Opération neige en Allemagne et en Autriche

(B2) Les forces allemandes et autrichiennes sont engagées dans des opérations importantes, face aux abondantes chutes de neige ces derniers jours. Le ‘Schnee-Chaos’ comme on le nomme à Berlin

(crédit : Bundeswehr)

En Allemagne, l’alerte militaire de catastrophe (milKATAL) a été déclenchée. Les chutes de neige abondantes ont provoqué la fermeture de routes, l’isolation des villages et ont aggravé le danger d’avalanche, dans certaines régions de Bavière, du Bade-Wurtemberg et de Saxe. Près de 1500 soldats de différentes unités (en particulier de la 23e brigade de montagne ’23 Bayern’ étaient engagés dimanche (13 janvier) — 1219 déjà en action, 268 en préparation — selon les derniers chiffres de la Bundeswehr.

En Autriche, selon la Bundesheer, environ 900 soldats sont déployés dans six Länder, surtout dans le Land de Salzbourg. Objectif : dégager les routes, les accès, mais aussi les toits. La météo difficile n’a pas permis tous les jours d’effectuer des vols d’hélicoptères. Vendredi (11 janvier), 16 hélicoptères avaient pu prendre l’air, effectuant 27 vols pour des missions de reconnaissance,  de dynamitage en avalanche, de ravitaillement, ainsi que des évacuations.

(NGV)

Espionnage à Vienne. La lune de miel entre Russes et Autrichiens se termine mal

(B2) La révélation par le chancelier autrichien en personne de l’existence d’une taupe au sein de la Bundesheer (l’armée autrichienne) sonne-t-elle comme un tournant politique dans un pays réputé ‘souple’ vis-à-vis de la Russie

(crédit : Bundesheer)

Une valse de Vienne qui se termine mal

Il y a quelques temps, entre Vienne et Moscou, on était dans les flonflons de la valse et les glissements doux des violons. La ministre des Affaires étrangères Karin Kneissl invitait Vladimir Poutine à son mariage avec deux trois pas de danse à la clé en août dernier. Tout récemment, fin octobre, le ministre de l’Intérieur H. Kickl (FPÖ) faisait le voyage à Moscou pour signer un accord de coopération policière avec échanges d’informations à la clé. La lune de miel semble s’être rompue. Lors d’un point de presse, tenu ce vendredi (9 novembre), le chancelier Sebastian Kurz (ÖVP) et son ministre de la Défense, Mario Kunasek (FPÖ), de concert, ont révélé une affaire d’espionnage qui pourrait nourrir le sujet d’un prochain film.

Un colonel à la retraite espion depuis ses débuts

Un colonel de l’armée fédérale, résident à Salzbourg, depuis 5 ans à la retraite, aurait espionné l’Autriche pour le compte de la Russie durant presque trente ans. Il aurait commencé son travail d’agent double « dans les années 1990 ». Et cela aurait duré jusqu’il y a peu « en 2018 » a révélé Sebastian Kurz. « Cela ne va pas améliorer les relations avec la Russie » a-t-il ajouté.

Extrêmement professionnel

Selon le quotidien Krone Zeitung, l’individu aurait touché 300.000 euros sur toute la période. Il était « extrêmement professionnel. Il avait un travail extrêmement discret dans un poste de commandement de l’armée ». Toutes les deux semaines, il prenait contact avec un certain ‘Yuri’, son officier traitant russe. Il recevait les commandes par l’intermédiaire d’un récepteur mondial, écrivait des messages chiffrés ou transmettait l’information directement par communication par satellite.

Des faits découverts il y a quelques semaines

Le ministre de la Défense Mario Kunasek a expliqué que l’information « avait été connue il y a quelques semaines ». Le ministère de la Défense a entamé des « discussions » avec l’individu soupçonné. « Différents appareils, notamment un ordinateur portable, ont été saisis et sont en cours d’évaluation » a-t-il indiqué, précisant que les faits avaient été transmis au ministère public.  « Même après la fin de la guerre froide, il y a encore de l’espionnage » a reconnu Kunasek.

Colère autrichienne et grand nettoyage en perspective ?

Le chancelier autrichien affiche, lui, sa colère : « L’espionnage est inacceptable » de façon générale. « Et l’espionnage russe en Europe est également inacceptable et condamnable ». L’affaire bruissait dans les milieux gouvernementaux depuis hier soir (jeudi 8 novembre) et s’est répandu comme une traînée de poudre dans les salons viennois. Le gouvernement a pris rapidement la mesure de l’évènement. La ministre des Affaires étrangères, Karin Kneissl, a ainsi fait convoquer le chargé d’affaires russe vendredi matin. Elle a également annulé sa visite, prévue à Moscou les 2 et 3 décembre prochains, en guise de signe de mécontentement. Quant au ministre de la Défense, Mario Kunasek, il a annoncé un grand nettoyage au ministère, indiquant vouloir « resserrer encore plus le filet de sécurité en Autriche comme au sein du ministère fédéral de la Défense », notamment sur le personnel et les cyberespaces. Il était temps ! L’Autriche qui abrite nombre d’institutions internationales, dont l’AIEA, était considérée par de nombreux services en Europe comme un peu trop ‘permissive’ par rapport à certaines tentatives d’entrisme.

Vienne, le point faible de l’Europe ?

Cette révélation très officielle par le Premier ministre comme le ministre de la Défense, l’un du parti populaire ÖVP et l’autre du parti d’extrême-droite FPÖ n’est donc pas une simple péripétie. Elle pourrait constituer un tournant politique.

Une taupe ou plusieurs taupes ?

La grande vérification annoncée par le ministre n’est pas anodine. Le colonel de Salzbourg pourrait ne pas être la seule taupe infiltrée dans les forces autrichiennes. Depuis plusieurs mois, et en partie depuis l’arrivée du FPÖ au pouvoir et les perquisitions menées au BVT (le service de protection de la Constitution et de lutte contre le terrorisme), l’Autriche avait acquis le statut de ‘pestiféré’ auprès de la plupart des services de renseignement européen qui rechignaient à partager des informations, en particulier sur la Russie.

Mettre fin au ‘Except Vienna’

Les ‘services’ de plusieurs pays européens (France, Allemagne, Royaume-Uni) évitaient de mettre en copie l’Autriche de leurs recherches sensibles. Une méfiance confirmée à B2 par certains connaisseurs du dossier. Même la Sûreté nationale finlandaise (SUPO) aurait décidé d’exclure son homologue autrichien (le BVT) de ses demandes d’aide aux différents renseignements européens quand elles concernent un diplomate russe, vient de révéler le magazine Falter, publiant un fac similé d’un document mentionnant « Except Vienna ».

La question des sanctions russes

Cette affaire n’est pas isolée. Elle survient juste après les révélations néerlandaises d’un espionnage autour de l’OIAC aux Pays-Bas comme en Suisse. L’Autriche qui avait une position ‘souple’ sur les sanctions russes pourrait ainsi changer de position. Cette ‘soudaine’ révélation pourrait donc amorcer un tournant politique plus important, d’autant plus observé que Vienne assure aujourd’hui la présidence du Conseil de l’Union européenne, notamment dans ses formats ‘Justice’ et ‘Affaires intérieures’.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Wolfgang Wosolsobe est décédé… trop tôt

(B2) Le général Wolfgang Wosolsobe vient de décéder brutalement. L’information a été confirmée par les autorités autrichiennes comme européennes.

De nationalité autrichienne, W. Wosolsobe a été le directeur de l’état-major de l’UE et a toujours défendu une vision européenne, avec justesse et passion, sans exagération. Il était toujours prêt, quand nous le rencontrions, à préciser certains points qui nous avaient échappé ou à contester certaines de nos analyses qu’ils jugeaient un peu trop critiques. Le tout avec ce sourire qui ne le quittait que rarement, avec une élégance et une amabilité toute autrichienne.

W. Wosolsobe à la sous-commission Défense du Parlement (crédit : PE 2015 / Archives B2)

Ce Francophile, de volonté et d’amour, était secrétaire général du Centre franco-autrichien pour le rapprochement en Europe.

B2 adresse à ses proches, ses enfants en particulier, toute sa sympathie dans ce moment douloureux.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire :

Les garde-côtes libyens formés par l’UE s’envolent avec Austrian Air Force

(B2) Un avion autrichien C130 HERCULES a transporté 22 membres de la marine et des gardes-côtes libyens de l’aéroport de Chania (Crète) à Tunis. Ces marins venaient de recevoir une formation donnée par la marine hellénique, avec le soutien de l’opération européenne en Méditerranée (EUNAVFOR MED / Sophia).

NB : Une session tenue plutôt discrètement, contrairement aux formations précédentes, qui avaient donné lieu à une communication à la presse plus importante. La formation des garde-côtes libyens constitue un point clé de la stratégie européenne de renforcement de l’état de droit en Libye et d’endiguement de la crise de migrations en provenance d’Afrique. Mais elle est de plus en plus contestée par les ONG et organisations de défense des droits de l’Homme qui dénoncent le non respect par les garde-côtes libyens des règles élémentaires du droit de la mer (secours en mer) comme de l’accueil et du droit des réfugiés à choisir leur pays d’asile.

L’Autriche a accepté de donner un certain nombre d’heures de vol ainsi que l’avion pour soutenir la mission maritime de l’UE en Méditerranée centrale pour démontrer son engagement envers la mission. Le vol a été « initié et planifié par l’officier autrichien de la branche CJ4 de l’opération Sophia responsable des opérations logistiques et l’officier d’état-major allemand responsable des mouvements et du transport dans la même branche » précise l’officier de presse de l’opération Sophia.

(NGV)

Crédit photo: EUNAVFOR Med/ Sophia

L’Autriche, un gouvernement merveilleux !

S. Kurz, JC Juncker et J. Hahn (crédit : Commission européenne)

(B2) Lors de son entrevue avec le nouveau Premier ministre autrichien, le jeune et sémillant Sebastian Kurz, le président Jean-Claude Juncker n’a pas eu assez de mots doux. « Le chancelier autrichien est très pro européen, cela se retrouve dans le programme », s’est-il enthousiasmé. L’ancien Premier ministre luxembourgeois s’est ainsi refusé à prononcer toute réserve, et encore moins toute réserve, vis-à-vis du nouveau gouvernement formé avec l’extrême-droite du FPÖ.

Aucune réserve

« Comme tous les gouvernements, nous nous ferons une idée du gouvernement autrichien sur la base des faits, mais je ne vois pas de raison de ne pas voir les promesses de ce programme de coalition remplies ». Ces « propositions nous satisfont quasiment à 100% » a-t-il répété.

Commentaire : Nous irons skier en Autriche cet hiver

Il semble ainsi loin le temps où, tel le ministre belge des Affaires étrangères, en 2000 on affirmait « ne pas vouloir aller skier en Autriche cet hiver ». De l’eau a coulé sous les ponts. Et la présence d’un gouvernement d’extrême-droite, vienne-t-il avec des propositions très dures en matière d’immigration ou d’intégration sociale, ne suscite pas grande réaction dans les États membres.

La Commission est toujours aussi prudente. Si on se remémore la position tenue en 2001, la position n’a que peu varié (lire : L’arrivée de l’extrême droite au pouvoir en Autriche. Des réactions diversifiées). L’important est d’être européen (ou du moins de faire semblant). Il est vrai que le précédent des années 2000 ne plaide pas pour une réaction prématurée. La mise en place de sanctions n’avait pas produit tous les effets souhaités et il avait fallu recourir à un rapport des Sages pour sortir du guêpier (lire : Trois sages pour un requiem).

Quoi qu’il en soit, désormais le gouvernement polonais, en indélicatesse avec les règles européennes de séparation de l’exécutif du judiciaire (avec ses lois sur la Justice), pourra désormais (à juste titre) se plaindre d’un « double standard ». L’Autriche pays membre depuis 1995 bénéficie d’un préjugé plus favorable que la Pologne, membre depuis 2004.

Lire aussi :

(crédit : MoD Tchèque)

Tchèques et Slovaques en exercice commun de contrôle des frontières

(crédit : MoD Tchèque)

(crédit : MoD Tchèque)

(B2) Les forces tchèques et slovaques ont effectué mardi (27 septembre), un exercice commun de contrôle des frontières.

L’objectif était de vérifier si les différentes forces, tchèques et slovaques, policiers et militaires, pouvaient faire face à un « afflux de migrants ». Il reposait sur une décision fictive du gouvernement slovaque de passer au plus haut niveau de contrôle. 500 policiers, douaniers et soldats ont ainsi été mobilisés sur cet exercice qui s’est déroulé sur 250 kilomètres de la ligne frontière et 16 postes-frontaliers, avec  contrôles de véhicules réalisés de façon aléatoire.

Tester la coopération police – armée aux frontières

« Pour les hommes, cet exercice était une excellente occasion d’améliorer la coopération sur le terrain avec la police pour [prévoir] toutes les procédures face à une situation d’urgence d’afflux de migrants illégaux », a souligné le ministre tchèque de la Défense, Martin Stropnický en visite dans un des postes frontaliers à Lanžhot Břeclav, mardi (27 septembre), ville frontière des trois pays (Autriche, Slovaquie, Rép. Tchèque). « C’est également un message important pour nos populations que nous sommes prêts face à ces événements extraordinaires. En ce moment, nous ne sommes pas confrontés à un tel afflux (…) mais nous suivons de très près l’évolution » (*).

Une menace ressentie

L’arrivée de réfugiés et migrants en masse est une des hantises des forces de sécurité tchèques, slovaques (et de la plupart des pays d’Europe de l’Est d’ailleurs). Le précédent de l’été 2015 avec l’arrivée de nombreux réfugiés et migrants, via la Grèce et les Balkans résonnant dans toutes les têtes. « Même si nous observons une baisse de 40% des migrations illégales, nous devons nous préparer à toute situation à risques », a justifié Tomáš Tuhý, le chef de la police tchèque, selon l’agence CTK. Un premier exercice a ainsi eu lieu à la fin septembre 2015, avec 800 soldats et policiers engagés dans un exercice à la frontière tchèque avec l’Autriche. Un second exercice a eu lieu sur la même frontière, en mars 2016. Un test grandeur nature a été réalisé, en avril 2016, pour tester les temps de réponse à la frontière en cas de crise soudaine en Moravie. Un test similaire devrait être réalisé le long de la frontière allemande cette année. Et un autre exercice est prévu le long de la frontière polonaise en 2017.

(NGV)

(*) Version originale en tchèque, traduite par nos soins

Un gang tchétchène de trafic de migrants démantelé en Autriche

(BRUXELLES2) Un gang de trafic de migrants, d’origine tchétchène, a été démantelé en Autriche par les polices autrichiennes et hongroises, soutenues par le centre européen contre l’immigration clandestine (CSEM) d’Europol, jeudi (21 juillet). Et 7 suspects ont été arrêtés en Autriche et un en Hongrie. Cela permet d’en savoir un peu plus sur ce réseau et leurs méthodes.

Ce groupe était composé de 25 ressortissants russes d’origine tchétchène résidant en Autriche. L’animateur clé recrutait des chauffeurs en Autriche pour les déployer ensuite en Hongrie. Il était en contact permanent avec des « recruteurs » chargés de recruter des migrants dans les camps de réfugiés en Hongrie. Le réseau criminel est ainsi soupçonné d’avoir clandestinement fait passer plus de 200 personnes.

Les migrants clandestins — de nationalité afghane, iranienne, irakienne et syrienne — payaient environ 300 euros par personne pour aller de Hongrie à Vienne, 700 à 800 euros pour aller de Hongrie en Allemagne. Afin d’éviter d’être détectés par la police, les trafiquants utilisaient des itinéraires de rechange pour entrer en Autriche, en passant par la Slovaquie.

Au moins dix cas de trafic ont ainsi été détectés en Autriche, en Allemagne, en Hongrie et en Slovaquie par les autorités dans les deux derniers mois. Et les chauffeurs arrêtés en Autriche et en Slovaquie. Dans les jours suivants, plusieurs autres suspects impliqués ont été identifiés et arrêtés à leur tour.

(NGV)

La Slovaquie héberge les réfugiés de l’Autriche

(BRUXELLES2 à Gabcikovo) C’est un des exemples que le gouvernement slovaque de Robert Fico entend promouvoir. « Nous ne voulons pas d’obligation » d’accueillir des réfugiés ou de les ‘relocaliser’ selon la terminologie officielle, insistent les Slovaques. Mais nous faisons notre part de travail.

Selon un accord conclu l’année dernière, la Slovaquie accueille et héberge jusqu’à 500 demandeurs d’asile qui ont déposé une demande en Autriche, en attendant qu’elle soit traitée. Une formule trouvée pour soulager la pression du centre de réfugiés principal de l’Autriche de Traiskirchen. Ils sont logés dans les anciens dortoirs de l’université de Gabcikovo.

Cela n’a pas été sans mal, selon la presse slovaque. Les réfugiés syriens pour la plupart se sont plaints des conditions d’accueil : pas d’école pour les enfants, un médecin qui passe de temps à autre, mais pas de façon régulière, la cuisine fermée la nuit, ce qui ne permet pas de réchauffer les biberons la nuit, etc. Des problèmes dus à la société OSR en charge du camp ont répliqué les autorités slovaques.

(NGV)

En juin à Luxembourg, Jean Asselborn, a trouvé un coin de table, pour rédiger ses dernières notes... (© NGV / B2)

Si l’Autriche ferme ses frontières, la cata ! (Jean Asselborn)

En juin à Luxembourg, Jean Asselborn, a trouvé un coin de table, pour rédiger ses dernières notes... (© NGV / B2)

En juin à Luxembourg, Jean Asselborn, a trouvé un coin de table, pour rédiger ses dernières notes… (© NGV / B2)

(BRUXELLES2) Lundi dernier, le conseil des Affaires étrangères traine sur la fin, nous sommes quelques journalistes autour de Jean (Asselborn), le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères. Un des plus fins observateurs de la scène européenne. Et un des vétérans aussi des combats européens. Ca fait assez longtemps qu’il pratique l’Europe sous toutes les coutures. Il en connait nombre de ressorts, de avatars, de trahisons… ou de succès également. Après coup, il raconte à B2 et aux journalistes présents ce qu’il retient de cette présidence européenne que le Luxembourg a assumé (pas trop mal il faut le reconnaitre vu les circonstances).

Une seule chose à retenir de la présidence ?

« La réunion où on a décidé relocalisation à la majorité qualifiée. Heureusement la Pologne n’avait pas le gouvernement actuel. On tremblait, ce n’était pas évident. Si la Pologne avait hésité, cela aurait eu un effet domino. »

Ce qui vous a marqué ?

« Durant cette période, j’ai vu aussi énormément de misères, de souffrances en Grèce, à Lesbos, en Italie à Lampedusa. Je vois toujours une quarantaine de Soudanais ou d’Erythréens, qui s’étaient brûlés les doigts pour éviter qu’on leur prenne leurs empreintes digitales. Et ces fils de fers, où derrière il y avait les hommes, les enfants, les familles. C’étaient des images impressionnantes.  »

Comment vous voyez la crise actuelle des migrations et des réfugiés ?

« Si cette pression n’est pas maitrisée, ce sera la catastrophe. Les Autrichiens nous disent : on va fermer. S’ils ferment, c’est grave, en amont » (NB : coté allemand ou hongrois) comme en aval (Croatie, Slovénie, Balkans).

Pas rassurant. C’est la zone Schengen qui peut exploser …

(Propos recueillis par Nicolas Gros-Verheyde)

L'opération Poseidon au large de la Grèce (crédit : Frontex)

Le flot de réfugiés continue d’arriver en Grèce. Les Européens paient cher une erreur d’analyse

L'opération Poseidon au large de la Grèce (crédit : Frontex)

L’opération Poseidon au large de la Grèce (crédit : Frontex)

(B2) « 150.000 personnes ont pris le risque de traverser entre la Turquie et la Grèce le mois dernier (octobre) « malgré des conditions climatiques qui se sont dégradées » selon le dernier bilan que vient de publier l’agence Frontex, l’agence européenne de contrôle des frontières. « Soit 13 fois plus que dans la même période de 2014 (8500 en octobre 2014) ! »

Des Syriens mais aussi des Afghans

Sur cette voie d’accès, « les Syriens continuent de représenter le plus grand nombre d’arrivées, bien que ces dernières semaines, la part des ressortissants afghans a augmenté de manière significative » note l’agence européenne. Une situation qui tient en grande partie à la situation en Afghanistan, confirme un diplomate que nous avons interrogé sur cette augmentation récente. « La prise de Kunduz par les Talibans a fait craindre par nombre d’Afghans la réédition du schéma des années 1990 », avec le départ des Soviétiques, la chute du gouvernement Najibullah (près de 4 ans après) et l’arrivée des Talibans. « On voit arriver non seulement des Hazaras mais aussi différentes ethnies ». Ce qui traduit une nouvelle vague afghane après ceux qui, réfugiés d’Iran, plus ou moins en situation illégale, ont été expulsés ou préféré reprendre le chemin de l’exil plutôt que de devoir s’enregistrer dans la république islamique.

Un demi-million de personnes arrivées depuis le début de l’année

Depuis le début de l’année, 540.000 migrants sont ainsi arrivés sur les îles grecques, selon Frontex. La plupart sont ensuite remontés vers le nord, les Balkans, l’Autriche et l’Allemagne, provoquant des fermetures de frontières en cascade. De janvier à octobre, quelque 500.000 « détections de franchissement illégal des frontières ont été enregistrés sur les frontières extérieures de l’UE dans les Balkans occidentaux, principalement sur la Hongrie et les frontières de la Croatie avec la Serbie ».

Des problèmes en cascade

La plupart des migrants détectés dans la région étaient auparavant arrivés sur l’une des îles grecques de la mer Égée puis ont voyagé à travers l’ex-République yougoslave de Macédoine (Fyrom) et la Serbie. « Quand la Hongrie a construit une clôture sur sa frontière avec la Serbie (1) et resserré les contrôles aux frontières en septembre, les migrants ont commencé à traverser la frontière de la Serbie avec Croatie en nombre record » note l’agence européenne.

La voie maritime de Méditerranée en baisse

Contrairement aux chiffres records en Grèce et dans les Balkans occidentaux, la voie maritime de la Méditerranée centrale a vu le nombre de personnes traversant la Libye à l’Italie « chuter de moitié par rapport à 2014 » portant le chiffre des arrivées « à 8 500 en octobre ». Une baisse assez sensible s’observe également quand on fait le décompte annuel. Pour les dix premiers mois de 2015, la voie « libyenne » a fourni 140 000 migrants et réfugiés « contre près de 155.000 pour la même période de l’année 2014 ».

La pénurie de bateaux mais aussi l’action maritime ?

Une chute expliquée « en grande partie par la pénurie de bateaux disponibles à des passeurs » explique l’agence Frontex. NB : On peut estimer également que la présence de navires renforcés a joué un premier effet de dissuasion avec des arrestations de suspects qui commencent à devenir plus systématiques (voir notamment 4 suspects arrêtés en Méditerranée par le Leopold Ier et Coup de filet au large de la Libye. 14 contrebandiers inculpés)

Un rythme qui ne faiblit

Une erreur de prévision dramatique

« Cela continue d’arriver à un rythme qui ne faiblit pas » a confié à B2 un diplomate occidental bon connaisseur de la Grèce. « Les Européens croyaient qu’avec une météo moins bonne d’hiver, le flux allait cesser ou ralentir. C’était une erreur. Ils continuent d’arriver ». Durant les périodes de mauvais temps, « il y a une accalmie. Il n’en arrive que 200 ou 300. Mais à la moindre éclaircie. Cela reprend. Il en arrive plusieurs milliers en quelques heures ». Il ne faut, en effet, qu’une petite heure à peine à un bateau doté de bons moteurs pour faire la traversée. Le double ou un peu plus si les moteurs sont plus faibles. Soit un laps de temps limité.

La marine turque, grecque laisse passer

Les Turcs n’interviennent pas. La marine grecque non plus. Elle a reçu l’ordre de ne pas intervenir pour limiter le mouvement. Une consigne politique du gouvernement Tsipras qui ne veut pas utiliser des moyens politiques ou avoir une politique répressive (ainsi la politique des centres de rétention a été sinon abandonnée, du moins ralenti). Seuls sont donc présents sur zone les gardes-côtes grecs qui souffrent d’une absence cruelle de moyens. Et, du côté du gouvernement grec, la consigne est désormais claire : « aucune vie ne doit être perdue en mer ». « Le système est mieux organisé et rôdé maintenant » témoigne notre interlocuteur. Les migrants sont à peine arrivés que de l’autre côté attendent des ferries pour les embarquer vers le continent.

La consigne du laissez-passer

Au Pirée, le port d’Athènes, attendent des bus qui, pour 20 ou 30 euros, les emmènent jusqu’à la frontière macédonienne (Fyrom). Là aussi la frontière est ouverte. Et les Macédoniens s’empressent de repasser « le bébé » aux Serbes, qui les refilent aux Croates (faute de Hongrois compatissants) et ceux-ci aux Slovènes. Ljubljana, désormais pratique la même politique du « not in my backyard » (pas dans mon jardin) et se débarrasse des réfugiés sur les Autrichiens. De toute façon, les réfugiés ne veulent pas rester dans les Balkans et encore moins aller dans les pays d’Europe de l’Est qui n’ont pas vraiment démontré une vraie tradition d’accueil.

La relocalisation : un échec !

Le dispositif de relocalisation, mis en place avec peine en juin et renforcé en septembre, ne fonctionne donc pas vraiment. Seule une petite centaine de personnes ont été vraiment relocalisées aujourd’hui dans les faits. Et les Etats membres n’ont annoncé qu’un peu plus de 3000 places disponibles (sur un total de 160.000). Tout simplement — explique notre interlocuteur — car il ne concerne que « les personnes ayant fait une demande d’asile en Grèce ». Or, ils sont très peu à vouloir ou pouvoir s’enregistrer. Les Grecs, débordés, n’enregistrent qu’à peine 10% des personnes arrivées. Le fameux hotspot de Lesbos ne fonctionne pas vraiment. Il faut remarquer que les migrants eux-même ne tiennent pas à s’enregistrer. Ils ne veulent pas aller dans d’autres pays que l’Allemagne.

Allemagne et Autriche

Le message de Angela Merkel a porté au-delà des frontières. « Ils ne jurent que pas une destination : l’Allemagne, voire l’Autriche ou la Suède ». La France ? « Ce n’est pas vraiment une destination très prisée ». Même des pays prêts à accueillir des réfugiés, et disposant de certaines ressources, mais moins connus des migrants peinent à trouver des candidats à la relocalisation. Le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, Jean Asselborn, en a fait l’amère expérience dernièrement. Pour trouver les 30 candidats à l’exil au Luxembourg, « il a fallu presque faire de la retape » remarque notre diplomate, mi-ironique, mi-désolé.

Une pression maximale sur moins d’une dizaine de pays

Le triple effet de l’ouverture des frontières à tout va dans les Balkans, de la faible volonté d’accueil de certains pays (Europe de l’Est, Royaume-Uni, …) et de la propre volonté des migrants et réfugiés, renforce en fait « la pression sur quelques pays uniquement ». Outre la Grèce et l’Italie, les pays de première ligne, une demi-douzaine d’autres pays sont vraiment concernés : l’Allemagne, l’Autriche, la Suède et, dans une moindre mesure, le Danemark, la Belgique et les Pays-Bas. Soit une situation totalement intenable… Le sommet européen extraordinaire de La Valette risque d’être tendu.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Une limite qui est une « frontière extérieure » de l’Union européenne et constitue donc une obligation pour la Hongrie de fermer.

Compagnie6eJagerBrigade@AT151109

L’armée mobilisée en Autriche face à la crise des réfugiés

Compagnie6eJagerBrigade@AT151109(B2) Cent militaires supplémentaires de la 6e Brigade de chasseurs (Jägerbrigade) ont été mis en alerte pour faire face à la situation des réfugiés dans le Tyrol. 1650 soldats sont déjà déployés dans tout le pays en appui de la police, pour des missions d’assistance aux réfugiés et de sécurité, précise-t-on à Vienne. Ce qui témoigne de la gravité de la situation.