Mon conseil à Cathy : un peu de courage et d’initiative (D’Alema)

(BRUXELLES2) Avec quelques journalistes, j’ai pu rencontrer ce matin Massimo d’Alema, qui est souvent à Bruxelles. L’ancien ministre des Affaires étrangères et Premier ministre italien a redit sa conviction européenne d’homme de gauche, estimant que « La gauche peut redonner un souffle à l’Europe » et dénonçant le repli sur soi mené par plusieurs gouvernements européens « La droite a joué sur la protection des intérêts nationaux, le sentiment de peur, de perte des privilèges, contre les immigrés, contre les Chinois… Mais ils ne sont pas capables de donner une réponse, de protéger. »

En Libye, les pays ont préféré jouer solo que Europe

En matière de politique étrangère, il estime que l’on jette un peu le tort sur Catherine Ashton, un peu trop facilement. « Ce n’est pas un problème de M. ou Me Pesc. Etre porte-parole d’une politique étrangère sans politique, c’est très dur. Nous souffrons de la faiblesse du projet européen. Les pays forts préfèrent discuter entre eux, au niveau intergouvernemental. » Et de prendre l’exemple de la Libye. Cela n’a pas été discuté au niveau européen. « L’intervention en Libye a été discuté entre Paris et Londres. Cela aurait été possible de le discuter à Bruxelles. Nous l’avions déjà fait dans le passé sur le Liban, quand nous avons lancé une mission européenne sous drapeau des Nations-Unies. » Mais cela n’a pas été fait. Et c’est dommage. « Cela aurait certainement facilité la situation » entre européens, explique-t-il « Si on décide d’être dans le monde avec un drapeau européen c’est possible.

Pour défendre l’Europe : accepter d’avoir quelques problèmes avec les capitales

S’il avait un conseil à donner à Me Ashton ? : « Un peu plus de courage et d’initiative politique ». Je comprends que ce n’est pas facile. Mais il faut accepter d’avoir quelques problèmes avec la capitale d’un pays ou l’autre. Elle devrait davantage utiliser le Parlement européen, les institutions, pour y rechercher un soutien. » Et d’ajouter : « Solana était dans une situation plus difficile, encore, au niveau institutionnel. Et, parfois, il a été capable de construire une politique européenne, dans les Balkans, par exemple. On peut s’inspirer du modèle du passé. »

(*) D’Alema préside la fondation européenne d’études progressives (FEPS) qui organise aujourd’hui et demain à Bruxelles une rencontre internationale Call To Europe.

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