(Opinion) Armes nucléaires en Europe : une initiative diplomatique de l’UE est nécessaire

(B2) Quatre eurodéputés des Verts — Michèle Rivasi (France, co-fondatrice de la CRIIRAD, Tilly Metz (Luxembourg), Molly Scott Cato (Royaume-Uni) et Thomas Waitz (Autriche) — lancent un appel, « Pour une Europe, et un monde sans armes nucléaires! »

Molly Scott Cato, Tilly Metz et Michèle Rivasi, sur la piste d’aviation de Kleine Brogel, après avoir pénétré sur cette base militaire belge située non loin de la frontière avec les Pays-Bas (crédit : Verts – Blanc/Cramer)

Une initiative diplomatique de l’UE nécessaire…

L’Union européenne doit de toute urgence proposer une initiative diplomatique de désarmement nucléaire, ouverte à tous les acteurs souhaitant entamer une désescalade nucléaire, afin de mettre un terme à une course aux armements qui pourrait être très préjudiciable à la sécurité, à la stabilité et à la paix en Europe. Cela est particulièrement pertinent à un moment où le Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI) est mis à mal par les présidents Trump et Poutine.

… pour assurer la médiation entre USA et Russie

L’UE doit être en mesure d’engager un processus de médiation entre les États-Unis et la Russie pour utiliser de manière urgente les six mois à venir du traité INF. Les Européens doivent engager, sous les auspices de la Commission spéciale de vérification du Conseil de sécurité des Nations unies ou d’autres instances compétentes, un examen urgent des plaintes et une aide pour déterminer les prochaines étapes amenant les parties à se conformer pleinement aux exigences et assurant que le traité ne soit pas sujet à d’autres violations ou atteintes.

Pour être crédible, l’Europe doit montrer l’exemple

Nous croyons que l’Europe doit montrer l’exemple pour être crédible et faire progresser un monde exempt d’armes nucléaires auquel tous les États européens doivent s’engager. Nous voulons un continent européen exempt d’armes nucléaires entre l’Atlantique et l’Oural. Dans cette zone, nous voulons le retrait et la destruction de toutes les armes nucléaires, qu’elles soient américaines, russes, françaises ou britanniques.

Mettre la question du désarmement nucléaire au cœur de l’agenda européen

Au niveau mondial, l’UE devrait jouer un rôle de paix proactif et crédible et lancer des initiatives pour faire progresser le désarmement nucléaire et le contrôle des armements. C’est la raison pour laquelle nous avons décidé d’agir pour alerter l’opinion et mettre cette question du désarmement nucléaire au cœur de l’agenda européen.

Trois revendications

Les eurodéputés expriment trois revendications supplémentaires

1. Le retrait des bombes nucléaires américaines stationnées en Europe

Nous exigeons le retrait des bombes nucléaires américaines stationnées à Kleine-Brogel (Belgique), mais aussi en Italie, Pays Bas et Allemagne et parallèlement, le retrait des armes nucléaires tactiques russes de la partie occidentale de la Russie, notamment les missiles Iskander et 97M729.

Dans l’Union européenne, la France possède 300 armes nucléaires et le Royaume-Uni, 215. En outre, quatre États membres possèdent des armes nucléaires américaines: la Belgique, l’Allemagne, l’Italie et les Pays-Bas. Les bombes USA B61 des années 1990 présentes en Belgique peuvent atteindre 340 KT, soit 23 fois la puissance d’Hiroshima. La Russie possède des armes nucléaires tactiques dans l’ouest du pays, des missiles Iskander à capacité nucléaire à Kaliningrad et un bataillon avec son nouveau missile 97M729 dans la région d’Ekaterinbourg.

Constatant que les armes nucléaires constituent toujours l’une des plus grandes menaces pour la planète, nous appelons l’Europe à devenir un continent qui ne participe plus à la stratégie de guerre nucléaire en refusant le dépôt d’armes nucléaires sur le sol européen. Le retrait de toutes les armes nucléaires tactiques d’Europe serait un premier pas important qui montre que les obligations en matière de désarmement nucléaire en vertu du Traité sur la non-prolifération sont prises au sérieux. Nous voulons une zone exempte d’armes nucléaires entre les montagnes de l’Atlantique et de l’Oural.

2. Signer et ratifier le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires

Nous demandons instamment aux États membre de signer et ratifier le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires. Ce traité des Nations unies a été ouvert à la signature le 20 septembre 2017 et a été signé à ce jour par 70 États dont 21 États sont devenus parties par ratification.

Dans l’Union européenne, l’Autriche l’a signé et ratifié et l’Irlande qui l’a signé va probablement le ratifier dans les prochains mois. Il est maintenant grand temps que tous les États membres rejoignent d’urgence l’Autriche et l’Irlande et signent et ratifient le traité.

Signer et ratifier signifierait que la France et le Royaume-Uni engageraient un processus menant à la destruction de tous leurs arsenaux nucléaires, y compris des activités connexes, et que l’Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas et l’Italie cesseraient de participer aux accords de partage nucléaire de l’OTAN. Le désarmement ne met pas notre sécurité en péril mais, au contraire, la protège en renforçant le régime de non-prolifération.

3. Faire de l’Europe une zone exempte d’armes nucléaires (ZEAN)

Nous voulons que l’Europe devienne une Zone exempte d’armes nucléaires (ZEAN) (1) afin de devenir un acteur crédible pour un monde sans armes nucléaires. Le zéro global est notre objectif ultime. Les Nations unies définissent une zone exempte d’armes nucléaires comme un accord qu’un groupe d’États a librement établi par un traité ou une convention interdisant l’utilisation, la mise au point ou le déploiement d’armes nucléaires dans une région donnée et disposant de mécanismes de vérification et le contrôle nécessaire pour faire respecter ses obligations, ce que l’Assemblée générale des Nations unies reconnaît comme tel.

(Michèle Rivasi, Tilly Metz, Molly Scott Cato et Thomas Waitz)

  1. Six zones ZEANs ont été jusqu’ici officiellement reconnues : Antarctique (traité sur l’Antarctique 1959) / Amérique latine et les Caraïbes (traité de Tlatelolco de 1967 / Pacifique du Sud (traité de Rarotonga de 1985) / Asie du Sud-Est (traité de Bangkok – 1995) / Afrique (traité de Pelindaba – 1996) / Mongolie (1998). Ces ZEANs reconnues sont juridiquement contraignantes pour les États concernés, ce qui suppose un système de contrôle international.

Mis à jour le 5.3 – corrections sur le nombre de bombes détenues par la France et le Royaume-Uni.

La remontée verte (V2)

(B2) En quelques semaines, le panorama politique a changé. Si les forces eurosceptiques restent très présentes, apparait une nouvelle force alternative, plus européenne : les Verts. Du moins dans la zone du centre-Europe d’inspiration germanique.

© NGV / B2

On les disait il y a quelques mois dans les tréfonds des classements. Est-ce une soudaine prise de conscience des enjeux environnementaux, des changements climatiques, ou l’absence d’alternative dans les partis classiques ? Sans doute un peu de tout cela. Les Verts assurent dans les pays du centre et du nord de l’Europe une remontée en flèche.

De bons scores dans plusieurs pays

En Allemagne, lors de deux élections régionales emblématiques, en Bavière et en Hesse, en Belgique, lors des élections communales, surtout en Wallonie et à Bruxelles, au Luxembourg, les Verts ont atteint des scores importants, de l’ordre de 20%. Un dernier sondage en Allemagne pour les Européennes leur donne un score identique aux élections devançant de 4 points le SPD et l’AFD placés au coude à coude. Soit une vingtaine de sièges (7 de plus qu’aujourd’hui).

Aux Pays-Bas et en Finlande aussi

Dans d’autres pays, aux Pays-Bas et en Finlande par exemple, de bons scores sont attendus. Les GroenLinks néerlandais atteignent ainsi 16% et (soit 9 points de plus qu’aux dernières élections européennes 6,98%) et la place de troisième parti du pays. En Finlande, les résultats sont moins nets mais ils naviguent entre 12 et 13% (soit 3 ou 4 points de plus qu’aux dernières élections, 9,3%), même si le parti qui talonnait en début d’année le Kesk, le parti du centre du Premier ministre Juha Sipilä, a légèrement décroché (voir ici). L’Autriche reste dans ce concert une exception avec un parti vert qui plafonne autour des 5%.

Faiblesse latine et inconnue française

Cette remontée reste molle voire inexistante dans les pays latins. Ce qui tempère quelque peu l’enthousiasme possible. Très faibles en Italie et en Espagne, le seul espoir des Ecologistes réside dans l’hexagone. La France reste une grosse inconnue et un vrai défi. Les Verts demeurent, pour l’instant, au-dessous du score réalisé en 2014 (8,95%), malgré une légère remontée depuis l’été (de 4% à 7%). Un coup de mou sensible dans un pays qui envoie 79 députés au Parlement européen (5 de plus qu’aux élections de 2014) et où l’élection se fait désormais dans une circonscription unique sur des listes nationales (donc avec une proportionnelle plus efficace).

Un arbitre au Parlement ?

Cette progression pourrait provoquer un ‘petit’ bouleversement au Parlement européen. Les Verts, qui disposent aujourd’hui de 52 sièges, pourraient augmenter d’une dizaine ou d’une quinzaine de sièges (selon les prévisions) leur score. A l’échelle du Parlement ce n’est pas une révolution. Mais cela les amènerait non loin des Libéraux et permettrait au PPE et S&D d’envisager une alternative aux Libéraux et Démocrates, si ceux-ci se montrent trop exigeants pour rejoindre la coalition majoritaire.

Des contacts informels PPE – Verts

D’après nos informations, des contacts informels auraient déjà eu lieu à l’initiative du PPE avec les Verts. Et les Verts n’excluent pas de ‘monter’ dans une coalition. Une majorité alternative PPE-Libéral-Verts (dite coalition ‘jamaicaine’ *) ne serait pas possible — à l’image de ce qui pourrait se passer en Allemagne si les socio-démocrates du SPD quittaient la coalition au pouvoir —, mais une trilatérale PPE-S&D-Verts ou une quadrilatérale PPE-Libéral-S&D-Verts deviendrait possible, mathématiquement comme politiquement.

Commentaire : cette remontée fragilise la dialectique mise en place à la fois par Emmanuel Macron et par Viktor Orban d’une opposition entre les deux camps : les ‘progressistes’ et les ‘souverainistes’. Elle illustre que d’autres voies sont possibles : alternatives (les verts) ou plus traditionnelles (chrétiens-démocrates et socio-démocrates). Les derniers sondages laissent, en effet, entrevoir une tendance à la stabilisation de la baisse (même si celle-ci est très nette) des deux partis traditionnels, voire une légère remontée pour ces derniers dans les pays qui leur sont traditionnellement acquis (au nord de l’Europe notamment).

(Nicolas Gros-Verheyde)

(*) Du fait des couleurs Noir-Jaune-Verts qui se retrouvent sur le drapeau jamaicain et symbolisent les couleurs de la CDU-CSU (chrétien-démocrate), du FDP (libéral) et des Grünen (Verts).

Dans la série élections 2019, lire aussi :

Et voir notre dossier N°67. Elections européennes 2019

Version 2 : précisions apportées sur les sondages en Finlande et Pays-Bas, ajout d’un paragraphe sur la France

Les Verts pour un embargo sur l’Arabie saoudite

(B2) Les Verts/ALE ont réitéré leur volonté d’imposer un embargo sur les armes à l’Arabie Saoudite pour son implication dans la situation humanitaire au Yémen.

Lors d’une conférence de presse au Parlement européen mercredi 29 novembre, ils ont appelé la Haute représentante, Federica Mogherini, à proposer de passer à l’embargo sur les armes au conseil des ministres des Affaires étrangères.

L’eurodéputée britannique Molly Scott Cato dénonce notamment les États exportateurs d’armes comme le Royaume-Uni et la France. « Nous savons que le Royaume-Uni et la France vont bloquer [cette décision] au Conseil, mais laissons-les faire. Laissons-les bloquer et exposer leur hypocrisie », a-t-elle martelé.

(ES)

Malte, un as de l’évasion fiscale prend la présidence de l’UE

(crédit : office de tourisme maltais)

(B2) Confier les rênes d’une banque à un braqueur… c’est un peu ce que semble faire l’Union européenne en ce début d’année. L’image peut paraître osée. Mais quand on lit le rapport que vient de publier le groupe des Verts au Parlement européen au moment où Malte prend la présidence de l’Union européenne, elle parait évidente. Malte cette riante île, aux lagons bleus, aux fonds agréables pour les plongeurs, recèle d’autres atouts, tout aussi séduisants, pour les  investisseurs à la recherche d’un endroit discret pour faire « évader » leur argent.

Le régime de taxation de Malte « offre à la plupart des grandes sociétés un taux d’imposition de 5% seulement – voire de 0% dans certains cas ». Ce régime fiscal très avantageux « a fait perdre près de 14 milliards d’euros d’impôts aux autres pays entre 2012 et 2015 » dénoncent les Verts, mettant à jour une série de mécanismes ingénieux, destinés à permettre aux investisseurs de tirer un maximum de profit. Pire, l’opacité du système maltais est mise en cause.

La justice maltaise a des oublis quand il s’agit de blanchiment ou d’évasion fiscale. « Plusieurs responsables politiques du pays ont été épinglés sans qu’aucune enquête sérieuse sur ces affaires de blanchiment et d’évasion fiscale n’ait jusqu’à présent vu le jour ». « La situation est pour le moins burlesque » dénonce l’eurodéputée Eva Joly, qui a une certaine expérience de ces affaires pour avoir été magistrate du parquet financier. « Avec Jean-Claude Juncker, ancien combattant de la guerre fiscale, actuellement à la tête de la Commission européenne et, dès aujourd’hui un pays à la Présidence du Conseil qui a toutes les allures des paradis fiscaux, le tandem est pour le moins déconcertant. »

(NGV)

Télécharger le rapport

Les Verts dénoncent l’organisation des JO européens en Azerbaidjan

(B2) Les premiers JO européens s’ouvrent ce vendredi 12 juin à Bakou en Azerbaïdjan. Une vraie opération de com’ que dénonce notamment l’eurodéputée verte Michèle Rivasi. « C’est inadmissible ».

Une opération de com’…

« Les États européens se rendent ainsi complices de la diplomatie sportive honteusement utilisée, à côté de sa diplomatie énergétique, par le régime Aliev qui cherche à redorer son image sur la scène internationale.  »« Alors que le régime Aliev a fortement renforcé la répression ces dernières semaines afin de museler la moindre dissidence, une grande partie des États membres se sont contentés de détourner le regard. »

… dans un Etat qui opprime les droits de l’Homme

La liste des prisonniers d’opinion et des militants des droits humains emprisonnés, parmi lesquels Leyla Yunus à qui François Hollande avait remis il y a deux ans la Légion d’honneur, est effrayante. » Et l’eurodéputée française « d’appeler au boycott de ces Jeux afin de protester contre les violations des droits humains par le régime Aliev ».

(NGV)

Leila Aichi à l'IHEDN (© NGV / B2)

Même pas peur !

Leila Aichi à l'IHEDN (© NGV / B2)(BRUXELLES2) Intervenant dans un débat « sur la suite des attentats » de janvier lors des rencontres IHEDN à Paris, ce samedi (6 juin), la sénatrice verte Leila Aichi n’a pas eu froid aux yeux. Elle n’a pas hésité à mettre les pieds dans le plat sur un certain nombre de sujets : la société française (« inégalitaire »), sur le risque à parler en France d’une guerre de religion (« dangereux pour la cohésion nationale »), sur la loi « anti-terroriste » (« liberticide »), sur Daech (qui doit autant à Buch qu’à la religion). Même pas peur ! était le sous-titre de ce débat. Leila l’a illustré à propos ce sous-titre…

Réconcilier Ecolos et Militaires

Dans un amphi de l’école militaire, peu habitué aux envolées écologistes, elle a tenu à assumer son rôle, sans renier sa parole. Intéressée aux questions de sécurité, de défense, mais aussi attachée aux valeurs écologistes, elle veut réconcilier ces deux pôles parfois contraires : « J’ai réuni pour la Saint Valentin Dany Cohn-Bendit et le général Ract-Madoux », ancien chef-d’état major de l’armée de terre et aujourd’hui gouverneur des Invalides.

Une société inégalitaire

D’emblée, Leila Aichi place son discours sur l’après attentat sur la crise sociale en cours. « Jamais la France n’a été aussi inégalitaire, regardez notre schéma d’éducation ; ce sont les classes populaires qui financent l’école de l’élite en France. Notre système carcéral a des défaillances, les attentats l’ont montré. » La cohésion nationale n’est qu’apparente. « Il y a une juxtaposition de groupes qui vivent côte à côte, sans forcément se comprendre les uns et les autres. Ce qui pose un vrai risque pour la cohésion nationale. Oui, on peut se poser la question de savoir si le 11 janvier (lors de la manifestation « Charlie »), la France était représentée dans toute sa diversité ».

Le danger de parler de la guerre de religion

Les propos « sur la cinquième colonne (comme) sur la guerre des religions sont extrêmement dangereux. » Il faut lutter « contre les extrémistes » et non pas créer de nouvelles divisions. « Dans un pays où nous avons la première communauté musulmane et la première communauté juive d’Europe, il faut faire attention à ces termes, si on veut assurer la cohésion nationale ». Il ne faut pas oublier que « l’extrémisme et la radicalisation de la religion sont un instrument au service d’une politique. (…) Attention aux rhétoriques trop simplistes. »

Une loi « anti-terroriste » liberticide et peu efficace

La récente loi « anti-terroriste » est un texte « liberticide ». On ne peut « pas condamner des gens juste sur une intention. C’est dangereux. On ne peut pas retirer une carte d’identité française. La dernière fois qu’on a pratiqué cela, c’était sous la terreur, en 1793. » Et ce n’est pas efficace. En témoigne « une jeune à qui les parents avaient retiré sa carte d’identité, qui s’est cependant retrouvée en Syrie…» Cette loi est juste de « l’affichage politique » estime la sénatrice de Paris. Un « coup médiatique ». Une « réponse simple, et même simpliste à une question complexe. Et je ne suis pas sûr qu’elle ait un impact sur la sécurité ». Et d’ajouter : « On a moins besoin de textes que de moyens ».

Syrie, Iran, Russie… Il faut parler avec tous

« Je pense qu’il faut parler avec la Syrie. Quand j’entends qu’on ne parle pas avec Bachar El-Assad et les extrémistes. Mais avec qui on parle. On peut pas résoudre ce type de problèmes en disant qu’on ne parle avec la Syrie, avec l’Iran, la Russie. C’est ne pas tenir compte de la réalité. » Sur Daech (Etat islamique), Leila Aichi estime aussi qu’il ne faut pas se leurrer. « Dans Daech, on trouve un grand nombre de militaires irakiens. (…) Il ne faut pas oublier que Daech est aussi le résultat de l’intervention américaine, de Bush, en Irak. »

(Nicolas Gros-Verheyde)

Jean-Claude Juncker sera-t-il, bien, élu président de la Commission ?

(BRUXELLES2) C’est aujourd’hui le grand examen oral pour Jean-Claude Juncker au Parlement européen à Strasbourg. L’ancien Premier ministre luxembourgeois, désigné pour prendre la tête de la Commission européenne, doit recueillir la majorité absolue parmi les eurodéputés, soit 376 voix.

Un enjeu pour Juncker, pour le Parlement européen

Combien de voix obtiendra Juncker ? C’est la question qui hante les couloirs à Strasbourg. Sera-t-il au ras de la majorité nécessaire ? Ce qui ne serait pas de bon augure. Fera-t-il plus ou moins que Martin Schulz, le président du Parlement européen qui avait obtenu 409 voix. Fera-t-il mieux que José-Manuel Barroso lors de son premier mandat ou de son deuxième mandat (voir encadré). Ce qui est un des paramètres de l’élection. L’enjeu pour Jean-Claude Juncker, n’est, en effet, pas seulement d’être élu mais… « bien » élu ! Un enjeu de pouvoir pour le Parlement européen, tout entier, dans le combat permanent qui l’oppose au Conseil européen, aux chefs d’Etat et de gouvernement.

Inquiétudes de dernière minute

Certes les deux plus grands groupes politiques au Parlement – qui sont en « grande coalition » – ont promis leur appui, soit 411 voix sur le papier. Pour les Chrétiens-démocrates, le parti de Juncker, c’est naturel. Mais pour les Sociaux et démocrates, cela l’est moins. Dans ce vote à bulletin secret, chaque voix compte. Juncker a fait le tour de tous les groupes, la semaine dernière, pour convaincre réticents et indécis. Et, en dernière minute, rappels au téléphone ont été nombreux ces dernières heures. Le président du Parlement européen, le socialiste Martin Schulz, est aussi descendu dans l’arène, faisant la tournée de ses « camarades » hier soir pour rappeler à chacun les devoirs d’être dans une « coalition ».

Socialistes grognons

Nombre d’élus socialistes ont, en effet, annoncé vouloir s’abstenir ou voter contre. La « grogne » est particulièrement vive chez les socialistes français, qui critiquent le manque d’appétit du Luxembourgeois contre l’évasion fiscale, et voulaient encore jusqu’à hier soir s’abstenir. Les Espagnols, quelques Italiens, les Maltais, les Suédois manqueraient aussi à l’appel, voulant protester contre les politiques d’austérité. Quant aux travaillistes britanniques, c’est une question de principe : ils sont opposés – comme tous les partis outre-manche – au principe des Spitzenkandidats (candidats têtes de liste).

Libéraux et Verts à la rescousse

Les libéraux et démocrates, forts de leurs quelque 68 eurodéputés, ont été appelés à la rescousse, en rejoignant fin juin, la « grande coalition » au Parlement. Ils pourraient, quasiment comme un seul homme (excepté un LibDem britannique) apporter leurs voix à l’ancien Premier ministre luxembourgeois.

Quant aux Verts, ils sont divisés. Un dernier décompte, fait hier, donnait – selon nos informations – un petit tiers du groupe en faveur du candidat luxembourgeois (15 voix environ) et deux tiers contre ou en abstention. La plupart des députés francophones Ecolo votera contre ou s’abstiendra à une exception notable : celle de José Bové qui se distingue (dans la lignée digne de Dany Cohn-Bendit). « Je vote pour Juncker au nom du processus SpitzenKandidat– auquel j’ai participé – et des avancées qu’il a faite sur le gaz de schiste comme sur les Ogm. Voter oui aujourd’hui ne veut pas dire qu’on votera toutes les politiques » a déclaré l’ancien démonteur de MacDo ce matin face à quelques journalistes (dont B2). « La division se fait chez nous entre Nord / Sud, ceux qui ont subi des politiques d’austérité ne sont pas très enclins à voter pour Juncker » résume Michèle Rivasi.

Du côté de Juncker, on se veut cependant rassurant, et rasséréné par les derniers échos. Un de ses proches prend le pari avec les journalistes que le « futur président » fera « au moins 400 voix »… Notre dernier décompte donne environ 420 voix. A vérifier dans quelques minutes…

Nicolas Gros-Verheyde (à Strasbourg)
version longue d’un papier paru dans Ouest-France ce matin

Lire sur le Club : quelques détails supplémentaires. Le tour des popotes de Juncker pour convaincre


(*) Retour sur l’élection de José-Manuel Barroso :

  • En juillet 2004, pour son premier mandat, José-Manuel Barroso avait été élu à une large majorité : 413 voix pour, 251 contre et 44 abstentions (sur une assemblée de 732 eurodéputés), soit 56,4 %
  • En septembre 2009, pour son second mandat, cela avait été plus juste. L’ancien Premier ministre portugais n’avait été élu qu’avec 382 voix pour, 219 contre et 117 abstentions (sur un total de 736 eurodéputés). Soit un petit 51,9%.

Lire aussi (archives 2009) :

Un colloque à Paris : l’Europe de la Défense, en Afrique et ailleurs

(BRUXELLES2) Un colloque se tiendra à Paris le vendredi 14 février de 9h à 13h autour de l’Europe de la Défense. A l’initiative de Leila Aichi, sénatrice (Verte) de la Commission des Affaires étrangères de la Défense et des Forces armées, ancienne auditrice de l’IHEDN (de la 65e, pour ne rien vous cacher, soit la même session que… votre modeste serviteur). Leila publie, à cette occasion, un « Livre vert de la Défense ».

Deux tables rondes sont prévues.

1. Quelle Europe de la défense dans un nouvel ordre international ? : avec le général Ract-Madoux, chef de l’armée de terre, Arnaud Danjean, le président de la sous-Commission défense du parlement européen et Claude-France Arnould, de l’Agence européenne de Défense, Dany Cohn-Bendit (chef du groupe des Verts au Parlement européen) et Jamie Shea (maintenant secrétaire général adjoint de l’OTAN). Ca va déménager !

2. L’Europe de la défense, une chance pour l’Afrique et la Green Defense Autour Leila Aichi et de Patricia Adam (président de la Commission « Défense » de l’Assemblée nationale »), on trouvera le général Sékouba Konate, haut représentant de l’Union africaine pour l’opérationnalisation de la Force africaine en attente (la FAA), Haïdar El-Ali, ministre de la Pêche et des Affaires maritimes du Sénégal, le capitaine Paul Watson, président de l’association Sea Shepherd, et Philippe Germa, directeur général WWF France. Entre défense des intérêts africains ou de l’environnement, et défense tout court.

> Inscriptions avant le 10 février – Tél. 01.42.34.45.60 / ou par mail : l.aichi (a) senat.fr. Télécharger le Programme

Enfants libyens avec le drapeau européen (crédit: EEAS)

La mission frontières en Libye : trop tard, trop faible ?

Enfants libyens avec le drapeau européen (crédit: EEAS)

(BRUXELLES2) Il n’est pas évident que la mission EUBAM Libya (qui va se décider cette semaine) pourra avoir « une vraie valeur ajoutée ». C’est le sentiment de l’eurodéputée allemande Franziska Brantner (Verts), spécialiste des questions de défense et sécurité pour son groupe, qui s’est confié à quelques journalistes (dont B2). Et d’expliquer. « Au départ, j’étais pour une mission de la PSDC (politique de sécurité et défense commune). Mais maintenant je suis très sceptique. Cette mission arrive un peu tard. Elle est un peu sous-dimensionnée. » Et ses objectifs « On aurait peut-être été plus vite en envoyant quelques experts financés par la Commission européenne » au titre de l’instrument de stabilité, par exemple. « Aujourd’hui, le problème le plus préoccupant est plutôt  la question du désarmement et de la démobilisation (DDR). Ce sont les milices qui, de fait, contrôlent certains points de passage. »

Former sans vraiment connaître la situation

Pour F. Brantner, la future mission EUBAM Libya n’embrasse pas toutes les questions. Ce n’est pas seulement un problème de garde des frontières. « Il y a un contexte politique très complexe, où les Touaregs ne reconnaissent pas la frontière. » Et elle ne paraît pas très au fait de certaines questions. « En Libye, la situation est très volatile dans le sud. » Mais « les équipes d’évaluation n’ont pas été dans le sud », et ne pourront y aller tout de suite apparemment (comme le prouvent quelques télégrammes diplomatiques dont B2 a eu connaissance, détails sur le Club). Résultat, les Européens risquent bien « de former des gens à une situation qu’ils ne connaissent pas. » En fait, l’eurodéputée l’impression que ce n’est pas tant la gestion politique de ses frontières par la Libye qui intéresse les Européens. « C’est la frontière maritime et le contrôle de l’immigration – empêcher que les migrants franchissent la Méditerranée – qui nous intéresse le plus. On est ainsi davantage dans une mission de type Frontex » que de stabilisation.

Faiblesse européenne

De façon plus générale, l’eurodéputée regrette le faible engagement sur place. Alors que l’Union européenne avait ouvert, très vite, un bureau de liaison à Benghazi, celui-ci est fermé aujourd’hui. « Ce qui est une erreur. Car le responsable du bureau avait développé un réseau important sur place. » Et la délégation ouverte à Tripoli avec tambours et trompettes, n’a plus aujourd’hui de chef de délégation en titre. « Elle compte juste deux personnes. Ce qui est bien peu. » D’autant que, sur place, les différents acteurs européens (Italiens, Français, Britanniques…) sont « en compétition ». L’objectif semble ainsi davantage de « conquérir des marchés » ou de placer des pions au niveau national que « de jouer européen ».

Perte de crédibilité dans le Maghreb

Pour l’Union européenne, il y a ainsi une perte de crédibilité. Mais ce n’est pas limité à la Libye. Les pays environnants aussi sont concernés. L’eurodéputée estime que « l’Union européenne a perdu beaucoup de crédibilité dans le Maghreb, suscité beaucoup d’espoirs, promis beaucoup mais peu réalisé ». Le « more pour more » est un « leurre ». « En fait, rien n’a vraiment changé ». « Les activistes des ONG de droits de l’homme en Egypte et Libye, sont amers. Ils nous demandent « qu’est-ce que vous faites aujourd’hui ? » ».

La nouvelle mission néerlandaise en Afghanistan approuvée

Le gouvernement néerlandais a finalement trouvé l’appui des petits partis D666, GroenLinks et Union chrétienne nécessaire à l’envoi d’une nouvelle mission en Afghanistan, plus centrée sur la formation des policiers. La mission a été approuvée à quelques voix par cette majorité de circonstance (76 pour, 69 contre).

Il a donné plusieurs garanties, qui sont plus politiques qu’opérationnelles, pour faire taire les critiques : 1° selon une lettre envoyée au Parlement, il a ainsi assuré que la mission aura un caractère « purement civile » ; 2° les agents formés en Afghanistan ne seront pas déployés par l’armée afghane dans la lutte contre les talibans. Le Premier ministre Rutte en a obtenu « l’assurance absolue » du gouvernement afghan ; 3° La formation dispensée par les Néerlandais au sein de l’OTAN sera plus longue (18 semaines) que la formation « standard » de l’OTAN (6 semaines). Et un accent spécifique sera mis sur des questions comme les droits de l’homme et la dignité humaine. 4° Plus concrètement, une vingtaine d’experts civils supplémentaires pourrait participer à la mission.

Cette décision n’en finit cependant pas d’agiter la scène politique néerlandaise. Elle pourrait couter son poste à la chef du parti vert, Me Sap, qui fait l’objet d’une motion de censure de son parti (débat le 5 février).

Lire également :

D. Cohn-Bendit: « 27 armées c’est idiot », une armée « commune » c’est mieux !

Dany au Parlement le 15 octobre (crédit : Parlement européen / CohnBendit)

(Entretien) Avec d’autres, Dany Cohn-Bendit s’est engagé dans le groupe Spinelli pour faire franchir un pas de plus à la construction européenne. Un manifeste a été signé qui cite l’Europe de la Défense comme des points futurs d’avancée. Je l’ai donc interrogé sur ce point, désireux d’en savoir plus…

Pour le co-leader des Verts au Parlement européen, c’est certain, maintenant il faut aller plus loin, vers l’armée européenne.  Pour lui, cette armée est un projet de moyen-long terme permettant d’avoir sous bannière européenne 250.000 hommes.

Renforcer l’Europe de la Défense, c’est aujourd’hui avoir une armée européenne ?

Franchement… oui. Je suis absolument pour une armée européenne. Aujourd’hui, en Europe, nous avons 27 armées, près de deux millions d’hommes, des chars, des avions en nombre. Je ne vois pas la nécessité d’avoir autant pour… faire si peu. C’est une aberration économique. C’est idiot politiquement.

Les Européens sont en Afghanistan ensemble, on pourrait presque dire qu’elle est là, l’armée européenne ?

Non, justement. Les différents pays engagés n’arrivent même pas à définir une position commune. Du coup, les Américains font ce qu’ils veulent. Et l’Europe pèse peu. Face aux conflits qui sont devant nous, les armées nationales sont dépassées.

Avec la crise économique, ce n’est pas une priorité ?

Mais si. Plus que jamais. Aujourd’hui sous le coup de la crise, tout le monde prend des mesures de réduction budgétaire et recule en désordre. Il n’y a pas conception collective. Si on continue comme çà, on ne va pas avancer. Avec une armée européenne, on voit bien quelles économies on pourrait faire. Par exemple, la Grèce n’aurait plus besoin d’avoir des sous-marins et des avions pour se défendre face à la Turquie…

Une armée européenne, combien d’hommes ?

Elle reste à définir. Je pense qu’avec 250.000 soldats, bien formés, bien équipés, on pourrait assurer toutes les missions communes.

Ce ne sera pas simple ?

Non. Cela ne se fera pas en un jour. Il faudra dix ans, vingt ans peut-être. Cela ne sera pas simple non plus. Mais il faut avancer. Si on veut arriver à une défense commune. Il faut réduire les armées nationales, créer d’abord un embryon commun, pour arriver une armée unique… En clair, il faut réorganiser toute notre défense.

Qui décidera cet engagement ?

S’il y a une armée européenne, cela suppose aussi une capacité de décision européenne. Avec le Traité de Lisbonne, c’est d’une certaine façon possible. Mais il y a des intérêts qui restent nationaux. Chaque État devra pouvoir garder la possibilité d’engager des troupes nationales ou ses troupes.

Cette position est suivie par les Verts ?

mmm… Les Verts rêvent d’un monde sans armée. Bon. Mais on peut avancer.