F-16 Belges. La France fait une autre proposition. Un vrai coup de poker (V5)

F-16 Belges. La France fait une autre proposition. Un vrai coup de poker (V5)

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Le Rafale reste bien dans la compétition pour le F-16 Belge (photo : un Rafale engagé dans l’opération Chammal / crédit : DICOD / EMA)

(B2) La ministre française des Armées, Florence Parly, l’a confirmé à Tallinn, en marge de la réunion informelle des ministres de la défense de l’UE (en répondant à une question de notre collègue de l’AFP) : « le gouvernement français fera bien une proposition à la Belgique pour le renouvellement de sa flotte d’avions de combat. » Elle semble démentir ainsi une information donnée par la Libre Belgique qui indiquait que Dassault avait décidé de ne pas déposer d’offre pour le remplaçant du F-16 Belge.

Une offre de gouvernement à gouvernement

De fait, le démenti n’est que partiel car comme l’écrit notre confrère Jean Do Merchet dans Secret Défense, la France se retire bien de l’appel d’offres, jugé trop favorable au F-35 américain. Mais elle va déposer une offre « de gouvernement à gouvernement » (un peu comme celui conclu avec l’Inde), offrant non pas le Rafale mais le Rafale + (la version améliorée du Rafale existant), avec une proposition industrielle. Cet accord comprendra « un volet de compensations industrielles (offset) et de coopération militaire étroite dans le cadre de l’Europe de la Défense ».

Un partenariat allant au-delà des équipements

L’ambition française est, en effet, comme l’a expliqué Florence Parly, la mise en place d’un « partenariat approfondi » entre nos deux pays. Ce partenariat structurant comprendrait non seulement la fourniture de l’avion de combat Rafale, mais aussi une « coopération approfondie entre nos deux armées de l’air dans les domaines opérationnels, de formation et de soutien, ainsi qu’une coopération industrielle et technique impliquant des entreprises des deux pays » indique le communiqué de la ministre des Armées. Un partenariat qui irait donc « bien au-delà des seuls équipements militaires [et] consoliderait la relation ancienne et profonde » entre les deux pays, et contribuerait « au renforcement de l’Europe de la Défense et de son autonomie stratégique, à une période où celle-ci est plus que jamais nécessaire ».

Deux compétiteurs seulement

Boeing et Saab (Gripen) ayant déjà jeté le gant, il ne restera donc que plus deux avions en lice pour la première phase de l’appel d’offres de la Belgique (qui se termine ce soir) : le F-35 américain (qui a la préférence de l’armée de l’air belge) et l’Eurofighter/Typhoon (défendu par les Britanniques).

Des Belges interloqués

Interrogé par B2, en marge de la réunion, le ministre belge de la Défense, Steven Vandeput, s’est retranché derrière cette procédure : « On ne peut pas parler d’une procédure dont la première phase se termine ce soir, avant que cette première phase soit terminée » a-t-il indiqué, visiblement interloqué par cette position française intempestive et publique. Il n’a pas voulu d’autres détails se contentant de dire qu’il avait « vu et discuté avec ma collègue française ».

(Mis à jour) Vendredi, revenu à Bruxelles, il a été un peu plus loquace sur les ondes de Radio 1 (chaine flamande). Tout d’abord, il a confirmé que la France n’a pas répondu formellement à l’appel d’offres pour le remplacement des F-16, comme le raconte la RTBF. Donc Paris est hors jeu pour celui-ci. Mais le gouvernement français a bien fait une proposition directe à la Belgique. « Nous devons d’abord examiner le statut juridique de cette proposition » a-t-il expliqué.

Commentaire : la France tente là un « coup » politique et économique. La compétition publique exposait le Rafale à ne pas sortir gagnant d’un appel d’offres, qu’on jure « pipé » à Paris (mais aussi à Stockholm). En proposant de passer outre, dans un accord qui pourrait entraîner davantage de retombées économiques pour la Belgique, notamment en Wallonie et dans le Limbourg (1), Paris tente de rebattre les cartes, de renverser la table de jeu, en amenant de son côté les industriels et certains responsables politiques, en mettant en avant la construction de l’Europe de la défense (à laquelle sont attachés plusieurs partenaires de la coalition au pouvoir, notamment le Mouvement réformateur). Au passage, il pourrait ainsi introduire un ‘loup’ linguistique dans la bataille : quelle région bénéficiera réellement des accords passés ? (1). La question du ‘retour sur investissement’ du F-35 pour les acteurs économiques reste, en effet, sujette à interrogation, tout comme l’est le financement d’un avion.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Sabca, la filiale belge de Dassault, qui (entre-autres) assure la maintenance des F-16, est implantée à Bruxelles, Charleroi et… Lummen, dans le Limbourg, le berceau familial et politique du ministre belge de la Défense, S. Vandeput…

Mis à jour 7.9 et 8.9, avec la réaction du ministre belge (V2 et V4), le communiqué officiel français (V3), un commentaire plus détaillé (V4 et V5), et changement de titre (V5).