Fayez el Sarraj, le chef du gouvernement libyen (de Tripoli) est-il encore crédible ?

(B2) C’est la question que les Européens se poseront sans doute, ce lundi (9 décembre), lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE. Mais la réponse semble déjà courue d’avance à écouter plusieurs diplomates européens

Fayez AL-SARRAJ lors de sa rencontre au Parlement européen avec Antonio Tajani, ‘alors président du Parlement) (crédit : PE)

Un gouvernement décrédibilisé

En signant avec la Turquie un accord délimitant une zone économique exclusive, qui viole délibérément les intérêts de plusieurs pays européens (la Grèce et Chypre), le gouvernement de Fayez el Sarraj ne semble plus à même de fédérer les Libyens autour de lui, et même plus capable d’entraîner les Européens derrière lui. En complétant cette signature par un accord de coopération militaire qui vise clairement à contourner l’embargo international, le dirigeant du gouvernement libyen s’est largement décrédibilisé… Il a signé en quelque sorte sa ‘mort politique’ aux yeux des Européens.

Un soutien du bout des lèvres

Officiellement, rien n’a changé cependant. Les Européens jurent leurs grands dieux que c’est toujours le gouvernement reconnu par la communauté internationale. « Mr Sarraj est notre partenaire avec qui nous avons et nous devons avoir contact » a confirmé vendredi (6 décembre) Peter Stano, le porte-parole du Haut représentant de l’UE, interrogé par B2 lors du traditionnel point de presse de midi. Dans les coulisses, le discours est tout autre cependant. On réentend ainsi parler d’autres acteurs tout aussi légitimes.

Le parlement libyen, de nouveau un interlocuteur crédible

« Cet accord avec la Turquie a déjà été contesté par le Parlement libyen et d’autres acteurs en Libye » précise ainsi un diplomate européen à plusieurs journalistes (dont B2). Propos que nous confirme un autre qui va même plus loin. « Cet accord doit encore être ratifié par le Parlement libyen » rappelle-t-il qui s’est relocalisé de Tobrouk à Benghasi. Et vu l’animosité entre les deux tenants du pouvoir, le législatif dans l’Est de la Libye, l’exécutif dans l’Ouest de la Libye, cela ne semble pas être demain la veille (1). Le président du parlement libyen Aguila Salah Issa, décidément très entouré depuis qu’il s’est déclaré contre cet accord, sera d’ailleurs reçu très officiellement à Athènes par les autorités grecques, mercredi 11 décembre. Ce bien qu’il figure sur la liste noire de l’UE. C’est dire comme les temps changent..

(Nicolas Gros-Verheyde)

Article développé à partir d’une interview donnée au journal de la chaîne TV El Arabiyah, vendredi 6 décembre

  1. Pour les Européens, en fait, la priorité semble être davantage Ankara que Tripoli. « Nous discutons avec la Turquie surtout » me confirme un diplomate européen. « Le problème majeur n’est pas la Libye mais la Turquie, notre partenaire dans plusieurs domaines… »

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).