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Attentats de Paris. Une nuit en Europe et ailleurs aux couleurs françaises

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Le mur des lamentations à Jérusalem (crédit : Israel)

(B2) Dans toute l’Europe et ailleurs dans le monde, de nombreux monuments officiels ou symboliques se sont illuminés aux couleurs tricolores cette nuit de samedi à dimanche, en hommage aux victimes des attentats de Paris du 13 novembre 2015, au Bataclan, au Stade de France, sur les terrasses et les rues du 10e et 11e arrondissement. Un hommage visuel qui a sans doute autant de poids que les mots.


Sources : Ministères des Affaires étrangères (Allemagne, Albanie, Finlande, Fyrom, Israel, Lituanie, Montenegro, Pologne, Slovaquie, Ukraine)

 

Entrainement du 845 Naval Air Squadron en Jordanie, aout 2013 (crédit : armée britannique)

Syrie : l’Europe dans les choux

Entrainement du 845 Naval Air Squadron en Jordanie, aout 2013 (crédit : armée britannique)

L’Europe se perd un peu dans le nuage du conflit syrien. Hélicoptère du 845 Naval Air Squadron en entrainement Jordanie, aout 2013 (crédit : armée britannique)

(BRUXELLES2) L’Europe se rêvait acteur de son voisinage, active dans la recherche d’une solution politique, elle s’en retrouve spectateur, observant les échanges de part et d’autres. La crise syrienne – et des armes victimes – pourrait ainsi bien faire, par ricochet, après le gouvernement britannique (voir ci-dessous), une seconde victime politique, l’Union européenne. Face à une possible intervention en Syrie, par la voix des armes, les Européens sont divisés. Cela n’est pas une nouveauté. C’est même une évidence.

Une divergence structurelle

De façon structurelle les opinions divergent. Il aurait même été étonnant… s’il en avait été autrement. Sur l’usage de l’armée comme sur la possibilité d’opération extérieure, les Européens n’ont pas la même histoire ni la même approche, stratégique et politique. Sur la question du Moyen-Orient, idem. Mais, ce qui parait étonnant est la lenteur du process de réflexion et de décision dans un moment particulier, alors que va se tenir un sommet européen, en décembre, consacré à la défense.

Un des enjeux politiques de l’année

Il va être (très) difficile d’expliquer à l’opinion publique comme aux responsables politiques que l’Europe réfléchit à sa défense, au pooling and sharing, à son rôle de stabilisation dans le monde, au risque de terrorisme, etc. alors qu’elle est incapable de se mettre en position commune de défense sur un des évènements les plus sanglants et les plus longs qui se produit à ses frontières, depuis une vingtaine d’années. La question naturelle qui viendra immédiatement à l’esprit sera : à quoi cela sert-il ? est-ce à la hauteur des enjeux ? Honnêtement, il est difficile d’y répondre.

Un risque sérieux dans un voisinage proche

Il y a là une sorte d’irresponsabilité politique fâcheuse et de manque de volontarisme et d’initiative notable. Ce n’est pas tout à fait inédit. Mais cela pose problème. Car la Syrie se situe dans les pays du voisinage. A regarder une carte, elle est d’ailleurs aujourd’hui à la même distance de ses frontières qu’était la Yougoslavie dans les années 1990.

Certes le risque d’une déflagration est important. Mais il l’est autant avec une action militaire que sans ! L’Union européenne peut en subir des conséquences directes, que ce soit par une vague de réfugiés, une augmentation de la menace terroriste… sans compter les valeurs morales et politiques qu’elle défend…

La position européenne – la solution politique avant tout, pas de solution militaire – est fondée et tout à fait à soutenir. Mais dans cette acceptation, il faudrait y mettre des moyens et s’activer de façon à la fois discrète mais aussi ouverte. La diplomatie c’est bien. L’efficacité c’est mieux. La visibilité c’est nécessaire.

Un process de réflexion très lent

Or la lenteur de mise en place d’une réaction européenne est notable. La première réunion des ambassadeurs sur la question ne l’a été que vendredi (30 août), soit très tard ! Et encore, d’après les informations que j’ai pu recueillir, il s’agissait juste d’un échange entre les ambassadeurs sur la situation. Le sujet n’a pas encore passé la porte des Ministres

Les ministres des Affaires étrangères étaient certes réunis en urgence, le 21 août, au moment même où a été révélé l’usage d’armes chimiques dans la banlieue de Damas. Mais ne se sont pas saisis de la question, hormis quelques déclarations ou discussions en marge dans les couloirs. Mais l’objet principal de la réunion était … l’Egypte (à fort juste titre également).

Le point de l’usage des armes chimiques en Syrie n’est même pas encore mis officiellement à l’ordre du jour de la réunion informelle des ministres de la Défense suivie de celle des ministres des Affaires étrangères qui a lieu dans quelques jours à Vilnius (Lituanie) ! La réunion n’est que « informelle » et il « ne faut pas entendre de conclusions » explique-t-on dans l’entourage de la Haute représentante. Aucune réunion décisionnelle des ministres n’a été programmée sur le sujet et encore moins des chefs d’Etat et de gouvernement.

Pas de réponse aux questions posées

Quand les Européens disent soutenir et vouloir une solution politique, on ne sent pas vraiment une poussée dans ce sens (à l’image d’un pack de rugby). Et on a comme l’impression que c’est une solution pour botter en touche à la question posée. Après l’usage des armes chimiques, 2 millions de réfugiés et plus de 100.000 morts, que fait-on ? Utilise-t-on, ou non, les moyens militaires ? Si oui, comment ? Si non, que fait-on ? On attend le cap des 200.000 morts et 4 millions de réfugiés ?

    L'Europe n'entend pas montrer sa force. Ici, entrainement des soldats britanniques du 845 Naval Air Squadron en Jordanie aout 2013 (crédit : Armée britannique)La défaite britannique

Auparavant personne ne doutait de l’engagement britannique sur le terrain militaire de façon générale, et particulièrement en Syrie. Londres était un des plus durs sur cette position pronant des livraisons d’armes aux opposants. Il va falloir désormais tenir compte d’une certaine friabilité du pouvoir qui voit sa capacité d’intervention bridée et l’empêchant de tenir ses engagements politiques. Londres n’est plus l’allié sûr à 100% de Washington et devient un soutien solide mais « sans participation ». A l’image de Berlin… Laissant à Paris seule le rôle d’allié sûr des Américains. Une double défaite pour le gouvernement Cameron.

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