, la Commission remarque que six domaines demeurent préoccupants en Bulgarie, notamment la lutte contre la corruption et contre les mafias, l’organisation du système judiciaire, la gestion des fonds structurels, la sécurité alimentaire et la prévention des encéphalopathies spongiformes bovines (la maladie de la vache folle). Quatre domaines préoccupants pour la Quatre domaines restent à améliorer en Roumanie : la lutte contre la corruption, la collecte de la TVA, la lutte contre la maladie de la vache folle et la gestion des fonds agricoles européens.

Pas la perfection mais un ultime effort

« Les progrès que nous demandons de ces pays ne sont pas irréalistes », estime le commissaire européen à l’élargissement, Olli Rehn. « Nous ne leur demandons pas la perfection totale mais un ultime effort ». Mais cet optimisme modéré n’a pas vraiment convaincu. Cette indécision a même irrité plusieurs députés, particulièrement les Français, plutôt partisans de l’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie.

L’important : lancer un signal clair

« Il serait temps de lancer un signal clair » a commenté Pierre Moscovici, rapporteur au Parlement européen sur l’adhésion de la Roumanie. Pour l’ancien ministre des affaires européennes de Lionel Jospin, « les avancées sont suffisantes pour pouvoir entrer ». Propos approuvé par Alain Lamassoure (UMP) : « Je ne vois pas très bien ce qu’en trois mois, il est possible de faire, s’agissant de réformes aussi douloureuses. Il fallait tout de suite décider si c’était 2008 ou 2007, quitte à mettre des clauses de sauvegarde. Il sera très difficile, au dernier moment, de repousser la date d’adhésion. »

Une prudence de loup

L’élargissement de la Roumanie et de la Bulgarie est, en effet, programmé au 1er janvier 2007, avec possibilité pour les chefs d’Etat et de gouvernement, de différer cette date d’un an, sur un rapport de la Commission. Comme l’ont remarqué plusieurs députés, la Commission n’avait pas eu ce tel niveau d’exigence lors du précédent élargissement. Mais est-ce l’effet des « Non » aux référenda, surtout aux Pays-Bas, ou de l’évolution des opinions publiques en Europe, la Commission est devenue d’une prudence de loup avec les pays candidats.

(Nicolas Gros-Verheyde)

version complétée d’un article paru dans Ouest-France, mai 2006

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).