EUPOL Afghanistan : un bilan critiquable et critiqué

patrouille à Mazar-e Sharif en 2012 (crédit : EUPOL Afghanistan)

(BRUXELLES2) S’exprimant à l’occasion du bilan de l’opération de retrait français en Afghanistan, le 26 février, le député Philippe Meunier (UMP – droite)-  qui corédige le rapport pour l’Assemblée nationale – n’a pas eu de mots assez durs pour l’opération européenne de formation de la police afghane. Il a ainsi souligné le « bilan critiquable » de la mission EUPOL Afghanistan, « son coût élevé (61 millions d’euros), l’absence d’évaluation, le manque de suivi comme l’impossibilité d’aller sur le terrain » qui « contrastent » de façon importante avec la manière « dont les Français travaillent dans le Wardak ».

Peu de concret et de sorties sur le terrain pour Eupol

De façon détaillée effectivement, le projet de rapport – dont B2 a eu copie -, taille un véritable « short » à la mission européenne. Rédigé avec le député du PS, Philippe Nauche, il pointe des « formations (qui) restent cantonnées à un niveau qui se veut « stratégique » : des cours sont dispensés à Kaboul et dans six grandes villes afghanes, sans que les policiers formateurs n’accompagnent les élèves sur le terrain, dans des opérations concrètes. » Certes la démarche consistant à former des formateurs « semble bonne » souligne les rapporteurs « mais elle souffre d’un manque de suivi dans le partenariat avec les autorités afghanes. Bien souvent en effet, les personnels formés retrouvent leur poste initial, loin de pouvoir diffuser les enseignements dispensés lors des présentations d’EUPOL. »

Mais réussite pour la gendarmerie française

Une situation qui contraste avec le programme de formation de la gendarmerie afghane mis en place par l’armée française dans le Wardak. Un programme « plus opérationnel » souligne ainsi les rapporteurs. Une équipe de 41 gendarmes français, ainsi que deux personnels du SSA, deux de la DPSD et 2 transmetteurs sont actuellement déployés. Il inclut le travail sur le terrain. « En particulier, formateurs et élèves sont logés sur le même site et les formateurs se rendent sur le terrain. » 1 090 élèves y sont actuellement en formation, et 4 900 élèves ont été formés depuis 2009, dont 3 000 dans la seule école du Wardak. « Ils bénéficient d’un aguerrissement sans commune mesure avec le travail proposé dans le cadre d’EUPOL. »

Pas d’indicateurs de réussite

EUPOL Afghanistan a « peu de résultats tangibles » souligne le rapport. « Jusqu’à ce jour, la mission de l’Union européenne n’a pas défini d’indicateurs de performance – si ce n’est, il est vrai, la délivrance effective de diaporamas – et disposait encore moins des moyens de suivre les résultats des formations. »

Marginalisation de la France

De façon plus générale, les rapporteurs se plaignent que la France soit « particulièrement marginalisée dans ce dispositif. Outre la référence quasi exclusive aux règles de procédures anglo-saxonnes la direction de la mission est essentiellement britannique : le Royaume-Uni a obtenu quatre des six postes principaux, un seul revenant à la France dont la quote-part au budget du projet est pourtant supérieure. »

Commentaire : des critiques qui manquent de fond

On a l’impression à lire le rapport que c’est un peu : « heureusement, les Français sont là« . Même si le travail des gendarmes français en Afghanistan est louable et utile, et que la mission européenne est critiquable, en faire des tonnes est un peu exagéré. Et les incohérences semblent un peu « légion » dans ce rapport.

1° Les deux missions – française et européenne – n’ont rien à voir a priori. Leur objectif est différent. A l’une, la formation des gendarmes de terrain; à l’autre la formation des échelons de police judiciaire.

2° Si les Français ne sont pas présents dans cette mission, c’est peut-être et sans doute avant tout car ils n’ont présenté que peu de candidats et personnels pour EUPOL Afghanistan. Une mission qui souffre de façon structurelle – B2 s’en est fait l’écho à plusieurs reprises – d’un manque d’effectifs ! mais aussi également d’une certaine volonté politique des Etats membres.

3° Quant à la quote-part « supérieure » dans le budget, cette remarque est plus qu’étonnante. Le budget de cette mission (civile) est, en effet, assuré sur le budget général de l’Union européenne. Et il n’y a pas comme pour les missions militaires de contribution spécifique (sauf justement pour l’envoi d’experts nationaux détachés).

Pour autant tout est-il rose chez EUPOL Afghanistan. Non sans doute pas… Mais les approximations (plus journalistiques 🙂 que parlementaires) n’aident pas vraiment à cerner le problème.

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