Margot Wallstrom: “Il faut créer une force européenne de protection civile »

Trois questions à Margot Wallström, commissaire à l’environnement.

Vous venez de rendre visite en Bretagne aux victimes de la marée noire et des tempêtes, quelle leçon en tirez-vous ?

Nous avons beaucoup appris. C’est important d’apprendre directement des habitants, des volontaires qui, sur place, ont agi pour préserver l’environnement, ce qu’ils ont ressenti, comment ils ont vécu cette catastrophe, de saisir leurs inquiétudes ou leurs colères. J’ai ressenti une réelle préoccupation pour l’avenir de la pêche, par exemple, ou du tourisme. Aussi, avec mon collègue Michel Barnier (commissaire à la politique régionale), nous avons voulu témoigner que la Commission européenne, ce n’est pas seulement une administration qui agit dans des bureaux mais des personnes en chair et en os, qui ont des émotions, et peuvent réagir.

Justement, avez-vous une idée de mesures à prendre ?

Nous avons plus qu’une idée. Tout d’abord, il faut renforcer la sécurité maritime. Dès le mois prochain, en mars, la Commission européenne va publier une communication qui recensera toutes les mesures à prendre. Nous entendons proposer de nouvelles règles en matière de circulation maritime, des normes renforcées pour les navires (double coque par exemple) et des contrôles plus efficaces… D’un autre coté, nous travaillons à établir un principe général de responsabilité environnementale au plan européen. Il faut en effet garantir que, partout en Europe, les pollueurs soient effectivement reconnus responsables des dommages causés à l’environnement. Enfin, nous voulons renforcer nos moyens de protection civile.

Mais, en matière de protection civile, l’Europe n’a pas vraiment de compétences ?

C’est vrai la protection civile n’est pas une compétence entière de l’Union européenne. Ainsi l’unité de la Commission sur la protection civile est très petite et n’a que peu moyens. Nous devons évoluer. Nous pourrions créer un corps européen de protection civile, rassemblant les meilleurs experts et les responsables de chaque pays, qui soient mobilisables plus rapidement et plus facilement. Il faut également pouvoir disposer de certains moyens communs. L’Europe pourrait contribuer, par exemple, comme on nous l’a suggéré en Bretagne, à mettre en place une clinique mobile pour soigner les oiseaux victimes de désastres écologiques. Encore faut-il que les États membres soient d’accord avec cette logique nouvelle. Nous allons faire une proposition au conseil des ministres dans ce sens. Peut-être sous la présidence française…

(Nicolas Gros-Verheyde)

Entretien paru dans France-Soir, février 2000 – l’Erika s’est échoué sur les cotes bretonnes en décembre 1999

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).

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