La Finlande candidate à Weimar ? Katainen veut promouvoir la défense européenne

(BRUXELLES2) En visite à Copenhague, lundi 6 mai, Jyrki Tapani Katainen, le Premier ministre finlandais a répété combien « la Finlande était très intéressée par l’approfondissement et le développement de la coopération de défense dans l’UE. La Finlande souhaite en effet être active dans ce domaine » a-t-il expliqué aux auditeurs du Det Udenrigspolitiske Selskab (Danish Foreign Policy Society), se plaçant résolument dans la perspective du Conseil européen de décembre.

Coopération et coût du matériel

Dans son discours intitulé, Fair Europe, strong member states« , il a justifié la coopération en matière de défense notamment par le coût du matériel et « l’absence, dans la réalité, d’un marché commun de l’armement en Europe. « Il faut répartir les ressources en usant de bon sens », a-t-il justifié. Avec les ressources dont elle dispose, l’Europe ne peut pas, en effet, intervenir dans toutes les crises.

Etre dans le groupe de tête

Katainen a ainsi lancé un appel du pied aux pays du triangle de Weimar… « La Pologne, l’Allemagne et la France sont actifs pour développer l’Europe de la défense. La Finlande veut faire partie de ce groupe », a-t-il dit, avant de préciser qu’il fallait d’abord un « point de vue commun sur la direction à prendre ». Mais il a répété que la Finlande ne rejoindrait pas l’OTAN durant sa législature.

La défense, un des trois éléments de l’unité européenne

(crédit : Elysée)

(BRUXELLES2) Réunis à Varsovie, les 6 dirigeants européens en format Visegrad / Weimar (*) ont convenu comme l’a détaillé le Premier ministre polonais, Donald Tusk, à la sortie de la réunion, que « la construction de l’unité européenne (pouvait) être réalisée à l’aide de trois outils : « l’Union économique et monétaire, la compétitivité des économies européennes et le renforcement des capacités de défense européennes ». La construction de l’Europe de la Défense retrouve ainsi une place qu’elle n’avait pas eu depuis des années dans la construction européenne.

Les ministres de la Défense – réunis en parallèle – ont dans une déclaration exprimé leur volonté de renforcer leur coopération dans le domaine de la défense et d’améliorer la compétitivité de l’industrie européenne de défense. « Nous disposons d’une base industrielle commune, l’emploi et la technologie pour permettre à la défense européenne d’avoir une fiabilité suffisante » a déclaré le président français, François Hollande.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(*) De gauche à droite sur la photo : Petr Nečas (Rép. Tchèque), Viktor Orban (Hongrie), François Hollande (France), Donald Tusk (Pologne), Angela Merkel (Allemagne), Robert Fico (Slovaquie)

La déclaration de Paris du « Club des Cinq », commentée

(BRUXELLES2 à Paris) On pourrait dire « voici une déclaration de plus », « encore du blabla », « c’est de la gesticulation politique »… La déclaration de Paris adoptée, jeudi (15 novembre), par les ministres des Affaires étrangères et de la Défense français, allemands, italiens, espagnols et polonais… tient sans doute de cela effectivement.

Mais il faudrait se garder de tout amalgame, une réunion des ministres en tandem, des cinq pays les plus importants au plan européen en matière de défense (exceptée le Royaume-Uni qui ne souhaite pas le développement de cette politique européenne) n’est pas anodine en soi. Le fait qu’elle se déroule avant un conseil des ministres, et alors que la discussion budgétaire au plan européen comme au plan national s’avère très difficile.

Le message est donc un clair signal politique, à portée tout autant interne qu’européen. Il est aussi l’occasion pour les Cinq de faire des recommandations en matière de renforcement des structures, de développement d’opérations et de coordination des capacités. Voici une lecture commentée de cette déclaration que l’on peut télécharger ici.

Le message politique d’une ambition renouvelée

L’Europe veut être adulte

Cette déclaration est donc, avant tout, une marque de « volonté« . Le mot figure dans la déclaration. Et il a été répété à plusieurs reprises par les ministres du « club des Cinq » lors de la conférence de presse qui a suivi la réunion, et sur tous les tons. L’UE devrait être « apte et résolue à prendre ses responsabilités dans des régions où ses intérêts de sécurité et ses valeurs sont en jeu ». Elle doit « se donner les moyens de leurs ambitions dans le domaine de la sécurité et de la défense » précise ainsi le texte. Ce que le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, a résumé par une formule : « Nous, Européens, devons être davantage responsables de notre politique de sécurité et de politique étrangère».

Les circonstances ont changé, la crise est passée par là

C’est un constat fait partagé par tous les ministres comme l’a résumé Laurent Fabius, l’hôte de la réunion. « Le tournant américain vers le Pacifique, les menaces qui demeurent et la crise budgétaire » ont marqué les esprits. L’impératif de réalité a frappé. Il oblige à « avoir davantage d’Europe », comme le souligne Guido Westerwelle, non pas vraiment pour le plaisir mais par nécessité. « Nous avons moins de moyens à disposition et des moyens budgétaires plus limités. Dans l’intérêt du contribuable et de la politique étrangère, il est judicieux de pouvoir se concerter, de créer des synergies ».

L’heure est au pragmatisme

Les Cinq ne cachent pas qu’ils n’ont pas été parfaits dans le passé, entassant des déclarations plus ambitieuses que les autres non suivies d’effet et qui n’étaient plus en rapport avec les réelles capacités des Européens. Dans le passé, « la divergence entre objectifs fixés et réalisations concrètes était trop importante, aujourd’hui il faut être sans doute moins ambitieux mais plus pragmatique et faire des réalisations communes » a expliqué le ministre allemande des Affaires étrangères Guido Westerwelle.

Une politique industrielle

Il faut donner « travailler sur un marché commun de défense plus intégré avec des synergies et des économies budgétaires » à la clé a ainsi plaidé le ministre italien Giulio Terzi. Cette notion de politique industrielle était aussi très présente chez les ministres allemand et français de la Défense. De Maizière défendant « une politique industrielle de l’armement, le renforcement en commun de l’agence et la coordination des projets d’équipement » tandis que son homologue français Le Drian confirme. « Nous nous inscrivons totalement dans l’Agence de défense » allant faire jusqu’à s’interroger s’il ne fallait pas lui confier la réflexion sur « l‘acquisition nécessaire pour la défense anti-missiles ».

Agir à l’extérieur

Malgré tout les Européens veulent continuer à peser sur le monde.« Il y a un consensus sur la partie la plus difficile : l’engagement des forces armées, et la contribution de tous à la sécurité et à la stabilité du monde » a ajouté Pedro Morenes le ministre espagnol de la Défense. Notre dénominateur commun, a conclu Radek Sikorski, le ministre polonais des Affaires étrangères. « C’est de pouvoir agir à l’extérieur. Il ne faut pas avoir une Union européenne qui se referme mais réfléchit et s’ouvre sur l’extérieur. » Et a-t-il ajouté « nous devrons être capable de renforcer notre diplomatie par notre force militaire. De même qu’on intervient dans la Corne de l’Afrique, on devrait sécuriser notre voisinage ». Un propos qui rappelle aux intervenants que pour de nombreux pays de l’Est, la menace reste toujours à Moscou (les derniers chars russes n’ont quitté le territoire qui est celui de l’Union européenne qu’il y a 15 ans).

Les recommandations des Cinq à l’UE

La déclaration comprend une série de recommandations à la fois sur les structures, les opérations et les capacités, qui n’est pas tout à fait anodine

Le cap et les moyens

Les ministres placent également une ambition à cette politique européenne servie aujourd’hui par un Service européen d’action extérieure (SEAE).

Le cap. L’Union européenne doit agir « rapidement » et « efficacement » sur « tout le spectre » des mesures de gestion des crises , « en étroite coopération avec les organisations internationales et régionales ». Nb : il ne peut être question de faire uniquement des opérations « gentilles » mais être capable de faire du maintien de force. L’axiome d’intégration de l’action de l’Union européenne dans un cadre international et régional est répété et amplifier…

Les Structures politico-militaires. « Des structures véritablement civilo-militaires pour planifier et conduire des missions et opérations et créer une plus grande synergie entre le Service européen d’action extérieure et la Commission ». Nb : le dispositif du Traité de Lisbonne n’est pas vraiment efficace, du moins pas encore. La présence d’un haut représentant qui est aussi vice-président de la Commission européenne n’a pas produit l’effet escompté. Entre la Commission et le SEAE, il y a plus qu’une « différence de cultures », une différence d’approche, que masque mal le concept d’approche globale qui est souvent un peu la « tarte à la crème » du SEAE. Les incompréhensions et les « gaps » de financement existent encore. On peut remarquer également qu’il n’est plus question uniquement d’un centre de conduite des opérations militaires mais d’une structure civilo-militaire de conduite des opérations. Ce qui donnerait effectivement à l’Union européenne une structure originale, correspondant à son « logiciel de pensée » et qui ne pourrait se voir reprocher l’idée de doublon avec d’autres structures existantes (nationales ou OTAN). Intelligent.

Battlegroups. Il faut « être prêts à les tenir à disposition, les entraîner, les déployer et les maintenir sur le terrain ». Nb : les Cinq répètent leur « foi » dans ces groupements tactiques qui n’ont jamais servi, et surtout où on ne voit pas vraiment où ils peuvent servir. L’idée de les maintenir en réserve par exemple pour les Balkans pourrait être une idée à travailler. Au-delà du principe de « déploiement », on peut aussi remarquer que réapparait la notion de « maintien » sur le terrain. Autrement dit des Battlegroups qui ne sont pas uniquement une « force d’entrée en premier » mais une « force de présence ».

Commandement européen de transport aérien (EATC). Il doit « adapté et étendu à d’autres États membres, pourrait constituer un véritable pas en avant vers des capacités rapides et partagées de transport aérien et de ravitaillement en vol ». Nb : ce blog a été un des premiers à visiter le QG d’Eindhoven d’EATC. Et ce commandement est certainement la première capacité réellement partagée au plan européen, de façon concertée. les Cinq s’accordent ainsi sur son extension géographique (d’abord aux trois qui n’en sont pas membres : Espagne, Italie, Pologne) et matérielle (seul le transport aérien est concerné aujourd’hui, l’extension aux ravitailleurs en vol est donc attendue).

Conforter cinq terrains d’opérations

Mali : Les Cinq encouragent tous les partenaires « à contribuer à une éventuelle mission de formation en soutien aux forces armées maliennes ». Nb : Mis à part la Pologne, les 4 autres pays présents ont affirmé leur disposition à envoyer des forces dans le cadre d’EUTM Mali. Ils invitent chacun à faire un geste identique.

Libye : « se tenir prête » à « assister et soutenir les nouvelles autorités libyennes ». Nb : sur cette mission, il y a hésitation tant au sein des Etats membres que du service européenne d’action extérieure ou de la Commission. L’hésitation n’est plus permise disent les Cinq.

Balkans : « réfléchir à la façon dont l’Union européenne pourrait mieux agir sur le terrain et contribuer davantage à la normalisation de la région ». Nb : Concrètement, comme l’a rappelé le ministre italien, il faut réfléchir à ce que les Européens prennent en charge la KFOR, qui passerait ainsi du giron de l’OTAN à celui de l’UE. Avec un avantage essentiel, disposer sous une même autorité politique à la fois du renforcement de l’Etat de droit (EULEX) et des forces militaires.

Géorgie : « demeurer engagée et impliquée dans les efforts pour stabiliser et apporter une solution au conflit ».

Afghanistan : « maintenir l’engagement de l’Union européenne en faveur d’une police nationale afghane forte et efficace ».

La présence de cinq théâtres mentionnée dans la déclaration ne tient pas tout à fait au hasard : elle correspond à des zones où un ou deux Etats auteurs de la déclaration de Paris sont « pousseurs » : la France et l’Espagne pour le Mali, l’Italie pour la Libye, l’Italie (et la France) pour les Balkans, la Pologne pour la Géorgie, l’Allemagne pour l’Afghanistan.

Coordination des capacités

Les cinq plaident pour :

– une capacité de « déployer et de soutenir des opérations militaires sur des théâtres lointains et de longues périodes ». Nb : alors que le retrait d’Afghanistan s’amorce, ce qui va permettre une diminution de la charge financière et matérielle, on voit mal comment les Européens pourraient supporter un nouvel effort à court terme. Cet engagement se situe donc plutôt à moyen terme.

– mieux équilibrer le « partage du fardeau au sein de la communauté transatlantique ». Nb: on verra si cet engagement est tenu

– assurer une « meilleure coordination entre les processus nationaux de planification » des Etats membres. Nb : Ce qui représenterait une vraie valeur ajoutée par rapport aux systèmes actuels où chacun planifie, achète, et dépense sans concertation, et explique sans nul doute l’affaiblissement des armées européennes qui multiplient doublons et lacunes.

Le club des Cinq tisse ses liens

(BRUXELLES2) Les liens se tissent entre les ministres de la défense du Weimar+ (France, Allemagne, Pologne, Italie et Espagne). Alors que le Conseil des Affaires étrangères de l’Union européenne se tient le 19 avec sur leur table quelques dossiers bien chauds — Syrie, Mali, Moyen-Orient… — (détails sur Le Club) — les ministres de la Défense et des Affaires étrangères des cinq pays concernés se retrouvent jeudi à Paris, en conclave, invités par leurs homologues français, Laurent Fabius et Jean-Yves Le Drian.

Une première avant une réunion européenne

D’ordinaire, il y avait souvent des rencontres bilatérales (cf. la tournée de JY Le Drian), ou des initiatives communes ; rarement une initiative aussi complète. Cela montre que la concertation s’amorce entre ces pays. Il faudra attendre avant de dire « qu’elle s’approfondit » ou même parler de « coopération structurée ». Mais cette coopération n’est pas sans importance au niveau politique et économique, comme opérationnel. Même sans le Royaume-Uni, les cinq représentent la moitié des dépenses militaires de l’Union européenne et, surtout, presque 60% de la population européenne. Soit une quasi-majorité (si on prend en compte le principe de la majorité qualifiée) au Conseil. Ou du moins une majorité suffisante pour pouvoir impulser différemment le Conseil. Chacun sait bien aussi que demain ses moyens nationaux seront réduits. Les ministres de la Défense ne peuvent rien faire contre leurs homologues des Finances. Et la consigne est à l’économie… Ce demain pouvant être assez rapide dans quelques pays. Selon les informations communiquées à B2, le niveau d’entraînement des forces aériennes (nombre d’heures de vol par an) voire maritimes (nombre de jour de mer) semble déjà au-dessous de la norme OTAN en Italie. Et il pourrait l’être rapidement en Espagne. La coopération pourrait ainsi s’accélérer en matière d’entraînement ou de formation.

Enjeu : rétablir la confiance

L’enjeu de cette réunion est donc multiple. Il s’agit tout d’abord d’aboutir à un certain consensus entre les cinq mais surtout d’éliminer toute conflit, contradiction, voire irritation. En arrivant groupés, les cinq ont plus de chance de l’emporter. On sait ainsi que certains partenaires ont été, particulièrement, vexés de la tournure prise par l’alliance franco-britannique, notamment les Italiens et Allemands, mais aussi les Polonais. Une irritation d’autant plus sensible que la question des coupes budgétaires atteint aujourd’hui durement les budgets de défense, notamment en Espagne ou en Italie.

Lire aussi :

La relance nécessaire du triangle de Weimar

(crédit : ministère polonais de la Défense)

(BRUXELLES2) Poursuivant sa tournée européenne, Jean-Yves le Drian était lundi (23 juillet) à Varsovie pour rencontrer son homologue Thomas Siemoniak. Objectif – comme l’ont rappelé les deux ministres : « relancer la coopération et le dialogue entre les pays du Triangle de Weimar« .

Une coopération qui a, pour l’instant, conduit – selon nous – à beaucoup de positionnements politiques mais peu de résultats. Un bon papier commun, des prises de position parfois communes, parfois non (cf. Libye, sommet de l’OTAN…), mais qui n’a pas encore totalement imprimé sa marque au niveau européen, comme elle le devrait. En bref, du bon blabla, quelques conséquences mais pas à la hauteur de la crise rencontrée.

Budget + Menaces = Coopération plus active

Jean-Yves Le Drian semble conscient de cet état de fait même s’il ne l’avoue pas publiquement. Et à Varsovie, il a entendu sonner le gong. « Le renforcement de la défense commune européenne est une question inévitable ». Y poussent particulièrement « les contraintes budgétaires et l’obligation de développer les capacités voulues ». « Etant donné la multitude de nouvelles menaces, l’étape appropriée est maintenant d’activer la coopération dans le Triangle de Weimar » a-t-il expliqué lors de cette rencontre. Son collègue des Affaires étrangères Laurent Fabius, en visite à Varsovie quelques jours après, a enfoncé le propos devant les ambassadeurs polonais, expliquant la nécessité de l’Europe de la défense, (lire : Fabius défend la relance de la défense européenne. Une priorité pour la France). Différents sujets ont été abordés : les exercices à venir, les achats, le battlegroup (voir ci-dessous), mais aussi selon nos informations les dernières conclusions du sommet de l’OTAN (et le refus de la France de renforcer le financement commun de l’alliance atlantique), l’Afrique (et la situation au Sahel notamment) et le Kosovo (où les deux pays ont retiré leurs forces de police de maintien de l’ordre, ce qui pose quelques problèmes aux chefs de mission Eulex et de la Kfor).

La défense du territoire

Avis identique mais avec une optique différente coté polonais. Pour le ministre polonais de la Défense, ce triangle de Weimar est un vecteur non seulement important au niveau de l’UE mais aussi de l’Alliance atlantique. « Cette coopération revêt un potentiel important, essentiel pour la mise en œuvre des propositions de politiques spécifiques au sein de l’UE et l’OTAN » a déclaré Siemoniak. La France participera ainsi, avec plus de 1000 soldats, à l’exercice Steadfast Jazz 2013. Un point important pour les Polonais car il s’inscrit dans le cadre de la « mise en œuvre de l’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord ».

Les achats : le (nouveau) nerf de la « guerre »

La coopération franco-polonaise pourrait aussi aborder la question des achats des armées. Ainsi une réunion bilatérale va être organisée prochainement réunissant des spécialistes des deux bords – délégation générale de l’Armement, côté français (de la France – les représentants de la Direction de l’armement, du côté polonais – Sous-secrétaire d’Etat à la modernisation et les bras).

L’ annonce d’un battlegroup de Weimar

Un « battlegroup » dit de « Weimar » sera « mis en place d’ici à 2013 » ont annoncé les deux ministres, groupement tactique « qui pourrait servir d’exemple de coopération à l’échelle européenne ».  Cette initiative sera effectivement une occasion « grandeur nature » de tester aussi l’interopérabilité des armées. Mais de là à présenter cette mise en place comme un résultat de la rencontre, il y a un pas que les politiques peuvent franchir; mais pas les journalistes… La planification de ce « battlegroup » regroupant Français, Allemands et Polonais au 1er semestre 2013 est connue et prévue dans les instances européennes… depuis au moins 4 ans ! Le document de planification datant de mai 2008 que j’ai pu retrouvé dans mes archives en témoigne… Et l’officialisation de cette coopération avait été déjà faite en juillet 2011 (au début de la présidence polonaise de l’UE) – lire : Accord sur le Battlegroup de Weimar. Quant au planning d’entraînement, il a déjà commencé… Et les lecteurs de ce blog en connaissent les principaux tenants depuis plusieurs mois déjà ! Lire : Le battlegroup Weimar à l’entraînement. L’organigramme diffusé à l’époque…

Lire aussi :

Le battlegroup Weimar à l’entraînement

(BRUXELLES2) Les choses sérieuses commencent pour les Français, Polonais et Allemands qui prendront l’astreinte « battlegroup », la force de réaction rapide de l’Union européenne, le 1er janvier prochain, pour six mois. Le programme d’entraînement a été communiqué à leurs homologues.

Ce sont les Polonais qui fourniront l’essentiel de la force et le PC de la force (FHQ). Tandis que le quartier général de l’opération sera situé au Mont-Valérien (France, près de Paris). L’exercice de certification des forces polonaises aura lieu lors de l’exercice « Wyzwanie 12 ». La certification du FHQ aura lieu lors de l’exercice « Common Challenge » à Wedrzyn (Pologne). Une  formation sur le terrain aura lieu en septembre 2012 à Bergen (Allemagne). Et l’exercice logistique (du 8 au 12 octobre ) Garlstedt, en Allemagne). Certaines lacunes ont été constatées en matière de purification de l’eau, de transport et stockage des containers d’eau, ou de transport stratégique.

On peut noter que c’est le battlegroup franco-belge-luxembourgeois qui est d’astreinte ce semestre. Deux groupes prennent le relais au 1er juillet pour le 2e semestre : l’un mené par l’Italie (avec les Slovènes et Hongrois), l’autre par Allemagne (avec les Autrichiens, Tchèques, Irlandais, Croates et Macédoniens). Les « Weimar » seront seuls au 1er semestre 2013. Tout comme le groupe nordique emmené par les Britanniques au second semestre.

Lire aussi :

Les 27 à la recherche d’un compromis sur le centre d’opérations

Alain Juppé (Fra) et Guido Westerwelle (All) (crédit : Thierry Monasse)

(BRUXELLES2 – Conseil des ministres de l’UE) Les ambassadeurs du COPS – le comité politique et de sécurité – sont toujours à la recherche d’un accord sur les conclusions des Ministres des Affaires étrangères concernant la politique européenne de défense (PSDC). Le diner hier (30 novembre) entre ministres de la Défense et Affaires étrangères n’a pas, en effet, permis d’aboutir à un accord. Et les discussions ont repris ce matin, au niveau des ambassadeurs. « Nous les voyons tourner dans les couloirs du conseil » m’a confié un diplomate européen. Et çà discute tout azimut. Des discussions bilatérales informelles sont aussi prévues au niveau de certains ministres. Ainsi une rencontre bilatérale entre le ministre italien des Affaires étrangères et son homologue britannique doit avoir lieu.

L’enjeu : activer le centre d’opérations

Tout l’enjeu de la discussion tourne maintenant non plus sur la mise en place d’un quartier général permanent des opérations. Les partisans de cette avancée (les « Weimar » notamment) ont pris acte du veto britannique et ont renoncé. En échange, ils voudraient bien avancer sur l’amélioration du système existant et notamment l’activation du centre d’opérations existant (OpsCenter dans le jargon). Mis en place depuis 2004, l’OpsCenter n’a jamais été utilisé. La salle prévue à cet effet est prête. Tout le matériel aussi, prêt à l’emploi, du moins théoriquement. Les ordinateurs dans un carton, sur la table ou dans le couloir. Le personnel de l’Etat-Major est prêt à cette option (s’il est renforcé le cas échéant par quelques experts nationaux). Mais voilà, depuis 7 ans, les Etats membres ne sont jamais parvenus à un accord de déclenchement de cet outil, préférant activer un des cinq quartiers généraux (OHQ) mis en place au niveau national (*).

A la recherche d’un accord sur un langage commun

Le projet de conclusions du Conseil avait, en effet, prévu (dans son paragraphe 32) trois éléments de langage différents, plus ou moins précis : 1) le déclenchement du centre d’opérations – « selon les termes de référence » pour les nouvelles opérations, 2) le déclenchement du centre d’opérations pour la mission EUTM Somalia et la future mission dans la Corne de l’Afrique, 3) la possibilité de déclenchement dès que possible. Mais aucun accord n’était encore atteint en fin de matinée. D’un coté, les Français (avec les « Weimar ») en font un point d’honneur et ne démordent pas de voir ce centre d’opération activé, de l’autre les Britanniques – aidés des Lettons et de quelques autres – en font une question idéologique inverse et le refusent totalement. Et chacun essaie de gagner des partisans à sa cause.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(*) Northwood (UK), Suresnes Mont-Valérien (France), Potsdam (Allemagne), Rome (Italie), Larissa (Grèce). Actuellement seul l’OHQ de Northwoord est en fonction (pour l’opération anti-piraterie EUNAVFOR Atalanta). L’OHQ de Rome a été utilisé pour l’opération morte-née Eufor Libya. L’OHQ du Mont-Valérien pour l’opération EUFOR Tchad (2008) et l’opération Artémis Congo (2003). L’OHQ de Potsdam pour l’opération Eufor RD Congo (2006)

Trois projets concrets pour les « Weimar »

Le Boxer allemande (crédit : Bundeswehr)

(BRUXELLES2 à Varsovie) Trois thinks tanks se sont regroupés pour présenter des propositions pour la coopération en matière de défense dans le cadre du triangle de Weimar (France, Allemagne, Pologne). Jean-Pierre Maulny (IRIS), Marcel Dickow et Hilmar Linnenkamp (SWP), et Marcin Terlikowski (PISM) viennent de publier « Weimar Defence Cooperation – Projects to Respond to the European Imperative » Document qui a fait l’objet d’une discussion à Varsovie lundi (14 novembre). Ces trois centres de recherche ont voulu montrer trois projets concrets – hors ceux déjà engagés (comme les hélicoptères) – qui permettraient aux trois pays d’unir leurs efforts, à court, moyen ou plus long terme. Une initiative que je trouve très intéressante car loin des analyses générales, elle s’attache à trouver des projets concrets, à mettre en oeuvre plus en rapidement.

Le renforcement des battlegroups est le premier d’entre eux

La création du Weimar Battlegroup à titre semi-permanent serait efficace, selon eux. Avec une spécialisation des fonctions : le soutien médical aux Français, la logistique aux Allemands, le système C3 (commandement, contrôle et communications) resterait effectué en coopération. Mais le but du trio de Weimar est d’avoir « des éléments intégrés pour bâtir graduellement une architecture C3 commune » dans le cadre du projet « battlegroup Plus ». On pourrait même envisager – explique un officiel polonais – que le commandement du FHQ à Ulm soit quasi-permanent. Les auteurs estiment que cette coopération devrait être supportée par un « petit secrétariat ».

2e projet : une plateforme commune pour les avions sans pilote (MALE)

Projet d’avenir mais sensible quand on sait que les Français et Britanniques ont commencé une coopération sur le sujet. Mais l’utilité d’un UAV ne saurait se limiter aux aspects militaires. Il pourrait aussi être utile dans la sécurité : surveillance des frontières notamment (une étude de concept est déjà engagée sur ce point à l’agence européenne de défense) ou reconnaissance lors de catastrophes naturelles ou technologiques (on pense à l’accident nucléaire de Fukushima). Les « Weimar » pourraient introduire un projet de recherche commun dans le cadre des projets de catégorie B de l’agence européenne de défense.

3e projet : les blindés.

Sujet aussi épineux. On comptait jusqu’à peu 23 projets différents pour 27 Etats membres. Autant dire une pléthore qui ne pourra pas durer éternellement. Les Allemands veulent acheter le Puma, la France a développé le VCBI et la Pologne veut remplacer ses BMP1 post-soviétiques par un nouvel AFV. Mais personne ne semble vouloir renoncer à ce qui pourrait faire son industrie de demain. Le « terrestre » est un sujet auxquel tiennent les Polonais qui ont, eux aussi, une industrie qu’ils voudraient bien préserver. Là aussi il y a une opportunité, estiment les auteurs de la note. Le temps du « je peux le faire tout seul » paraît révolu. Les gouvernements du triangle de Weimar devraient proposer l’établissement d’un groupe de coordination stratégique sur les véhicules blindés, estiment les auteurs de la note.

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Le club des 5. Espagne et Italie rejoignent le trio de Weimar sur le QG européen

(BRUXELLES2) Les ministres italien et espagnol des Affaires étrangères ont profité de la réunion informelle à Sopot (Pologne) pour annoncer qu’ils se ralliaient à la proposition franco-germano-polonaise de développer un QG européen autonome pour conduire les opérations militaires européennes de maintien de la paix. Cette nouvelle lettre – signée de 5 ministres (le club des 5)- demande à Catherine Ashton, la Haute représentante de l’UE, de « créer des structures communes dans le domaine de la défense et de sécurité commune ». Une position qui a été prise après l’échec des discussions entre les 27 et du veto britannique posé à la mise en place de ce QG.

Venant de pays comme l’Italie et l’Espagne qui ont généralement soutenu le développement d’une politique européenne de défense – la première se situant davantage pour l’instant dans la parole et la seconde dans les actes – ce n’est pas une surprise. Mais c’est une pression accrue, politique, pour la mise en place de ce QG. D’autres ralliements pourraient suivre ainsi. Il faudra alors compter ceux qui veulent vraiment de ce QG et ceux qui ne le veulent pas. Puis passer à une seconde phase plus juridique avec la mise en place de ce QG. On ne peut, cette fois, prétexter un manque de base légale ; il y a un certain nombre de dispositifs le permettant (accord ad hoc, coopération renforcée, coopération structurée permanente). Quant à la soi-disant concurrence avec l’OTAN, tout le monde sait que c’est une excuse bidon.

Lire également :

Pooling and sharing : faut-il un eurogroupe des budgets de défense ?

(BRUXELLES2 à Paris) Le pooling and sharing n’est pas une option mais une obligation comme l’a rappelé l’organisateur du séminaire organisé à Paris dans le cadre des « rencontres de Weimar ».

Un défi sans alternative

« L’ère de la défense gratuite ou par délégation est terminée. L’Europe doit assurer sa propre sécurité. C’est clair. C’est un défi sans alternative. » D’autant que des menaces subsistent, voire réapparaissent. « L’illusion de l’absence de menaces à nos frontières née de l’après guerre froide s’efface et l’existence d’une menace paraît de moins en moins improbable » a constaté Michel Miraillet de la Direction des affaires stratégiques du ministère (français) de la Défense. Il faut donc inventer de nouveaux instruments, de nouveaux réflexes pour faciliter la coopération entre les Etats membres.

L’époque de la dépense à gogo, c’est fini

Les budgets de défense ont, en effet, reculé de 45 milliards d’euros ces deux dernières années. L’Allemagne est contrainte à une économie de 8,3 milliards d’euros et une diminution d’effectifs de 40% d’ici 2014. Le Royaume-Uni diminue son budget de 8% sur quatre ans et une diminution d’effectifs de 40.000 personnes. La France doit économiser 3,5 milliards pour 2010 et 54.000 personnes en moins d’ici 2014. Ce sont les budgets de recherche et technologie qui ont le plus souffert. Ils ont diminué de 200 millions d’euros et atteignent aujourd’hui 2,3 milliards d’euros au sein de l’Union européenne. Ils ont diminué de 4 fois plus que l’ensemble des budgets de défense. « On hypothèque ainsi notre avenir en matière de recherche et technologie. Bientôt, on sera condamnés à acheter du Made In China » estime un participant au séminaire. 

Objectif majeur : éviter la perte d’un savoir-faire

Le pooling and sharing, c’est donc d’abord l’occasion de sérieuses économies. Selon Nick Whitney (ex chef de l’agence européenne de défense et chercheur à l’ECFR), le coût de la non-coopération représente « entre 15% à 30% des budgets ». Contrairement aux idées reçues, c’est aussi le seul moyen d’éviter la perte d’un savoir faire. « A force de ne pas coopérer, les nations européennes ont déjà perdu des pans entiers de leur capacité (transport stratégique, ravitaillement en vol, surveillance…). » explique un des participants au séminaire. « C’est un formidable levier pour le maintien de capacités nationales » L’exemple récent souvent cité lors de ce séminaire est celui de la Royal Navy qui en envoyant ses pilotes « marine » sur le porte-avion Charles de Gaulle, en attendant la disponibilité de son porte-avions… en 2020, permet de sauvegarder toute une fonction. Mais on a pu aussi entendre le récit des expériences grecques (menées en commun avec l’Albanie, la Bulgarie, la Macédoine/Fyrom, la Croatie et la Hongrie) ou italiennes en matière de soutien médical. Enfin, au plan industriel, on sait que les seuls marchés nationaux « ne suffisent pas d’autant plus que les cloisonnements et les obstacles persistent à l’intérieur des Etats et entre eux ». Malgré tout, il reste des obstacles. Et les Etats ne coopèrent toujours pas vraiment entre eux. « Seules 20% des dépenses de défense des Etats membres sont aujourd’hui réalisées en coopération. »

La souveraineté, habile prétexte au refus de la coopération

Des blocages importants subsistent néanmoins pour partager ou mutualiser les capacités  : des obstacles normatifs – normes de maintenance, d’entrainement -, réglementaires – comme les clearances diplomatiques ou les caveats – ou culturels – certains militaires refusent de se faire soigner en opération par un médecin d’une autre nationalité ! Si les capacités d’engagement ou de combat continuent souvent d’être perçues « comme difficilement partageables ou mutualisables », au nom de la souveraineté nationale, perçue dans nombre de pays comme une « ligne rouge », c’est aussi le cas de nombreux autres domaines où l’impact de la souveraineté est relativement limité comme la formation, l’entraînement, la logistique. Dans tout cela, avouons-le. « Le prétexte de la spécificité militaire – souvent élégamment habillé derrière l’argument de la souveraineté – est trop souvent un artifice prêt pour préserver des rentes de situation ».

Vers un eurogroupe des budgets de défense et une conférence de génération de forces

Les participants au séminaire ont développé une série d’idées qu’on peut résumer ainsi :

  • Soutenir le développement de coopérations à géométrie variable sur une base géographique (groupe de Visegrad, Etats baltes) ou/et thématiques (EATC, surveillance maritime, soutien médical…) ;
  • Favoriser une concertation politique à haut niveau « méthodique et régulière » sur l’évolution des budgets de défense » afin d’éviter l’émergence de trous capacitaires européens, genre un « Eurogroupe des budgets de défense » ;
  • Lancer un appel à contribution avec organisation d’une conférence de génération de forces à l’automne ;
  • Développer la fonction « conseil » au sein de l’Agence européenne de défense et accélérer le travail sur les facilitateurs de coopération ;
  • Rédiger un code de bonne conduite permettant « d’identifier les bonnes pratiques », sans incidences financières.

Le pooling and sharing : ce n’est pas automatiquement facile

(BRUXELLES2 à Paris) Le séminaire organisé par la France, à la veille du 14 juillet, était le troisième de la série des séminaires de « Weimar » (le premier organisé par l’Allemagne portait sur l’OHQ, le second par a Pologne sur les battlegroups). L’assistance était nourrie et intéressée. Et certaines prises de parole « décoiffaient ». On n’est cependant pas encore entré au stade des réalisations. Mais il y au moins une certaine prise de conscience que les armées et les ministères de la Défense vont devoir, plus que jamais, travailler ensemble. « L’opération en Libye l’a démontré » explique un haut gradé. « Certains déficits européens apparaissent très clairement. » Ils étaient déjà existants depuis des années — le ravitaillement en vol, l’ISR (reconnaissance). Ils n’ont toujours pas été solutionnés.

Coopérer : une crainte partagée

Pour autant, le pooling and sharing (partage et mutualisation) n’est pas la panacée évidente. Pour les Etats et les armées, il existe certaines craintes de retombées négatives (pertes d’emploi…), de limitations en opérations (les cavets), etc. Des « choix difficiles doivent être fait sur l’engagement commun ». Cela suppose également une volonté politique qui existe au-delà des rapprochements d’ordre économique ou technique qui puisse transcender les difficultés. « Une telle démarche emporte également l’obligation d’un partage de vision politique dans une longue durée, d’une très longue durée même, qui implique une confiance entre partenaires et une vision partagée des intérêts de sécurité ».

Des domaines partageables

Si le pooling peut être mis en place rapidement, le sharing plus exigeant ne peut s’opérer que dans certaines domaines, bien limités, avec quelques partenaires En matière de partage, il y a des domaines qui sont évidents et peuvent être mis en oeuvre « assez rapidement. Par exemple : la formation, le maintien en condition opérationnelle (comme le suivi configuration matériels, des contrats de maintenance), le renseignement (partage d’informations satellitaires ou provenant des drones), les communications… Dans la deuxième catégorie, on trouve le soutien pétrolier sous toutes formes (air, terre, mer), les applications NRBC (avec la possibilité d’usage dual), le train logistique (aérien, maritime, terrestre), le soutien médical (sous diverses déclinaisons). »

En bref, comme le précise ce haut gradé : « Les perspectives existent, la marge de progression est évidente. Que chaque armée fasse une proposition. »