La France se réengage en RD Congo (Jean-Yves Le Drian) (V2)

(B2 à Kinshasa) C’est le message principal du ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian lors de sa visite officielle en RD Congo ce lundi 20 mai (1). Ce « réengagement de la France en RD Congo » passe, selon lui, par trois secteurs clés : la santé, le développement, la défense. Un engagement notable destiné à sceller la nouvelle politique française après la prise de fonction du nouveau président Félix Tshisekedi

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, avec les auditeurs du CHESD (crédit : Themiis)

Le ministre français est venu de façon expresse exprimer ce message devant les auditeurs du collège de hautes études des stratégies et de défense, à Kinshasa.

Ne pas baisser la garde au Sahel

La défense reste un domaine clé de l’engagement français en Afrique. « Nos forces armées sont engagées dès que c’est nécessaire » a précisé le ministre, citant l’opération Barkhane. « La multiplication des attaques au Burkina Faso et Niger montre qu’on ne doit pas baisser garde. La menace reste élevée […]. Cette présence « n’a pas vocation à être éternelle, mais dans les conditions actuelles, notre présence et notre action doit être maintenue ».

La belle initiative du G5 Sahel

Le relais de Barkhane passera par la force du G5 Sahel. « C’est une belle initiative africaine. Cela met un peu de temps. Mais il n’y a qu’un an et demi qu’elle a été créée. Et les Européens n’ont pas été capables de faire ça. » « A terme, la sécurité des Africains sera assurée par les Africains eux-mêmes. »

Les Forces armées de RDC (FARDC) doivent s’engager dans du maintien de la paix

Dans cet effort, les Congolais doivent s’engager. « Chacun doit garder à l’esprit que la MONUSCO (la force de maintien de la paix de l’ONU au Congo) n’est pas éternelle, il viendra un moment où les FARDC prendront la relève. » Une question de sécurité pour le pays, mais aussi pour « faire de la FARDC un exportateur de sécurité. Les Congolais devront participer davantage aux forces de maintien de la paix. Et le ministre de promettre d’accroitre la coopération en matière de sécurité et de défense, d’intensifier les formations, notamment la formation aux opérations de maintien de la paix, et de soutenir le projet de création d’un collège interarmées de défense » (ou école de guerre).

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. Il n’y avait pas eu de déplacement d’un chef de la diplomatie française à Kinshasa depuis la visite de Laurent Fabius en 2012 depuis 2016. D’autres ministres avaient fait le déplacement, mais uniquement à titre sectoriel : Ségolène Royal (Environnement) en 2016 et Yamina Benguigui (Francophonie) en 2013.

Une fanfare du tonnerre

La fanfare a rythmé par sa dynamique la visite officielle (© NGV / B2)

Outre l’hymne national, les hommes et femmes de la fanfare ont joué le Tatou Monaco. Un air « destiné à soutenir la troupe » m’a confié son chef. Et effectivement, le résultat est là. Admirez la vivacité et le battement de semelles en rythme. Pour un prochain 14 juillet, ils feraient fureur. Daft Punk a intérêt à bien se tenir…


Mis à jour – précisions sur les visites antérieures de ministres français

Qui, sinon nous ? Pour une alliance pour le multilatéralisme (Le Drian – Maas)

(B2) Les deux ministres des Affaires étrangères, allemand Heiko Maas et français Jean-Yves Le Drian viennent de signer conjointement une tribune publiée originalement dans le Süddeutsche Zeitung à l’occasion de la conférence de Munich sur la sécurité

Heiko Maas et Jean-Yves Le Drian, à Paris le 16 octobre 2018 (crédit : MAE France)

Une des crises les plus graves depuis 1945

Le système multilatéral tel qu’il a été conçu au lendemain de la Seconde Guerre mondiale traverse ce qui est sans doute l’une des crises les plus graves de son existence. L’idée qu’un système international fondé sur des règles est le meilleur garant de notre sécurité et de notre prospérité n’est plus évidente pour tous. La confiance dans la coopération internationale, la recherche de solutions communes, des institutions solides et efficaces, tout cela s’érode aujourd’hui et menace de nous ramener à un « monde d’hier ». Cette année encore, lors de la 55ème Conférence de Munich sur la sécurité, la situation critique dans laquelle se trouve le multilatéralisme dominera les discussions.

Des pressions massives en cours 

L’ordre international est soumis à des pressions massives. Certains acteurs misent de manière accrue sur la politique de puissance, minent l’idée d’un ordre fondé sur des règles pour pouvoir faire jouer la loi du plus fort à leur profit. Dans le même temps, dans de nombreuses sociétés, y compris du monde occidental, des critiques se font jour quant à l’apparente inefficacité de la coopération internationale. De plus en plus de voix s’élèvent selon lesquelles il conviendrait de rejeter la coopération multilatérale au motif qu’elle serait trop coûteuse et de faire comme si les problèmes mondiaux tels que le changement climatique, les migrations et la cybersécurité pouvaient être traités à l’intérieur des frontières nationales. La concurrence entre grandes puissances et la montée des nationalismes entraînent un éclatement accru de l’ordre mondial sur les plans politique, économique et sociétal.

Allemagne et France pionnières

Afin de contrer cette tendance, les États partageant les mêmes vues doivent entreprendre des actions communes et renforcer leur engagement en faveur du multilatéralisme. La France et l’Allemagne entendent être pionnières en la matière. De concert avec nos partenaires européens, nous misons sur la coopération multilatérale et sur un ordre mondial fondé sur des règles. Nous sommes convaincus qu’un engagement renouvelé en faveur du multilatéralisme, une alliance pour le multilatéralisme, est plus que jamais nécessaire pour stabiliser l’ordre mondial fondé sur des règles, en préserver les principes et l’adapter à de nouveaux défis si nécessaire. C’est pourquoi nous voulons, avec des partenaires du monde entier, constituer un réseau d’acteurs partageant les mêmes vues et guidés par le même souci de concilier leurs intérêts nationaux et la défense des biens communs de l’humanité.

Protéger les normes jusqu’aux accords de contrôle de armements

Nous devons protéger les normes, accords et institutions internationaux lorsqu’ils sont soumis à des pressions, que leur existence ou leur financement est menacé. Sont notamment concernés le droit international, ainsi que les droits de l’Homme et le droit humanitaire international, qui subissent chaque jour des violations dans le monde entier, exacerbant les conflits à l’intérieur des États et entre États. Cela implique que nous nous engagions en faveur d’un commerce libre et équitable et que nous mettions tout en œuvre pour préserver les avancées diplomatiques significatives telles que l’accord sur le nucléaire iranien, les accords sur la lutte contre le changement climatique ou les régimes de contrôle des armements.

Une réponse multilatérale aux cyberattaques

Nous devons également faire preuve d’un engagement et d’une détermination accrus là où une régulation politique est nécessaire et où les défis nouveaux exigent une réponse commune. Cela vaut en particulier pour les crises régionales et les nouveaux mécanismes de coopération en matière de sécurité. À l’ère du numérique, nous nous engageons pour une régulation appropriée qui concilie respect de la vie privée, préoccupations liées à la sécurité et défense des libertés individuelles. Et nous entendons formuler des réponses multilatérales efficaces aux cyberattaques et aux manipulations malveillantes de l’information.

Un multilatéralisme plus représentatif et plus efficace

Sans aucun doute, le système multilatéral actuel n’est pas parfait. Il n’est pas toujours en mesure de trouver les réponses adaptées aux innombrables défis à relever. Ceux qui, comme nous, défendent le multilatéralisme doivent également veiller à ce que celui-ci soit plus efficace, plus représentatif et plus réactif. L’ordre politique et économique mondial doit devenir plus inclusif et plus efficace afin d’apporter aux citoyennes et citoyens du monde entier des résultats plus tangibles.

Constituer un réseau d’États engagés

Les défis sont gigantesques. Il n’y a pas une solution unique. Au contraire, il importe de constituer des réseaux flexibles d’États engagés qui, grâce à une géométrie variable et à la diversité des participants, produiront le maximum d’effets. Des coalitions d’États partageant les mêmes vues devraient se former en fonction des thématiques afin d’obtenir des résultats politiques concrets. La participation à ce réseau pour le multilatéralisme n’est pas exclusive mais elle vise à contribuer de façon engagée et durable aux objectifs de l’Alliance pour le multilatéralisme.

Le rôle pivot du franco-allemand

La France et l’Allemagne sont prêtes, de concert avec d’autres partenaires partageant leurs vues, à jouer le rôle de moteur et de pivot pour ce réseau. Au cours des deux prochaines années, Paris et Berlin utiliseront la présence de l’Allemagne au Conseil de sécurité comme membre élu en 2019 et 2020 comme une occasion de travailler ensemble au renforcement du multilatéralisme, en particulier à l’occasion de nos présidences successives du Conseil de sécurité des Nations Unies à New York en mars et avril prochains.

L’ADN de l’Union européenne

À cet égard, nos partenaires européens et les institutions européennes jouent un rôle clé. L’Union européenne est une pièce maîtresse du système multilatéral. Le compromis et la recherche du juste équilibre entre positions diverses sont inscrits au plus profond de son ADN. Nous, Européens, sommes donc un partenaire fiable pour ceux qui entendent préserver un ordre fondé sur des règles et qui sont disposés pour cela à endosser davantage de responsabilité. Nous constatons partout dans le monde une forte volonté d’œuvrer en ce sens. Il est grand temps de resserrer nos liens et de bâtir un réseau solide et engagé permettant de préserver la diplomatie multilatérale des fausses promesses d’une action purement nationale, ainsi que d’une politique de puissance débridée.

Qui le fera, sinon nous ? Et quand, si ce n’est maintenant ?

* * *

traduction officielle – intertitres de la rédaction

Ras le bol du ‘blabla’ sur la désinformation. Commençons par bien informer

(B2) Il faut lutter contre la désinformation, les fake news, faire face aux ingérences. C’est devenu le nouveau leitmotiv à la mode à Bruxelles et dans certaines capitales. Une tentation bien commode pour éviter de pointer le doigt sur un problème : le défaut d’information

(crédit : EULEX Kosovo)

Les ministres des Affaires étrangères en discutent ce lundi, après leurs collègues des Affaires européennes. Les chefs d’Etat et de gouvernement s’étaient penchés sur la question en décembre dernier (lire : Stop à la désinformation. Les ’28’ demandent d’agir vite), sur la base d’un ‘plan d’action’ présenté par la Commission européenne en décembre (lire : Un système d’alerte rapide, des unités anti-propagande du SEAE renforcées. Le plan d’action anti-fake news de la Commission). Ils oublient, tous, un point principal. Les responsables politiques sont eux-mêmes à l’origine de certaines tentatives de désinformation.

Un vrai problème…

Il y a un vrai problème de tentative d’influence, de déstabilisation, par le biais de fake news et autres instruments de la Russie. Inutile de tourner autour du pot et de se le cacher. Mais d’une part, ce problème n’est pas vraiment nouveau. Cela s’appelait auparavant la ‘propagande’ ; ce sont juste les instruments techniques qui ont changé. D’autre part, il n’est pas insurmontable.

… et une vraie question

Cela pose une vraie question cependant, de société, aux responsables politiques comme à la presse : que faut-il faire ? Passer son temps à démentir, corriger des informations ? C’est, en termes d’efficacité, assez, voire très limité. Cela revient à écoper un océan avec une épuisette, et dans le pire des cas, à donner davantage de valeur à ce qui est au départ une vulgaire imbécilité. En un mot, c’est travestir le devoir d’information qu’ont les pouvoirs publics et le métier de journalisme. Peut-être faudrait-il commencer par une réelle politique d’information.

La désinformation à l’européenne

Les tentatives de désinformation ne sont pas le monopole de la Russie. D’autres l’utilisent, de manière parfois plus ‘douce’, y compris au sein des gouvernements nationaux ou des instances européennes, donnant des coups de butoir à l’information.

Première entaille : la transparence bafouée

Exception faite du Parlement européen, la plupart des décisions au niveau européen sont prises, portes fermées. La contrepartie de cette logique, prise au nom du compromis et du réalisme, devrait être une certaine transparence, un rendu précis et concret des décisions. La Commission européenne s’y astreint (de manière plus ou moins réussie) : après chaque réunion de la Commission, un commissaire ‘descend’ en salle de presse pour rendre compte. Au Conseil de l’UE, le compte-rendu obligatoire est beaucoup moins respecté.

De façon courante, maintenant, la conférence de presse sensée rendre compte des décisions tourne au long monologue, suivi de 2 ou 3 questions. Et, après, « désolé… le ministre, le commissaire, est pressé, a un autre rendez-vous, doit prendre l’avion, etc ». C’est ainsi le cas de la première conférence de presse de la présidence roumaine de l’UE, le 8 janvier. Le ministre des Affaires européennes, George Ciamba, était pressé. Résultat, il a ‘oublié’ de rendre compte de la principale décision du jour : les sanctions prises contre l’Iran… après avoir abondamment parlé (tout seul) de la nécessaire lutte contre la désinformation. De façon désormais systématique, la Haute représentante Federica Mogherini a pris ce chemin. Mais il y a pire….

  • Certains ont pris l’habitude de ne rien dire. C’est le cas du ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, qui fait au mieux une déclaration à l’arrivée à Bruxelles pour dire ce qu’il pense (les fameux ‘éléments de langage’ préparés bien à l’avance) et répond à une question. Deux minutes 30 secondes, tout compris, les jours de beau temps ! Aucune conférence ou compte-rendu après la réunion, le Français file par une porte dérobée (souvent avant la fin de la réunion) : il a des rendez-vous et préfère, rentré au chaud à Paris, se faire une bonne petite interview de 20 minutes sur une radio (Europe 1 ou RTL ont sa préférence en général). C’est plus reposant et plus ‘rentable’ pour l’image…

Cet état de fait doit changer. D’une part, c’est une rupture des engagements pris au plus haut niveau, entre les autorités européennes et la presse. D’autre part, une bonne information suppose que sur tous les sujets abordés lors d’une réunion, il puisse y avoir au moins une question, voire deux ou trois, car c’est la diversité même de la presse qui permet ainsi de s’expliquer.

Deuxième entaille : la tentation du coup de com’ nuisible

La communication des décisions prises par la Commission, un gouvernement, est souvent faite au dernier moment à la presse, au moment même de la conférence de presse, voire pendant ou après. Parfois c’est un impondérable — la décision vient d’être prise, et il faut imprimer ou traduire les documents. Mais, bien souvent, ce n’est pas le cas, c’est pour éviter des questions trop pertinentes ou tout simplement garder le suspens jusqu’au bout, faire un coup de com’.

  • Dernier exemple en date : le traité franco-allemand. L’Elysée a cru bon garder ‘secret’ le document, là où Berlin communiquait davantage. Pourtant le texte est finalisé, approuvé définitivement, jusqu’aux plus petites virgules. Un coup porté bas à la démocratie. Au final sort un gros fake sur l’Alsace-Lorraine qui serait rendue à l’Allemagne. Une grosse blague qui aurait pu être sinon évitée, du moins amoindrie.

Troisième entaille : le monolinguisme, prise à toutes les déviances possibles

Au niveau européen, bien souvent, les textes ne sont pas traduits dans les langues ‘utiles’ ou majeures. Résultat, on donne à des médias comme Russia Today non seulement la primeur mais l’exclusivité sur la toile dans certaines langues sur certains sujets européens. Lire : Le français exclu de l’Europe de la défense. Gabegie financière. Erreur stratégique

Quatrième entaille : le travestissement ou le blocage de l’information

Trop souvent, certains responsables de communication s’acharnent à retarder, nous aiguiller sur de fausses pistes, quand ils ne se plaignent pas de l’activité d’information. Quand des politiques se cachent, dissimulent les informations importantes ou anodines, voire travestissent la réalité (cf. affaire Benalla en France), ils jouent avec le feu, dévaluent leur parole, et contribuent en fait à préparer le terrain propice à la désinformation suivante. En clair, ils amassent une foison de feuilles sèches, ne reste plus qu’à jeter l’allumette.

  • Au niveau européen, les chefs de mission et d’opération déployés sur le terrain ne viennent plus jamais rendre compte de certaines missions ou opérations déclenchées en matière de défense (1). Alors qu’ils agissent au nom des Européens et dans des missions entièrement financées par le contribuable. Les budgets engagés dans les opérations militaires ne sont pas rendus publics (2). Ce en contradiction avec l’engagement (moral) de rendre compte des deniers publics. Enfin, quand la Commission européenne pêche par une communication, disons très optimiste, tordant un peu les statistiques, pour justifier ce qu’elle estime ‘bon pour les Européens’, elle prête le flanc à toutes les critiques (3).

Mieux informer, clairement, sainement

Mieux lutter contre la désinformation, ce n’est pas mettre quelques millions d’euros dans un plan d’action, sans grandes idées, ou recruter trois personnes de plus, pour distribuer les bons et mauvais points aux médias, c’est d’abord privilégier une information saine, concrète, anticipée, en facilitant le travail des journalistes professionnels et non en le compliquant.

Mieux lutter contre la désinformation, c’est jouer fair play avec la presse, non pas lui mettre des bâtons dans les roues, jouer au jeu du chat et de la souris, se plaindre une fois les portes fermées que « la presse a trop d’informations ».

Mieux lutter contre la désinformation, c’est tenir ses engagements, venir rendre compte, publier toutes les informations disponibles, dès que possible, et dans une langue accessible à tous.

C’est seulement à ces conditions que nous pourrons bâtir une vraie ‘résilience’ dans la population et rétablir une confiance dans les institutions. Ensuite nous pourrons parler de lutte contre les désinformations…

(Nicolas Gros-Verheyde)


Réinvestir le web : une réflexion qui doit faire tâche dans les médias

Cette interpellation des politiques doit se prolonger au niveau des médias. En désertant le web, pour ne livrer que des informations semblables, car puisées aux mêmes sources (dépêches AFP, Reuters, …), en s’engageant dans une culture du ‘clic’ (pour générer une improbable ressource publicitaire…), les médias, nous, avons commis une double erreur : 1° livrer un contenu quasi identique (donc se prêter à l’accusation du ‘vous êtes tous pareils’) ; 2° laisser le champ libre sur le ‘net’ aux ‘autres’ informations, parfois intéressantes, mais parfois totalement fausses.

C’est la quadrature du cercle : Comment réinvestir le web et, en même temps, trouver des ressources adéquates qui préservent l’indépendance ? Comment garantir la diversité des médias et des opinions, et, en même temps, produire une information saine et honnête à tous et non réservée à une élite ? Comment assurer une certaine traçabilité de l’information, condition préalable à la confiance, en préservant le secret des sources ? Nous devons nous y pencher. B2, qui a toujours eu un ‘blog’ à côté de son site payant, réfléchit sur ce point (4). Nous engageons d’autres médias à y réfléchir.


  1. De façon systématique désormais, les chefs de mission et d’opération déployées par l’Union européenne ne viennent plus jamais rendre compte devant les médias européens de leurs activités.
  2. Exemple : le mécanisme Athena, qui rassemble les ‘contributions’ budgétaires des Etats membres pour les opérations militaires, ne publie pas ses comptes détaillés.
  3. Lire : Avec les accords de libre échange, demain on rase gratis !
  4. Sur certains points, notamment la traçabilité de l’information, nos premières réponses sont dans notre Charte rédactionnelle (révisée) qui trace nos engagements et notre ligne éditoriale.

Qui c’est le chef ? par Nathalie Guibert

(B2) La journaliste spécialiste du monde dissèque les différents moments qui ont précédé la décision d’Emmanuel Macron, tout fraichement élu président de la République de ‘virer’ de façon assez brutale son chef d’état-major des armées, le général De Villiers.

Entre un général, trop sûr de lui, habitué avec l’équipe du ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, à une certaine complicité et autonomie d’action, et un président nouvellement arrivé qui ne connait pas vraiment l’alchimie militaire, le courant aurait pu passer. Il ne passe pas.

• Editions Robert Laffont, Paris, 29 novembre 2018, 288 pages, 20 euros

La très discrète défaite française sur la Libye

(B2) Entre l’Italie et la France, sur la Libye, inutile de le préciser qu’il y a parfois de la friture sur la ligne. L’un des objectifs de la réunion des ministres des Affaires étrangères d’aujourd’hui à Luxembourg était surtout, sous couvert de répéter un message qui peut paraitre assez convenu — soutenir le processus de paix en Libye et l’envoyé spécial de l’ONU — de faire la ‘paix’ entre les frères ennemis européens. Un message prononcé en absence de tout représentant ministériel français (cf. encadré). Retour sur une ‘petite’ défaite de la diplomatie Macron.

Poignée de main bien serrée entre J.-Y. Le Drian et E. Moavero Milanesi et sourires un peu crispés entre les deux chefs de diplomatie français et italien – à New York en marge de la 73e assemblée générale de l’ONU (crédit : Diplomatie française, Martin Loper)

La tentative d’OPA sur la réconciliation libyenne de Paris

Paris, avec quelque talent, était parvenu en mai dernier à prendre une tête d’avance et ‘piquer’ le leadership historique de l’Italie sur le sujet. En organisant une conférence réunissant les quatre principaux acteurs libyens, en annonçant une date pour les élections générales avant la fin de l’année, l’Élysée avait marqué un coup (Lire : Des élections prévues le 10 décembre en Libye. Accord historique obtenu à Paris) et, au passage, provoqué une sérieuse ire du voisin italien, furieux qu’on marche sur ses platebandes libyennes. Les diplomates transalpins — et d’autres également — taxaient l’initiative française de contreproductive et surtout d’illusoire.

La victoire à la Pyrhus

Las… le temps a montré qu’ils n’avaient pas tout à fait tort. Le compromis décroché par le président Emmanuel Macron et son ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian s’est écroulé comme le château de sable sur lequel il était fondé. La proclamation des élections en décembre semble aux yeux de la plupart des experts  comme des diplomates européens inatteignables. « On en est loin », remarque l’un d’eux. Même les Français le reconnaissent, à mi-voix.

La défaite de la diplomatie ‘Macron’

La tentative française d’OPA sur le processus de la réconciliation libyenne a échoué. Chacun mise désormais sur la conférence organisée à Palerme par les Italiens en novembre pour remettre la Libye sur le droit chemin de la réconciliation. Les Européens ont ainsi tous aujourd’hui soutenu le processus de Palerme, avec Federica Mogherini a leur tête. Très peu ont parlé de la conférence de Paris. La France a subi une défaite qui, pour être, discrète est cuisante.

(Nicolas Gros-Verheyde)


Rome et Paris promettent de ‘travailler ensemble’

Le ministre français Jean-Yves Le Drian n’était pas présent à Luxembourg, au conseil des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne, même s’il avait annoncé sa venue. D’autres occupations devaient sans doute le retenir à Paris. Mais dimanche à Rome, profitant du déplacement pour la canonisation du pape Paul VI, où il représentait le gouvernement d’Édouard Philippe, il a rencontré son homologue Enzo Moavero Milanesi, histoire de sceller un minimum de réconciliation. Les deux ministres ont tenu à « souligner l’interaction constante et fructueuse entre la France et l’Italie lors de la préparation de la conférence [de Palerme] et l’engagement de travailler ensemble afin de favoriser son issue constructive au service du processus de stabilisation de la Libye », selon le communiqué diffusé par la Farnesina.


 

Frappe militaire en Syrie : un message politique, une utilité militaire, le bon droit

(B2) Les différents responsables américain, français et britanniques se sont relayés depuis le début des frappes pour expliciter et justifier la nécessité des frappes militaires sur la Syrie. Trois séries d’arguments ont été employés : le message politique, l’utilité militaire, le respect du droit international

Décalage horaire et leader de la coalition oblige, les Américains se sont exprimés en premier. Aussitôt la frappe, le président Trump a pris la parole suivi d’un point de presse détaillé du secrétaire US à la Défense et du chef d’état-major des armées, afin d’expliciter la décision. Côté français, le président de la République s’est exprimé dans la nuit par communiqué, suivi d’une conférence de presse au petit matin des ministres des Affaires étrangères et des Armées, en France, et d’un briefing technique des Armées. Coté britannique, un message vidéo enregistré par Theresa May a été diffusé, suivi par un communiqué de la Défense.

Florence Parly et Jean-Yves Le Drian face à la presse (crédit : Gouv.fr)

Un message politique

Envoyer un message clair

L’objectif des frappes était d’envoyer un message très clair aux dirigeants syriens « qu’ils ne devraient pas commettre une autre attaque d’armes chimiques pour laquelle ils seront tenus pour responsables », a déclaré le secrétaire US à la Défense, James N. Mattis. « Le 7 avril, le régime a décidé de défier à nouveau les normes des personnes civilisées montrant le mépris impitoyable du droit international en utilisant des armes chimiques pour assassiner des femmes, des enfants et d’autres innocents. Nous et nos alliés trouvons ces atrocités inexcusables. »

Une ligne rouge franchie

« Des dizaines d’hommes, de femmes et d’enfants ont été massacrés à l’arme chimique [à Douma le 7 avril], en totale violation du droit international et des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies » souligne le président français Emmanuel Macron. « Les faits et la responsabilité du régime syrien ne font aucun doute. La ligne rouge fixée par la France en mai 2017 a été franchie. »

La fin de l’impunité

Cette frappe « enverra également un signal clair à toute autre personne qui croit pouvoir utiliser les armes chimiques en toute impunité » a assuré la Première ministre britannique Theresa May.

Mettre fin à l’érosion de la norme internationale sur les armes chimiques

« Nous ne pouvons pas permettre la normalisation de l’utilisation des armes chimiques – en Syrie, dans les rues du Royaume-Uni ou ailleurs dans le monde » a indiqué Theresa May, faisant référence aussi à l’attaque de Salisbury. « Nous ne pouvons tolérer l’érosion de la norme internationale qui empêche l’utilisation de ces armes. […] L’histoire nous enseigne que la communauté internationale doit défendre les règles et les normes mondiales qui nous gardent tous en sécurité. C’est ce que notre pays a toujours fait. Et ce que nous continuerons à faire. »

Un objectif de sécurité collective

Mettre un terme à la production d’armes chimiques

Le président Trump a dénoncé des attaques chimiques « monstrueuses ». La frappe « vise à mettre un terme à la production d’armes chimiques » a-t-il indiqué.

Dégrader la force chimique de Bachar

Les frappes devraient entraîner une dégradation à long terme des capacités de guerre chimique et biologique de la Syrie, a souligné le chef d’état-major des armées US, Joe Dunford. « La frappe n’était pas seulement un message fort au régime que leurs actions étaient inexcusables, mais elle a aussi infligé un maximum de dégâts sans que cela ne représente un danger inutile pour les civils ».

Une atteinte à notre sécurité collective

« Nous ne pouvons pas tolérer la banalisation de l’emploi d’armes chimiques, qui est un danger immédiat pour le peuple syrien et pour notre sécurité collective » a indiqué Emmanuel Macron. L’arrêt des atrocités est « dans les intérêts nationaux vitaux » des États-Unis a indiqué de son côté James Mattis.

Une réponse limitée, dans le cadre du droit international

Une réponse proportionnée

« Notre réponse a été circonscrite aux capacités du régime syrien permettant la production et l’emploi d’armes chimiques » a assuré Emmanuel Macron.

Pas d’intervention dans la guerre

« Il ne s’agit pas d’intervenir dans une guerre civile. Il ne s’agit pas de changement de régime » a précisé la Première ministre Theresa May, comme pour faire référence à l’action menée en Libye. « Il s’agit d’une frappe limitée et ciblée qui n’élargit pas davantage les tensions dans la région et qui fait tout son possible pour prévenir les pertes civiles. »

Une intervention justifiée par la violation des engagements internationaux

« Le régime syrien avait pris l’engagement de démanteler totalement son arsenal chimique. En septembre 2013, le Conseil de sécurité avait pris acte de cet engagement et décidé par sa résolution 2118 que la Syrie devait s’y tenir, sous peine d’encourir des mesures relevant du chapitre VII de la Charte des Nations unies » a rappelé le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian. « Le chapitre VII a un sens clair : c’est le recours à des mesures militaires pour contraindre ceux qui menacent la paix et la sécurité internationale. » (1)

Le régime Assad était prévenu

« L’escalade chimique en Syrie n’est pas acceptable, parce que, depuis les déclarations du Président de la République, chacun était prévenu des conséquences d’une violation des engagements pris par le régime syrien devant la communauté internationale » a indiqué Jean-Yves Le Drian. « Le régime de Bachar al-Assad savait à quoi il s’exposait en employant une nouvelle fois ces armes odieuses contre son peuple, en choisissant à nouveau délibérément de fouler aux pieds le droit international. »

Et maintenant ?

De nouvelles frappes si…

« Nous sommes prêts à maintenir cette réponse tant que le régime syrien est prêt à garder son arsenal » a indiqué le président américain Donald Trump. « Les forces alliées sont prêtes à poursuivre l’action si Assad continue d’utiliser ces armes interdites », a complété son secrétaire à la Défense James Mattis.

Mettre en place un mécanisme d’établissement des responsabilités

La France et ses partenaires reprendront, « dès aujourd’hui [samedi], leurs efforts aux Nations unies pour permettre la mise en place d’un mécanisme international d’établissement des responsabilités, prévenir l’impunité et empêcher toute velléité de récidive du régime syrien » précise Emmanuel Macron. NB : Ce mécanisme qui existait depuis 2014 n’a pas été renouvelé en 2017, bloqué par un veto russe.

Un débat parlementaire en France et au Royaume-Uni

« Le Parlement sera informé et un débat parlementaire sera organisé » conformément à l’article 35, alinéa 2, de la Constitution, indique Emmanuel Macron. Un débat qui ne devrait pas susciter de question en France où le parlement n’est informé qu’après coup. Au Royaume-Uni, l’ambiance est plus houleuse. La Première ministre britannique fait l’objet de sévères critiques notamment par l’opposition pour avoir outrepassé la tradition, mise en place après l’intervention en Irak, d’information et de débat préalable au Parlement.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) Une interprétation délicate. La résolution 2118 du 27 septembre 2013 (§21) prévoit effectivement cette mesure mais sur décision du Conseil de sécurité des Nations unies : « En cas de non-respect de la présente résolution, y compris de transfert non autorisé ou d’emploi d’armes chimiques par quiconque en République arabe syrienne, il imposera des mesures en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies ».

La coalition américano-franco-britannique frappe trois sites syriens (v5)

(B2) Les Américains, Britanniques et Français ont assuré cette nuit (de vendredi 13 à samedi 14 avril), vers 1 heure du matin (heure de Paris*), une série de frappes contre des installations chimiques syriennes. Une réaction à l’attaque chimique sur Douma (La Ghouta) du 7 avril dernier. L’annonce en a été rendue publique à Washington, puis confirmée à Paris et Londres.

Les réunions téléphoniques se sont intensifiées ces derniers jours. La fenêtre de tir était étroite : entre le temps nécessaire à la préparation militaire, et à la coordination des forces entre les trois pays, ainsi que la concertation politique et la négociation diplomatique, d’une part, et l’arrivée des inspecteurs de l’OIAC, d’autre part, le temps était court, avant que ne s’ouvre une autre phase : celle de la vérification a posteriori.

Des cibles contre les sites de production chimique

C’est l’arsenal, clandestin, du régime qui était visé. La première cible visait ainsi « un centre de recherche scientifique dans la grande région de Damas » a indiqué le chef d’état-major des armées US, le général Joe Dunford dans un point de presse tenu vers 3 h du matin (heure de Paris). Le centre de Barzah/Barzeh, non loin de Douma, est « un centre de recherche, de développement, de production et d’essai d’agents chimiques et biologiques » (CERS). La deuxième cible était « une installation de stockage d’armes chimiques », une ancienne base de missiles, située à 15 miles (24 km) de Homs. « Nous avons évalué qu’il s’agissait de l’emplacement principal de l’équipement de production de sarin et de précurseur syrien ». La troisième cible était un bunker qui recouvrait deux types de structures : « une installation de stockage d’armes chimiques ainsi qu’un important poste de commandement ».

Les sites visés (source : DOD US)

Des moyens navals et aériens coordonnés

Les frappes ont été menées de façon coordonnée par des moyens navals et aériens, en « étroite synchronisation » entre les différents alliés comme l’a précisé la ministre française de la Défense, Florence Parly samedi matin (14 avril). Du coté américain, deux bombardiers B1 (venant de la base du Qatar), trois navires basés en Mer rouge, mer Méditerranée et golfe Persique — le lance-missiles de la classe Ticonderoga USS Monterrey (CG-61), et deux destroyers américain de la classe Arleigh Burke l’USS Laboon (DDG-58) et l’USS Higgins (DDG-76) —, ainsi qu’un sous marin (l’USS John Warner) ont été mobilisés.

Du côté français, six navires étaient engagés : trois frégates multimissions (FREMM) étaient déployées en Méditerranée (Aquitaine, Auvergne et Languedoc), escortées par une frégate de défense antiaérienne, une frégate anti-sous-marine (FASM) et un bateau ravitailleur. En l’air, cinq avions de combat Rafale « partis de plusieurs bases aériennes » sur le territoire français (notamment la BA 113 de Saint-Dizier-Robinson) avaient « rejoint les côtes syriennes », soutenus par quatre Mirage 2000-5 (pour l’escorte), six avions ravitailleurs et deux avions de surveillance aérienne Awacs. Tandis que quatre avions Tornado GR4 de la Royal Air Force, partis de la base d’Akrotiri (à Chypre) faisaient de même.

(source : US Defense)

Plus d’une centaine de tirs (105 missiles)

L’utilisation de missiles de croisière que ce soit à partir d’avions (air-sol) ou de bateaux (mer-sol) a permis d’éviter de pénétrer sur le territoire syrien. Selon le général américain, la quantité de munitions (bombes et missiles) utilisées a été « plus de deux fois celles utilisées dans la frappe de l’année dernière » (NB : les USA avaient tiré 58 missiles Tomahawk à l’époque). Plus exactement 105 missiles ont été tirés précise le Pentagone.

Une répartition des cibles

Chaque pays avait reçu une cible précise. Les Américains, avec 57 missiles mer-sol Tomahawk et 17 missiles air-sol JASSM, ont visé le centre de recherche. Les Français ont visé le troisième avec 7 missiles air-sol Scalp. La deuxième cible — le site de stockage de Homs — a été visé simultanément par les trois pays : 9 Tomahawk américains, 8 missiles britanniques air-sol Storm Shadow (l’autre nom du missile Scalp-EG), 3 missiles de croisière navals MdCNet et 2 missiles français Scalp. Soit en tout 103 missiles qui ont été tirés (NB : il en manque deux par rapport au chiffre global indiqué par le Pentagone).

Une double première technique

Cette opération représente une double première en termes de technique militaire. C’est, en effet, la première utilisation opérationnelle des missiles MdCN (dits Scalp naval), fabriqués par MBDA depuis une frégate FREMM. C’était également la première utilisation réelle pour les missiles américains furtifs JASSM (Joint air to surface stand-off missiles) dans sa version allongée. Pour les pilotes français, venant de l’hexagone, la performance était plus humaine : « dix heures de vol, de nuit, en condition de combat ». Une « performance réussie grâce à cinq ravitaillements en vol » a souligné la ministre française de la Défense, Florence Parly.

100% de succès

« Toutes les armes ont touché leurs cibles près de l’heure indiquée » a indiqué le général des Marines Kenneth F. McKenzie, directeur de l’état-major US. « Aucun des missiles impliqués dans cette opération n’a été atteint avec succès par les défenses aériennes syriennes », a-t-il précisé, démentant les allégations de l’armée syrienne indiquant que plusieurs des missiles avaient été abattus.

Pas d’intervention de la défense russe

Quant à la défense russe, elle n’est pas intervenue. « Nous n’avons aucune indication que les défenses aériennes russes ont été employées. » Le Pentagone a diffusé des images ensuite « avant-après » pour chacune des cibles visées, montrant le « nettoyage » précis de chaque zone. Des images à prendre au conditionnel…

Effet de la frappe sur le centre de recherche de Barzah / Barzeh (source : US Defense)

Effet de la frappe sur le site de stockage de Him Shinshar (source : US Defense)

Effet de la frappe sur le bunker de Him Shinshar (source : US Defense)

Pas de pertes côté coalition

Tous les avions sont rentrés à bon port. « Il n’y a pas de pertes alliées » précise-t-on du côté du Pentagone. « Tous les avions français – Rafale, Mirage, AWACS, ravitailleurs – se sont bien posés à l’issue de leur mission de cette nuit » a confirmé la ministre française des Armées Florence Parly. « Tous les navires sont en zone de sécurité à l’abri de mesures de rétorsion ».

Éviter des pertes civiles et… russes

Les planificateurs de la frappe ont « fait de grands efforts pour éviter les pertes civiles et étrangères » a indiqué le secrétaire à la Défense US James Mattis. La frappe était « également prévue pour atténuer le risque pour les forces russes qui soutiennent le régime d’Assad » a ajouté le général Joe Dunford.

Les Russes prévenus

Il semble bien que cette frappe a été réalisée sinon en concertation, mais au moins avec une information de Moscou. « Nous avons veillé à ce que les Russes soient prévenus en amont » a indiqué la ministre française Florence Parly. NB : ce qui expliquerait la réaction, assez rituelle de la Russie… pour l’instant.

Pas de victimes russes et même syriennes

Aucune victime des raids n’a été signalée, même du côté syrien. Ce qui est étonnant pour ce type de sites, notamment le centre de recherches. Si cette information est confirmée, cela pourrait signifier que les Syriens aient été prévenus et vidé les lieux.

Limiter la contamination chimique

« Une analyse scientifique très minutieuse a été faite afin de déterminer où cibler les Storm Shadows afin de maximiser la destruction des stocks de produits chimiques et de minimiser les risques de contamination de la zone avoisinante » indique, de son côté le ministère de la Défense britannique. « L’installation touchée est située à une certaine distance de toute concentration connue d’habitation civile, ce qui réduit encore davantage ce risque ».

Évaluation en cours

Il est encore « trop tôt pour évaluer l’efficacité » des raids indique-t-on côté américain, même si les « rapports d’actions antiaériennes syriennes » ont été effectués. L’analyse est en cours. Mais déjà à Londres, on estime que les frappes ont réussi. « La planification méticuleuse des cibles ont abouti à une attaque réussie ».

(Nicolas Gros-Verheyde, avec RM à Paris)

* Attaque menée à 19 h. Washington, 2 h. Londres

Mis à jour 14.4 – 10h, 14h, 19h sur le détail des moyens aériens et maritimes employés, le nombre d’armes employées par cible, et l’efficacité des tirs, correction sur le nombre de cibles (trois et non quatre comme indiqué dans une première version). Le 15.5 sur les effets de la frappe. Le 16.4 avec les propos de Florence Parly sur les heures de vol. Le 20.4 sur les victimes civiles.

Syrie. Attaque chimique dans la Ghouta, ligne rouge franchie. Le Conseil de sécurité saisi. Réplique en vue (V2)

(B2) Après l’attaque chimique présumée, qui a fait des dizaines de morts à Douma, la dernière poche rebelle près de Damas samedi, c’est le branle bas au niveau international.

Une attaque au chlore

Les Casques Blancs et l’ONG médicale Syrian American Medical Society (SAMS) ont affirmé dans un communiqué conjoint que 48 personnes avaient péri dans une attaque chimique aux « gaz toxiques » à Douma qui reste un des derniers fiefs des rebelles dans la Ghouta orientale (1). Ils ont également fait état de « plus de 500 cas, la plupart des femmes et des enfants », qui souffrent notamment de « difficultés respiratoires » et dégagent « une odeur semblable à celle du chlore ». Une information qui n’était pas dimanche (8 avril) confirmée encore de source indépendante, selon l’AFP. L’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), qui dispose d’un réseau de sources dans le pays, a indiqué ne pas être en mesure de confirmer une attaque chimique.

Des scènes effroyables

Une vidéo postée par les Casques blancs sur Twitter et présentée comme tournée après l’attaque chimique présumée montre un enchevêtrement de corps sans vie, dont ceux de femmes et d’enfants, allongés à même le sol, de la mousse blanche s’échappant de leur bouche.

Firas al-Doumi, un secouriste à Douma, a évoqué « des scènes effroyables ». « Il y avait de nombreuses personnes en train de suffoquer, certaines sont mortes immédiatement », a-t-il dit à l’AFP. « C’était un massacre. Il y avait une très forte odeur qui a entraîné des difficultés respiratoires chez les secouristes ». « Nous avons fait une tournée dans la ville, on a vu des corps encore abandonnés sur les routes », a affirmé un volontaire du Croissant rouge syrien. La sous-branche du Croissant-Rouge arabe syrien (SARC) à Douma a été « déclarée hors service le 7 avril en raison de la situation actuelle à Douma » annonce l’ONG dans un communiqué.

La saisine du Conseil de sécurité

Neuf pays — le Royaume-Uni, les États-Unis, la France, la Pologne, les Pays-Bas, la Suède, le Koweït, le Pérou et la Côte d’Ivoire — sous l’impulsion de la France, ont demandé une réunion urgente lundi à 15h à New York (21h à Paris du Conseil de sécurité de l’ONU, selon des sources diplomatiques, « pour discuter des rapports d’attaques chimiques » en Syrie.

Soupçons et inquiétudes

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a fait part de son « extrême préoccupation », affirmant que la France « assumera toutes ses responsabilités au titre de la lutte contre la prolifération chimique ». Son homologue suédoise, Margot Wallström, s’est dite « horrifiée par les rapports d’attaques d’armes chimiques à Douma. Une enquête doit être lancée immédiatement. L’impunité n’est pas une option. La Suède exigera une action de la part des organismes internationaux appropriés, y compris le Conseil de sécurité des Nations Unies. »

La porte-parole de Federica Mogherini, la chef de la diplomatie européenne, a estimé elle que « toutes les preuves [pointaient] vers une nouvelle attaque chimique perpétrée par le régime ». « Presque un an jour pour jour des terribles attaques à Khan Sheikhoun, il est très préoccupant que des armes chimiques continuent d’être utilisées, en particulier sur les civils », a-t-elle ajouté dans un communiqué.

La Turquie, qui soutient les rebelles, a dit soupçonner « fortement » le régime. Le patron de l’ONU Antonio Guterres s’est dit « particulièrement alarmé » par le recours présumé au gaz.

Le prix fort

Du coté américain, le twitter en chef n’as pas tardé à indiquer la teneur de sa réaction. « De nombreux morts, y compris des femmes et des enfants, dans une attaque chimique insensée en Syrie », a indiqué le président américain Donald Trump, mettant l’accent sur le mot ‘chimique’. « Le président Poutine, la Russie et l’Iran sont responsables pour soutenir l’animal Assad ». Le mot ‘animal’ revient à plusieurs reprises. Ils devront en « payer le prix fort ».

« La zone [où les] atrocités [se sont commises] est bloquée et encerclée par l’armée syrienne, ce qui rend complètement inaccessible au monde extérieur. » Et d’attaquer bille en tête son prédécesseur : « Si le président Obama avait franchi sa ligne rouge dans le sable, le désastre syrien aurait pris fin depuis longtemps! L’animal Assad serait de l’histoire ! »

« Le Conseil de sécurité doit se réunir et demander un accès immédiat aux premiers intervenants, soutenir une enquête indépendante sur ce qui s’est passé et demander des comptes aux responsables de cet acte atroce », a demandé Nikki Haley, l’ambassadrice US auprès des Nations unies.

Démenti syrien soutenu par ses alliés

Le régime syrien a démenti toute attaque chimique dans l’ultime poche rebelle dans la Ghouta orientale, région stratégique aux portes de la capitale que ses forces cherchent à reprendre entièrement. La Russie a dénoncé des « prétextes inventés » pour une intervention militaire qui « serait absolument inacceptable et peut mener aux plus lourdes conséquences ». L’Iran a de son côté fustigé un nouveau « complot » contre le président Assad et un « prétexte pour une action militaire ». Le régime y a vu lui « une rengaine ennuyeuse » de la part des pays « qui soutiennent le terrorisme en Syrie ».

La réplique se prépare

Entre Français et Américains, une réplique militaire se prépare. Le Président français Emmanuel Macron a annoncé avoir eu dimanche (8 avril), une conversation téléphonique avec Donald Trump, et avoir ainsi « échangé leurs informations et leurs analyses confirmant l’utilisation d’armes chimiques ». « Ils ont donné instruction à leurs équipes d’approfondir les échanges dans les prochains jours » précise un communiqué de l’Élysée publié au petit matin de lundi (9 avril).

(Nicolas Gros-Verheyde, avec AFP)

(1) Déterminé à faire plier le dernier groupe rebelle, présent dans la Ghouta orientale, Jaich al-Islam retranché à Douma, le pouvoir de Bachar el-Assad a de nouveau bombardé intensément vendredi (6 avril) et samedi (7 avril) la ville tuant près d’une centaine de civils, selon l’OSDH. Le régime a, semble-t-il, obtenu ce qu’il voulait puisque selon l’agence officielle Sana, un accord pour évacuer dans les prochaines 48 heures les rebelles de Douma, a été conclu dimanche avec Jaich al-Islam. Alors que le groupe rebelle n’a pas réagi dans l’immédiat à cette annonce, le commandant du centre russe pour la réconciliation entre les parties, Iouri Evtouchenko, a confirmé l’accord, faisant état de l’arrêt des combats. Selon lui, « 100 autobus » sont arrivés sur place et « tout est prévu pour l’évacuation de 8.000 combattants et environ 40.000 membres de leurs familles ».

(2) Il y a un an, le président américain a fait bombarder une base du régime syrien en représailles à une attaque au gaz sarin, qui avait tué plus de 80 civils à Khan Cheikhoun.

Mis à jour le 9.4 (6h) avec la déclaration franco-américaine et changement de forme

Une centaine de combattants djihadistes français aux mains des Kurdes (Le Drian)

Jean-Yves le Drian sur BFM mercredi matin (crédit : BFM / prise d’écran : B2)

(B2) Sur BFM TV ce mercredi (matin), le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, a aussi précisé le chiffre de Français aux mains des forces kurdes :  une « petite centaine » de jihadistes français sont ainsi détenues par les forces kurdes en Syrie. Même si le « signalement de ces jihadistes dans une zone encore en conflit reste très compliqué » a-t-il souligné, leur jugement se fera sur place. « Ce sont des combattants. Ils sont français mais ce sont nos ennemis. La conclusion c’est qu’ils seront jugés par ceux qu’ils ont combattus ».

Lire aussi : Syrie. Le régime a recommencé. Tout indique « l’usage du chlore par le régime » (Le Drian)

Syrie. Bachar a recommencé. Tout indique « l’usage du chlore par le régime » (Le Drian)

réfugiés syriens (crédit : CE – ECHO/Peter Biro / Archives)

(B2 avec AFP) Pour le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, tout indique que les autorités syriennes se livrent à des attaques au chlore « en ce moment » en Syrie. « Toutes les indications (…) nous montrent aujourd’hui qu’il y a l’usage du chlore par le régime en ce moment en Syrie », a-t-il indiqué mercredi (7 février) sur la chaîne BFMTV et sur la radio RMC. « Je parle avec précaution parce que tant que ce n’est pas complètement documenté, il faut être prudent », a-t-il ajouté.

Une réaction à l’étude

Interrogé sur la manière dont Paris comptait réagir, il a rappelé qu’une trentaine de pays venaient d’adopter, à l’initiative de la France, des mesures pour dénoncer et sanctionner des responsables d’attaques chimiques en Syrie. Il n’a fait en revanche aucune allusion à d’autres représailles, y compris militaires, de la France contre le régime syrien si ces attaques au chlore sont confirmées. « C’est une situation très grave (…) nous le condamnons (usage du chlore, ndlr) avec beaucoup de fermeté », a dit le chef de la diplomatie française en renvoyant à l’initiative prise par la trentaine de pays pour contourner le veto russe à toute condamnation du régime syrien pour l’emploi d’armes chimiques au Conseil de sécurité de l’ONU.

Une ligne rouge de Macron

Le président français Emmanuel Macron a tracé une « ligne rouge » sur cette question lors de son arrivée au pouvoir en mai 2017, promettant « des représailles et une riposte immédiate » de la France en cas d’utilisation d’armes chimiques.


L’OIAC à la rescousse

(Mis à jour) L’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) a annoncé mercredi étudier toutes les « allégations crédibles » récentes sur l’utilisation d’armes chimiques en Syrie, alors que des rapports indiquent que des armes toxiques seraient déployées par le régime. « Les allégations récentes concernant l’utilisation d’armes chimiques en Syrie continuent d’être une source de grave préoccupation » et l’OIAC « étudie toutes les allégations crédibles », a indiqué dans un communiqué l’organisation internationale basée à La Haye.


 

La France préoccupée par le Liban, défend le principe de non ingérence

Le ministre J.Y. Le Drian exprime sa préoccupation sur le Liban (crédit : EBS – Conseil de l’UE / Archives B2)

(B2) A son arrivée au Conseil des Affaires étrangères et de la Défense, ce lundi matin 13 novembre, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian a tenu aussi à montrer sa préoccupation sur la situation au Liban. De façon spontanée, il s’est confié à B2 sur ce sujet, semblant viser indirectement l’attitude de l’Arabie saoudite.

Vous êtes préoccupés sur ce qui se passe au Liban ?

« Nous sommes préoccupés par la situation au Liban. Le Liban a une longue histoire avec la France. Nous sommes soucieux de la stabilité du Liban. Nous sommes soucieux de son intégrité. Nous sommes soucieux de la non ingérence. Nous sommes soucieux du respect de la constitution libanaise. Et nous souhaitons que le calendrier fixé aboutisse à ce que le gouvernement libanais puisse se stabiliser le plus vite possible. »

Le Premier ministre libanais est réfugié en Arabie Saoudite, est-il vraiment libre de ses mouvements ?

« Il déclare être libre de ses mouvements. Nous n’avons pas raison de ne pas le croire. Mais pour qu’il y ait une solution politique au Liban, il faut que chacun des responsables politiques ait évidemment sa totale responsabilité de mouvement. Et que la non ingérence soit un principe de base. »

…de tous les partenaires au Moyen-Orient ?

La non ingérence est un principe de base [de tous].