David Cameron sonne la charge (héroïque) …

David Cameron sonne la charge (héroïque) …

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(Crédit : ministère britannique de la Défense)

La tradition britannique de solidarité avec le continent semble appartenir au passé… Les tories et David Cameron aussi ? (Crédit : ministère britannique de la Défense)

(BRUXELLES2) Le Premier ministre britannique, David Cameron, devrait sonner le clairon à l’entrée du Conseil européen qui démarre cet après-midi à Bruxelles. C’est « no » à l’Europe de la Défense. Au cours d’une visite surprise des troupes britanniques en Afghanistan lundi (16 décembre), David Cameron s’est dit « prêt à bloquer un plus grand rôle de l’Union européenne dans la coordination de la politique de défense ».  Au 10 Downing street (la résidence du Premier ministre), on craint « qu’un mouvement de l’UE porte atteinte à l’OTAN ».

Les Etats-membres au premier rang, l’OTAN au second 

Les responsables britanniques veulent, par là, adresser un message clair : l’Union européenne ne doit pas « s’immiscer » dans le domaine de la défense, compétence des Etats Membres. Et s’il y a une organisation compétence pour le faire, c’est l’OTAN et non l’UE qui doit coordonner cette politique. « Le rôle de la politique de sécurité et de défense commune de l’UE, mis en place il y a quatre ans, devrait s’appuyer sur l’action de l’Etat » rappelle ainsi une source britannique, proche du Premier ministre nos collègues la BBC. « L’OTAN est le fondement de notre défense collective. Toute action de l’UE devrait être complémentaire, mais pas le reproduire ». Un propos qui confirme le papier diffusé par les Britanniques à Londres il y a déjà plusieurs semaines (détails dans le Club. Lire : L’OTAN la pierre angulaire, l’Europe le cale-pied (Lidington)

Commentaires (Nicolas Gros-Verheyde) : Vieux fantasmes et réalités

Cameron sous pression. La charge de David Cameron apparaît, surtout, comme un coup de théâtre à destination de la scène nationale. Depuis plusieurs mois, le gouvernement est sous pression des députés nationaux – conservateurs comme travaillistes – qui dénoncent les coupes dans le budget de la défense. La fibre traditionnellement eurosceptique d’une bonne partie de l’électorat fait le reste. « Cameron est pris en otage par sa presse tabloïd – confirme à B2 plusieurs habitués des réunions européennes au Sommet. « Chaque phrase est « surinterprétée » et donne lieu aux « vieux fantasmes qu’adorent les Britanniques du genre : « la Commission va piloter des drones » ou « José-Manuel Barroso va piloter une flotte en Méditerranée » ». Le Premier ministre « est pris dans le piège du débat lancé sur les compétences de l’Europe mais aussi des réalités. »

Des réalités plus concrètes. L’industrie britannique est, en effet, prise dans la même « nasse » de restriction budgétaire que ses consorts continentaux, même si ses liens traditionnels avec l’industrie US amortissent le choc. Et l’armée britannique n’est plus que l’ombre d’elle-même. Pas plus qu’aucune armée européenne, la Royal Air Force comme la Royal Navy ne pourra demain mener une opération extérieure sans le secours des uns (Américains) ou des autres (Français et Européens).

Un peu d’esbroufe. Alors, faute de mieux, Cameron fait de l’esbroufe. Il va pouvoir discuter chaque paragraphe ou certains sujets en affichant des « lignes rouges », comme déjà – selon nos informations – l’ambassadeur britannique l’avait fait lors d’une séance de lecture des conclusions. Mais, sauf surprise, ce sera tout. Le Premier ministre britannique pourra – après le sommet – se vanter d’avoir obtenu que l’Europe s’abrite derrière l’OTAN. Au besoin, une ou deux mentions de l’Alliance atlantique pourraient être rajoutées. Tandis que la venue de A. F. Rasmussen, le secrétaire général de l’OTAN au sommet européen – déjà prévue – sera mise en avant pour démontrer que le rôle de l’OTAN est sauvegardé.

De notre côté, nous serons reconnaissons à David d’avoir amené un peu d’animation dans un débat qui promettait d’être morose…