Quelles perspectives pour les drones militaires. Ces bêtes volantes… fragiles malgré tout

DronesMilitairesPascallon(B2) Sur les drones, on a en fait encore peu écrit, du moins des ouvrages qui allient à la fois un certain sens pédagogique pour expliquer un instrument encore mal connu du public et les explications techniques et stratégiques nécessaires pour ce qui est aussi un bijou technologique. L’ouvrage coordonné par Pierre Pascallon et Jean-Christophe Damaison D’Arès remplit ce vide.

Abondamment illustré, à l’aide de photos et schémas, cet ouvrage permet à chacun de prendre la mesure de cet outil qui constituera un élément important des armées de demain. Il dresse notamment un panorama des différents drones qu’ils soient de courte portée, de moyenne altitude (MALE) ou de haute altitude (HALE), armés ou non. Une problématique mise en avant par l’utilisation intensive de ces drones « tueurs » en Afghanistan et au Pakistan par les Américains, et également (fait moins médiatisé) au Yemen et en Afrique.

L’ouvrage aborde aussi les drones terrestres (les UGV comme Unamanned ground vehicles) ou maritimes (USV ou UUV selon qu’ils sont de surface ou sous-marins) qui sont encore en plein développement. Il rassemble aussi les positions et réflexions des spécialistes des drones, spécialistes de la doctrine d’emploi ou industriels, français ou étrangers, permettant ainsi de se dire que l’histoire du « unmanned » (non habité) n’est pas encore tout à fait écrite.

La fragilité du drone

Le drone reste cependant encore un outil fragile – comme l’explique Jérôme de Lespinois, chargé de conférences à l’École pratique des hautes études (EPHE).

Le drone reste « sensible à la météorologie et à l’aérologie ». Le nombre d’accidents est « important ». Les Américains auraient ainsi perdu au minimum une centaine de drones MALE Predator ou Reaper dont une bonne partie lors de la phase d’atterrissage qui n’est pas automatique comme sur le Harfang français. Soit un taux de perte de 25%, si on le rapporte aux 404 drones MALE livrés (248 Predador acquis jusqu’en 2009 et 156 Reaper livrés fin 2012).

Second facteur de vulnérabilités : les communications. A la fin 2008, les Américains « se sont ainsi aperçus que les insrugés irakiens utilisaient des petits logiciels commerciaux pour intercepter les flux vidéos sortant non protégés des drones Preador 12 ». De même la récupération en décembre 2011 du très secret drone RQ 170 Sentinel de Northrop Gruman par les Iraniens a été rendu possible grâce à une intrusion dans le module de liaison. »

  •  « Quelles perspectives pour les drones militaires », Pierre Pascallon – Jean-Christophe Damaison D’arès (Edition Prividef, Collection Stratégie & Défense. 220 p., 25 euros).

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).