La crise migratoire, une révolution dans la politique extérieure (Alain Lamassoure)

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(B2) L’eurodéputé français, ancien ministre des Affaires européennes, Alain Lamassoure s’exprime sur la façon dont les responsables européens gèrent cette crise.

Comment voyez-vous la décision de Merkel d’accueillir 800.000 réfugiés ?

Sa décision d’accepter 800 000 réfugiés a surpris tout le monde, à commencer par son propre parti. Il ne faut pas en sous-estimer la portée. Certes, sur le moyen terme, elle prend un risque considérable. Mais ce faisant, elle se sort et sort sa famille politique – la nôtre – de l’éternelle position défensive face au populisme de droite. Avec Angela Merkel tous les humanistes peuvent maintenant se référer à une orientation claire, aussi éloignée de la xénophobie, avouée ou insidieuse, des uns que de l’angélisme irresponsable des autres. D’autre part, elle ouvre de fait le débat sur l’immigration économique, que l’Europe a toujours éludé.

Cela signifie une politique de quotas ?

Oui. La logique voudrait que, pour l’immigration légale, l’Europe se fixe un objectif quantitatif maximum, et mette en place un double système de quotas : quotas à l’égard des pays d’origine et des professions souhaitées, comme le fait le Canada, et quotas de répartition dans les pays d’accueil, dont les besoins ne sont pas les mêmes. Ce faisant, chaque pays européen ne pourra plus éviter le débat de fond sur son propre avenir démographique, sur son identité nationale, comme sur la solidarité qu’il est en droit d’attendre de tous ceux qui bénéficient de sa citoyenneté ou de son hospitalité.

Les ministres de l’intérieur lundi ne sont pas arrivés à un accord. On recule pour mieux sauter ?

Les Etats membres ne peuvent plus différer la mise en place d’un contrôle commun des frontières extérieures digne de ce nom, ni celle d’une politique européenne de l’asile. Chaque pays européen ne pourra plus éviter le débat de fond sur son propre avenir démographique, sur son identité nationale, comme sur la solidarité qu’il est en droit d’attendre de tous ceux qui bénéficient de sa citoyenneté ou de son hospitalité.  (…) Agir le plus en amont possible, donc sur les causes, au lieu de se contenter de subir les effets, s’impose désormais à tous les responsables.

Il faut changer nos méthodes ?

Plus que cela. Cela exige une révolution dans la politique extérieure de nos Etats et celle de l’Union : le volet migratoire doit désormais figurer impérativement en haut des priorités de notre diplomatie, comme de notre politique de coopération, envers les pays d’origine et de transit. Sous la contrainte des événements s’ouvre ainsi un nouveau chapitre de l’histoire de l’Europe : l’Europe des peuples. Un sujet infiniment plus délicat que l’Europe monétaire...