Conseil des ministres

Pour Paris et Londres, en Syrie : lever l’embargo sur les armes ou le chaos !

Pour Paris et Londres, en Syrie : lever l’embargo sur les armes ou le chaos !

rencontre bilatérale entre D. Cameron et F. Hollande en marge du sommet européen (crédit : Présidence de la république)

(BRUXELLES2 au Conseil européen) La décision n’est pas prise. Mais c’est tout comme. Quand un dirigeant français et un dirigeant britannique expriment, haut et fort, en long et en large, avec quelques détails qu’ils sont pour la livraison d’armes à l’opposition syrienne, que toutes les autres solutions, politiques notamment, ont échoué, que la situation sur place est grave et que la déstabilisation de toute une région est proche, il ne s’agit pas d’un coup de bluff ou d’un “truc” pour remonter dans les sondages.

Nous sommes ici en face d’une vraie prise de décision, et une possible inflexion dans le conflit syrien qui dure déjà depuis 2 ans. L’offensive franco-britannique est, cette fois-ci, bien préparée. Paris comme Londres (les deux anciennes puissances mandataires de la Syrie…) disposent de munitions dans leur sacoche. Et devant la presse – comme devant ses homologues – F. Hollande a déroulé une panoplie d’arguments pour convaincre (notamment sur le contrôle des armes, voir point 4). La majorité n’est pas acquise… mais l’ébranlement est en route. Explications… La discussion va maintenant se poursuivre dans une autre enceinte.

L’objectif de la manoeuvre franco-britannique : convaincre les partenaires.

Contrairement à ce qu’affirme le président Hollande, les Européens sont pour l’instant majoritairement opposés à une levée de l’embargo. Mais les “esprits bougent”. Même l’Allemagne souvent mise en avant – à tort – comme étant le chef de file des opposants se tâte. La chancelière Merkel n’a d’ailleurs pas voulu indiquer clairement indiquer sa position, renvoyant sur son ministre des Affaires étrangères. Et au sein de la CDU, l’affaire libyenne, et l’isolement de l’Allemagne, ont été vécu comme un vrai “traumatisme” que tout sera fait à Berlin pour éviter une pareille bérézina. L’Italie comme la Belgique sont en train d’évoluer, demandant des garanties sur les livraisons d’armes. En revanche, les pays neutres ou non membres de l’OTAN (Autriche, Suède…), les Pays-Bas ou la république Tchèque restent farouchement opposés à toute levée de l’embargo sur les armes. « Nous devons convaincre, faire valoir nos arguments, montrer qu’il y a une étape à franchir » explique François Hollande. La décision peut-être prise au plus tard « avant mai », voire avant. « J’estime que l’Europe doit décider dans les prochaines semaines ».  Et si il n’y a pas d’accord entre Européens ?, le président français refuse d’employer le mot de “veto”. Mais c’est tout comme : « Nous prendrons nos responsabilités ».

Les munitions de Paris et Londres

La première est d’ordre juridique. La décision d’embargo, sur les armes comme les autres sanctions, est valable juste pour trois mois, jusqu’à fin mai. Faute de renouvellement, toutes les sanctions tombent (les armes comme les autres). Ce n’est plus aux anti-embargo de soutenir qu’il faut le lever, c’est aux pro-embargo de justifier qu’ils ont raison. Ce sera difficile…

La seconde est d’ordre politique, les deux pays ne sont pas seuls. A l’intérieur de l’Union, ceux qui. A l’extérieur, les Etats-Unis, la Turquie et la Ligue Arabe, voire même des personnalités comme le président israélien Shimon Peres estiment nécessaire la livraison d’armes. Cela pèse…

Le troisième argument est d’ordre médiatique. Les massacres continuent, les reportages s’accumulent. Il sera très difficile à certains dirigeants européens de justifier leur inaction face à leur propre opinion publique. La réalité sanglante en Syrie pourrait bien balayer les dernières hésitations. Les gouvernements qui sont contre « devront venir s’expliquer devant leur opinion publique » lâche un diplomate.

Les arguments pour convaincre

  1. La situation s’aggrave sur place, le régime syrien est armé, la voie politique est condamnée. « Le nombre de victimes s’allonge de jour en jour » explique François Hollande. Nous nous retrouvons face à une « volonté claire d’utiliser tous les moyens, militaires, pour frapper son propre peuple. (Le conflit a causé) 100.000 victimes depuis 2 ans ». « Toutes les initiatives pour ouvrir les discussions politiques, une transition politique ont été ruinées (…) Rien n’a pu être obtenu du régime de Bachar el Assad. » François Hollande reconnait, lui-même, que sa position a évolué. « J’ai longtemps pensé que la livraison d’armement non léthal suffirait. On est dans une asymétrie, avec un régime qui obtient des armes, des matériels, les utilise, a des armes chimiques et menace de les employer ».
  2. La déstabilisation des pays voisins est proche. « Il y a des conséquences directes au Liban » souligne le président. Rappelons que les réfugiés forment aujourd’hui entre 10 et 20% de la population au Liban et en Jordanie. Et comme l’explique un diplomate, le « Hezbollah soutient de façon de plus en plus ouverte le régime d’Assad ». (…) «Le plus grand risque serait de ne rien faire de laisser le régime de Bachar (massacrer la population), que des groupes désespérés se réfugient dans terrorisme, le plus plus grand risque est le chaos… »
  3. La présence d’armes chimiques ? « Il y a des craintes, des menaces quant à l’utilisation des armes chimiques » énonçait le président Hollande lors de sa conférence de presse hier soir. Propos repris, un cran au-dessous cependant aujourd’hui. « Nous n’avons pas d’information. Le régime prendrait un risque extrêmement élevé s’il les utilisait. » Selon certaines informations diplomatiques, « il y a de fortes présomptions d’utilisation d’une arme chimique à petite échelle », autrement dit de façon tactique à l’échelle inférieure à la taille d’un village.
  4. Le contrôle des armes sera assuré par la CNS, les pays de la Ligue arabe et l’assistance technique. « La France a toutes les garanties que les fournitures de matériels seraient dans des mains qui ne seraient pas celles des fondamentalistes. (…) La Coalition donne toutes les garanties. Et c’est parce qu’elle les fournit que nous pouvons envisager la levée de l’ embargo. Il y aura un accompagnement, une aide technique, une assistance qui sera fournie et évitera un certain nombre de déperditions. (…) Des pays nous assurent qu’ils pourront assurer le contrôle, des pays de la Ligue arabe. »
    Nb : concrètement cela pourrait vouloir dire qu’il y aura une ou plusieurs unités spécialement dédiées à ces types d’armes (surtout sol-air), qu’il y aura des “personnes de confiance” (anciens militaires sur place, doubles nationaux, contractuels arabes…) insérées dans ces unités, à charge de vérifier que les armes.

Au passage, répondant à une question de B2, le président Hollande a reconnu que des « armes livrées à insurrection en Libye se sont retrouvées dans d’autres champs et d’autres lieux, au Mali et aussi en Syrie » (Nb : aux groupes fondamentalistes et djihadistes). Mais a-t-il ajouté aussitôt c’est une preuve de plus que « pour les armes mieux vaut les contrôler, que de les laisser circuler sans contrôle ».

Sur le Club, les positions détaillées de plusieurs pays à l’issue du Conseil européen

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Un mois de plus pour les C130 belges en soutien au Mali

Un des C130 déployés en soutien à l’opération française et africaine au Mali (crédit: ministère de la Défense belge / Malek Azoug)

(BRUXELLES2) Les deux C130 qui font la navette entre la Côte d’Ivoire et le Mali ne reverront pas Melbroek tout de suite. Le Conseil des ministres belge a, en effet, approuvé la prolongation jusqu’au 31 mars de leur engagement opérationnel de deux avions C-130 ainsi que des deux hélicoptères de la Défense engagés dans l’opération française Serval au Mali. La mission aurait normalement dû se terminer fin février.

La Belgique “partenaire fiable”

Cette décision « répond à la demande de l’Etat-major français », précise-t-on chez le Premier ministre. La Belgique s’est « une nouvelle fois comportée en partenaire fiable qui assume ses responsabilités et qui est toujours prêt à coopérer étroitement avec des Forces armées des pays alliés » souligne-t-on à la défense belge.

Exceptés les avions français, « ce sont ces C-130 belges qui ont mené le plus de vols d’approvisionnement » explique-t-on à la défense belge. 133 vols ont été effectués totalisant plus de 256 heures de vol. Ils ont permis le transport de 777 passagers et presque 500 tonnes de matériel. Le détachement C-130 se compose de 35 militaires restera à Abidjan (Côte d’Ivoire). Coût (net) de la prolongation : 200.000 euros.

Pour les deux hélicoptères A109 de soutien médical, la prolongation a également été actée. Ils sont basés actuellement à Gao puis passeront sous commandement européen pour la mission EUTM Mali à compter du 15 mars. Le détachement se compose de 40 militaires. Coût (net) de la prolongation : 300.000 euros.

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L’Europe lève à moitié son embargo sur les armes. Un choix très politique

L’Europe lève à moitié son embargo sur les armes. Un choix très politique

Est autorisé la vente de matériel non lethal à des fins de protection des civils (© NGV / B2)

(BRUXELLES2) L’assouplissement de l’embargo sur les armes à l’encontre de la Syrie – décidé le 18 février dernier par les ministres des Affaires étrangères – entre en vigueur aujourd’hui, après avoir été validé jeudi (28 février) par le conseil des ministres de l’UE. Elle autorise de façon désormais très explicite la fourniture d’équipements militaires ou de services à l’opposition syrienne.

Un soutien, quel soutien ?

Certes le type d’équipement parait bien défini et l’objectif est bien encadré = “la protection des populations civiles”. Il n’est pas question ainsi officiellement de fournir des armes destinés à mener l’offensive, comme des fusils, des lance-roquettes, etc. Ceux-ci seront fournis par d’autres moyens (cf. armes croates). Mais, de fait, le champ du “non lethal” peut être assez large. Du gilet-pare balles au radar sophistiqué en passant par la fourniture de cartes satellites, le champ du possible est large. Le fait de désigner nommément la “Coalition” permet aussi “légalement” de pouvoir fournir ces équipements (type soutien médical) directement dans les zones contrôlées par l’opposition, et via les points frontières contrôlés par elle.

Un choix très politique d’un embargo “intelligent”

Cette décision — que j’ai commenté, jeudi soir, sur Al Jazeera — marque une évolution de la politique de l’Union européenne, même si on ne va pas jusqu’à la livraison d’armes. Le précédent règlement englobait la possibilité de livrer des armes à des fins de “protection”. Ce qui était une porte ouverte à certaines livraisons d’armes. Mais ce n’était pas très explicite. Ici, il y a une prise de position très claire, juridiquement actée, et politiquement endossée, pour livrer certains équipements à l’opposition mais refuser les livraisons au gouvernement. Un embargo “intelligent” en quelque sorte puisque “ciblé”. L’Union européenne a clairement “choisi” son camp. Mais il y a un risque d’escalade du conflit. Car les alliés de Bachar (Russie, Iran, …) peuvent aussi décider d’augmenter leur aide.

Deux lectures possibles pour l’avenir

De ce fait, deux lectures semblent aujourd’hui possibles pour l’évolution future. Première version optimiste. L’équilibre de la terreur et la création de zones sûres aux mains de l’opposition pousse à la négociation d’un accord politique. Et on peut alors entrevoir une porte de sortie. Avec un autre risque cependant celui de la création d’une ligne verte, séparant la Syrie en deux zones. Seconde version pessimiste. Les armes affluent de part et d’autre. Le régime renforce sa répression (encore). L’opposition reconquiert certains territoires. Mais il n’y a pas de zone sûre créée. La population fuit vers les pays avoisinants, contribuant un peu plus à la dislocation de la Syrie et à la déstabilisation des pays environnants (à commencer par la Jordanie).

Analyse plus complète pour les adhérents du Club

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A Dublin, enjeu : trouver 2 hélicoptères pour EUTM Mali

Le général Aherne (premier plan), le contre-amiral Tarrant (arrière plan à gauche) et le général Lecointre (arrière plan à droite) au début de la réunion des ministres de la Défense à Dublin (© NGV /Bruxelles2)

(BRUXELLES2 à Dublin) Les ministres de la Défense de l’UE (ou leurs représentants) réunis dans la salle de conférences du Chateau de Dublin abordent, ce matin (13 février), la question des opérations. Sur la table : la future opération de formation de l’armée malienne (EUTM Mali), la réorientation de la mission de formation de l’armée somalienne (EUTM Somalie) et l’opération Atalanta. Les trois chefs d’opération : le général français F. Lecointre, le général Irlandais G. Aherne et le rear-admiral britannique B. Tarrant sont présents. Deux questions sont plus cruciales. Il s’agit de terminer la génération de forces pour l’opération EUTM Mali. Et de voir comment sera effectué le déplacement de la mission EUTM Somalie vers Mogadiscio (elle est actuellement en Ouganda).

Pour EUTM Mali, le seul point bloquant reste les hélicoptères d’évacuation médicale. Plusieurs options sont ou pourraient être envisagées avec d’autres pays (Royaume-Uni, Luxembourg…). Mais la solution la plus logique serait la Belgique, dont les hélicoptères sont déjà sur place. Le ministre de la Défense, Pieter de Crem, qui ne devait pas être présent à l’origine, a finalement fait le déplacement. Signe d’un intérêt important pour cette réunion (outre le partenariat avec l’OTAN). Si des confirmations ne pourraient pas être annoncées tout de suite, un mouvement pourrait donc se faire. Pour avaliser toute décision belge, il faudrait réunir ensuite un conseil restreint des ministres (un Kern). Mais celui-ci peut intervenir rapidement, a confirmé un officiel belge. « On peut réunir un kern à tout moment, si besoin un week-end ». A suivre…

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Une petite explication à Dublin attendue sur EUTM Mali

Il n’est pas sur que tous les propos échangés dans les couloirs mardi ou mercredi soient tous conviviaux. Mais il est vrai que le Chateau de Dublin en a vu d’autres (Crédit: Wikipedia / Wknight94)

(BRUXELLES) La réunion informelle des ministres de la Défense à Dublin ce mardi (12) et mercredi (13) pourrait être l’occasion d’une petite explication de “texte” entre ministres de la Défense sur la mise en place de l’opération de formation de l’armée malienne (EUTM Mali). Même si, officiellement, à Paris, le ton reste courtois et que l’on refuse de dramatiser ou de placer l’un ou l’autre pays dans le “corner”, l’heure n’est plus à la tergiversation. « On a besoin de terminer la génération de forces. » explique-t-on dans l’entourage du ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian. « La mobilisation est nécessaire ». Il manque en effet toujours pour que la génération de forces soit complète la fonction “évacuation médicale”, assurée par des hélicoptères qui seraient basés à Bamako ou à Koulikoro.

Procédure retardée

En marge de la réunion informelle, les conciliabules devraient donc aller bon train dans le Chateau de Dublin qui accueille les participants à cette rencontre informelle. En attendant, la procédure mise au point pour accélérer la prise de décision – une décision par voie de procédure écrite – a été annulée. Et la prochaine date prévue pour l’adoption de la décision a été fixée au 18 février (date de la réunion des ministres des Affaires étrangères). Ce qui n’est ni plus ni moins qu’un retour à l’option prise dès le début de la mise en place de l’opération à une décision soit le 12 février, soit le 18 février. Encore faut-il avoir trouvé d’ici là le pays qui acceptera de placer rapidement deux hélicoptères pour l’évacuation médicale à Bamako…

A l’agenda de la réunion

A l’agenda de la réunion – comme les lecteurs du Club de B2 le savent déjà – figure la préparation du Conseil européen de décembre consacré aux questions de défense, la situation au Mali et au Sahel (avec la présence du général Lecointre), la Corne de l’Afrique tant sur le front de la piraterie (avec le nouveau chef d’Eunavfor Atalanta) que sur celui de la situation somalienne (avec le nouveau chef d’EUTM Somalie, le général Aherne) et les partenariats de l’UE notamment avec l’ONU.

Présidence irlandaise

H. Ladsous, le secrétaire général adjoint de l’ONU chargé des opérations de maintien de la paix, sera présent ainsi que le secrétaire général de l’OTAN, A.F. Rasmussen, qui ne loupe aucune réunion européenne. La réunion sera présidée par le ministre irlandais de la Défense (et de la Justice), Alan Shatter. La Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Catherine Ashton, est en effet absente, devant assister à la réunion du Conseil de sécurité de l’ONU à New York. Elle sera représentée par Maciej Popowski, le secrétaire général adjoint du Service diplomatique (SEAE).

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La Haute représentante fait-elle le job ?

(BRUXELLES2, humeur) Ce n’est pas la première fois que la Haute représentante, Catherine Ashton, rate son rendez-vous avec la presse. C’est vrai. Depuis trois ans, la Haute représentante trouve toujours une excellente excuse pour s’esquiver : la réunion a eu du retard, un rendez-vous important à tenir, un avion à prendre (des courses à faire peut-être ?)… Et hop, on interrompt la conférence de presse. Ce n’est pas le record cette fois. Mais 11 minutes c’est pas mal (*).

Le coulis de framboise …

C’est vrai l’apport de Catherine Ashton à la politique européenne n’est pas un sublime coulis de framboise sur une nuée de fruits frais… Pour avoir pu parcourir à l’occasion le “brief” (document résumant les questions en jeu) préparé par ses services, on peut dire qu’elle a l’art de faire d’un excellent foie gras, une épaisse bouillie pour chats. Mais là n’est pas la question. Son job est de présider la réunion des ministres des Affaires étrangères ET de venir rendre compte.

Une saine explication

La conférence de presse n’est donc pas une partie de plaisir ni une option mais une obligation attachée à la fonction. Ce compte-rendu de la réunion n’est pas destiné à satisfaire le plaisir ou l’ego des journalistes mais de permettre à travers eux, au public de prendre connaissance des décisions du Conseil. Une saine explication des méandres des décisions (ou des non décisions) est donc nécessaire. Surtout quand sont abordées, comme aujourd’hui, des questions aussi complexes que la levée de l’embargo sur les armes pour la Syrie, la stabilisation de la Somalie (le président était invité au déjeuner) ou le Mali.

Une faute professionnelle

On peut comprendre que la Haute représentante ait un agenda chargé. Dans ce cas, elle doit déléguer soit à un haut responsable du service diplomatique, soit à un autre ministre des Affaires étrangères, le soin de venir accomplir ce travail. Se limiter à répondre de façon lapidaire à trois questions (Reuters, El Arabyah, DPA) n’est donc pas une erreur mais une faute professionnelle. C’est comme l’étudiant qui ne répond qu’à trois questions sur dix à l’examen. Il est out …

Les 27 doivent être plus responsables

Le mandat de la Haute représentante arrive à échéance en novembre 2014. Mais déjà se pose la question de savoir qui va la remplacer. Les “27″ ne devront pas faire la même erreur que sur la nomination de C. Ashton en novembre 2009. Ils devront choisir soit un personnage politique d’expérience et qui a une certaine conscience de son travail (**). Ou à défaut de trouver la perle rare, il vaudrait mieux porter son dévolu sur un diplomate professionnel de haut niveau. Les ambitions que l’Union européenne affiche en matière extérieure ne permettent pas de supporter de renouveler cette erreur deux fois.

(*) J’ai parfois un peu l’impression de me répéter. Mais aussi la désagréable impression qu’en trois ans, la Haute représentante qui a cependant un salaire plus que décent – permettant de faire vivre 4 diplomates confortablement – prend des aises avec certaines pratiques qui mérite la répétition.
(**) Quand on voit comment le ministre malien des Affaires étrangères, T. Coulibaly, a assuré la même “prestation” devant les journalistes, répondant à nombre de questions, de façon souvent détaillée, ne perdant pas patience devant nos demandes (insistantes) d’explication, et continuant à répondre alors qu’une panne générale affectait le bâtiment, on se dit qu’effectivement l’Europe a encore beaucoup à apprendre.
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Les 27 réunis sur le Mali… jeudi ? Le vide sidéral de l’UE politique

(BRUXELLES2) C’est après un appel de Laurent Fabius, le ministre français des Affaires étrangères, que la Haute représentante (et vice présidente de la Commission) Cathy Ashton, a été convaincue de convoquer un Conseil des Affaires étrangères extraordinaire cette semaine pour « faire le point sur les possibles actions de l’UE en appui au Mali », comme l’indique un communiqué qui vient d’être diffusé à la presse. Celui-ci se déroulerait jeudi prochain, selon nos informations, provenant de plusieurs capitales. Soit après la réunion de la Chambre des communes qui devrait permettre de lever la réserve parlementaire britannique.

Accélérer le calendrier d’EUTM, débloquer les fonds pour la Misma et le Mali

L’objectif est ainsi d’acter un calendrier accéléré pour le déploiement de la mission EUTM ainsi que « l’assistance financière et logistique pour le déploiement de la Mission internationale de soutien au Mali (Misma) » tout comme « tout autre soutien direct au gouvernement malien pour l’aider à faire face à la situation actuelle ». Certains financements européens – au titre de la Facilité de Paix de l’Afrique comme de l’Instrument de Stabilité – doivent en effet être décidés.

Commentaire : un vide sidéral et sidérant

Aujourd’hui l’attentisme n’est plus de mise et ne doit plus l’être à Bruxelles. Alors que nombre de décisions sont en préparation, au niveau européen, l’institution politique qu’est l’Union européenne doit sortir de sa réserve politique et de cette impression d’un “vide” sidéral et sidérant.

Il parait ainsi totalement anormal alors qu’un de ses Etats membres – assisté de plusieurs autres – est engagée dans une opération militaire de première importance, dans un contexte où une bonne partie de la communauté internationale est d’accord (y compris certains pays comme l’Algérie au départ plus réticents sur une intervention française), alors qu’il y a un cadre international bien établi, on ressente une impression désagréable d’absence d’engagement de l’institution européenne.

Il est ainsi notable d’observer qu’aucune déclaration politique claire de la part de la Haute représentante ne soit venu commenter l’engagement français. Il est aussi remarquable de voir que la Haute représentante a choisi, encore une fois, l’absence. Alors qu’une réunion de la plate-forme de crise avait lieu ce lundi. Et que toute la presse attendait une déclaration, c’est juste par la voix d’un communiqué assez laconique que la réponse est venue.

Si on a nommé un Haut représentant, doté de pouvoirs plus élargis depuis le Traité de Lisbonne, ce n’est pas juste pour le plaisir d’avoir une institution de plus. Mais également et surtout pour avoir un peu de chair et d’os, un visage et une voix pour la politique étrangère européenne. Encore une fois (*), Catherine Ashton a loupé ce rendez-vous avec les Européens. C’est dommage…

Lire aussi : Réunion de la plateforme de crise sur le Mali

(*) Après Haiti, la Libye, la Tunisie, l’Egypte…

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Le cadeau de Noël de l’OTAN à la Turquie : oui au déploiement des Patriot

Allemands, Néerlandais et Américains pourraient développer des batteries Patriot en Turquie (crédit : Bundeswehr)

(BRUXELLES2) Les Alliés doivent aujourd’hui approuver la demande turque de déployer des batteries Patriot sur son territoire pour se protéger d’éventuelles attaques syriennes. Cela devrait être fait lors de la première séance de travail qui réunit les ministres des Affaires étrangères des 28 cet après-midi après le déjeuner qu’ils auront eu avec le ministre russe, Dimitri Lavrov.

Un déploiement défensif

Cette demande a le « soutien de tous les alliés » a précisé un diplomate présent à l’Alliance. Mais sous certaines conditions : « ce sera un déploiement défensif, qui ne peut soutenir la mise en place d’une no Fly zone ni d’une offensive ». Les Patriot ne devraient pas être ainsi disposés sur la ligne frontière mais en retrait. D’un point de vue pratique, il y aura « une combinaison de la localisation et de la portée qui rendra impossible une telle utilisation offensive » a-t-il expliqué alors que nous l’interrogions sur ce sujet.

Pas une opération de l’OTAN, mais une opération autorisée par l’OTAN

Ce n’est pas l’OTAN qui déploie les batteries en tant que tel. Ce sont les pays (Allemagne, Pays-Bas, USA). L’OTAN ne fait que permettre « d’utiliser ces capacités dans le cadre du plan de défense aérienne ». Ainsi la durée de déploiement, leur emplacement, le nombre de batteries et de personnel engagés dépendent de la décision de chaque État engagé. Mais comme pour tout engagement de l’Alliance, le Conseil de l’atlantique (NAC réuni en formation ambassadeurs) et commandant des forces en Europe (Saceur ou DSaceur) suivront et contrôleront étroitement ce déploiement.

Un cadeau de Noël …

Une équipe d’évaluation des pays concernés est sur le terrain pour étudier les sites les plus adaptés et les conditions de ce déploiement. Plusieurs sites sont actuellement inspectés dans le sud-est et l’est du pays, selon les médias turcs,,notamment Diyarbakir (déjà utilisé pendant la guerre du golfe), Şanlıurfa ou Malatya.

Le déploiement ne devrait pas être immédiat mais rapide. On parle au QG de l’Alliance d’un délai « de quelques semaines (entre 3 et 5 semaines) ». Les frais de déploiement sont supportés par chaque Etat engagé, selon le principe “déployeur – payeur”, et non selon un financement commun de l’Alliance. Rien n’empêche cependant au pays hote (la Turquie) de pourvoir à certains des financements. En général, tout ce qui concerne l’hébergement, la restauration et l’accueil des militaires de l’Alliance est ainsi à la charge de celui-ci.

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