L’Europe : encore 1 semaine ! Et on en reparle dans 5 ans, hein…

PlageMJQPecheur114a(BRUXELLES2) Ca y est ! La campagne européenne est pleinement lancée en France, avec un gros retard à l’allumage. Et il ne reste plus que quelques jours pour convaincre les indécis, les abstentionnistes de tout poil, les sceptiques. Les journaux et antennes redoublent d’attention sur l’Europe, scrutant tous les détails, et regorgent même d’articles en tout genre.

Après le vide, le surdosage

On découvre tout d’un coup qu’il n’y a pas de majorité au Parlement européen. On débusque que Bruxelles regorge de lobbies (l’horreur ! ;-). On décortique une série de projets engagés ou réalisés auxquels on avait à peine prêté attention jusqu’ici. Après un vide quasi-total, durant cinq années, hormis quelques pics d’intérêts, la saturation, le surdosage sont atteintes. Au point que même une personne un peu attentionnée, motivée par l’Europe décroche.  il y en a une relativement sous-estimée…

L’Europe : 5 semaines d’attention pour 5 ans de politique

Le « matraquage » pour convaincre que l’Europe, c’est bien, c’est beau, c’est nécessaire… Mais cela devient contreproductif à terme. Le gros défaut de la cuirasse, en France, est l’absence d’un suivi européen au quotidien, à quelques (rares) exceptions près (Le Monde, Le Figaro, Les Echos, quelques journaux spécialisés…) -. Cette absence de régularité de l’information sur l’Europe — particulièrement dans la presse la plus proche des citoyens (la presse régionale) — est une des raisons à l’euroscepticisme ambiant (*).

Ne nous étonnons pas de l’eurosceptiscime rampant

Les débats, les avancées législatives, les reculades politiques n’ont cependant pas manqué au plan européen. Mais ils sont couverts à distance. « Bruxelles » semble toujours sur une autre planète dont on prend le pouls de temps à autre. Pas question de trop investir. L’éloignement aidant, la tentation de prendre « vite fait » la dépêche tombée sur le fil AFP ou Reuters est tentante : coupez-collez, assemblez, trouvez un petit angle. Et c’est fait… S’il n’y a pas de dépêche, il n’y a pas d’information. Résultat : on découvre bien souvent un sujet, un problème quand il arrive… deux ou trois ans plus tard sur le bureau de l’assemblée nationale pour la transposition d’une directive par exemple. Le sentiment inévitable est que l’Europe impose ses visées. Alors qu’en fait, ce sont les Français qui se sont désintéressés des débats. Cela permet ainsi à chacun de se défouler dans un « Europe Bashing » de bon aloi.

Un défaut démocratique

Il y a, là, un « défaut » démocratique qui n’a pas besoin de Traité ou de Constitution pour être corrigé. Il suffit d’un peu de constance, de volonté et d’intérêt de la part des directeurs de journaux. Inutile ensuite de se répandre dans des éditoriaux multipliés, plaidant à outrance sur le besoin ou la nécessité d’Europe. Cela ne convaincra que les convaincus… Et ils sont de moins en moins nombreux. L’Europe commence par une information au quotidien…

(Nicolas Gros-Verheyde)

  • Ce n’est pas la seule cause. Le fait que l’Europe (les affaires européennes) reste très peu enseignée à l’école (et même à l’université, hormis quelques spécialités bien précises) en est une autre. L’inculture européenne – quasi-générale – de la plupart des différents responsables français, comme de nombreux cadres privés ou publics, en témoigne. Le mauvais fonctionnement du marché intérieur (surtout pour les citoyens), l’irresponsabilité des dirigeants européens (peu importe les échecs, ils ne remettent pas en cause leur mandat…), comme les salaires démesurés par rapport aux compétences réelles et la prétention permanente à faire la leçon, comme à impose certaines politiques et conditions, totalement irréalistes, dans un contexte de crise économique et politique. La bannière déployée sur la Commission européenne en témoigne.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).