Une Europe aux couleurs belges ce soir

(B2) A l’image de la tour Eiffel, nombre de bâtiments publics en Europe mais aussi dans le reste du monde afficheront les couleurs noire, jaune, rouge de la Belgique… en hommage aux victimes du double attentat de ce 22 mars…

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Fed. Mogherini et l'amiral commandant l'opération, Enrico Credendino

Ne dites plus EUNAVFOR Med, dites Sophia ! (maj)

Fed. Mogherini et l'amiral commandant l'opération, Enrico Credendino

Fed. Mogherini et l’amiral commandant l’opération, Enrico Credendino

(BRUXELLES2 à Rome) L’opération européenne de lutte contre les trafiquants d’êtres humains en Méditerranée centrale (EUNAVFOR Med) va changer de nom ou plutôt adopter un surnom à l’image de sa grande soeur EUNAVFOR Atalanta.

La Haute représentante de l’UE, Federica Mogherini, l’a annoncé à Rome aujourd’hui lors de son passage au quartier général de l’opération (que j’ai pu visité à l’occasion). EUNAVFOR Med va désormais porter le nom de Sophia (ou Sofia en italien *), une petite fille somalienne, née en pleine mer, fin août, sur la frégate allemande Schleswig-Holstein qui l’avait prise en charge après son sauvetage par le navire britannique HMS Enterprise (lire : Sophia née en Méditerranée. Vaste journée de sauvetage pour les navires européens). Un beau relais en mer qui valait bien un surnom…. Ce nom permettra « de faire passer le message au monde que l’opération a pour objectif de sauver et de protéger des vies » a expliqué Federica Mogherini. NB : il avait été donné par les marins allemands en l’honneur de la princesse Sophia von Schleswig-Holstein.

Une phase plus active

La phase 2 qui va démarrer le « 7 octobre » sera plus active a promis également la Haute représentante. « On passe d’une phase de renseignement à une pase opérationnelle. » L’objectif va être « cette fois de stopper les trafiquants ». Durant ces dernières semaines, à une vingtaine de reprises (21 exactement selon nos informations), les navires européens ont eu l’opportunité de croiser des trafiquants qu’ils auraient pu arrêter. « 17 en provenance de Libye, 3 d’Egypte » a-t-elle précisé.

Les trafiquants en escorte : traqués

« Le système utilisé par les trafiquants est d’escorter les bateaux ». « Je les avertis : cela va être plus difficile pour eux, et cela rendre plus difficile leur business » a-t-elle ajouté au grand dam des officiers du QG de l’opération qui auraient bien aimé gardé ce détail opérationnel un peu plus discret pour pouvoir frapper un grand coup dès le début de la phase 2. De 4 navires actuellement, l’opération va ainsi passer à 7 navires environ, dont une frégate française de type Lafayette (le Courbet ou le Surcouf). Soit un doublement de sa possibilité d’action.

Contrer le cynisme des contrebandiers d’hommes

Les trafiquants d’êtres humains et les passeurs sont « extrêmement cyniques et flexibles, changeant la route en fonction des opportunités » a conclu la Haute représentante qui a entendu avertir les trafiquants « Nous voulons rendre leur business moins facile, qu’il soit plus difficile pour faire de l’argent, les dissuader réellement »…

Commentaire : deux points importants

D’une part, si une grosse majorité des trafiquants viennent de quelques ports libyens bien repérés, ils bénéficient aussi d’une assise dans les pays voisins, l’Egypte notamment. C’est prouvé maintenant. Et la phase de renseignement de deux mois durant cet été a permis de confirmer ce fait. Ensuite, en matière d’organisation du trafic, on est passé d’un mode artisanal à un mode industriel, extrêmement profitable et lucratif. A suivre sur le Club, une interview exclusive avec le contre-amiral Bléjean, le numéro 2 de l’opération.

(Maj) Le passage en phase 2 a été acté par les ambassadeurs du COPS, le Comité politique et de sécurité, lundi (28 septembre), qui ont approuvé le changement de nom de l’opération (Sophia). Cependant, cette ultime étape sera formalisée lors d’une prochaine réunion du Conseil des ministres (NB : une modification de la décision est nécessaire).

(Nicolas Gros-Verheyde)

(*) Pendant quelques heures, l’incertitude a régné sur l’orthographe réelle du nom. Finalement, c’est le nom original qui a été pris et non sa transcription en italien…

Un Falcon 50 en déroutement d'un porte-containers (crédit : DICOD / Marine 2012 - archives B2)

Un Falcon 50 survole la Méditerranée. Premier vol de reconnaissance français pour EUNAVFOR Med

Un Falcon 50 en déroutement d'un porte-containers (crédit : DICOD / Marine 2012 - archives B2)

Un Falcon 50 en mission de contrôle d’un porte-containers en 2012 (crédit : DICOD / Marine – archives B2)

(BRUXELLES2) Un avion de surveillance maritime Falcon 50 de la Marine nationale a effectué son premier vol de reconnaissance sur la Méditerranée vendredi (3 juillet). C’est la première contribution opérationnelle de la France à l’opération de lutte contre les réseaux de trafiquants (EUNAVFOR MED), lancée le 22 juin dernier.

L’avion, en provenance de la base d’aéronautique navale de Lann Bihoué, dans le Morbihan, a décollé de la base d’aéronautique navale de Hyères (près de Toulon) à 10h. Un ravitaillement en carburant à Sigonnella, en Italie, lui a permis de réaliser un survol de trois heures au large de la Sicile. Le renseignement collecté a été transmis à l’état-major tactique de l’opération (FHS), basé sur le porte-aéronefs Cavour. Trois officiers français sont insérés dans cette structure de commandement qui compte une centaine d’officiers, d’une dizaine de pays européens.

Décision italienne

Vendredi également, le Conseil des ministres italien a approuvé un décret-loi autorisant la participation italienne à EUNAVFOR MED, notamment par la mise à disposition du Cavour et des structures de commandement à Rome, le Comando Operativo di vertice Interforze (COI) qui est établi sur l’aéroport militaire de Centocelle.

(NGV)

Le Cavour (crédit : marine italienne)

Le dispositif de commandement d’EUNAFOR Med. Un Français à bord…

Le Cavour (crédit : marine italienne)

Le Cavour (crédit : marine italienne)

(BRUXELLES2 – exclusif) Le dispositif de commandement de l’opération européenne en Méditerranée contre les trafiquants d’êtres humains (EUNAVFOR Med) se dessine. Et B2 peut ainsi lever le voile sur ce dispositif qui devrait être annoncé lundi.

Le franco-italien aux commandes

Aux côtés du vice-amiral Enrico Credendino (annoncé en avant-première sur le Club : Le chef d’opération EUNAVFOR Med bientôt nommé. Son nom proposé. Biographie), qui commandera l’opération, on devrait trouver un Français bien connu des lecteurs de B2 : le contre-amiral, Hervé Bléjean. Dernier commandant de la Jeanne (d’Arc), il a commandé la force anti-piraterie de l’UE (EUNAVFOR Atalanta) de décembre 2013 à avril 2014 à bord du TCD Siroco. Il assure aujourd’hui la fonction de l’autorité de coordination des relations internationales pour l’Etat-Major de la marine. Il a été auditeur de la 62e session de l’IHEDN. Il pourrait passer bientôt vice-amiral.

Etat-Major : à Rome

L’Etat-major d’Opération (OHQ) devrait être situé à Rome, sur l’aéroport militaire de Centocelle, et non colocalisé sur la base de Practica di Mare de la Guardia Di Finanza, qui loge l’opération Frontex, ou au MRCC de Rome des Gardes-Côtes, comme on aurait pu le croire un moment. A cela un explication, ou plutôt deux. D’une part, il s’agit de bien distinguer les deux opérations – l’une est civile – avec des moyens militaires – à vocation de sauvetage et secours en mer, l’autre militaire et policière à objectif de lutte contre les trafiquants (même si les interactions entre les deux opérations existeront). D’autre part, l’OHQ « fléché » et agréé pour les opérations européennes est celui de Centocelle.

Commandement tactique italien

Le commandant tactique, de la force déployée en mer et dans les airs reviendra à un Italien. Ce qui confirme nos dernières informations d’un « doublé italien ». Le commandant de la force en mer devrait être selon nos informations, le contre-amiral Andrea Gueglio, qui commande le second groupement naval italien, basé à Tarente. Il devrait officier à bord du porte-aéronefs Cavour (D-550), le navire-amiral de la marine italienne, qui pourrait être le FHQ de l’opération.

Moyens de renseignement

L’opération bénéficiera de moyens apportés par les différents pays en observation, en renseignements et en analyse. Les Français devraient ainsi fournir un avion de patrouille maritime (type Atlantic 2 ou Falcon) ainsi que des « produits finis » de renseignement provenant de différentes sources (aériennes, maritime, sous-marine…). Les Belges devraient profiter de la présence du Godetia sur place pour fournir également du renseignement. Les Luxembourgeois devraient mettre à disposition un appareil Swearingen Merlin IIIC du même type et de la même société (CAE Aviation) que celui mis à disposition d’EUNAVFOR Atalanta (lire : Les avions luxembourgeois. Ils sont de retour…). Etc.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi : EUNAVFOR Med lancée lundi. Une opération grandes oreilles tout d’abord

Tous les articles sur cette opération porte le mot clé EUNAVFOR Med

 

© NGV / B2

Au QG de la marine italienne à Rome (CincNav)

© NGV / B2

La salle d’opérations du CincNav © NGV / B2

(BRUXELLES2 à Santa Rosa, près de Rome) En dehors des embouteillages de la capitale romaine, nous sommes partis en pleine campagne. Au bout de quelques km se profile une zone sous grillages, sévères. Le centre de commandement de la marine italienne (CincNav), est là, flambant neuf. Auparavant installé dans des préfabriqués, il a été construit en dur sur la base de Santa Rosa, après la décision prise en 1999 de réorganiser l’Etat-major général de la marine, et inauguré en 2006. Une visite intéressante. Car c’est là qu’est coordonnée l’opération italienne de secours en mer, Mare Nostrum, pour aller au secours des canots de réfugiés et migrants, en provenance de Libye essentiellement, qui traversent la Méditerranée à la recherche d’un havre de paix.

Derrière cette porte, la salle de crise opérationnelle du CincNav

Derrière cette porte, la salle de crise opérationnelle du CincNav (© NGV / B2)

Des informations venant de différentes sources

Toutes les informations qui proviennent de sources commerciales transitent d’abord au VRTMTC, le Virtual regional maritime trafic center. Elles « sont mixées ensuite avec d’autres sources (celles des radars, des avions de patrouille maritime, des hélicoptères) qui montent à l’étage au MOC, le Maritime Operations Center.

Au CMISM, le centre national de surveillance maritime interministériel (Centrale nazionale interministeriale di sorveglianza marittimale) arrivent des informations d’autres agences. L’objectif, comme l’explique un officier, est de déconflicter les informations venant de toutes les sources.

Le centre de surveillance du trafic maritime régional

Dans une première salle arrivent et sont mixées, les informations des navires marchands (VRMTC). L’échange des informations se base sur le volontariat. « Chacun donne les informations qu’il souhaite » Une nécessité ! « Vous avez besoin d’échanger les informations, où sont les navires, d’où ils partent, où ils vont » explique un officier. La plupart des informations données sur le trafic commercial le sont par les autorités nationales.

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Si certains pays semblent jouer le jeu — Espagne (41.265 données), France (17.764 données), Pays-Bas (20.090 données), etc…  ou les Etats-Unis avec le QG de la 6e flotte — d’autres semblent plus réticents, par exemple, le Royaume-Uni et son système UKMTO qui n’ont rien fourni.

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La salle de crise interministérielle

Cette salle — qui se situe au rez-de-chassée — vient juste d’être ouverte. Ici  « on collecte et on fusionne toutes les données ». Les informations viennent des gardes-côtes, du système de l’Union européenne, du centre de contrôle des pêche, du service de trafic maritime, de Marsur (le système européen de surveillance), du centre de surveillance (Mssis) de l’Otan. Et même de Mercury, le « chat » sécurisé de l’opération anti-piraterie de l’UE dans l’Océan indien et au large de la Somalie.

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Aux côtés des militaires de la marine, sont présents ce jour-là seulement un garde-côte et un policier. « Nous espérons convaincre les autres de nous rejoindre, c’est un problème politique, également » concède, un peu déçu, un officier. Si la capacité initiale opérationnelle existe, il n’y a pas toujours pas de date pour la pleine capacité opérationnelle (FOC) de cette salle. Chacune des entités ayant une compétence en matière maritime rechigne à se ranger sous la houlette de la marine.

Pouvoir détecter des « anomalies »

Avec le système automatique d’identification des navires, il est possible d’avoir des informations de base : le nom du navire, son numéro d’identification IMO, le pavillon, son type, la provenance et la destination ainsi que l’escale envisagée, et sa position latitude / longitude. Ce, de façon automatique. « Mais tous les navires n’ont pas ce système. Nous militons pour étendre ce système d’AIS » explique un responsable du centre.

« C’est une bonne chose mais ce peut être aussi une mauvaise chose. Bien sûr, vous pouvez transformer le transpondeur, le trafiquer, lui faire dire des informations que vous souhaitez et cacher celles que vous ne souhaitez pas. (…) On ne peut pas non plus repérer automatiquement un navire avec des terroristes ou un navire suspect. (Mais) avec ce système, qui est assez intelligent, on peut détecter quand un navire n’a pas d’identité ou repérer certaines anomalies. Par exemple un navire qui prend une direction contraire de celle officiellement annoncée. » Ce qui le rend aussitôt suspect. 

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Chaque cercle a une différente couleur pour vérifier une anomalie. Ainsi, ce jour-là, un navire battant pavillon luxembourgeois (le « Maersk Sheerness ») présente une anomalie : « la direction indiquée ne correspond pas à l’orientation du navire (Turquie) » indique un officier, « Si le type de navire n’est pas identifié, ou que d’autres informations sont manquante ou pas correspondantes, on contacte le navire. (…) Un navire devient suspect quand il ne répond au signal AIS. »

La salle opérationnelle, de décision

Dans cette salle, des écrans sur chaque poste, de grands écrans au mur, et les inévitables horloges qui déroulent le temps selon les faisceaux horaires : H+2 pour l’heure européenne, H+1 pour l’heure au Moyen-Orient, Z comme Zoulou pour l’heure universelle…

On y trouve même un E+30 pour l’heure en Inde. Histoire sans doute de  rappeler que des fusiliers-marins italiens ont été fait prisonniers par la police indienne dans l’accomplissement de leur mission et sont toujours retenus loin de chez eux.

Un passionné ! Le Contre-Amiral Safonaro estime que le temps est venu de se coordonner, d'agir, et de sauver des vies en mer, plutôt que de tergiverser (© NGV / B2)

Le Contre-Amiral Safonaro estime que le temps est venu de se coordonner, d’agir, et de sauver des vies en mer, plutôt que de tergiverser (© NGV / B2)

« Cette salle nous permet de gérer tous les éléments en temps réel — explique le Contre Amiral Saponero. Un marin passionné ! « Nous pouvons si nécessaire suivre la situation en direct », par le biais des caméras embarqués dans les bateaux ou sur les avions de surveillance. Il est aussi « possible de tenir une video conférence, avec un commandant de navire, si nécessaire ».

Le nombre d’opérateurs varie selon l’intensité de la crise, d’une quinzaine en temps ordinaire jusqu’à 60-70 en cas de crise intense. « J’espère ne jamais voir cela ! » lâche l’amiral.

(Nicolas Gros-Verheyde, au CincNav, près de Rome)