La nouvelle politique étrangère US, selon Joe Biden

(B2) L’arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche apparait comme une bonne nouvelle pour les Européens, cloués au pilori par quatre années de président Trump. Qu’est-ce qui va changer… et qu’est-ce qui ne va pas changer ?

Joe Biden et Kamala Harris lors de son premier discours de ‘président élu’ dans le Delaware (crédit : flux Franceinfo – sélection B2)

La défense des intérêts nationaux restera une priorité 

Les relations avec l’Union européenne devraient s’améliorer, être plus respectueuses… comme sous la présidence de Barack Obama, dont Joe Biden était le n°2. Avec lui, l’Europe ne sera plus considérée comme un « ennemi » des États-Unis. En témoigne la lecture des quelques vers du poète irlandais Seamus Heaney — tirés de la pièce de Sophocles ‘Philoctetes’  The Cure at Troy —, lors de son intronisation par le parti ‘bleu’ en août dernier. Mais attention aux espoirs ! Après avoir fait le point sur ses différents discours durant la campagne, il est évident que le vieux continent n’est pas au centre de l’attention à Washington. Les mots « Europe » ou « Union européenne » sont rares. À l’instar de sa dernière interview sur CBS News dans ’60 minutes’. Pas un mot sur l’Europe ! La tendance au repli, à la défense des intérêts nationaux, est ancrée chez les Américains, et Biden ne reviendra pas dessus.

Au sein de l’OTAN, des exigences inchangées

Au sein de l’Alliance, le ton devrait sans doute être plus cordial. Mais les exigences resteront. Joe Biden s’est dit « fier des engagements que l’administration Obama-Biden a négociés afin d’assurer que les membres de l’OTAN augmentent leurs dépenses en matière de défense ». En clair, il va continuer à exiger des Européens qu’ils prennent leur part du « fardeau » (lire : Je n’en ai rien à f… d’être populaire en Europe. Les Européens doivent payer (Trump)). Qu’ils augmentent les dépenses pour atteindre l’objectif du 2%, mais aussi qu’ils prennent en charge leur propre sécurité. Pour Alexandra de Hoop Scheffer, chercheuse au German Marshall Fund, « il y a toujours cette idée que l’Europe doit s’occuper davantage des Balkans, de la Méditerranée et de la menace russe sur le flanc Est, pour que Washington puisse se concentrer sur la grande menace du 21e siècle, à savoir la Chine ».

La Russie en menace numéro 1, la Chine en numéro 2

Le démocrate est certainement plus critique à l’égard de Moscou que son alter ego républicain. Dans un entretien télévisé (’60 minutes’), il décrit la Russie comme « la plus grande menace pour l’Amérique en ce moment en termes de rupture de notre sécurité et de nos alliances ». « Nous devons imposer à la Russie des coûts réels pour ses violations des normes internationales et nous tenir aux côtés de la société civile russe, qui s’est courageusement opposée à maintes reprises au système autoritaire kleptocratique du président Vladimir Poutine » ajoutait-il sur Foreign Policy en avril. Cette menace impose de rester mobilisés au plan militaire. « Pour contrer l’agression russe, nous devons maintenir les capacités militaires de l’alliance à un niveau élevé tout en élargissant sa capacité à faire face à des menaces non traditionnelles, telles que la corruption armée, la désinformation et le vol informatique. » La Chine vient en second rang décrit comme « le plus grand concurrent », mais aussi potentiellement comme une menace. Ce sera la manière de faire avec Pékin qui « déterminera si nous sommes des concurrents ou si nous finissons par être dans une compétition plus sérieuse en ce qui concerne la force », assure Joe Biden.

Le retour au multilatéralisme

L’autre grande différence avec Donald Trump est un retour au multilatéralisme. « Travailler avec des alliés » a été le mantra de sa campagne. J. Biden a promis de réintégrer immédiatement l’accord de Paris sur le climat. En ce qui concerne la pandémie de coronavirus, il soutient un effort mondial commun et le rétablissement du rôle clé de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

… et à la table de négociation sur le désarmement

J. Biden a promis que la diplomatie serait à nouveau au premier plan des efforts des États-Unis pour prévenir la prolifération des armes nucléaires plutôt que la diplomatie unilatérale et la « pression maximale », poursuivie par l’administration Trump avec la Corée du Nord et l’Iran. Revenir au sein de l’accord sur le nucléaire iranien (JCPOA) (lire : Trump retire les États-Unis de l’accord nucléaire avec l’Iran et rétablit les sanctions extra-territoriales), pour le « renforcer et l’étendre,  tout en repoussant plus efficacement les autres activités déstabilisatrices de l’Iran » est d’ailleurs une idée de campagne… à condition que « Téhéran se remette à respecter l’accord ». Pour ce qui est de la Corée du Nord, Joe Biden veut jouer la carte de l’action conjointe « avec nos alliés et d’autres pays, dont la Chine, pour faire avancer notre objectif commun d’une Corée du Nord dénucléarisée. » Il poursuivra également les efforts pour conclure des accords de contrôle des armements avec le traité New START — traité bilatéral avec la Russie —, qui expire en février prochain, « une ancre de stabilité stratégique entre les États-Unis et la Russie », a-t-il dit en campagne.

Une puissance militaire… qui va mieux choisir ses combats

L’intérêt national prime toujours en ce qui concerne l’engagement militaire. Le mot d’ordre : moins d’éparpillement. « Les États-Unis ont l’armée la plus puissante du monde, et en tant que président, je veillerai à ce qu’elle le reste, en faisant les investissements nécessaires pour équiper nos troupes en vue des défis de ce siècle, et non du dernier.  »

Moyen-Orient : le retour des troupes américaines maintenu

Mettre fin « aux guerres éternelles » en Afghanistan et au Moyen-Orient, « qui nous ont coûté un sang et un trésor indicibles ». C’est l’engagement de Joe Biden. Comme Donald Trump (lire : Stupeur chez les Européens après l’annonce de Donald Trump de retrait américain du Nord-Syrie au profit des Turcs), il s’engage à ramener au bercail une grande majorité des troupes américaines présentes en Afghanistan. Il annonce également vouloir mettre fin au soutien à la guerre menée par les Saoudiens au Yémen.

Une approche plus sélective et une priorité : le terrorisme 

« L’usage de la force doit être le dernier recours, et non le premier. Il ne devrait être utilisé que pour défendre les intérêts vitaux des États-Unis, lorsque l’objectif est clair et réalisable, et avec le consentement éclairé du peuple américain. » La priorité est claire : « définir de manière étroite notre mission comme étant de vaincre Al-Qaïda et l’État islamique ». Et arrêter d’envoyer les troupes inutilement : « Rester retranchés dans des conflits impossibles à gagner épuise notre capacité à diriger d’autres questions qui requièrent notre attention, et nous empêche de reconstruire les autres instruments de la puissance américaine. »

De plus ‘petites’ missions 

Le candidat mise sur de plus petites missions qui « sont durables sur le plan militaire, économique et politique », et « servent l’intérêt national ». Il marque la différence entre « les déploiements à grande échelle, sans limite de durée de dizaines de milliers de troupes de combat américaines, qui doivent prendre fin, et l’utilisation de quelques centaines de soldats des Forces Spéciales et de moyens de renseignement pour soutenir des partenaires locaux contre un ennemi commun ».

(Leonor Hubaut et Hannah Guérin st.)

Télécharger le programme du parti démocrate et l’opinion de Joe Biden dans Foreign Policy (avril 2020)

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