Traité européen : Le compromis de Ioannina et le complexe Polonais

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(B2) Dans le mécano institutionnel européen, et les votes à majorité qualifiée au sein du Conseil, on peut comprendre l’acharnement des Polonais à défendre le compromis de Ioannina, qui permet un calcul différent des voix au sein du Conseil de l’Union européenne et leur donne le moyen, non de « bloquer », mais au moins de retarder de quelques semaines, de quelques mois une décision qui leur semblerait défavorable. Dans leur esprit, cela rétablit un peu d’égalité avec leur grand voisin, et ennemi historique, l’Allemagne.

Ioannina donne plus de poids à l’Allemagne qu’à la Pologne
Le seul hic de ce système est qu’il est mathématique, donc égalitaire. Autrement dit, ce qu’il permet à l’un, il le permet à l’autre. Ainsi l’Allemagne qui ne peut normalement bloquer une décision qu’avec 2 autres Etats membres (de gros Etats membres : la Pologne et la France par exemple), trouve dans le compromis de Ioannina, une capacité de blocage supplémentaire. Il lui suffit de s’allier à un seul pays, même de taille moyenne (les Pays-Bas par exemple), pour retarder une décision.

Le problème polonais
Aucune formule, mathématique, logique ou politique que ce soit ne permet de donner plus de poids à un pays que celui qu’il a réellement. C’est tout le problème polonais qui n’est en fait – si on regarde le critère de sa population – qu’un pays de taille plutôt moyenne et non un grand pays ; cette qualification risquant d’ailleurs de s’aggraver dans les années à venir si l’Etat ne fait pas un sérieux effort pour « secouer » une démographie en chute libre (les recettes on les connait consiste à : encourager la natalité, motiver les jeunes à rester, accepter des immigrants). Le seul moyen pour contrebalancer rapidement cette tendance de fond est de savoir nouer des alliances. Tous les Etats de l’UE – même les plus grands (comme l’Allemagne, la France ou le Royaume-Uni) ou les plus nouveaux (Hongrie, Malte,…) ont compris cette nécessité. Apparemment pas la Pologne.

Un isolement qui commence à agacer
L’attitude du gouvernement Kaczynski qui virevolte à chaque réunion – la négociation sur la CIG l’a montré – provoque un « certain sentiment d’agacement » dans les rangs des diplomates européens, même ceux proches géographiquement. De l’aveu même de plusieurs négociateurs, on ne comprend « pas vraiment ce qu’ils (les Polonais) veulent ». Du coup, « on ne peut trouver de solutions. Car les questions ne sont pas identifiées ». « Un jour ils nous affirment quelque chose. Par exemple pour l’avocat général à la Cour. On leur demande de préciser. Rien ne vient. Ils (Les Polonais) ne persistent pas. Puis, tout d’un coup publiquement, on voit revenir cette revendication dans la bouche de la ministre des Affaires étrangères. Sans toujours plus de précision » raconte un diplomate. Et un autre de poursuivre : « Aucun gouvernement ne négocie comme çà. Tous les (nouveaux) Etats membres ont compris le jeu. Tous sauf un » !

(NGV)