Festival « Out of control » – entretien avec … Fabienne Aucan

(B2) Un espace citoyen dans lequel s’échangent des visions critiques et des pratiques artistiques de résistance culturelle, de contestation, de mémoire, dans lequel se mêlent questions esthétiques et éthiques… Tel est l’objectif de  » out of control « . Comme ces régions du monde perdues dans des conflits incessants, abandonnées à un désordre social et politique inquiétant, à des querelles dévastatrices. Comme ces artistes qui résistent à l’oppression, à l’indifférence, à la passivité ; qui inventent des formes subversives, critiques, en accord avec leurs convictions (et leurs imaginaires), en réponse à des situations intolérables, à des représentations violentes, truquées. Entretien avec … Fabienne Aucan, responsable du projet aux Halles de Schaerbeek.

Le projet ?
Ce projet a été initié par les Halles, un lieu engagé depuis toujours. Il est né dans nos têtes il y a deux ans, au moment où l’on se posait la question de l’engagement social et politique. Au moment aussi où on sortait de la guerre des Balkans. Nous avions la volonté de travailler sur le thème de l’artiste et des conflits, qu’ils puissent exprimer leur révolte. Le projet n’a pas vocation à se reproduire.

Quel engagement ?

C’est l’engagement de l’artiste pour offrir une nouvelle, une autre vision des conflits, qui passe par le filtre des médias, avec des raccourcis. Pour ne pas se sentir dans la compassion mais dans la réaction et meilleure compréhension des choses. D’ailleurs, outre les spectacles, nous aurons plusieurs rencontres débat notamment une autour de la Palestine et une autour de la manipulation-information, avec le spectacle libanais (Three posters). Nous privilégions aussi l’approche multi-artistique. Ainsi le « bal à blanc » (musical) sera entouré d’une déco confiée à 4 artistes, avec une scénographie liée (putching ball). Il ne serait d’ailleurs pas étonnant que certains prennent pour thème les événements survenus en France (un artiste au moins aurait confirmé son intention d’intervenir sur ce point).

Les artistes ?

Ce projet a été monté avec des artistes rencontrés au fil des années, que nous avons sélectionné. Nous travaillons beaucoup avec le Kunsten-artfestival (Three posters notamment est un coproduction).

Votre situation en plein quartier populaire induit-il certaines actions spécifiques ?

Nous avons fait un gros travail avec les enfants. Pendant un an, nous avons travaillé avec deux écoles, avec un plasticien sur le thème des enfants soldats. Deux pièces leur sont destinées (Minimansno, la ferme des animaux).

  • Le lieu ?

Les Halles sont installées dans un magnifique bâtiment datant de la fin XIXe (1865), un marché couvert à l’époque, devenu parking à la fin 2e guerre, puis plus ou moins laissé à l’abandon ensuite. En 1974, époque de découverte des friches industrielles, une équipe de jeunes animateurs redécouvre le lieu. D’abord squatté, il devient ensuite un lieu culturel tout à fait officiel, subventionné par la Communauté française. Il est le seul lieu de Belgique francophone à avoir le label de « centre culturel européen ». Situé en plein quartier populaire, et d’immigration (surtout marocaine), il entend toujours rester en lien avec les mouvements sociaux, un lieu d’engagement. pluridisciplinaire, qui assume tant une production propre qu’il accueille certains festivals. Les Halles organisent des événements à thème une fois par an, comme CHAHUT en décembre.

Quelques éléments du programme

o  » Minimansno  » : Tout droit sortie d’une maison de poupée, la petite Malika, fille du roi, nous interpelle comme un Général à son armée… Autorité et domination, mais aussi une conscience grâce à la sagesse de servantes-oiseaux, de sa rencontre avec Bouba, petit indien rescapé du génocide. Par le théâtre de Galafronie (27 et 28 avril).

o  » Les Antigones  » de Jean Cocteau et Jean Anouilh : une création de Tg STAN, un collectif d’acteurs formé à la sortie du Conservatoire d’Anvers en 1989 (du 1er au 3 mai).

o Le  » Bal à blanc « , une soirée musicale consacrée aux musiciens européens engagés issus de minorités culturelles : polyphonies corses, rock basque, folk irlandais, musique tzigane (sam. 4 mai).

o  » Rwanda 94  » : spectacle de 6 heures de Marie-France Collard et Jacques Delcuvellerie, à travers témoignages, fictions, images, choeurs parlés et chantés, pour découvrir « comment sont les vraies choses ». Quand un certain 6 avril 1994, le pays aux mille collines a basculé dans un génocide (du 7 au 11 mai).

o  » Three posters « , Rabih Mroue : en 1999, à Beyrouth, Elias Khoury tombe par hasard sur un document exceptionnel, la vidéo testamentaire du kamikaze Jamal Sati quelques heures avant qu’il ne commette un attentat suicide. La représentation théâtrale, dépouillée, à deux comédiens – instant éphémère, moment fictif – est interpellée, mise en perspective par la projection de la vidéo originale (du 14 au 18 mai).

o Une exposition photo  » Enfant soldat, de quel droit ?  » (du 24 avril au 3 mai).
* à Bruxelles, Halles de Schaerbeek, du 24 avril au 17 mai 2002. Tél. 02 218 21 07. www.halles.be

NB : Le bâtiment aujourd’hui restauré est séduisant, mélange de verre et d’acier, de l’inspiration Eiffel et de l’art déco. La grande salle est entourée d’une coursive (autrefois lieu de vote des fromages ou tissus). Au sous-sol, une cave (à rock, à bière, et à danse) constitue un lieu plus intimiste.

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