Syrie

La « folie » syrienne

(Crédit: Commission européenne)

(BRUXELLES2) « 66% des réfugiés sont des enfants. On ne peut pas tourner le dos à cette tragédie, il faut agir maintenant pour éviter la perte d’une génération entière de jeunes enfants syriens ». Kristalina Georgieva, la commissaire européenne en charge de l’aide humanitaire est venue devant la presse, ce mardi (14 mai), après un voyage de 3 jours (samedi 11 à lundi 13) au Liban et en Jordanie. Ce n’est pas la première fois que la commissaire pousse un cri d’alarme. Et on craint bien que ne soit pas la dernière! Lors de son intervention, la commissaire a rappelé que le nombre des réfugiés explose et que le règlement de la crise est encore bien loin. Elle a annoncé un soutien supplémentaire financier, notamment aux pays qui accueillent les réfugiés. Même si…

Une goutte d’eau dans la mer

« Je savais, en les annonçant, que ces 65 millions d’euros ne seraient qu’une goutte d’eau dans la mer » a déclaré Georgieva à propos des fonds supplémentaires qui vont être alloués à la situation en Syrie faisant grimper le montant total Commission et Etats-membres « à plus de 800 millions d’euros, ce qui fait de l’UE le principal donateur ». Elle note que depuis son dernier voyage il y a 4 mois, « les réponses sont plus importantes mais que les besoins sont sans cesse plus importants (que ce soit) en éducation, services sanitaires, eau ».

Des réfugiés toujours plus nombreux au Liban et en Jordanie, la communauté internationale doit se réveiller

La commissaire a dénoncé « la souffrance des millions de Syriens dont la plupart sont des enfants et la pression sans cesse plus importante sur les communautés locales ». Il est « crucial » que la « communauté internationale se réveille ». La situation dans les pays d’accueil, Liban et Jordanie « s’est encore détériorée ». Les chiffres sont « extrêmement alarmants : 2000 nouveaux réfugiés chaque jour en Jordanie !». Le camp le plus important du pays Zaatari « est devenu la 5ème ville du pays » alors même que « seulement 25% des réfugiés sont dans des camps ». Le total pour les deux pays serait d’un million et demi de réfugiés, « ce qui représente 10% des populations libanaises et jordanienne ». Si le flux se poursuit, ils pourraient représenter « 20 à 30 % des populations du Liban et de la Jordanie. Je vous le demande, quel pays membre de l’UE pourrait accueillir une telle vague de réfugiés ». À cela s’ajoutent les 5 millions de déplacés internes.

Une pression dangereuse pour les pays d’accueil

« On observe une concurrence accrue pour les logements, les emplois, les prix des denrées alimentaires, les Libanais et les Jordaniens sont encore accueillants. Mais il y a déjà des conflits à certains endroits » explique la commissaire. Le processus semble impossible à circonscrire. « Il est extrêmement difficile d’arrêter cette vague d’immigration et de demander aux populations de retourner dans leur pays ». La situation est particulièrement compliquée au Liban « c’est encore pire, car il y a déjà les réfugiés palestiniens. Il y a aussi les Palestiniens qui étaient en Syrie et qui sont maintenant dans des camps insalubres où les conditions de vie sont extrêmement difficiles. (parfois) jusqu’à 9 personnes sur 2 m2 ».

Pour faire face à cette situation, « il faut aller plus loin, et financer encore plus. Je vais parler avec mes collègues à la Commission pour voir comment augmenter l’aide humanitaire mais aussi comment soutenir les communautés locales ». Sur les 1,5 milliards d’engagements de dons récoltés lors de la conférence organisée par le Koweit « bien peu ont été véritablement investis ».

Des sanctions plus ciblées

La Commissaire s’est aussi prononcée en faveur des mesures visant « à affiner le régime des sanctions pour permettre à plus d’aide humanitaire de pénétrer en Syrie » ce que réclame le Liban, « nos interlocuteurs nous disent qu’il faut continuer à aider à l’intérieur du pays pour éviter que les Syriens quittent leur pays ». « Il est clair que l’économie de la Syrie s’est écroulée » affirme-t-elle mais « il faut d’autres moyens pour soulager » faisant référence aux décisions prises sur le pétrole en avril par le Conseil des ministres des Affaires étrangères.

Un Genève 2 pour mettre fin à la “folie”

En ce qui concerne le règlement de la crise à long terme, Georgieva a plaidé pour un Genève 2, « il ne faut pas abandonner l’idée d’une solution politique, Lavrov et Kerry ont discuté du besoin de mettre en place un Genève 2, c’est tout ce qu’on a l’accord Genève ». « On se réjouit de tout effort pour mettre fin à cette folie, je dis bien cette folie ». Cette vision pessimiste est sûrement alimentée par les rencontres de la Commissaire sur le terrain, « les gens avec qui je parle, ne s’attendent pas à une solution rapide, il y a tellement de sang qui a coulé qu’amener toutes les parties à la table des négociations ne sera pas facile. J’ai rencontré un groupe de femmes qui ont, toutes, perdu des frères, des maris. Et cette question de la solution politique pour elles, est très difficile car il est difficile d’oublier »

La « folie » syrienne fossoyeuse du droit humanitaire

Georgieva a aussi appelé à « faire pression sur les deux cotés pour faire respecter les droits de la guerre. Les gens qui travaillent dans les organisations humanitaires parlent d’impunité et d’atrocités et cela mine les efforts de construction d’un droit international humanitaire. On fête les 150 ans de la Croix Rouge et en même temps cet acquis, bâti sur des morts européens, est détruit par ce qui se passe devant nos yeux et c’est sûrement la première priorité à l’intérieur du pays ».

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Des raids israéliens, des armes chimiques… Rasmussen n’a rien vu, rien entendu

Rasmussen devant les euro-députés lundi 6 mai (Crédit: OTAN)

(BRUXELLES2) Journée médiatique et européenne pour le Secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen ce lundi (6 mai) : avec sa conférence de presse mensuelle en début d’après-midi (au Résidence Palace) et une intervention devant la commission Affaires étrangères du Parlement européen. Le sujet principal de ces deux interventions était la relation UE/OTAN, dans l’optique du Conseil européen de décembre consacré à la Défense (B2 y reviendra). Mais le sujet qui occupait l’esprit des journalistes et des parlementaires était évidemment ailleurs : la situation en Syrie.

L’OTAN ne sait quasiment rien…

Tout d’abord interrogé sur les raids israéliens sur la Syrie, Rasmussen, se contente de répéter « Je suis au courant de ce que rapporte la presse mais je n’ai pas d’indications que de telles opérations aient eu lieu dans la zone où les missiles Patriot sont déployés (frontière turco-syrienne) » avant d’ajouter qu’il n’a « pas plus d’informations » et que « nous sommes concentrés sur la protection de la Turquie ».

En ce qui concerne l’utilisation d’armes chimiques, le secrétaire général reconnait que : « Oui, nous avons des indications que des armes chimiques ont pu être utilisées ». Mais – ajoute-t-il -, « nous n’avons cependant pas de détails sur les circonstances et sur qui a utilisé ces armes ». Sur l’affirmation de Carla del Ponte, membre de la commission d’enquête de l’ONU sur les violations des droits de l’homme qui dénonçait « selon les témoignages recueillis » l’utilisation par « les rebelles (d’) armes chimiques, faisant usage du gaz sarin », l’OTAN se veut circonspecte. Rasmussen a botté en touche, expliquant que « peu importe qui a utilisé ces armes, cela représente une atteinte au droit international », préférant demander à ce que les « Nations Unis puissent enquêter » sur ce sujet.

Pas d’intervention militaire

« L’OTAN n’a pas l’intention d’intervenir militairement » a déclaré Ramussen devant les parlementaires avant d’expliquer « on me rappelle souvent le succès en Libye et on me demande pourquoi on ne fait pas pareil en Syrie. Il y a une différence très claire puisqu’en Libye il y avait un mandat des Nations-Unis. La Syrie est une société beaucoup plus complexe et les interventions extérieures pourraient avoir des impacts sur la régions qu’on ne peut prévoir ». Des arguments (déstabilisation, complexité) qui cachent, en fait, une réalité : le blocage russe au Conseil de sécurité.

Une solution politique internationale

« Seule une solution politique est possible en Syrie » rappelle enfin Anders Fogh Rasmussen, plaidant pour que « la communauté internationale redouble d’efforts pour trouver une solution ». Il est « important que la communauté internationale envoie un message unique et fort à Damas. Pour l’instant ce n’est pas le cas » avant de demander que l’on s’appuie sur « le groupe d’action sur la Syrie qui avait déclaré en juin 2012, que le régime de Damas devrait entamer un processus de transition qui répondrait aux aspirations politiques du peuple syrien » et « qu’une solution politique pourrait s’appuyer là dessus ». Les questions seront nombreuses. Mais les réponses ne varieront pas d’un iota…

Commentaire (NGV) : Au delà de la discrétion et de la langue de plomb diplomatique, la position du secrétaire général de l’OTAN montre bien que la situation semble plus que jamais bloquée. Même si de plus en plus de voix surgissent pour indiquer que des armes chimiques ont “probablement” été utilisées, au fur et à mesure que semble s’étayer cette possibilité, les principaux responsables politiques cherchent à en dénier l’usage, redoutant par dessus tout d’avouer que la fameuse “ligne rouge”, fixée par Obama pour une réplique internationale – reprise aussi par plusieurs dirigeants européens (comme Laurent Fabius), a été franchie. Intervention qui aurait, de toute façon, un fondement international juridique très fragile…

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L’inexistante solution politique en Syrie

Causer c’est bien, négocier serait mieux. La visite de Kerry à Bruxelles avait aussi la Syrie à l’ordre du jour.  (crédit : Commission européenne)

(BRUXELLES2) Chacun a ce mot sur la bouche. Il faut une « trouver une solution politique au conflit » pour la Syrie. « C’est la seule voie possible » ainsi que l’a rappelé encore aujourd’hui le porte-parole de Catherine Ashton, la Haute représentante de l’UE. Une constante de la diplomatie européenne depuis le début du conflit il y a plus de deux ans… Mais aujourd’hui, on semble encore très loin.

Pas l’once d’une modalité

Ce n’est même pas la solution politique de la crise syrienne qui semble loin. Mais les modalités même de recherche d’une solution. Car, contrairement à d’autres situations internationales, il n’y a même pas l’once d’un accord sur … la façon de faire un accord. Le plus petit dénominateur commun serait la création d’un groupe de contact. C’est une formule assez rodée de la négociation internationale : on prend quelques pays proches de chacune des parties, d’autres pays un peu plus neutres, un ou deux facilitateurs. Et ensuite, on secoue, on agite. Et on cherche ensemble une solution en se réunissant à intervalles plus ou moins proches. Ca marche… plus ou moins bien, selon les crises et les moments. Mais cela permet au moins de parler et de poser les fondements d’un futur accord voire de déjouer certaines escalades du conflit.

Un “groupe d’action” qui n’a d’action que le nom

Les (non) accords de Genève il y a un an avaient bien envisagé la mise en place d’un “groupe d’action”, réunissant 12 parties (*). Mais depuis … rien. Le groupe ne s’est pas réuni de l’aveu même d’un diplomate européen. Ce n’est pas faute d’essayer. « L’Union européenne est prête ». Mais personne d’autre n’est vraiment volontaire. Malgré les déclarations, la France, le Royaume-Uni, les Etats-Unis ne veulent pas vraiment jouer le jeu de la négociation avec le régime. Certains pays y sont carrément hostiles, comme le Qatar. On est encore dans la phraséologie guerrière comme le disait Hillary Clinton il y a plus d’un an. «Le président syrien doit comprendre que ses jours sont comptés». Résultat à chaque massacre de plus, à chaque conseil des ministres de l’UE, la plupart des Etats membres se gargarisent de rechercher une solution politique ou se réfugient derrière ce mot pour refuser d’autres solutions (militaires notamment). Mais on n’avance pas d’un poil.

NB : Ce “groupe d’action” (dont le nom peut être sujet à ironie) est formé de 12 membres : les cinq membres permanents du Conseil de sécurité (USA, Russie, Chine, France, Royaume-Uni) ; les trois pays présidant aux destinées de la Ligue Arabe (Irak pour le sommet de la Ligue, Koweit pour le conseil des ministres des Affaires étrangères, Qatar pour le groupe de suivi de la Syrie) ; la Turquie ; trois organisations (Ligue arabe, ONU – représentées par leur secrétaire général – et Union européenne, représentée par le Haut représentant pour les Affaires étrangères).

Commentaire : un groupe imparfait

Ce groupe de contact a un principal défaut, il n’associe pas certaines parties au conflit (Qatar et Turquie) mais pas les autres (Iran et Liban notamment). Certes la république islamique est encore perçue souvent comme le diable. Mais comment négocier sans sa présence ? La négociation n’est pas une affaire de déjeuner amical mais d’une confrontation, autre que sur le champ de bataille. Autre défaut, on ne trouve que très peu des habituels intermédiaires, plus neutres, d’une négociation internationale. La présence d’un pays européen plus neutre (type Autriche, Suède ou Norvège voire Chypre – proche de la Syrie – ou le Luxembourg membre du Conseil de sécurité) et d’un pays asiatique (Inde ou Japon) ne serait pas superflue. Et surtout, une dynamique de réunion devrait être enclenchée, au moins entre les plus volontaires. L’Union européenne pourrait prendre le lead sur ce projet, en proposant une réunion E4 (France, Royaume-Uni, Luxembourg, Suède) +4 (Russie, Chine, USA, Japon) + 4 (Qatar, Turquie, Irak, Iran), par exemple. Ou tout autre format que nos diplomates auront trouvé. Sinon, on continuera à parler d’une solution politique, sans vraiment la tester, et seule la solution militaire s’imposera… encore plus. (maj) Dans tous les cas,  une partie de la solution se trouvera en prenant le chemin de Moscou et en reconnaissant aux Russes leur poids dans la négociation.

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Utilisation d’armes chimiques en Syrie : les pirouettes de John…

John Kerry à l’OTAN (© Thierry Monasse)

(BRUXELLES2) John Kerry, le secrétaire d’Etat américain n’a pas voulu confirmer mardi (23 avril) l’utilisation d’armes chimiques en Syrie. Lors du traditionnel échange avec les journalistes après la réunion des ministres des affaires étrangères de l’OTAN à Bruxelles, il a utilisé toutes les vieilles ficelles du politique qui veut passer à coté de la question.

Le secrétaire américain a d’abord oublié la question dans celle posée par les journalistes puis botté en touche, déclarant « Permettez-moi de dire – je suis désolé, les gars. La prochaine réunion a déjà commencé. Et je ne veux pas être impoli. Car j’ai déjà eu à être hors d’une réunion pendant une certaine période de temps. » !

Pas d’information confirmée de Nétanyahu

Relancé dans sa question par notre confrère du Washington Post, le secrétaire d’Etat a cependant consenti à ajouter un mot. « J’ai parlé avec le Premier ministre (isralien) Netanyahu ce matin par téléphone. Je pense qu’il est juste de dire qu’il n’était pas en position de confirmer ces informations. (Mais) ce n’est pas à moi de commenter de telles annonces sauf à vous dire que je ne sais pas encore ce que sont les faits ».

Ne croyez pas ce que disent les journaux… mais quand même !

Adepte de la pirouette à 3 balles, Kerry a utilisé le « vieil adage : “Ne croyez pas toujours ce que vous lisez dans les journaux.” avant d’expliquer en quoi il était gêné. « L’information que j’ai à ce moment n’est pas confirmé d’une manière où je puisse être à l’aise pour pouvoir la commenter comme un fait. Peu importe les allégations, nous devons enquêter de façon sérieuse et il est important de savoir ce qu’il se passe ».

Une ligne rouge

Mardi dans la journée, le général israélien Itai Brun, chef du département de recherche et d’analyse au sein de la division du renseignement, avait déclaré que des armes chimiques avaient été utilisées. La reconnaissance de l’utilisation d’armes chimiques est un enjeu important puisque le président Obama avait présenté l’utilisation de ces armes comme une « ligne rouge » qui changerait la donne. Reconnaitre leur usage obligerait les Etats et au premier plan les Etats-Unis à reconsidérer leurs positions sur le dossier syrien.

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Relève néerlandaise en Turquie

Une batterie Patriot déployée le 25 janvier à Incirnik (Turquie) par les forces néerlandaises (crédit : ministère NL de la Défense)

(BRUXELLES2) 115 soldats sont partis ce matin (23 avril) de la base aérienne d’Eindhoven vers Adana, la ville turque où sont implantés des systèmes de défense Patriot, a annoncé le commandement néerlandais. Ce n’est pas vraiment un renfort mais plutôt une relève après trois mois de présence des militaires néerlandais sur place. Le personnel d’Etat-Major et le personnel de soutien seront remplacés le mois prochain. Au total, 250 soldats néerlandais travaillent dans les unités de Patriot déployées dans les villes turques du sud du pays près de la frontière avec la Syrie. L’Allemagne et les Etats-Unis ont également déployé des unités, destinées à défendre l’allié turc contre d’éventuelles attaques syriennes, dans le cadre des accords de l’OTAN.

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Que les Syriens restent chez eux !

(crédit : UNHCR)

(BRUXELLES2) L’Europe ne fait pas dans la générosité. Alors que plus d’un million de Syriens ont déjà quitté le pays — surtout vers le Liban, la Jordanie et la Turquie —, ils ne sont que très peu à avoir franchi la Méditerranée. Moins de 30.000 selon les dernières statistiques publiées par Eurostat. L’Europe n’est pas à une contradiction près. Elle condamne le régime de Bachar, s’inquiète du nombre des réfugiés… comme le rappelaient encore récemment (lors du gymnich de Dublin) Laurent Fabius et son homologue britannique William Hague, dans une lettre commune pour justifier la levée de l’embargo sur les armes. Mais les accueillir, il n’y a personne ou presque parmi les Etats européens qui se mouillent !

Les visas sont donnés au compte-gouttes par les ambassades européennes. Seules la Suède et l’Allemagne ont fait un (petit) effort accueillant pas loin de 8.000 Syriens chacune. L’Allemagne a mis en place un mini-pont aérien pour accueillir quelques blessés graves dans ses hôpitaux. Pour les autres, le mot d’ordre semble être : “que les Syriens restent chez eux!”. La la France, selon les statistiques du Haut commissariat aux réfugiés, a ainsi accueilli peu de réfugiés venant de Syrie : autant à peu près (627) que Chypre (564) !

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30 blessés graves syriens rapatriés en Allemagne

Le Transall C160 qui doit transporter d’autres blessés (Crédit: Luftwaffe)

(BRUXELLES2) Un Airbus A310MRTT du ministère allemand de la Défense est revenu en Allemagne, lundi (15 avril) avec à son bord des blessés syriens. L’avion, équipé en Medevac (évacuation médicale), a transporté des blessés, issus de différents hôpitaux jordaniens, vers l’Allemagne pour qu’ils reçoivent les traitements nécessaires. L’appareil s’est ainsi posé à Stuttgart, Hambourg, Cologne et Berlin afin de répartir les patients entre les différents hôpitaux. Un autre C-160 devrait effectuer un vol supplémentaire depuis Cologne vers Wittmund, pour amener des patients à Westerstede.

Un geste d’humanité

  • Pour le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, il s’agit d’envoyer un « signal d’humanité ». « La guerre civile en Syrie a déjà fait bien trop de victimes. En accueillant ces Syriens très gravement blessés, nous souhaitons contribuer modestement à apaiser les effroyables souffrances du peuple syrien et montrer que l’Allemagne se tient à ses côtés face à sa détresse. »
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Embargo sur les armes : 20 ans après, la même erreur ?

Embargo sur les armes : 20 ans après, la même erreur ?

(BRUXELLES2) Les Européens ne semblent pas avoir tiré les leçons du passé. Et ils se retrouvent aujourd’hui en Syrie dans la même nasse dans lequel ils s’étaient trouvés pris au piège en ex-Yougoslavie. Hasard des dates, nous nous trouvons aujourd’hui à 20 ans près à la date anniversaire du siège de Srebrenica (le 11 mars 1993, le général Morillon se rend dans l’enclave). Le lent aboutissement d’un drame déjà écrit depuis deux années déjà.

Faute d’intervention militaire sur lequel chacun trouve toujours une bonne raison pour s’y opposer, la communauté européenne et la communauté internationale ont en effet imposé un embargo « général et complet » sur toutes les livraisons « d’armements et d’équipements militaires à la Yougoslavie », visant donc “toutes les parties” du conflit.

Mesure suicidaire

Cette mesure, voulue par les Européens (sous présidence néerlandaise) et les Etats-Unis (sous la présidence de G. Bush père) dès juillet 1991, validée par une résolution du Conseil de sécurité (proposée par la France), va se révéler totalement suicidaire pour les Bosniaques et les Croates. Ceux-ci qui ne disposent alors de peu de forces et d’armements par rapport au pouvoir central de Belgrade et des Serbes, doté d’un arsenal bien fourni, alimenté par les Soviétiques. Le ministre croate de la Défense d’alors, Gojko Susak critique, dans un entretien au Monde, l’attitude européenne qu’il considère injuste : « Seule, la Croatie ressent les conséquences de l’embargo sur les fournitures d’armes à la Yougoslavie. » et il demande des armes antiaérien et antichars, assurant que Zagreb ne recherche que des armes défensives, en aucun cas offensives. « Nous avons le devoir d’armer la population, de résister, d’éviter un bain de sang » explique-t-il… Des arguments qu’on peut retrouver aujourd’hui en Syrie.

Contournement de l’embargo

Dans les années 1990, plusieurs des pays pourtant à l’origine de l’embargo semblent bien décidés à le contourner, de manière plus ou moins officieuse. L’Allemagne, le Royaume-Uni, les Etats-Unis, notamment, arment Croates et Bosniaques. Les Allemands fournissent des lance-roquettes anti-chars fabriqués par MBB, les Italiens des fusils italiens à canon lisse, les Hongrois des AK 47, Des missiles sol-air américains Stinger destinés à l’Afghanistan changent de route à Chypre, etc… L’arrivée de Bill Clinton à la Maison Blanche en 1993 marque un changement d’impulsion outre-Atlantique. Le soutien américain à la reconstruction des forces croates devient un secret de Polichinelle. En 1994, les Américains se retirent officiellement du dispositif de contrôle de l’embargo mis en place conjointement par l’UEO et l’OTAN (ce qui provoque un drame au sein de l’Alliance). Et en 1995, le Congrès vote une levée unilatérale de l’embargo sur les armes à destination de l’armée bosniaque. Il faudra le veto du président pour empêcher la mesure d’entrer en vigueur.

Ces livraisons ainsi que l’envoi de formateurs conduit à des offensives successives. Les Croates commencent la reconquête du terrain perdu en Krajina en janvier 1993 ; reconquête achevée en août 1995. En octobre 1994, le 5e corps bosniaque débute une vaste offensive dans la zone de sécurité de Bihac. En juillet 1995, c’est l’offensive croate en Bosnie, poursuivie de manière concertée par les forces croato-musulmanes en septembre 1995 en Bosnie occidentale et centrale. Un cessez-le-feu est signé en octobre. Et les négociations de Dayton s’ouvrent en novembre 1995. Ce ne sera finalement qu’en juin 1996 que l’embargo sur les armes sera levé après un ultime accord sur le désarmement entre toutes les parties impliquées dans le conflit.

Une leçon…

L’utilité de l’embargo n’a jamais été vraiment évaluée ni fait l’objet d’une introspection européenne. Et pour cause ! Son résultat a été nul sur l’aggravation du conflit. Et il n’aura conduit qu’à retarder d’un ou deux ans son issue et de faire des milliers de victimes supplémentaires. De fait, si une solution politique comme les accords de Dayton a pu survenir, et mettre fin au conflit, c’est en partie grâce aux efforts de négociation. Mais c’est surtout grâce/à cause de la violation de l’embargo. Les forces serbes ont senti le vent du boulet et le son de la défaite. Les pertes successives sur le terrain les ont amené à négocier là où elles n’y étaient pas prêtes quelques années auparavant… Le paradoxe est là : la violation de la loi internationale a abouti au respect de son esprit.

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